Apple a posé le verrou final

Temps de lecture 8 min

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La sécurité est pour Apple un argument marketing de poids, comme on le voit sur une page qui vante les mérites de la dernière version Big Sur de macOS  :

Sécurité. Directement  intégrée. Nous avons intégré dans le matériel et les logiciels du Mac des technologies avancées qui travaillent ensemble pour exécuter les apps de façon plus sécurisée, protéger vos données et garantir votre sécurité sur le Web.

(source)

On sait que le prix des appareils Apple les met hors de portée de beaucoup d’internautes, mais c’est un autre prix que les inconditionnels d’Apple vont devoir accepter de payer, celui de la liberté de faire « tourner » des applications. Comme l’explique ci-dessous un responsable de la sécurité chez Librem (*la traduction Framalang conserve au dernier paragraphe quelques lignes qui font la promotion de Purism/Librem), la dernière version de macOS donne l’illusion du contrôle mais verrouille l’utilisateur, tant au niveau logiciel que matériel désormais.

Article original : Apple Users Got Owned, licence CC-By-SA 4.0

Traduction Framalang : goofy, Julien / Sphinx, framasky, Steampark, mo

Apple a pris le contrôle sur ses utilisateurs

par Kyle Rankin

portrait au crayon de Kyle Rankin, souriant, de trois-quarts
Kyle est Chief Security Officer chez Librem (Mastodon )

On entend souvent dire des pirates informatiques qu’ils ont « pris le contrôle » (en anglais owned ou pwned) d’un ordinateur. Cela ne veut pas dire qu’ils ont pris possession physiquement de l’ordinateur, mais qu’ils ont compromis l’ordinateur et qu’ils ont un contrôle à distance si étendu qu’ils peuvent en faire ce qu’ils veulent. Lorsque les pirates informatiques contrôlent un ordinateur, ils peuvent empêcher l’exécution de logiciels, installer les logiciels de leur choix et contrôler le matériel à distance, même contre la volonté du propriétaire et généralement à son insu.

Les pirates informatiques comprennent intuitivement une chose que beaucoup d’utilisateurs d’ordinateurs ne comprennent pas : la propriété n’est pas une question de possession, mais de contrôle. Si votre entreprise vous donne un ordinateur, ou même si vous apportez le vôtre, mais qu’elle contrôle à distance la façon dont vous l’utilisez et peut passer outre à vos souhaits, c’est l’ordinateur de l’entreprise, pas le vôtre. Selon cette définition, la plupart des téléphones, aujourd’hui, sont la propriété du vendeur, et non de l’utilisateur, et comme je l’ai exposé dans The General Purpose Computer in Your Pocket 1 :

L’un des plus beaux tours que Big Tech ait jamais joué a été de convaincre les gens que les téléphones ne sont pas des ordinateurs à usage général et qu’ils devraient suivre des règles différentes de celles des ordinateurs portables ou de bureau. Ces règles donnent commodément au vendeur un plus grand contrôle, de sorte que vous ne possédez pas un smartphone mais que vous le louez. Maintenant que le public a accepté ces nouvelles règles pour les téléphones, les vendeurs commencent à appliquer les mêmes règles aux ordinateurs portables et aux ordinateurs de bureau

L’illusion du contrôle

L’illusion selon laquelle les utilisateurs d’Apple ont le contrôle de leurs ordinateurs a été rapidement mise à mal cette semaine quand Apple a distribué dans le monde entier sa nouvelle version de macOS  « Big Sur ». Des utilisateurs ont commencé à remarquer dès la diffusion de la mise à jour qu’ils avaient des problèmes pour exécuter des applications locales : ces applications bégayaient et macOS lui-même ne répondait plus par moments, même si l’utilisateur n’avait pas encore mis à jour son OS vers Big Sur. Drôle de coïncidence que la sortie d’un nouvel OS puisse bloquer des applications locales et même des applications ne venant pas d’Apple.

Comme cet article d’Ars Technica l’explique, des utilisateurs ont été capables de déboguer ce problème assez rapidement :

Il n’a pas fallu longtemps à certains utilisateurs de Mac pour se rendre compte que trustd, le processus de macOS chargé de vérifier avec les serveurs d’Apple si une application est authentifiée, tentait de se connecter au domaine ocsp.apple.com mais échouait de manière répétée.

… ce qui a provoqué des ralentissements sur tout le système, entre autres quand les applications essayaient de se lancer. Pour résumer le problème, à chaque fois que vous lancez une application signée sur macOS, un service d’enregistrement « notarial » envoie des informations sur l’application aux serveurs d’Apple pour vérifier que les signatures concordent. Si c’est le cas, votre système d’exploitation autorise l’application à démarrer. Quand l’ordinateur est hors connexion, la vérification échoue mais l’application est encore autorisée à fonctionner. Mais quand l’ordinateur est connecté, la signature est appliquée et comme le service était actif mais lent, les applications se sont arrêtées pendant que le système d’exploitation attendait une réponse.

La prise de contrôle à distance grâce à la signature du code.

Les applications utilisent souvent la signature du code comme moyen pour l’utilisateur de détecter les altérations. Le développeur signe le logiciel avec sa clé privée et l’utilisateur peut vérifier cette signature avec une clé publique. Seul le logiciel qui n’a pas été modifié correspondra à la signature. Dans le monde du logiciel libre, les distributions comme PureOS comprennent des clés publiques installées sur l’ordinateur local, et les mises à jour de logiciels vérifient automatiquement que les signatures correspondent avant d’appliquer la mise à jour elle-même. Quand on utilise ainsi les signatures, on peut tester une application avant son installation pour savoir si elle a été modifiée, c’est ainsi que l’utilisateur bénéficie d’un contrôle total sur le processus.

Apple a fait franchir à la signature de code un pas supplémentaire en incluant ce service « notarial ». Toutes les applications signées, qu’elles viennent ou non d’Apple, doivent demander l’autorisation de démarrer au service notarial distant. Ce qui signifie que l’entreprise Apple non seulement connaît toutes les applications que vous avez installées, mais elle est informée aussi à chaque fois que vous les exécutez. Ce qui n’était autrefois qu’un service facultatif est devenu aujourd’hui obligatoire. À partir de Big Sur, vous ne pourrez plus utiliser un outil comme Little Snitch pour bloquer ce service, ni le faire passer par Tor pour gagner en confidentialité. Apple et tous ceux qui ont accès à la communication en texte brut peuvent savoir quand vous avez lancé le navigateur Tor ou d’autres outils nécessaires à la protection de la vie privée, ou encore à quelle fréquence vous utilisez des applications de la concurrence.

[Mise à jour : il semble que les services notariaux d’Apple n’envoient pas d’informations sur l’application, mais envoient plutôt des informations sur le certificat de développeur utilisé pour les signer (ce qui est plus logique étant donné la façon dont l’OSCP fonctionne). Cela signifie qu’Apple peut savoir, par exemple, que vous avez lancé une application de Mozilla, mais ne peut pas nécessairement dire si vous avez lancé Firefox ou Thunderbird. Si un développeur ne signe qu’une seule application, bien sûr, on peut établir une corrélation entre le certificat et l’application. Le service semble également mettre en cache une approbation pendant un certain temps, de sorte que le fait qu’il envoie des informations à Apple chaque fois que vous exécutez une application dépend de la fréquence à laquelle vous la lancez].

J’imagine que beaucoup de personnes ont été surprises de découvrir cette fonctionnalité, mais je soupçonne également que beaucoup l’accepteront au nom de la sécurité. Pourtant, comme c’est le cas pour de nombreuses fonctionnalités d’Apple, la sécurité est un terme de marketing alors que la véritable motivation c’est le contrôle. Alors que la signature de code permettait déjà à Apple de contrôler si vous pouviez installer ou mettre à jour un logiciel, cette fonctionnalité lui permet de contrôler si vous pouvez exécuter des applications. Apple a déjà utilisé la signature de code sur iOS pour retirer les applications de ses concurrents de l’App Store et aussi pour désactiver à distance des applications au prétexte de la sécurité ou de la confidentialité. Il n’y a aucune raison de croire qu’ils n’utiliseront pas le même pouvoir sur macOS maintenant qu’il ne peut plus être contourné. Le but ultime d’Apple avec la signature de code, son coprocesseur Secure Enclave et sa puce Silicon propriétaires, c’est de s’assurer le contrôle et la propriété totales du matériel que vend l’entreprise.

Reprenez le contrôle

Vous devriez demeurer en pleine possession des ordinateurs que vous achetez. Ni les pirates informatiques ni les vendeurs ne devraient avoir le droit de vous contrôler à distance.
Nous construisons des ordinateurs portables, des ordinateurs de bureau, des serveurs et des téléphones sûrs, respectueux de la vie privée et de la liberté, qui vous redonnent le contrôle et vous garantissent que lorsque vous achetez un ordinateur Purism, c’est vous qui en êtes vraiment propriétaire.

Voir aussi :

ordinateur fermé par un cadenas
« Secure. » par Wysz, licence CC BY-NC 2.0
  1. L’ordinateur grand public dans votre poche
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13 Responses

  1. Eliott

    « Ce qui signifie que l’entreprise Apple non seulement connaît toutes les applications que vous avez installées, mais elle est informée aussi à chaque fois que vous les exécutez. » ce n’est pas totalement vrai : https://blog.jacopo.io/en/post/apple-ocsp/
    En gros, la réponse OCSP est mise en cache et la requête OCSP contient un identifiant de certificat qui peut être le même pour plusieurs applications développées par le même éditeur (ex: Firefox et Thunderbird).

  2. Aurélien

    Je ne suis absolument pas pro-Apple mais si ce que dit l’article de blog dans le commentaire précédent est vrai, à savoir que trustd envoie le certificat développeur et non un hash de l’appli, et pas systématiquement, alors cela rend la communication de Purism/Librem mensongère, probablement afin de diriger les gens vers leur produit et faire connaître la marque.

    Ce serait bien d’étoffer un peu l’avertissement en haut de l’article du coup.

      • Goofy

        Les commentaires sont ouverts si vous souhaitez rectifier des erreurs factuelles de l’article que nous publions, avons-nous besoin de le dire ?

      • Benjamin

        Bonjour Stéphane ,
        rien à voir mais j’ai lu votre article sur l’IPV6 (très bien expliqué et détaillé) et les différentes attaques qu’on peut y faire.
        Merci beaucoup ça m’a beaucoup aidé pour mes cours de sécu réseau !

  3. Bob

    TLDR intéressant:

    – No, macOS does not send Apple a hash of your apps each time you run them.
    – You should be aware that macOS might transmit some opaque information about the developer certificate of the apps you run. This information is sent out in clear text on your network.
    – You shouldn’t probably block ocsp.apple.com with Little Snitch or in your hosts file.

    Source: https://blog.jacopo.io/en/post/apple-ocsp/

  4. Tristan Nitot

    J’ai mis à jour mon article car il apparaît deux choses importantes :

    1 – une précision : c’est le hash du développeur qui est envoyé, pas celui de l’application. C’est moins grave qu’initialement pensé, mais ça reste grave. Tu utilises Word ? C’est l’identifiant Microsoft qui est envoyé. Mais on s’en fout, beaucoup de gens utilisent MS. Par contre, tu utilises Tor Browser ? J’imagine que c’est l’identifiant de Tor qui est envoyé, et là c’est plus grave, car son utilisation est sensible. Rappel : tout cela est envoyé  »en clair » sur le réseau. Et ça craint, car cela peut être intercepté par des tiers.

    2 – une nouvelle info fournie par Apple  »après » publication sur le Framablog et le Standblog : ils ont arrêté la collecte de l’adresse IP des requêtes (bien) et permettront  »dans le futur » (à vérifier donc) de désactiver cette fonctionnalité pour ceux qui le souhaitent. Source : https://support.apple.com/en-us/HT202491 . Plus de détails dans mon billet : https://standblog.org/blog/post/2020/11/15/Allo-Apple-on-a-un-probleme

    Bref, Apple a fait une bêtise (ça ne sera pas la première et soyons justes, tout le monde en fait). La levée de bouclier en ligne les a poussé à réagir, et c’est bien !

    –Tristan

  5. Frederic

    L’article de Jeffrey original est en réalité truffé d’erreurs et incompréhensions. L’article intermédiaire de Librem a été un peu corrigé. Au final la quasi totalité du contenu de cet article ci-dessus est un tissu d’absurdités et d’approximations. C’est très décevant de la part du CTO Librem mais aussi de « Framalang ». Le plus simple serait de supprimer totalement l’article tellement ça n’a plus aucun sens (pas de hash d’appli, pas d’envoi à chaque fois, etc.). Bref, >/dev/null

    • Paulo

      Vous parlez d’un tissu d’absurdités.
      Pouvez-vous éclaircir votre jugement ?
      Apparemment le hash du dev est bien vérifié à chaque utilisation, avec transmission régulière à OCSP avec l’IP et le timestamp.

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