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Le 28 décembre, j’ai donné une conférence intitulée « Un Internet post-étasunien, conçu pour résister à la merdification », à l’occasion de la 39e édition du CCC à Hambourg en Allemagne (39C3). Voici une transcription de cette conférence.
La plupart d’entre vous savent que je suis militant engagé depuis bientôt 25 ans à l’Electronic Frontier Foundation (EFF). Mon regard est sans doute biaisé, mais, selon moi, aucun autre groupe au monde ne fait un aussi bon boulot que l’EFF pour défendre nos droits numériques.
Je suis donc militant à l’EFF, et, depuis un quart de siècle, je me suis engagé dans ce que j’appelle « La guerre de l’informatique grand public ».
Si vous étiez présent·e au 28C3, il y a 14 ans, vous avez peut-être assisté à l’une de mes conférences du même titre. C’est un de mes combats depuis mes premiers jours à la EFF, notamment quand j’ai débarqué à Los Angeles, à l’inauguration d’un truc appelé Broadcast Protection Discussion Group, une alliance diabolique d’entreprises de la tech, de conglomérats médiatiques, de diffuseurs et de câblo-opérateurs.
Ils s’étaient rassemblés car Billy Tauzin, membre particulièrement corrompu du Congrès étasunien, leur avait promis une nouvelle réglementation : un texte interdisant la production et la vente d’ordinateurs, à moins que ces derniers ne soient paramétrés et bridés de sorte qu’ils ne puissent plus effectuer d’opérations jugées indésirables par les actionnaires des entreprises membres de l’alliance.
Cette règle, le « Broadcast Flag » avait été validée par la Commission fédérale des communications (FCC), organisme régulateur des télécoms étasuniens.. Nous avons donc poursuivi la FCC devant la Cour fédérale et fait annuler ce texte de loi.
Nous avons gagné cette bataille, mais, les ami·e·s, j’ai de mauvaises nouvelles, des nouvelles qui ne vous surprendront pas. Malgré ce genre de victoire, depuis ces 25 dernières années, nous perdons la guerre de l’informatique grand public.
C’est pourquoi, plusieurs décennies plus tard, je suis de retour à Hambourg. Je tente, depuis des années, d’enfoncer une porte fermée à double tour : une porte qui mène à un Internet neuf et vertueux, un Internet qui nous offre à la fois l’autodétermination technologique de l’Internet d’autrefois et la facilité d’accès pour tous, nos semblables néophytes compris, de l’Internet 2.0. Cette porte, mes ami·e·s, vient de s’ouvrir.
Aujourd’hui, la voilà enfin entrebâillée. Enfin !
Et le plus étonnant dans tout cela, c’est que c’est grâce à Donald Trump.
Bien sûr, il ne l’a pas fait exprès ! Mais grâce à son agressivité incontrôlable, nous sommes à l’aube d’un Internet post-étasunien, un nouveau système nerveux numérique pour le XXIe siècle, un Internet qui pourra se construire sans nous préoccuper des attentes et priorités des États-Unis.
Cependant. ne vous méprenez pas, je n’apprécie ni Trump ni sa politique. Ne vous méprenez pas, car cela ne me fait pas plaisir que Trump soit au pouvoir et je suis encore moins fan de ses politiques. Mais, comme aime à le rappeler mon ami Joey DaVilla « Quand la vie te donne une épidémie, tu fais des vaccins ». Le seul truc pire que de vivre toute la terreur que Trump fait subir aux États-Unis et au monde entier, serait de subir tout cela sans réussir à en tirer quoi que ce soit.
C’est ce dont je veux parler aujourd’hui : l’internet post-étasunien que nous pouvons arracher au chaos créé par Trump.
Un internet post-étasunien est possible, car Trump a mobilisé une nouvelle coalition qui se bat à nos côtés. En politique, le plus important ce sont les coalitions. Chaque fois que vous voyez un groupe de personnes réussir d’un coup, là où elles avaient toujours échoué jusque là, c’est que ces personnes ont réuni leurs forces dans une coalition, en mobilisant de nouveaux allié.es. Tous ne veulent pas la même chose, mais ont assez en commun pour se battre côte à côte.
Trump est un pur produit d’une de ces coalitions, tout droit sorti d’un agglomérat de milliardaires, de suprémacistes blancs, de chrétiens sectaires, d’autoritaires, de conspirationnistes, d’impérialistes, et de « libertariens » auto-proclamés qui ont une telle obsession avec la non-taxation qu’ils pourraient voter pour Mussolini s’il leur promettait de baisser les impôts d’un centime.
Ce qui me rend vraiment enthousiaste, c’est que nous avons une nouvelle coalition dans cette guerre de l’informatique grand public : une coalition qui inclut celles et ceux qui se battent pour nos droits numériques depuis des décennies, mais aussi des gens qui veulent transformer les milliards des géants du numérique étasuniens en milliards pour leur propre économie, et enfin des obsédés de la sécurité nationale inquiets, à juste titre, quant à la souveraineté numérique.
La thèse que je défends ici est que cette coalition est inarrêtable. Et ça, c’est une excellente nouvelle ! Pour la première fois depuis des décennies, la victoire est à portée de main.
Du coup, laissez-moi vous expliquer : il y a 14 ans, devant ce groupe, j’ai expliqué la « guerre de l’informatique grand public ». C’était mon petit nom accrocheur pour ce combat. Toutefois, le nom ennuyeux employé dans les textes législatifs est « anti-contournement ».
Selon les lois anti-contournement, il est illégal de modifier le fonctionnement d’un produit ou service numérique, sans le consentement du fabricant, et – point crucial – cela reste vrai même si cette modification n’enfreint aucune autre disposition légale.
Anticircumvention law originates in the USA : Section 1201 of the Digital Millennium Copyright Act of 1998 establishes a felony punishable by a five year prison sentence and a $500,000 fine for a first offense for bypassing an « access control » for a copyrighted work.
Les lois anti-contournement nous viennent des États-Unis : la Section 1201 du Digital Millenium Copyright Act de 1998 définit le contournement par un « contrôle d’accès » d’une œuvre soumise au droit d’auteur comme un crime passible d’une peine de prison de cinq ans et d’une amende de 500 000 dollars dans le cas d’une première condamnation.
Donc, d’un point de vue pratique, si vous concevez un appareil ou un service doté d’un système, aussi fragile soit-il, qui empêche la modification du code de l’application ou du logiciel embarqué, alors la modification de ce code ou logiciel embarqué est un délit – passible de prison. Divulguer des informations concernant le contournement de ce contrôle d’accès est aussi un délit, ce qui signifie que des expertes en sécurité informatique s’exposent à des poursuites pénales, même si elles ne font que décrire comment elles accèdent à un appareil ou à un système.
Avec les lois anti-contournement, n’importe quel fabricant peut facilement transformer son produit en une zone de non-droit, qui criminalise à la fois le fait d’examiner, rapporter et corriger ces failles.
Il s’agit d’une loi que Jay Freeman qualifie à juste titre de « outrage grave au modèle commercial ». L’anti-contournement est entré en vigueur en 1998 avec la signature du DMCA [ndt le Digital Millennium Copyright Act] par Bill Clinton. Mais avant que vous ne commenciez à railler ces stupides étasuniens, sachez ceci : tous les autres pays du monde ont voté une loi comme celle-là, depuis. Ici, en UE, c’est l’article 6 de la Directive européenne sur le droit d’auteur de 2001 qui marque le début de l’anti-contournement.
Il y a une certaine logique perverse à ce que les États-Unis promulguent une loi comme celle-ci. Après tout, ils sont la locomotive technologique du monde, berceau des plus grandes et plus puissantes entreprises de la tech. En rendant illégale la modification des produits numériques sans l’accord du fabricant, les États-Unis accroissent les capacités de rente extractive des entreprises les mieux cotées de la bourse étasunienne.
Mais pourquoi l’Europe aurait-elle passé une loi comme celle-là ? L’Europe importe massivement des technologies numériques. En élargissant la protection légale aux entreprises qui veulent voler les données et l’argent de leurs utilisateurices, l’UE permettait de faciliter un transfert de valeur à sens unique vers les États-Unis. Pourquoi l’Europe ferait-elle cela ?
Laissez-moi vous raconter les circonstances qui ont mené d’autres pays à promulguer leur loi anti-contournement et peut-être identifierez-vous un schéma qui répondra à la question.
L’Australie a eu sa loi anti-contournement via l’accord de libre-échange avec les États-Unis, obligeant l’Australie à promulguer une loi anti-contournement.
Le Canada et le Mexique l’ont eue via l’accord de libre-échange avec les États-Unis, obligeant le Canada et le Mexique à promulguer une loi anti-contournement.
Des nations andines comme le Chili ont eu la leur, via des accord bilatéraux de libre-échange avec les États-Unis, les obligeant à promulguer des lois anti-contournement.
Et des nations d’Amérique centrale ont eu la leur via le CAFTA – Central American Free Trade Agreement with the USA – (NdT : Zone de Libre-Échange de l’Amérique Centrale avec les États-Unis) qui les obligent à promulguer elles aussi une loi anti-contournement.
J’imagine qu’à ce stade, vous avez identifié le schéma : le représentant étasunien au commerce a obligé chacun de ses partenaires commerciaux à adopter une loi anti-contournement, pour faciliter l’extraction de données et d’argent de leur propre peuple par des entreprises étasuniennes. Mais bien sûr, cela ne fait que soulever une autre question : pourquoi tous les autres pays du monde accepteraient-ils de laisser les États-Unis voler les données et l’argent de leurs propres peuples, et empêcher leurs secteurs technologiques nationaux de faire des produits interopérables qui éviteraient ce vol ?
Voici une anecdote qui résout cette énigme : il y a de cela plusieurs années, avant que Viktor Orban n’accède au pouvoir, je donnais des conférences, en tant que conférencier invité, pour le programme doctoral d’été en sciences politiques de l’Université d’Europe centrale de Budapest. Et un été, à l’issue d’un cours portant sur la loi anti-contournement, un de mes étudiants m’approcha.
Il me dit qu’il a été ministre de l’information d’un pays d’Amérique Centrale pendant les négociations du CAFTA et, un jour, il a reçu un appel téléphonique de son négociateur commercial, qui appelait depuis la table des négociations. Le négociateur dit, « Tu sais à propos de ta consigne de ne donner aux étasuniens l’anti-contournement sous aucun prétexte ? Et bien, ils disent qu’ils n’achèteront pas notre café à moins qu’on ne leur donne l’anti-contournement. Et je suis désolé mais nous ne pouvons tout simplement pas perdre le marché étasunien. Notre économie s’effondrerait. Donc on va leur donner l’anti-contournement. Je suis vraiment désolé. »
Voilà. C’est pour cela que tous les gouvernements du monde ont autorisé les géants du numérique étasuniens à déclarer ouverte la chasse aux données personnelles et aux profits faciles.
L’alternative c’était les droits de douane. Et bien, je ne sais pas si vous êtes au courant, mais on a les droits de douane maintenant !
Je veux dire, si quelqu’un menace de brûler votre maison à moins que vous ne lui obéissiez et qu’ensuite il brûle quand même votre maison, vous n’êtes pas tenu de continuer à lui obéir. Alors… Vive la Libération ?
Jusqu’à présent, les pays du monde entier n’ont eut que deux réponses aux droits de douane de Trump. La première était : « Donnons à Trump tout ce qu’il demande (sauf le Groenland) et peut-être qu’il arrêtera de s’en prendre à nous ». Celle-ci a été un échec absolu. Si vous donnez à Trump le doigt, il prend le bras. Il prendra ce fichu Groenland. La reddition est un échec.
Mais l’autre tactique n’est pas meilleure : les droits de douane en représailles. C’est ce que nous avons fait au Canada (comme tous les meilleurs américains, je suis Canadien). Notre meilleure idée a été d’imposer des droits de douane sur les choses que nous importons depuis les États-Unis, ce qui a augmenté leur coût à l’achat. C’est une étrange manière de punir les États-Unis ! Comme se frapper soi-même très fort en espérant que le voisin du dessous dise « Aïe ! »
Et c’est sans distinction. Pourquoi coller des droits de douane sur le soja d’un pauvre fermier d’un état commençant et finissant par une voyelle ? Ce gars n’a jamais rien fait de mal au Canada.
Mais il y a une troisième réponse possible aux droits de douane. Une réponse qui n’attend qu’à être testée : et si on abrogeait les loi anti-contournement ?
Si vous êtes un acteur de la Tech ou un investisseur installé dans un pays qui a abrogé sa loi anti-contournement, vous pouvez vous lancer dans la création de produits de dé-merdification, qui se branchent sur les technologies défectueuses exportées par les États-Unis pour permettre aux gens qui possèdent et utilisent ces produits de le faire à leur propre avantage, même si cela énerve les actionnaires.
Pensez aux tracteurs John Deere : quand le tracteur John Deere d’un fermier tombe en panne, on s’attend à ce qu’il le répare, en installant de nouvelles pièces pour remplacer ce qui ne fonctionne plus. Mais le tracteur ne reconnaît pas ces nouvelles pièces et refuse de démarrer tant que le fermier n’a pas dépensé quelques centaines de dollars pour faire appel à un réparateur John Deere officiel, dont le seul travail consiste à saisir un code de déverrouillage sur la console du tracteur, pour initialiser la pièce et l’associer à l’ordinateur central du tracteur.
Modifier un tracteur pour contourner cette étape d’activation est une violation de la loi anti-contournement. Cela signifie que des fermiers partout dans le monde sont coincés par cette arnaque, parce que leur propre gouvernement mettra sous les barreaux quiconque modifie un tracteur pour désactiver le système d’association de pièces de ce produit étasunien.
Mais que se passerait-il si le Canada abrogeait le projet de loi C-11 de la loi de modernisation du droit d’auteur de 2012 (c’est notre loi anti-contournement) ? Alors, une entreprise comme Honeybee, qui fabrique des capots de tracteurs, pourrait embaucher quelques bon·ne·s étudiant·e·s en informatique de l’Université de Waterloo, les mettre au travail sur le déverrouillage du logiciel des tracteurs John Deere, et le mettre à disposition du monde entier. Ils pourraient vendre la solution à toute personne disposant d’une connexion Internet et d’un moyen de paiement, y compris ce pauvre fermier étasunien dont nous avons soumis le soja à des droits de douane.
Il est difficile de mesurer les sommes en jeu ici. Prenons juste un exemple : l’App Store d’Apple. Apple force tous ses vendeurs d’application à utiliser son système de paiement, et prend une commission de 30 % sur chaque euro dépensé dans une application.
30 % ! C’est une affaire tellement rentable qu’Apple en tire 100 milliards de dollars chaque année. Si l’Union Européenne abrogeait l’article 6 de la Directive sur le droit d’auteur, quelques geeks malins en Finlande pourraient faire de la rétro ingénierie sur les systèmes de démarrage d’App et créer un appareil qui déverrouille les téléphones afin qu’ils puisent utiliser des magasins d’application alternatifs. Ils pourraient vendre cet appareil, ainsi que l’infrastructure nécessaire pour faire tourner un magasin d’application à toute personne dans le monde qui souhaite entrer en compétition avec Apple pour capter ses utilisateurs et ses éditeurs d’applications.
Ces concurrents pourraient offrir une réduction de 90 % à tou·te·s les bricoleur·euse·s de Etsy, tou·te·s les artistes de Patreon, tous les médias d’actualité, tou·te·s les développeur·euse·s de jeux, tous les systèmes de VOD. Ils pourraient leur offrir 90 % de réduction sur les paiements et quand même gagner 10 milliards de dollars par an.
Peut-être la Finlande n’aura-t-elle jamais de nouveau Nokia, car c’est une affaire difficile à reproduire. Il faut fabriquer du matériel, ce qui coûteux et risqué. Mais si l’Union Européenne légalise le déverrouillage, c’est Apple qui devrait engager tous les coûts et les risques de fabrication et de déploiement du matériel, tandis que ces geeks finlandais pourraient écrémer les 100 milliards de dollars qu’Apple pompe de l’économie globale par son arnaque à la rente illégitime.
Comme l’a dit Jeff Bezos aux éditeurs : « Vos marges bénéficiaires sont mes opportunités ». Avec ces gens là, c’est toujours « disruption pour vous mais pas pour moi ». Quand ils nous font ça, il appellent ça du progrès. Quand on le leur fait, c’est du piratage. Et tous les pirates veulent devenir des amiraux.
Et bien, tant pis. Bougez vite et cassez les choses de Tim Cook. Bougez vite et cassez les rois ! [NdT : c’est une référence à la citation « move fast and break things » de Mark Zuckerberg. Doctorow emploie la formule « Move fast and break kings » dans la version originale]
C’est marrant : j’ai passé 25 ans de ma vie à me faire botter les fesses par le bureau du représentant au commerce étasunien (pour ma défense, le combat n’était pas équilibré). J’ai développé une sorte d’admiration réticente pour leur capacité à lier le monde entier à un système commercial qui confère des avantages injustes aux États-Unis et à leurs entreprises, leur laissant le champ libre pour piller les données et les économies du monde. Il a donc été particulièrement impressionnant de regarder Trump démanteler en un clin d’œil le système commercial mondial et détruire la situation dans laquelle les affaires du monde étaient organisées pour protéger les intérêts de la classe capitaliste étasunienne.
Ce n’est pas le chemin que j’aurais choisi, évidemment. J’aurais préféré que cette avancée ait lieu sans Trump. Mais, si Trump insiste, j’accepte cet énorme but contre son camp. Je ne dis pas que je suis devenu accélérationniste, mais au point où on en est, je ne suis plus vraiment « non-accélérationniste ».
Vous devez avoir entendu dire que certains gouvernements ont tenté de pousser Apple à ouvrir son magasin d’application, et ils ont totalement échoué. Quand l’Union Européenne frappe Apple d’une ordonnance dans le cadre du Règlement sur les marchés numérique (DMA), Apple répond en proposant d’autoriser les magasins tiers, mais seulement s’ils vendent des applications qu’Apple a approuvées.
Et bien que ces magasins d’application puissent utiliser leur propres systèmes de paiement, Apple leur facturerait tant de frais pourris que cela deviendrait plus cher. Et si Apple détermine qu’un téléphone a été utilisé hors de l’Union Européenne pendant plus de 21 jours, toutes les données et applications seraient supprimées.
Quand l’Union Européenne a expliqué que cela n’était pas conforme à la réglementation, Apple a menacé de se retirer de l’Union Européenne. Puis, une fois que tout le monde a cessé de rire, Apple a déposé plus d’une douzaine de recours bidon, dans le but de bloquer la situation dans les tribunaux pendant une décennie, tout comme Google et Meta l’ont fait pour le RGPD.
Il n’est pas clair que l’Union Européenne soit en capacité de forcer Apple à écrire du code qui ouvre la plateforme iOS à des magasins d’applications et des systèmes de paiement alternatifs. Mais il y a une chose que l’UE peut faire de manière fiable à 100 % : elle peut décider de ne pas laisser Apple utiliser les tribunaux européens dans le but de faire fermer les entreprises européennes qui déverrouillent les téléphones pour défendre les éditeurs, artistes, bricoleur·euse·s, médias d’actualité, développeur·euse·s de jeux et créateur·ice·s européen·ne·s contre les arnaques d’Apple.
Tout ce que l’Union Européenne a besoin de faire, c’est d’abroger l’Article 6 de la Directive sur le droit d’auteur et, ainsi, priver Apple du privilège d’utiliser le système judiciaire européen pour consolider sa taxe annuelle de 100 milliards de dollars sur l’économie numérique du monde. Les entreprises européennes qui réaliseront à quel point il est rentable de déverrouiller des iPhones auront des clients du monde entier, y compris des États-Unis, où Apple n’utilise pas seulement son veto pour décider quelles applications vous pouvez faire tourner sur votre téléphone pour siphonner 30 % de chaque dollar que vous dépensez, mais aussi pour retirer des applications qui protègent ses clients de la prise de pouvoir fasciste de Trump.
En octobre dernier, Apple a viré l’application « ICE Block » de l’App Store. C’est une application qui sert à prévenir les utilisateurs si une équipe de voyoux masqués de l’ICE est dans les parages à la recherche de quelqu’un à kidnapper et à envoyer dans un goulag à l’étranger. Apple a classé en interne les kidnappeurs de l’ICE comme un « groupe protégé », et a déclaré que l’application ICE block était une atteinte aux droits de ces pauvres voyous de l’ICE.
Et puisque nous parlons des brutes de l’ICE, de nombreux techniciens qualifiés ont fui les États Unis cette année, devançant les bataillons de l’ICE qui voulaient les placer ainsi que leurs enfants dans un camp. Ces hackers compétents vivent maintenant partout dans le monde, rejoints par des investisseurs qui aimeraient bien soutenir une affaire dont le succès sera déterminé par la qualité de ses produits, et non par le nombre de cryptomonnaies $TRUMP qu’ils achètent.
Les marges bénéficiaires d’Apple pourraient être leur opportunité.
Légaliser le déverrouillage, piller les activités aux plus hautes marges des entreprises les plus rentables des États-Unis est une bien meilleure réponse aux droits de douane de Trump que des représailles par droit de douanes.
En premier lieu, il s’agit d’une réponse ciblée : visez les marges des géants du numérique, et vous vous attaquez frontalement à ces entreprises dont les PDG ont chacun payé un million de dollars pour s’asseoir derrière Trump le jour de son investiture.
Piller les marges bénéficiaires des géants du numérique n’est pas une attaque contre le peuple des États-Unis, ni contre les petites entreprises des États-Unis qui se font arnaquer par les géants du numérique. C’est une attaque contre les entreprises qui arnaquent quotidiennement le monde entier comme les étasuniens. C’est un moyen de rendre chacun plus riche au profit de ces entreprises arnaqueuses.
Et c’est vachement mieux que brûler des centaines de milliards de dollars pour construire des centres de données dédiés à l’IA dans l’espoir qu’un jour, un secteur qui a perdu un billion de dollars pour produire des agents conversationnels pourris trouve enfin un usage aux cartes graphiques qui ne soit pas une hémorragie financière dès qu’ils les branchent.
Voilà donc nos nouveaux alliés dans la guerre de l’informatique grand public : des entrepreneurs et des techniciens qui veulent faire des milliards de dollars en pillant les marges bénéficiaires des géants du numérique, et des législateurs qui veulent que leur pays soit celui de la dé-merdification. Le pays qui n’a pas seulement protégé l’argent et la vie privée de son peuple en achetant des déverrouillages à d’autres pays, mais plutôt le pays qui a fait des milliards de dollars en vendant au reste du monde ces technologies de protection de la vie privée et du portefeuille.
C’est une alliance puissante, mais ce ne sont pas les seuls alliés que Trump a poussé dans notre camp. Il y a un autre allié puissant qui attend dans les coulisses.
Vous vous souvenez quand, en juin dernier, la Cour Pénale Internationale de la Haye avait publié un mandat d’arrêt contre le génocidaire Benjamin Netanyahou, et Trump avait désavoué la CPI, et alors la CPI avait perdu son accès à Outlook, ses archives email, ses fichiers de travail, ses carnets d’adresses, ses calendriers ?
Microsoft a dit qu’ils n’avaient pas planté la CPI, que ce n’est qu’une coïncidence. Mais au petit jeu de « c’est lui qui l’a dit ! Non, c’est Clippy ! » entre les juristes de la CPI et les monopolistes condamnés de Microsoft, je sais qui croire.
C’est exactement le genre de risque infrastructurel dont on nous avait prévenu si nous laissions des entreprises chinoises comme Huawei fournir nos équipements téléphoniques essentiels. Quasiment tous les ministères, toutes les grandes corporations, toutes les petites entreprises et tous les foyers du monde se sont enfermés dans un service de cloud basé aux États-Unis.
La poignée d’entreprises du numérique étasuniennes qui fournissent les outils d’administration du monde entier sont vulnérables à la pression de l’administration Trump, et cela signifie que Trump peut planter une nation entière.
L’attaque contre la CPI était un acte de cyberguerre, tout comme les hackers russes qui arrêtent des centrales électriques ukrainiennes, sauf que Microsoft n’a pas besoin de pirater Outlook pour planter la CPI : elle possède Outlook.
En vertu du CLOUD Act étasunien de 2018, le gouvernement étasunien* peut contraindre toute entreprise basée aux États-Unis à divulguer des données de ses utilisateurs – y compris celles de gouvernements étrangers – et peu importe l’endroit où sont stockées ces données. En juillet dernier, Anton Carniaux, directeur des affaires publiques et juridiques de Microsoft France, a déclaré à une commission d’enquête du gouvernement français [NdT, en fait il s’agit d’une commission d’enquête parlementaire, pouvoir législatif, et non du gouvernement, pouvoir exécutif] qu’il ne pouvait pas « garantir » que Microsoft ne transmettrait pas des données sensibles françaises au gouvernement étasunien, même si ces données étaient stockées dans un centre de données européen.
Et toujours en vertu du CLOUD Act, le gouvernement étasunien peut imposer des obligations de silence aux entreprises qu’il force à cracher ces données, tant et si bien qu’il n’y aurait aucun moyen de savoir si cela a eu lieu ou si c’est déjà arrivé auparavant.
Ça ne s’arrête pas aux outils administratifs : souvenez-vous, en 2022, lorsque les voyous de Poutine ont pillé des tracteurs John Deere d’une valeur de plusieurs millions de dollars en Ukraine et que ces tracteurs sont apparus en Tchétchénie ? L’entreprise John Deere les a éteints à distance et les a rendus inutilisables.
John Deere est aussi vulnérable que Microsoft face à l’administration Trump, et ils peuvent rendre inutilisables la plupart des tracteurs au monde. Et ceux qu’ils ne peuvent pas désactiver sont probablement faits par Massey Ferguson, deuxième entreprise du cartel agro-technologique, qui est aussi une entreprise étasunienne et tout aussi vulnérable face aux attaques politiques du gouvernement étasunien.
Mais bon, rien de tout cela ne surprendra les dirigeants mondiaux. Même avant que Trump et Microsoft ne rendent la CPI inopérante, ils essayaient déjà de trouver un moyen d’atteindre la « souveraineté numérique ». Mais l’attitude et la rhétorique scandaleuses de l’administration Trump au cours des 11 derniers mois a fait passer la « souveraineté numérique » de facultative à essentielle.
Alors enfin, des choses se mettent en mouvement, comme « Eurostack », un projet visant à cloner les fonctionnalités des silos des géants du numérique étasuniens sous forme de logiciels libres/open source, et à construire des centres de données basés dans l’Union Européenne sur lesquels on pourra déployer le code de ces logiciels.
Mais Eurostack va au devant d’une crise. C’est super de fabriquer des services ouverts, hébergés localement, auditables et dignes de confiance qui répliquent les fonctionnalités utiles des géants de la tech mais on a aussi besoin de construire les outils d’interopérabilité antagonistes qui permettent d’exporter en masse des millions de documents, les structures de données sensibles et les historiques de modifications.
On a besoin de scrapers et de navigateurs sans interface graphique pour mettre au point l’interopérabilité antagoniste qui garantira une continuité de service aux institutions encore hébergées par des services cloud étasuniens, car les entreprises étasuniennes ne faciliteront pas d’elles-mêmes l’exode massif de leurs clients internationaux hors de leurs plateformes.
Il suffit de voir comment Apple a répondu à la demande, relativement mineure, d’ouvrir l’App Store de iOS, pour imaginer l’amplitude du traînage de pied, de la bouderie et de la conformité malveillante qu’ils appelleront à leur rescousse face au départ de nombre d’entreprises et de gouvernements dans un bloc de 27 nations remplies de 500 000 riches consommateurs.
Un essai de souveraineté numérique nécessite des outils de migrations qui fonctionnent sans la coopération des géants du numérique. Sinon c’est comparable à construire des habitations pour des allemands de l’est et les situer à Berlin ouest. Quelle que soit la taille des logements, votre audience cible va avoir du mal à déménager si vous ne détruisez pas d’abord le mur.
La première étape pour détruire ce mur est de tuer les lois anti-contournement, afin que l’on puisse faire tourner des outils virtuels pouvant être scriptés, casser les systèmes de démarrage pour changer les micrologiciels et plus généralement prendre le contrôle des moyens de calcul.
Nous sommes dans le troisième bloc de l’armée de dé-merdification : pas seulement les hippies des droits numériques, comme moi ; pas seulement les entrepreneurs et le secteur économique se frottant les mains à l’idée de transformer les milliards étasuniens en millions européens mais aussi tous les faucons sécuritaires qui sont totalement confortés dans leur peur de l’abandon complet de leur sécurité numérique nationale aux mains de plateformes étasuniennes qui ont montré leur manque complet de fiabilité.
C’est comme cela que nous aurons un internet post-étasunien : avec une coalition inarrêtable d’activistes, d’entrepreneurs et de conseillers en sécurité intérieure.
Cela vient de loin. Depuis l’ordre international mis en place après la guerre [NdT : la deuxième guerre mondiale], le monde a traité les États-Unis comme une plateforme neutre, un garant de confiance stable des systèmes essentiels aux échanges mondiaux. C’est ce que les politologues Henry Farrell et Abraham Newman appellent « l’Empire souterrain ». Mais lors des 15 dernières années, les États-Unis ont systématiquement brisé la confiance mondiale en leurs institutions, un processus qui n’a fait que s’accélérer sous Trump.
Prenez les câbles à fibre optique transocéaniques : la manière dont les routes que suivent ces câbles sont planifiées fait que la majorité d’entre eux font escale sur les côtes des États-Unis, là où les interconnexions sont gérées. Il y a de bons arguments en faveur de cette topologie de réseaux en étoile, surtout en comparaison avec la mise en place de liaisons directes entre tous les pays. Ce serait un problème de complexité O(N²) : relier directement chacun des 205 pays de la planète Terre les uns avec les autres nécessiterait 20 910 liaisons en fibre.
Mais mettre tous les œufs des télécommunications mondiales dans le (même) panier étasunien ne marche que si les États-Unis ne tirent pas profit de leur centralité. Et alors que beaucoup de gens se souciaient de ce que les États-Unis pouvaient faire à la tête de l’infrastructure mondiale, ce n’est qu’avec les révélations de Mark Klein en 2006 sur les écoutes à l’échelle nationale de la NSA du réseau de fibres optiques de AT&T, et les documents d’Edward Snowden en 2013 qui montrait l’ampleur mondiale de ces écoutes, que le monde a dû se confronter à cette réalité indéniable : on ne pouvait plus faire confiance aux États-Unis comme centre mondial de la fibre.
Ce n’est pas que de la fibre. Le monde fait affaire en dollars. La plupart des pays maintiennent des comptes en dollars à la Réserve Fédérale étasunienne comme principale source de réserves de change. Mais en 2005, des fonds vautours étasuniens ont racheté des milliards de dollars de bons du Trésor argentin après que la nation souveraine d’Argentine se soit déclarée en faillite.
Ils ont convaincu un juge à New-York de leur céder les avoirs étasuniens du gouvernement argentin pour percevoir le remboursement de prêts que ces recouvreurs de dette n’avaient pas émis, mais qu’ils avaient acheté pour une bouchée de pain. À ce moment-là, tous les gouvernements du monde ont dû se confronter au fait qu’ils ne pouvaient pas faire confiance à la Réserve Fédérale étasunienne pour leurs réserves de change. Mais qu’auraient-ils pu faire d’autre ?
Sans réponse claire, la domination du dollar continua, mais ensuite, sous Biden, les oligarques alignés avec Poutine et les entreprises russes ont perdu l’accès au système SWIFT [NdT, un réseau de messagerie sécurisé utilisé par les banques du monde entier pour se transmettre des ordres de paiement] pour le règlement en dollars. Puisque les biens — tels que le pétrole — sont vendus en dollars, ces acheteurs doivent seulement trouver quelqu’un qui échange leur propre monnaie en dollars, qu’ils peuvent alors échanger contre n’importe quel bien dans le monde.
Encore une fois, il y a un bon argument en faveur du règlement en dollars : il n’est tout simplement pas pratique d’avoir à gérer les quasi 200 devises du monde de pair à pair. C’est un autre problème de complexité O(N²).
Mais cela ne marche que si le dollar est une plateforme neutre. À partir du moment où le dollar devient un instrument de la politique étrangère étasunienne, que vous soyez d’accord avec cette politique ou pas, ce n’est plus une plateforme neutre et le monde entier se met à la recherche d’alternatives.
Personne ne sait ce que cette alternative sera, tout comme personne ne sait quelle disposition finiront par prendre les liaisons fibre du monde entier. Il y a des kilomètres de fibre déployées sur les fonds océaniques, et des pays sont en train de tenter des paris plutôt improbables en guise d’alternative au dollar, comme l’Éthiopie qui réévalue sa dette souveraine en renminbi chinois [NdT, nom officiel du yuan, la monnaie chinoise]. Sans une alternative claire aux plateformes américaines merdifiées, le siècle post-étasunien est bon pour un départ sur des chapeaux de roue.
Mais il y a un système post-étasunien qui est facile à imaginer. Le projet de remplacer toutes les boites noires connectées au cloud, dotées de portes dérobées et auxquelles on ne peut pas se fier, qui font tourner nos institutions, nos implants médicaux, nos véhicules et nos tracteurs, par un code ouvert, libre, fiable, vérifiable et maintenu collectivement.
Ce projet est le seul qui tire profit des économies d’échelle au lieu de se retrouver paralysé par des crises exponentielle de mise à l’échelle. Cela vient du fait que n’importe quel outil libre et ouvert adopté par une institution publique – comme les services Eurostack – peut être audité, localisé, soumis à des tests de sécurité, débuggé et amélioré par des institutions de tous les autres pays.
C’est un bien commun, plutôt comme une science que comme une technologie. Il est universel, international et collaboratif. Nous n’avons pas de principes concurrents pour l’ingénierie structurelle entre la Chine et Occident. Nous avons plutôt des principes universels pour nous assurer que les bâtiments ne s’écroulent pas, adaptés aux circonstances locales.
Nous ne tolérerions pas de secret dans les calculs effectués pour maintenir nos bâtiments debout et nous ne devrions pas tolérer d’opacité dans le logiciel qui maintient en activité nos tracteurs, prothèses auditives, ventilateurs, pacemakers, trains, jeux de console, téléphones, caméras de surveillance, serrures et ministères gouvernementaux.
Le fait est que le logiciel n’est pas un atout, c’est une responsabilité. Les capacités que l’exécution d’un logiciel apporte — automatisation, production, analyse et administration — ça ce sont des atouts. Mais le logiciel en lui-même ? C’est une responsabilité. Vulnérable, fragile, qui tombe sans cesse en panne au fur et à mesure que les logiciels en amont, en aval ou qui lui sont accolés sont mis à jour ou remplacés, révélant au passage des défauts ou des défaillances dans des systèmes qui ont pourtant bien marché depuis des années.
Passer à une production de logiciel basée sur les biens communs est un moyen de réduire les responsabilités que le logiciel impose à ses créateurs et utilisatrices, en répartissant cette responsabilité entre plusieurs acteurs.
Évidemment, les patrons du secteur du numérique sont complètement à l’ouest sur ce sujet. Ils croient que le logiciel est un atout. C’est pour ça qu’ils sont si excités par leurs chatbots qui chient des logiciels à des vitesses surhumaines. Ils pensent qu’il est bon d’avoir un chatbot qui « produit mille fois plus de code qu’une développeuse ».
Produire du code qui n’est pas conçu pour la lisibilité et la maintenabilité, mais qui est plutôt optimisé pour la vitesse de production est un moyen d’accumuler de la dette technique à grande échelle.
C’est un parfait résumé de toute cette histoire d’IA : le chatbot ne peut pas faire ton travail mais un commercial qui vend des IA peut convaincre ton patron de te virer et de te remplacer par un chatbot qui ne peut pas faire ton travail.
Ton patron est une cible facile pour le vendeur de chatbot qui racole, parce que ton patron te déteste. Les patrons savent bien que s’ils ne venaient pas travailler, les affaires continuerait à tourner toutes seules, mais si les travailleurs arrêtaient de se pointer, l’entreprise s’effondrerait instantanément.
Les patrons aiment à croire qu’ils sont à la place du conducteur, mais ce qu’ils redoutent le plus c’est d’être attachés à la banquette arrière avec un volant Fisher Price. Pour eux, l’IA est un moyen de relier directement le volant jouet à la transmission du véhicule. C’est l’accomplissement du fantasme de l’entreprise sans travailleuses.
Quand j’étais allé au piquet de grève à Hollywood pendant la grève des scénaristes, l’un d’eux m’a raconté qu’on prompte une AI de la même manière qu’un patron de studio donne ses mémos pourris à une équipe de scénaristes : « Faites moi E.T. mais centrez le autour d’un chien et donnez lui une histoire d’amour et une course-poursuite en voiture pendant le troisième acte ».
Dites ça à des scénaristes, iels vous traiteront d’idiot en costard et iels vous diront « Pourquoi tu retournes pas dans ton bureau sur ton fichier excel. Ici, les adultes sont en train d’écrire un film ».
À l’inverse, si vous donnez ce prompt à un chatbot, il chiera allègrement un script qui colle à la demande. Le fait que ce script soit affreux et inutilisable est moins important que la perspective d’une vie de travail où personne ne vous traite d’idiot en costard.
L’IA fait miroiter la promesse d’une équipe de scénaristes sans scénariste, d’un film sans actrice, d’un hôpital sans infirmier, d’une agence web sans développeuse.
Quand Mark Zuckerberg avait déclaré dans un podcast que l’étasunien moyen avait trois amis, mais qu’il voulait en avoir 15 et qu’il pourrait satisfaire ce besoin en nous donnant des chatbots comme amis, on lui est tous tombé dessus en le traitant de martien milliardaire déconnecté qui ne comprenait rien à la nature de l’amitié.
Mais la réalité, c’est que pour Zuck, vos amis sont un problème. Les interactions avec vos amis déterminent combien de temps vous passez sur ses plateformes et donc combien d’annonces publicitaires rémunérées il peut vous montrer.
Vos amis refusent obstinément d’organiser leur relation avec vous afin de maximiser la rentabilité pour ses actionnaires. Du coup Zuck est là-bas, à Menlo Park, en train de fantasmer furieusement sur le remplacement de vos amis par des chatbots, parce que, comme ça, il pourra enfin atteindre le rêve d’un service de média social sans aucune sociabilité.
Les riches et les puissants sont, à la base, des solipsistes. Le seul moyen d’amasser un milliard de dollars est d’infliger des misères et des privations à des pans entiers de la population. Le seul moyen de se regarder dans la glace après avoir fait ça, c’est de se convaincre que ces gens ne comptent pas et que, d’une certaine manière, ils ne sont pas réels.
Pensez à Elon Musk traitant quiconque n’étant pas d’accord avec lui de « PNJ » [NdT : un « personnage non jouable », i.e un personnage « figurant » non contrôlé par un joueur] ou pensez à tous ces « altruistes efficaces » qui pensent avoir une morale supérieure en prétendant se soucier de 53 billions d’humains imaginaires qui existeront dans 10 000 ans, au détriment de la considération morale due aux personnes vivantes d’aujourd’hui.
Ou encore à la manière dont Trump a viré tous les scientifiques du gouvernement étasunien, puis a annoncé lancement du programme « Genesis », avec pour objectif que les États-Unis produiront des avancées scientifiques annuelles d’une magnitude comparable à un lancement vers la Lune, via un chatbot. La science sans scientifiques.
Les chatbots ne peuvent pas vraiment faire de science mais, aux yeux de Trump, ils seront toujours meilleurs que des scientifiques, parce qu’un chatbot ne lui dira jamais de ne pas regarder directement une éclipse ou de ne pas s’injecter de l’eau oxygénée dans les veines. Un chatbot ne lui dira même pas que les personnes transgenres existent ou que l’urgence climatique est réelle.
Les puissants sont à fond sur l’IA parce qu’elle alimente leurs fantasmes d’un monde sans humains : un patron, un ordinateur uniquement. Pas de confrontations avec des gens compétents en train de vous dire « non » qui ferait mal a l’égo.
L’IA est un moyen de produire de la dette technique à grande échelle, de remplacer des écrivains talentueux par des systèmes d’autocomplétion osés et défaillants, et de perdre de l’argent dans des proportions jamais observées de mon vivant.
Comparez ça avec la construction d’un internet post-étasunien : qui réduit la dette technique, qui libèrent les billions du monopole étasunien, puis les répartit aux entrepreneurs du monde entier (pour qui cela représente des profits inouïs) et aux utilisateurices du monde entier (pour qui cela représente des économies inouïes) ; tout cela en consolidant résilience et souveraineté.
Bon, certaines d’entre vous sont probablement un peu cyniques sur ce sujet à l’heure actuelle. Après tout, vos dirigeants politiques ont fait étalage d’une déférence inefficace et incompétente à l’égard des États-Unis pendant des décennies, et d’une incapacité à agir, même quand le besoin était urgent. Si nos dirigeants n’ont pas pu agir résolument face à l’urgence climatique, quel espoir avons-nous de les voir prendre ce moment historique au sérieux ?
Mais les crises accélèrent le changement. Vous vous souvenez quand un autre empereur fou — Vladimir Poutine — a envahi l’Ukraine et que l’Europe a dû faire face à une pénurie d’énergie soudaine ? En trois petites années, l’adoption du solaire a atteint des sommets sur le continent. L’UE est passée de 15 ans de retard dans la transition énergétique à 10 ans d’avance sur ses prévisions.
Parce que quand vous tremblez dans le noir, beaucoup de batailles que vous ne pensiez pas dignes d’être menées deviennent soudainement des batailles existentielles que vous ne pouvez pas vous permettre de perdre. Bien sûr, personne ne veut se chamailler avec un voisin pénible qui pique une crise de colère esthétique rien qu’à l’idée d’un panneau solaire accroché au balcon de son voisin.
Mais quand vient l’hiver, qu’il n’y a plus de gaz russe et qu’on tremble dans le noir, alors cette personne peut prendre ses objections esthétiques, les replier plusieurs fois et se les fourrer dans le derrière.
De toute façon, nous n’avons pas besoin que l’Europe mène la charge vers un Internet post-étasunien en abrogeant les lois anti-contournement. N’importe quel pays pourrait le faire ! Et le pays qui le fait en premier va profiter du fait de fournir des outils de déverrouillage au reste du monde, il deviendra la Nation de la Dé-merdification, et le reste du monde pourra acheter ces outils et se défendre contre le pillage financier et de la vie privée des entreprises étasuniennes.
Il suffit qu’un seul pays brise le consensus, et les arguments pour que tous les pays le fassent n’ont jamais été aussi puissants. Avant, les pays qui dépendaient de USAID [NdT: l’Agence de Développement étasunienne, qui avait divers programmes d’assistance en place] risquaient de perdre un soutien alimentaire, sanitaire et monétaire s’ils se mettaient à dos les États-Unis. Mais Trump a détruit USAID, donc cette dépendance a disparue.
Pendant ce temps, la place des États-Unis en tant que plus gros consommateur de la planète a été démolie par des décennies de politiques anti-travailleureuses et pro-milliardaires. Aujourd’hui, les États-Unis sont aux prises avec leur troisième reprise « en forme de K » , c’est-à-dire une reprise économique où les riches s’enrichissent, et les autres s’appauvrissent. Pendant une génération, les États-Unis ont dissimulé cette inégalité grandissante avec des crédits facile à obtenir, les étasuniens moyens finançant leur consommation avec des cartes de crédit et une seconde ou une troisième hypothèque.
Tant qu’iels pouvaient se permettre de continuer à acheter, les autres pays devaient se préoccuper des États-Unis en tant que marché d’export. Mais une extraction longue a laissé les 90 % des étasuniens les plus pauvres en difficulté pour acheter à manger et des produits de première nécessité, les frais de logements, d’éducation et de santé qui s’envolent produisant des dettes écrasantes qu’iels ne peuvent espérer rembourser, suite à 50 années de stagnation des salaires.
L’administration Trump s’est rangée fermement du côté des créanciers, des escrocs et des rentiers. Trump a neutralisé les plaintes contre les agences immobilières qui augmentent les loyers, telles que Realpage, relancé le paiement des dettes de 8 millions d’étudiant·e·s, et mis fin à un plan qui visait à rendre les médicaments essentiels un peu moins chers, laissant les étasuniens payer les prix les plus élevés au monde pour les médicaments.
Chaque dollar dépensé pour payer un emprunt est un dollar qui n’est pas dépensé pour la consommation. Et alors que toujours plus d’étasuniens glissent dans la pauvreté, les États-Unis détruisent les programmes qui profite au public, comme SNAP, le programme de bons alimentaire qui évite la famine à une part toujours plus grande d’étasuniens.
Les États-Unis poursuivent le rêve d’un « monde sans les gens », dans lequel les travailleurs n’ont rien, ne dépensent rien, et donnent chaque centime à des rentiers qui injectent rapidement cet argent dans le marché financier, les crypto-merdes ou les sites de paris. Mais je me répète.
Même l’armée étasunienne — longtemps une institution sacro-sainte — est mise à genou pour enrichir les rentiers. Le Congrès vient d’enterrer une loi sur le « droit à la réparation » militaire. Maintenant, les soldats étasuniens basés à l’étranger vont devoir poursuivre la fière tradition du Pentagone de renvoyer le matériel, des générateurs aux jeeps, jusqu’aux États-Unis pour qu’ils soient réparés par leurs fabricants avec une marge de 10 000 %, parce que le Pentagone signe régulièrement des contrats de maintenance qui interdisent d’apprendre à un Marine comment réparer un moteur.
Le monde post-étasunien est vraiment en train d’arriver à toute vitesse. Au fur et à mesure qu’on abroge nos lois anti-contournement, on n’a plus à se soucier de ce que pensent les États-Unis, on n’a plus à se soucier de ses droits de douane parce qu’ils sont déjà en train de nous taper avec des droits de douane ; et parce que les seules personnes qui peuvent encore s’acheter des choses aux États-Unis sont les riches, qui n’achètent pas assez de choses. Il y a une limite au nombre de Lambos [NdT, diminutif de la marque de voiture Lamborghini] et de Sub-Zeros [NdT, marque de réfrigérateur de luxe] qu’un ploutocrate, même le plus guillotinable, peut posséder.
Mais que se passerait-il si les entreprises européennes voulaient continuer à tirer profit des lois anti-contournement ? Et bien il y a de bonnes nouvelles de ce côté là également. « Bonnes nouvelles » parce que les entreprises européennes qui dépendent de l’anti-contournement sont impliquées dans les fraudes les plus sordides et dégoûtantes que l’on puisse imaginer.
Les lois anti-contournement sont la raison pour laquelle Volkswagen a pu s’en sortir avec le Dieselgate. En imposant une responsabilité juridique à ceux qui auraient pu découvrir ce crime létal en faisant de la rétro-ingénierie, l’article 6 de la loi sur le droit d’auteur a créé un effet dissuasif et des milliers d’européens sont morts chaque année.
Aujourd’hui, les constructeurs automobiles allemands perpétuent la tradition du Dieselgate, en sabotant leurs voitures pour prélever de l’argent aux conducteurs. Cela va de Mercedes, qui vous loue la pédale d’accélération de votre voiture de luxe et ne vous débloque la pleine accélération du moteur qu’en payant une souscription mensuelle, jusqu’à BMW, qui vous loue le système qui diminue automatiquement vos feux de route lorsqu’il y a des véhicules qui arrivent en face.
Légalisez le déverrouillage et n’importe quel garagiste en Europe pourrait débloquer ces fonctionnalités qui marchent à l’abonnement pour un paiement en une fois, sans ne rien en reverser à BMW et Mercedes.
Et puis il y a Medtronic, une entreprise qui prétend être irlandaise. Medtronic est la plus grande entreprise technologique dans le secteur médical, ayant racheté tous ses concurrents, et qui a ensuite entrepris la plus grande « inversion fiscale » de l’histoire, en se vendant à une petite entreprise irlandaise de manière à transformer comme par magie leurs profits en un état de grâce fiscale qui flotte sur la mer d’Irlande.
Medtronic fournit au monde les ventilateurs les plus répandus et les a piégés de la même manière que John Deere piège ses tracteurs. Après qu’un technicien hospitalier remplace une pièce dans un ventilateur Medtronic, l’unité centrale du ventilateur refuse de reconnaître ce composant tant qu’une validation cryptographique n’a pas été effectuée, prouvant ainsi qu’un technicien habilité par Medtronic a été payé des centaines d’euros pour certifier une réparation que le technicien de l’hôpital aurait probablement effectuée.
C’est juste une manière de pomper des centaines d’euros des hôpitaux chaque fois qu’un ventilateur tombe en panne. En soi c’est déjà assez vilain comme ça mais pendant les confinements dus au Covid, quand chaque ventilateur était d’une nécessité vitale et que les avions ne volaient plus, il n’y avait pas moyen qu’un technicien Medtronic vienne et bénisse les réparations techniques. Ce fut létal. Cela a tué des gens.
Il y a une autre société européenne qui compte sur l’anti-contournement dont je voudrais discuter ici parce que ce sont de vieux amis du CCC : il s’agit de la compagnie de trains polonaise Newag. Newag sabote ses propres locomotives, les piégeant de manière à ce que si jamais elles détectent qu’elles ont été déplacées dans le périmètre d’une compagnie concurrente, le train se met à l’arrêt. Quand l’opérateur du train appelle Newag à propos de ce mystérieux problème, la société se montre « aidante » en accédant aux ordinateurs de la locomotive pour effectuer des « diagnostics » qui ne sont rien d’autre qu’une commande de redémarrage qu’ils facturent 20 000 euros.
L’année dernière, des hackers polonais de la société de recherche en sécurité Dragon Sector ont présenté leurs découvertes sur cet odieux racket ici-même dans cette salle et, maintenant, ils sont poursuivis par Newag car dévoiler de manière avérée les produits intentionnellement défaillants de Newag contrevient aux lois anti-contournement.
Voici donc les acteurs en faveur des lois anti-contournement : les assassins du Dieselgate, les fabricants de voiture qui veulent vous louer vos phares et votre pédale d’accélération, le géant médical qui a planté tous les ventilateurs pendant la pandémie et la société qui a amarré la Pologne aux voies ferrées.
Je savoure l’opportunité de combattre ces bâtards à Bruxelles et de les voir se pointer et chouiner « Personne ne pense aux saboteurs de train ? ».
La merdification de la technologie, le délabrement des plateformes et systèmes sur lesquels on compte, a de nombreuses causes : l’effondrement de la compétition, la capture réglementaire [NdT, d’après wikipedia, « corruption de l’autorité qui se produit lorsqu’une entité politique, un législateur ou un organisme de réglementation est coopté pour servir les intérêts commerciaux, idéologiques ou politiques d’un membre mineur, tel qu’une aire géographique, une industrie, une profession ou un groupe idéologique »] et l’écrasement des travailleurs de la tech. Mais surtout, la merdification est le résultat de l’interdiction d’interopérabilité des lois anti-contournement.
En bloquant l’interopérabilité, en déclarant la guerre à l’informatique grand public nos décideurs ont créé un environnement merdigène qui a récompensé les entreprises qui se sont montrées merdiques et ont inauguré le merdocène, dans lequel tout est en train de se transformer en merde.
Marquons un temps d’arrêt dans la merdification. Réapproprions-nous les moyens informatiques. Construisons des alternatives de rechange, gratuites, ouvertes, et auditables aux services et logiciels dont nous dépendons.
Mettons un terme à l’ère des silos. Je veux dire, est-ce que ce n’est pas foutrement bizarre à quel point on doit se soucier de savoir quel réseau une personne utilise si on veut communiquer avec elle ? Au lieu de juste avoir à se demander à qui on veut parler ?
Le fait qu’on ait à déterminer si la discussion à laquelle on veut se joindre se déroule sur Twitter ou Bluesky, Mastodon ou Instagram, c’est la manière la plus Prodigy/AOL/Compuserve [NdT, Fournisseurs d’Accès Internet américains historiques, chacun d’entre eux doté de son propre écosystème] de faire tourner un monde numérique. Je veux dire, 1990 a appelé et il veut récupérer son jardin clos.
De puissants alliés se joignent à nous dans notre guerre de l’informatique grand public. Ce ne sont pas juste des gens comme nous, qui nous battons pour cela depuis que ce foutu siècle a commencé, mais aussi des pays qui veulent convertir les billions sur lesquels est assise la technologie étasunienne en combustible pour une fusée à usage unique qui propulse leur propre secteur technologique vers une orbite stable.
Ce sont les faucons de la Sécurité Nationale qui sont inquiets que Trump plante leurs ministères ou leurs tracteurs et qui sont aussi préoccupés, à juste titre, par Xi Jinping plantant leurs convertisseurs solaires et leurs batteries. Parce qu’après tout, l’internet post-étasunien est aussi un internet post-chinois.
Aucun champ ne devrait être conçu pour pouvoir être mis à jour sans l’autorisation de l’utilisateur. Rien de critique ne devrait être une boîte noire.
Comme je l’ai dit au début de cette conférence, je fais ce travail depuis 24 ans à l’Electronic Frontier Foundation, me jetant continuellement contre une porte verrouillée à double tour et maintenant que cette porte s’est entrouverte, bon sang de bonsoir, j’ai de l’espoir.
Je ne suis pas optimiste. Aux chiottes l’optimisme ! L’optimisme c’est l’idée que les choses vont s’arranger quoiqu’on fasse. Je sais que ce qu’on fait compte. L’espoir, c’est la conviction que si nous pouvons améliorer les choses, même de manière réduite, nous pouvons gravir la pente vers le monde que nous voulons et atteindre des points de vue plus élevés d’où nous verrons de nouveaux moyens d’actions, invisibles à notre altitude actuelle, se révéler.
L’espoir est une discipline. Cela demande de ne pas céder au désespoir. C’est pourquoi je suis ici pour vous dire : ne désespérez pas.
Pendant toute cette décennie, partout dans le monde, des pays ont pris les armes contre des conglomérats de pouvoir concentré. Nous avons eu de grosses attaques bien musclées contre les grosses corporations étasuniennes (sous Trump I et sous Biden) ; au Canada, au Royaume-Uni, dans l’Union Européenne et dans des pays membres comme l’Allemagne, la France et l’Espagne, en Australie, au Japon, en Corée du Sud, à Singapour, au Brésil et en Chine.
C’est un retournement de conjoncture quasi miraculeux. Partout dans le monde, les gouvernements déclarent la guerre aux monopoles, la source de richesse et de pouvoir des milliardaires.
Même le vent le plus fort est invisible. Nous ne pouvons que voir ses effets. Ce que nous voyons ici c’est que quand un politicien décidé à limiter le pouvoir des conglomérats lève une voile, peu importe où se trouve ce politicien dans le monde, sa voile se gonfle de vent et propulse sa politique d’une manière que nous n’avions pas vue depuis plusieurs générations.
La longue accalmie de la bataille contre le pouvoir des conglomérats s’est terminée et un vent féroce et inarrêtable est en train de souffler. Il ne souffle pas qu’en Europe, au Canada, en Corée du Sud, au Japon, en Chine, en Australie ou au Brésil. Il souffle en Amérique également. N’oubliez pas qu’aussi foireux et terrifiants soient les évènements aux États-Unis, le pays a traversé et continue de traverser un tsunami de projets de loi antitrust et de mesures coercitives à des échelles locales et fédérales.
Et n’oubliez pas qu’un internet post-étasunien sera bon pour les étasuniens. Parce que dans des États-Unis en forme de K, divisée et inégalitaire, les billions que pillent les entreprises étasuniennes ne ruissellent pas jusqu’aux étasuniens. L’étasunien moyen détient un portefeuille d’actions proche de zéro et cela inclut les actions dans Silicon Valley.
L’étasunien moyen n’est pas actionnaire dans un géant du numérique, l’étasunien moyen est une victime des géants du numérique. Libérer le monde des géants du numérique étasuniens, c’est aussi libérer les États-Unis des géants du numérique étasuniens.
Cela a été la mission de l’EFF pendant 35 ans. Cela a été ma mission à l’EFF pendant 25 ans. Si vous voulez vous impliquer dans cette bataille, et j’espère que vous le voulez, cela peut être votre mission, à vous aussi. Vous pouvez rejoindre l’EFF dans votre pays, comme Netzpolitik ici en Allemagne ou l’Irish Council for Civil Liberties, ou La Quadrature du Net en France ou l’Open Rights Group du Royaume-Uni, ou EF Finlande ou ISOC Bulgarie, XNet, DFRI, Quintessenz, Bits of Freedom, Openmedia, FSFE ou n’importe laquelle des douzaines d’organisations autour du monde.
La porte est entrouverte, le vent souffle, l’internet post-étasunien est devant nous : un internet nouveau et bon, qui apporte toute l’autodétermination du bon vieil internet et la facilité d’utilisation du Web 2.0 pour que tout le monde puisse s’en servir aussi.
J’ai tellement hate qu’on y traîne tous et toutes ensemble. Ça va être génial.
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