C’est Qwant qu’on va où ?

Temps de lecture 18 min

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L’actualité récente de Qwant était mouvementée, mais il nous a semblé qu’au-delà des polémiques c’était le bon moment pour faire le point avec Qwant, ses projets et ses valeurs.

Si comme moi vous étiez un peu distrait⋅e et en étiez resté⋅e à Qwant-le-moteur-de-recherche, vous allez peut-être partager ma surprise : en fouinant un peu, on trouve tout un archipel de services, certains déjà en place et disponibles, d’autres en phase expérimentale, d’autres encore en couveuse dans le labo.

Voyons un peu avec Tristan Nitot, Vice-président Advocacy de Qwant, de quoi il retourne et si le principe affiché de respecter la vie privée des utilisateurs et utilisatrices demeure une ligne directrice pour les applications qui arrivent.

Tristan Nitot, autoporttrait juillet 2019
Tristan Nitot, autoportrait (licence CC-BY)

Bonjour Tristan, tu es toujours content de travailler pour Qwant malgré les périodes de turbulence ?
Oui, bien sûr ! Je reviens un peu en arrière : début 2018, j’ai déjeuné avec un ancien collègue de chez Mozilla, David Scravaglieri, qui travaillait chez Qwant. Il m’a parlé de tous les projets en logiciel libre qu’il lançait chez Qwant en tant que directeur de la recherche. C’est ce qui m’a convaincu de postuler chez Qwant.

J’étais déjà fan de l’approche liée au respect de la vie privée et à la volonté de faire un moteur de recherche européen, mais là, en plus, Qwant se préparait à faire du logiciel libre, j’étais conquis. À peine arrivé au dessert, j’envoie un texto au président, Eric Léandri pour savoir quand il m’embauchait. Sa réponse fut immédiate : « Quand tu veux ! ». J’étais aux anges de pouvoir travailler sur des projets qui rassemblent mes deux casquettes, à savoir vie privée et logiciel libre.

Depuis, 18 mois ont passé, les équipes n’ont pas chômé et les premiers produits arrivent en version Alpha puis Bêta. C’est un moment très excitant !

Récemment, Qwant a proposé Maps en version Bêta… Vous comptez vraiment rivaliser avec Google Maps ? Parce que moi j’aime bien Street View par exemple, est-ce que c’est une fonctionnalité qui viendra un jour pour Qwant Maps ?

Rivaliser avec les géants américains du capitalisme de surveillance n’est pas facile, justement parce qu’on cherche un autre modèle, respectueux de la vie privée. En plus, ils ont des budgets incroyables, parce que le capitalisme de surveillance est extrêmement lucratif. Plutôt que d’essayer de trouver des financements comparables, on change les règles du jeu et on se rapproche de l’écosystème libre OpenStreetMap, qu’on pourrait décrire comme le Wikipédia de la donnée géographique. C’est une base de données géographiques contenant des données et des logiciels sous licence libre, créée par des bénévoles autour desquels viennent aussi des entreprises pour former ensemble un écosystème. Qwant fait partie de cet écosystème.
En ce qui concerne les fonctionnalités futures, c’est difficile d’être précis, mais il y a plein de choses que nous pouvons mettre en place grâce à l’écosystème OSM. On a déjà ajouté le calcul d’itinéraires il y a quelques mois, et on pourrait se reposer sur Mapillary pour avoir des images façon StreetView, mais libres !

Dis donc, en comparant 2 cartes du même endroit, on voit que Qwant Maps a encore des progrès à faire en précision ! Pourquoi est-ce que Qwant Maps ne reprend pas l’intégralité d’Open Street Maps ?

vue du centre de la ville de La Riche avec la requête "médiathèque la Riche" par OpenStreetMap
vue du centre de la ville de La Riche avec la requête « médiathèque la Riche » par OpenStreetMap
vue du centre de la ville de La Riche avec la requête "médiathèque la Riche" par QwantMaps. La médiathèque est clairement et mieux signalée visuellement (efficacité) mais la carte est moins détaillée (précision) que la version OSM
vue du centre de la ville de La Riche avec la requête « médiathèque la Riche » par QwantMaps

 

En fait, OSM montre énormément de détails et on a choisi d’en avoir un peu moins mais plus utilisables. On a deux sources de données pour les points d’intérêt (POI) : Pages Jaunes, avec qui on a un contrat commercial et OSM. On n’affiche qu’un seul jeu de POI à un instant t, en fonction de ce que tu as recherché.

Quand tu choisis par exemple « Restaurants » ou « Banques », sans le savoir tu fais une recherche sur les POI Pages Jaunes. Donc tu as un fond de carte OSM avec des POI Pages Jaunes, qui sont moins riches que ceux d’OSM mais plus directement lisibles.

Bon d’accord, Qwant Maps utilise les données d’OSM, c’est tant mieux, mais alors vous vampirisez du travail bénévole et libre ? Quelle est la nature du deal avec OSM ?

au bas d el arcehrceh "tour eiffel" se trouve le lien vers Open Street MapsNon, bien sûr, Qwant n’a pas vocation à vampiriser l’écosystème OSM : nous voulons au contraire être un citoyen modèle d’OSM. Nous utilisons les données et logiciels d’OSM conformément à leur licence. Il n’y a donc pas vraiment de deal, juste un respect des licences dans la forme et dans l’esprit. Par exemple, on met un lien qui propose aux utilisateurs de Qwant Maps d’apprendre à utiliser et contribuer à OSM. En ce qui concerne les logiciels libres nécessaires au fonctionnement d’OSM, on les utilise et on y contribue, par exemple avec les projets Mimirsbrunn, Kartotherian et Idunn. Mes collègues ont écrit un billet de blog à ce sujet.

Nous avons aussi participé à la réunion annuelle d’OSM, State Of the Map (SOTM) à Montpellier le 14 juin dernier, où j’étais invité à parler justement des relations entre les entreprises comme Qwant et les projets libres de communs numériques comme OSM. Les mauvais exemples ne manquent pas, avec Apple qui, avec Safari et Webkit, a sabordé le projet Konqueror de navigateur libre, ou Google qui reprend de la data de Wikipédia mais ne met pas de lien sur comment y contribuer (alors que Qwant le fait). Chez Qwant, on vise à être en symbiose avec les projets libres qu’on utilise et auxquels on contribue.

Google Maps a commencé à monétiser les emplois de sa cartographie, est-ce qu’un jour Qwant Maps va être payant ?

En réalité, Google Maps est toujours gratuit pour les particuliers (approche B2C Business to consumer). Pour les organisations ou entreprises qui veulent mettre une carte sur leur site web (modèle B2B Business to business), Google Maps a longtemps été gratuit avant de devenir brutalement payant, une fois qu’il a éliminé tous ses concurrents commerciaux. Il apparaît assez clairement que Google a fait preuve de dumping.

Pour le moment, chez Qwant, il n’y a pas d’offre B2B. Le jour où il y en aura une, j’espère que le un coût associé sera beaucoup plus raisonnable que chez Google, qui prend vraiment ses clients pour des vaches à lait. Je comprends qu’il faille financer le service qui a un coût, mais là, c’est exagéré !

Quand j’utilise Qwant Maps, est-ce que je suis pisté par des traqueurs ? J’imagine et j’espère que non, mais qu’est-ce que Qwant Maps « récolte » et « garde » de moi et de ma connexion si je lui demande où se trouve Bure avec ses opposants à l’enfouissement de déchets nucléaires ? Quelles garanties m’offre Qwant Maps de la confidentialité de mes recherches en cartographie ?

C’est un principe fort chez Qwant : on ne veut pas collecter de données personnelles. Bien sûr, à un instant donné, le serveur doit disposer à la fois de la requête (quelle zone de la carte est demandée, à quelle échelle) et l’adresse IP qui la demande. L’adresse IP pourrait permettre de retrouver qui fait quelle recherche, et Qwant veut empêcher cela. C’est pourquoi l’adresse IP est salée  et hachée  aussitôt que possible et c’est le résultat qui est stocké. Ainsi, il est impossible de faire machine arrière et de retrouver quelle adresse IP a fait quelle recherche sur la carte. C’est cette méthode qui est utilisée dans Qwant Search pour empêcher de savoir qui a recherché quoi dans le moteur de recherche.

Est-ce que ça veut dire qu’on perd aussi le relatif confort d’avoir un historique utile de ses recherches cartographiques ou générales ? Si je veux gagner en confidentialité, j’accepte de perdre en confort ?
Effectivement, Qwant ne veut rien savoir sur la personne qui recherche, ce qui implique qu’on ne peut pas personnaliser les résultats, ni au niveau des recherches Web ni au niveau cartographique : pour une recherche donnée, chaque utilisateur reçoit les mêmes résultats que tout le monde.

Ça peut être un problème pour certaines personnes, qui aimeraient bien disposer de personnalisation. Mais Qwant n’a pas dit son dernier mot : c’est exactement pour ça que nous avons fait « Masq by Qwant ». Masq, c’est une application Web en logiciel libre qui permet de stocker localement dans le navigateur (en LocalStorage)1 et de façon chiffrée des données pour la personnalisation de l’expérience utilisateur. Masq est encore en Alpha et il ne permet pour l’instant que de stocker (localement !) ses favoris cartographiques. À terme, nous voulons que les différents services de Qwant utilisent Masq pour faire de la personnalisation respectueuse de la vie privée.

formulaire d’enregistrement de compte masq, avec de nombreux critères nécessaires pour le mot de passe
Ouverture d’un compte Masq.

Ah bon alors c’est fini le cloud, on met tout sur sa machine locale ? Et si on vient fouiner dans mon appareil alors ? N’importe quel intrus peut voir mes données personnelles stockées ?

Effectivement, tes données étant chiffrées, et comme tu es le seul à disposer du mot de passe, c’est ta responsabilité de conserver précieusement ledit mot de passe. Quant à la sauvegarde des données, tu as bien pensé à faire une sauvegarde, non ? ;-)

Ah mais vous avez aussi un projet de reconnaissance d’images ? Comment ça marche ? Et à quoi ça peut être utile ?
C’est le résultat du travail de chercheurs de Qwant Research, une intelligence artificielle (plus concrètement un réseau de neurones) qu’on a entraînée avec Pytorch sur des serveurs spécialisés DGX-1 en vue de proposer des images similaires à celles que tu décris ou que tu téléverses.

copie d’écran de Qwant Qiss (recherche d’images)
On peut chercher une image ou bien « déposer une image » pour en trouver de similaires.

 Ah tiens j’ai essayé un peu, ça donne effectivement des résultats rigolos : si on cherche des saucisses, on a aussi des carottes, des crevettes et des dents…

C’est encore imparfait comme tu le soulignes, et c’est bien pour ça que ça n’est pas encore un produit en production ! On compte utiliser cette technologie de pointe pour la future version de notre moteur de recherche d’images.

Comment je fais pour signaler à l’IA qu’elle s’est plantée sur telle ou telle image ? C’est prévu de faire collaborer les bêta-testeurs ? Est-ce que Qwant accueille les contributions bénévoles ou militantes ?
Il est prévu d’ajouter un bouton pour que les utilisateurs puissent valider ou invalider une image par rapport à une description. Pour des projets de plus en plus nombreux, Qwant produit du logiciel libre et donc publie le code. Par exemple pour la recherche d’image, c’est sur https://github.com/QwantResearch/text-image-similarity. Les autres projets sont hébergés sur les dépôts https://github.com/QwantResearch : les contributions au code (Pull requests) et les descriptions de bugs (issues) sont les bienvenus !

Bon je vois que Qwant a l’ambition de couvrir autant de domaines que Google ? C’est pas un peu hégémonique tout ça ? On se croirait dans Dégooglisons Internet !

 

Effectivement, nos utilisateurs attendent de Qwant tout un univers de services. La recherche est pour nous une tête de pont, mais on travaille à de nouveaux services. Certains sont des moteurs de recherche spécialisés comme Qwant Junior, pour les enfants de 6 à 12 ans (pas de pornographie, de drogues, d’incitation à la haine ou à la violence).

Comment c’est calculé, les épineuses questions de résultats de recherche ou non avec Qwant Junior ? Ça doit être compliqué de filtrer…

échec de rceherche avec Qwant Junior : un petit dino dit "oups, je n’ai pas trouvé de résultats qui te conviennent"
Qwant Junior ne montre pas d’images de sexe masculin, tant mieux/tant pis ?

Nous avons des équipes qui gèrent cela et s’assurent que les sujets sont abordables par les enfants de 6 à 12 ans, qui sont notre cible pour Junior.
Ça n’est pas facile effectivement, mais nous pensons que c’est important. C’est une idée qui nous est venue au lendemain des attentats du Bataclan où trop d’images choquantes étaient publiées par les moteurs de recherche. C’était insupportable pour les enfants. Et puis Junior, comme je le disais, n’a pas vocation à afficher de publicité ni à capturer de données personnelles. C’est aussi pour cela que Qwant Junior est très utilisé dans les écoles, où il donne visiblement satisfaction aux enseignants et enseignantes.

Mais euh… « filtrer » les résultats, c’est le job d’un moteur de recherche ?

Il y a deux questions en fait. Pour un moteur de recherche pour enfants, ça me parait légitime de proposer aux parents un moteur qui ne propose pas de contenus choquants. Qwant Junior n’a pas vocation à être neutre : c’est un service éditorialisé qui fait remonter des contenus à valeur pédagogique pour les enfants. C’est aux parents de décider s’ils l’utilisent ou pas.
Pour un moteur de recherche généraliste revanche, la question est plutôt d’être neutre dans l’affichage des résultats, dans les limites de la loi.

Tiens vous avez même des trucs comme Causes qui propose de reverser l’argent des clics publicitaires à de bonnes causes ? Pour cela il faut désactiver les bloqueurs de pub auxquels nous sommes si attachés, ça va pas plaire aux antipubs…

En ce qui concerne Qwant Causes, c’est le moteur de recherche Qwant mais avec un peu plus de publicité. Et quand tu cliques dessus, cela rapporte de l’argent qui est donné à des associations que tu choisis. C’est une façon de donner à ces associations en faisant des recherches. Bien sûr si tu veux utiliser un bloqueur de pub, c’est autorisé chez Qwant, mais ça n’a pas de sens pour Qwant Causes, c’est pour ça qu’un message d’explication est affiché.

Est-ce que tous ces services sont là pour durer ou bien seront-ils fermés au bout d’un moment s’ils sont trop peu employés, pas rentables, etc. ?

Tous les services n’ont pas vocation à être rentables. Par exemple, il n’y a pas de pub sur Qwant Junior, parce que les enfants y sont déjà trop exposés. Mais Qwant reste une entreprise qui a vocation à générer de l’argent et à rémunérer ses actionnaires, donc la rentabilité est pour elle une chose importante. Et il y a encore de la marge pour concurrencer les dizaines de services proposés par Framasoft et les CHATONS ;-)

Est-ce que Qwant est capable de dire combien de personnes utilisent ses services ? Qwant publie-t-elle des statistiques de fréquentation ?
Non. D’abord, on n’identifie pas nos utilisateurs, donc c’est impossible de les compter : on peut compter le nombre de recherches qui sont faites, mais pas par combien de personnes. Et c’est très bien comme ça ! Tout ce que je peux dire, c’est que le nombre de requêtes évolue très rapidement : on fait le point en comité de direction chaque semaine, et nous battons presque à chaque fois un nouveau record !

Bon venons-en aux questions que se posent souvent nos lecteurs et lectrices : Qwant et ses multiples services, c’est libre, open source, ça dépend ?

Non, tout n’est pas en logiciel libre chez Qwant, mais si tu vas sur les dépôts de Qwant et Qwant Research tu verras qu’il y a déjà plein de choses qui sont sous licence libre, y compris des choses stratégiques comme Graphee (calcul de graphe du Web) ou Mermoz (robot d’indexation du moteur). Et puis les nouveaux projets comme Qwant Maps et Masq y sont aussi.

La publicité est une source de revenus dans votre modèle économique, ou bien vous vendez des services à des entreprises ou institutions ? Qwant renonce à un modèle économique lucratif qui a fait les choux gras de Google, mais alors comment gagner de l’argent ?
Oui, Qwant facture aussi des services à des institutions dans le domaine de l’open data par exemple, mais l’essentiel du revenu vient de la publicité contextuelle, à ne pas confondre avec la publicité ciblée telle que faite par les géants américains du Web. C’est très différent.
La publicité ciblée, c’est quand tu sais tout de la personne (ses goûts, ses habitudes, ses déplacements, ses amis, son niveau de revenu, ses recherches web, son historique de navigation, et d’autres choses bien plus indiscrètes telles que ses opinions politiques, son orientation sexuelle ou religieuse, etc.). Alors tu vends à des annonceurs le droit de toucher avec de la pub des personnes qui sont ciblées. C’est le modèle des géants américains.
Qwant, pour sa part, ne veut pas collecter de données personnelles venant de ses utilisateurs. Tu as sûrement remarqué que quand tu vas sur Qwant.com la première fois, il n’y a pas de bannière « acceptez nos cookies ». C’est normal, nous ne déposons pas de cookies quand tu fais une recherche Qwant !

Personnane de Geektionerd : "Qwant avance, ta vie privée ne recule pas". intrelocuteur l’air sceptique fait : mmmmmh…
L’équipe Qwant’Comm en plein brainstorming…

Quand tu fais une recherche, Qwant te donne une réponse qui est la même pour tout le monde. Tu fais une recherche sur « Soupe à la tomate » ? On te donne les résultats et en même temps on voit avec les annonceurs qui est intéressé par ces mots-clés. On ignore tout de toi, ton identité ou ton niveau de revenu. Tout ce qu’on sait, c’est que tu as cherché « soupe à la tomate ». Et c’est ainsi que tu te retrouves avec de la pub pour du Gaspacho ou des ustensiles de cuisine. La publicité vaut un peu moins cher que chez nos concurrents, mais les gens cliquent dessus plus souvent. Au final, ça permet de financer les services et d’en inventer de nouveaux tout en respectant la vie privée des utilisateurs et de proposer une alternative aux services américains gourmands en données personnelles. On pourrait croire que ça ne rapporte pas assez, pourtant c’était le modèle commercial de Google jusqu’en 2006, où il a basculé dans la collecte massive de données personnelles…

Dans quelle mesure Qwant s’inscrit-il dans la reconquête de la souveraineté européenne contre la domination des géants US du Web ?
Effectivement, parmi les deux choses qui différencient Qwant de ses concurrents, il y a la non-collecte de données personnelles et le fait qu’il est français et à vocation européenne. Il y a un truc qui me dérange terriblement dans le numérique actuel, c’est que l’Europe est en train de devenir une colonie numérique des USA et peut-être à terme de la Chine. Or, le numérique est essentiel dans nos vies. Il les transforme ! Ces outils ne sont pas neutres, ils sont le reflet des valeurs de ceux qui les produisent.

Aux USA, les gens sont considérés comme des consommateurs : tout est à vendre à ou à acheter. En Europe, c’est différent. Ça n’est pas un hasard si la CNIL est née en France, si le RGPD est européen : on a conscience de l’enjeu des données personnelles sur la citoyenneté, sur la liberté des gens. Pour moi, que Qwant soit européen, c’est très important.

Merci d’avoir accepté de répondre à nos questions. Comme c’est la tradition de nos interviews, on te laisse le mot de la fin…

Je soutiens Framasoft depuis toujours ou presque, parce que je sais que ce qui y est fait est vraiment important : plus de libre, moins d’hégémonie des suspects habituels, plus de logiciel libre, plus de valeur dans les services proposés.
J’ai l’impression d’avoir avec Qwant une organisation différente par nature (c’est une société, avec des actionnaires), mais avec des objectifs finalement assez proches : fournir des services éthiques, respectueux de la vie pivée, plus proches des gens et de leurs valeurs, tout en contribuant au logiciel libre. C’est ce que j’ai tenté de faire chez Mozilla pendant 17 ans, et maintenant chez Qwant. Alors, je sais que toutes les organisations ne sont pas parfaites, et Qwant ne fait pas exception à la règle. En tout cas, chez Qwant on fait du mieux qu’on peut !

Vive l’Internet libre et ceux qui œuvrent à le mettre en place et à le défendre !

De Gaulle au balcon de Québec, bras en V, image de 1967 détournée en "Vive l’Internet Libre !" en rouge
D’après une image d’archive, De Gaulle s’adressant aux Québecois en 1967 (© Rare Historical Photos)

 

  1. Webstorage, pour les plus nerds https://www.w3schools.com/html/html5_webstorage.asp
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14 Responses

  1. tth

    > C’est pourquoi l’adresse IP est salée et hachée aussitôt que possible et c’est le résultat qui est stocké. Ainsi, il est impossible de faire machine arrière et de retrouver quelle adresse IP a fait quelle recherche sur la carte.

    Quelque chose m’échappe, là. Pourquoi stocker cette donnée qui ne semble servir à rien ?

    • Follombre

      L’adresse ip ne sert pas à rien. Loin de là. Sans elle, pas de résultats de recherche.
      Quand tu fais une recherche sur Qwant (ou un autre moteur de recherche), des résultats sont créés. Mais ces résultats il faut bien les renvoyer au demandeur à un moment ou un autre, sinon ça ne sert pas à grand chose. Mais pour renvoyer les résultats à l’utilisateur, il faut savoir qui est celui-ci. Et c’est là que rentre l’adresse ip. En fait c’est un peu comme ton adresse personnelle. Imagine que tu fasses une demande à l’administration par courrier. Si tu veux recevoir un jour une réponse, il faut que tu laisse ton adresse. Sinon la Poste ne saura pas où mettre le courrier. Là c’est exactement pareil sauf qu’il s’agit de l’adresse de ton ordinateur.
      Mais comme Qwant ne veut pas savoir qui fait qu’elle recherche il fait en sorte de la cacher aux yeux de l’équipe (au final seul les serveurs la connaissent un très cours instant)
      En espérant avoir été assez clair

      • Dylan Y.

        Je pense que la question concernait le stockage « à long terme » pour le coup. C’est à dire, pourquoi stocker cette donnée lorsque la réponse à la requête a déjà été envoyée ?

        Si le sel change pour chaque hash, on perd la capacité de faire des statistiques propres. Si le sel est dérivé de l’adresse, alors il est inutile. Si le sel est stocké, il est possible de retrouver l’adresse d’origine assez rapidement, surtout en IPv4. Si la donnée n’est pas exploitable, alors la stocker est tout aussi inutile.

        Concrètement, quelle utilité ont les hashs des adresses IPs stockés une fois l’échange terminé ?

        • Axelos

          Obligation légale peut être ?

          Le truc qui dit qu’on doit garder les traces pendant 365 jours, que la Quadrature conteste.

    • JosephK

      Ah si seulement tu partais vraiment…
      Depuis juillet 2016, on est bientôt à une trentaine de commentaires systématiquement trollesques sur l’écriture inclusive ou les « naïf-bobo-gaucho-fasho-macronistes » et le fait que le Framablog ne présente aucun intérêt à tes yeux alors pourquoi tu reviens ?

  2. nzo

    Qwant c’est Microsoft derrière, ne soyons pas naif…Dans 5 ans, c’est mort Qwant, une fausse hype française.

  3. libre fan

    Merci pour cet article.

    Ce serait bien d’avoir une explication à propos de la redirection que l’on voit clairement lors d’une recherche sur lite.qwant.com . Il y a eu un article suivi d’une discussion que je vous laisse rechercher avec Qwant.

    Est-ce que Qwant ne fait que récupérer les résultats de Bing ou était-ce que les débuts?

    Ce serait bien aussi d’avoir une comparaison avec DuckDuckGo. Qwant dit en effet « The only search engine that respects your privacy. » et DDG dit qu’il respecte la vie privée. DDG a une adresse Onion pour sa page avec JS (mais pas pour sa page simple HTML).

    Et enfin, ce serait intéressant de voir un point de vue sur Ecosia encensé sur “Arte 28minutes” parce qu’ils plantent des arbres. Cette entreprise vous donne simplement les résultats de Bing tout en vendant toutes vos données à Bing (=Microsoft), ce qui est dit explicitement. Elle offre d’autres services (mailing liste, par ex.) dont on peut se demander avec quelle confidentialité des données et des échanges.

    Bref, il nous manque beaucoup d’informations pour nous éclairer dans nos choix (Framabee ne donne souvent aucun résultat, rien de chez Google la plupart du temps).

  4. Mindiell

    Je suis très très dubitatif comme chaque fois que j’entends / je lis ce que dit Tristant Nitot. Ca ressemble beaucoup à du LibreWashing.

    1. Pourquoi, en effet, stockent-ils l’adresse IP si elle est salée et hashée ?
    2. Pourquoi / Comment une entrerprise peut-elle décider de ce que des enfants ont le droit de voir ?
    3. Il est clairement indiqué que le modèle économique repose sur la publicité. On sait déjà que celle-ci est à l’origine de nos plus gros soucis : surproduction / guerres / super-pauvreté / Réchauffement climatique / Obsolescene. Le libre est une philosophie, pas un tag publicitaire pour vendre plus
    4. Pour le « confort personnel », Qwant pourrait tout à fait laisser un cookie sur la machine de l’utilisateur sans pour autant attenter à sa vie privée, ça n’a aucun rapport
    5. Le fait que Qwant se base sur le même modèle que Google avant 2006 ne rassure en rien le futur de nos données.
    6. Le RGPD est peu, voire pas appliqué et la CNIL vient encore de lâcher du lest pour ne pas « punir les entreprises ». On se croirait chez les bisounours :/

    • pytolux

      Peut-être que la solution (les services) proposée n’est pas idéale mais je trouve qu’elle est adapté par rapport au contexte : elle apporte un équilibre entre le modèle existant proposé par Google & Co et les attentes d’une partie des utilisateurs. Au-delà des attentes -> elle apporte une prise de conscience aux utilisateurs non-sensibilisé à la vie privée ou en questionnement en leur offrant un « vrai » choix.

      Je ne peux pas répondre à tous les points que vous avez soulevés mais je peux réagir & donner mon « opinion » :

      2 -> Pourquoi / Comment une entrerprise peut-elle décider de ce que des enfants ont le droit de voir ?
      La décision finale appartient aux parents & aux corps enseignant : Quel est l’outil le plus adapté à la pédagogie que je souhaite appliquer ?
      L’intention de Qwant est claire ->Je cite l’article :
      « Qwant Junior n’a pas vocation à être neutre : c’est un service éditorialisé qui fait remonter des contenus à valeur pédagogique pour les enfants. C’est aux parents de décider s’ils l’utilisent ou pas. »

      Étant parent, j’estime que c’est mon rôle/ma responsabilité de former mon enfant à l’utilisation de moteur de recherche. Moteur qui, comme le précise Tristant, peut proposer un service éditorialiste.

      Le choix m’appartient de choisir Qwant Junior, Google, Liloo, DuckDuckGo ou tout autre moteur de recherche pour éduquer mon enfant.
      Tout comme lui faire découvrir différentes presses. Libération ou Figaro ? si les deux traitent un même sujet l’orientation idéologique donnera une tonalité différente, amenant un questionnement différent.
      C’est à moi en tant que parent de trouver « une méthode » pédagogique pour faire découvrir cet univers à mon enfant & lui apprendre à l’utiliser/le comprendre/ne pas se laisser influencer…. Bref à questionner ce qu’il lit pour garder son libre arbitre.

      J’irai même à dire que c’est de notre devoir de citoyen de questionner ce qu’on lit & de le choisir.

      3 – Là où je trouve que Qwant apporte un réel progrès (si c’est bien le cas techniquement) c’est que la publicité est en lien directe avec la recherche lancée & non pas l’historique des recherches.
      Il n’y a pas ce que j’appellerai un « conditionnement cognitif » poussant l’utilisateur à acheter quelque chose dont il n’a pas besoin car on élimine le harcèlement publicitaire sur le long terme = la fréquence des recherches d’un article augmentant la probabilité d’avoir la même pub qui s’affiche à chaque page affichée même si elle est déconnectée de l’activité en cours.
      Mais on contextualise la publicité sur un instant celui d’une unique recherche.

      Encore une fois le choix nous appartient à tous.

      Si on veut qu’un moteur de recherche qui vive sans être ultra dépendant des investissements extérieurs, il faudrait effectivement trouver un nouveau modèle économique.

      A ce niveau, je pense que la question pourrait être : « Sommes nous prêt en tant qu’utilisateur à payer un abonnement de moteur de recherche ? »
      « Si on souhaite qu’un moteur de recherche soit gratuit & respectueux de la vie privé, quel modèle proposé ? »

      Mindiell avez vous une idée ?

      4 – Je ne suis pas informaticien mais j’aimerai comprendre comment un cookie sur un pc ne peut pas être une attente à la vie privée ?
      Si je ne me trompe pas le cookie va réunir un certain nombre d’information qui facilitera la navigation de l’utilisateur. Ces éléments seront propres à l’utilisateur & permettront de l’identifier où tout du moins dressé un profil grâce ses habitudes de navigation
      Je me trompe ?

      5 – Le fait que Qwant se base sur un modèle similaire au grand mais différent dans la philosophie traduit surtout que c’est au niveau des utilisateurs qu’il un travail de sensibilisation à faire.
      Le but est de leur faire naître une prise de conscience & qu’il se pose de questions sur « Quel est mon besoin ? » & « Qu’est ce que je veux lorsque j’utilise Internet ? »

      Ce n’est pas parfait mais nécessaire… je pense que c’est sérieusement une porte ouverte :
      – aux changements de la mentalité des utilisateurs qui sont loin de ses préoccupations de vie privée,
      – et, ensuite, à l’innovation pour créer un nouveau modèle économique.

      Cependant…. cela demandera de lourd compromis de la part des utilisateurs.
      D’où l’importance de les sensibiliser, de les amener à ce questionner => qu’il comprenne pourquoi il est nécessaire de penser à une autre façon de faire

  5. Juju

    Qwant est une daube très couteuse pour le contribuable qui n’existera plus dans 2 ans.

    • pytolux

      Et tu t’appuies sur quoi (quelle source d’information) pour dire ça ?

      J’aimerai bien une information d’une source valable pour nous expliquer que Qwant va être coûteux pour le contribuable…

    • pytolux

      J’ajouterai qu’avant qu’un projet comme Qwant puisse « concurrencer » ou plutôt « tenir tête » à Google, il faudra plusieurs essais/échecs & donc financement.

      Donc y a le choix… soit on ne fait rien & on laisse Google la place … soit on innove, on prend des risques pour que les utilisateurs aient le choix.

  6. libre fan

    Pour rajouter à la discussion, il y a une conf’ de Stéphane Bortzmeyer (chercher sur peertube.fr) dans laquelle il dit qu’on ne peut pas savoir si Qwant respecte nos vies privées. Il indique que Qwant a signé un contrat avec Microsoft. Mais rien de plus précis.

    Quant à la redirection, des gens de Qwant expliquent que c’est juste pour présenter en premier les résultats ou les recherches les plus demandées. Est-ce que cela voudrait dire que le but d’un moteur de recherche est de nous donner toujours les sites les plus lus (donc Facebook)?

    Mais   > soit on innove, on prend des risques pour que les utilisateurs aient le choix.
    On espère avoir du choix en effet, et pouvoir faire un choix éclairé. Pour le moment, Framabee ne marche pas (en gros), malheureusement, et il faut donc faire confiance à DuckDuckGo HTML (sans JS) ou à Qwant lite (pas du tout envie d’utiliser Qwant en version ordinaire). Ou utiliser Startpage en espérant que c’est bien toujours un proxy. Quoi d’autre?

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