Les logiciels libres meurent lentement sans contributions

Dans une récente conférence où il présentait Contributopia, le projet pluriannuel de Framasoft, sous son angle politique, Pierre-Yves Gosset s’attachait à déboulonner quelques mensonges avec lesquels se rassurent les libristes. Le nombre présumé des contributeurs et contributrices, en particulier, était ramené à sa juste proportion :

Bien sûr, tout le monde ne peut pas envoyer des commits de code, mais l’exemple est symptomatique : le Logiciel Libre c’est surtout des consommateurs et consommatrices.

C’est ce que souligne également Carl Chenet, plume invitée ci-dessous. Il pointe en particulier le risque sérieux d’étiolement voire de disparition pure et simple des équipes parfois minuscules qui maintiennent des FOSS (Free and Open Source Software, appellation œcuménique qui joint Les logiciels libres et open source). Il en appelle à une contribution minimale qui consisterait au moins à faire connaître les projets et encourager les créateurs à continuer. Chez Framasoft, nous sommes tout à fait en phase avec cet appel, voyez par exemple cet article sur le Contribution Camp qui propose quelques pistes pour « avancer ensemble vers la contribution ».

Logiciels libres et open source : le consumérisme passif tue la communauté

Par Carl CHENET

article aussi publié en anglais sur mon blog

En bref : ne soyez pas un consommateur passif de logiciels libres. Cela va tuer la communauté FOSS ou lui nuire. Contribuez de n’importe laquelle des manières décrites dans cet article, même la plus élémentaire, mais contribuez quotidiennement ou de façon très régulière.

petite photo de l’auteur de l’article, carl Che

Je suis ingénieur système depuis plus de 10 ans maintenant et je travaille presque exclusivement avec des systèmes GNU/Linux. Je suis aussi profondément impliqué dans la communauté des logiciels libres et open source (FOSS) depuis longtemps et je passe beaucoup de temps sur les réseaux sociaux (surtout Twitter et Mastodon ces jours-ci). Et certains comportements m’énervent toujours autant.

Le consommateur se croit plus intelligent et plus efficace que les autres

De nombreux professionnels de l’informatique qui utilisent les logiciels libres affichent un comportement de pure consommation dans leur relation avec les logiciels libres. Par exemple ils essaient souvent d’utiliser un logiciel dans un environnement très spécifique (version spécifique d’une distribution GNU/Linux, version spécifique d’un logiciel). Ils ne réussissent pas à l’utiliser dans cet environnement ? Ce logiciel est évidemment de la merde, il devrait fonctionner avec les paramètres par défaut, sinon il n’est pas convivial. La documentation est disponible ? Qui lit le doc ? J’ai besoin de réponses maintenant, je n’ai pas le temps de lire la documentation ! Et qui a écrit cette merde d’ailleurs ?

Si la réponse n’est pas le premier lien StackOverFlow de la première recherche Google, je laisse tomber cette merde. Mon temps est précieux donc je vais essayer un autre logiciel (et perdre 2 fois plus de temps) ou mieux le coder moi-même (100 fois plus de perte de temps) et de telle manière qu’il sera impossible de le réutiliser bien sûr.

Les consommateurs passifs n’envoient jamais un rapport de bogue. C’est une perte de temps, qui réclame des efforts. Qui a le temps de l’écrire sauf les pigeons ? Pas même un ping au mainteneur ou au développeur principal du projet (ils devraient savoir, ils ont écrit cette merde !) Ok, je l’ai appelé sur Twitter il y a 2 minutes. Les gens ne répondent pas en une minute ? Allez vous faire foutre, bande de losers juste bons à perdre votre temps ! Je m’en tape qu’il soit 2h du matin pour lui.

Ok, ok, ok, c’est bon, je vais écrire un rapport de bug si les ouin-ouins insistent : ÇA MARCHE PAS BOUGEZ-VOUS LE CUL BANDE DE CONNARDS, CORRIGEZ ÇA MAINTENANT !

Faire un don au développeur ou à la développeuse ? Pour quoi faire ?

Même avec des logiciels qu’ils aiment et utilisent tous les jours et qui fonctionnent parfaitement, avec des mises à jour régulières parfaites, la plupart des professionnels de l’informatique ont exactement ce même comportement de consommation passive.

Ça fait 5 ans que ce logiciel alimente toute l’informatique, ce qui aide l’entreprise à gagner beaucoup d’argent ? Tout à fait. Le développeur principal demande de l’argent / de la reconnaissance par le biais des réseaux sociaux ? Sale clodo ! Il a besoin d’argent ? Moi aussi ! Cette personne a-t-elle un Patreon ? On s’en fout ! Ce type me doit d’utiliser son logiciel, il me casse les pieds, il adore coder gratuitement de toute façon ce pigeon.

L’aider en achetant une licence professionnelle pour ce logiciel ? MDR pour quoi faire ? Mon patron va se marrer en entendant ça. Personne ne paie pour les logiciels (sauf les pigeons). C’est gratuit, comme dans bière gratuite bébé !

Je vais même lui demander de modifier la licence parce que je ne peux pas utiliser ce logiciel (qu’il maintient gratuitement le con) dans ma propre suite logicielle propriétaire. Il devrait me remercier de l’aider à développer son logiciel, ce futur Marc Zuckerberg. Je suis presque sûr qu’il a gagné masse de thunes de toute façon. Il en aura pas par moi, pas question.

Et bien sûr, ce comportement de consommation passive a des impacts négatifs sur l’écosystème des logiciels libres. Vraiment. Habituellement, après quelques années, le développeur principal abandonne le projet. À ce moment-là, vous pouvez généralement lire ce genre de commentaires furieux sur son blog ou dans les rapports de bug « Espèce de branleur t’as plus mis à jour ton logiciel depuis des années, feignant va, des gens sérieux l’utilisent, réponds ou je laisse des milliers de commentaires insultants ! J’ai tout misé sur ton code, tu devrais me remercier à genoux. Espèce de communiste branleur, j’enlèverais mon étoile sur ton repo Gihub/Gitlab si je l’avais mis en vedette. Mais bien sûr que non, je ne vais pas mettre en vedette tous les projets que j’utilise, qu’est-ce que tu crois ? Contribuer d’une façon ou d’une autre ? Allez, faut grandir un peu, et faire avec. La vie est dure. »

Promouvoir les projets que vous utilisez et interagir avec eux

Afin de ne pas ressembler aux tristes personnages décrits plus haut, merci d’aider les projets que vous utilisez. Si votre entreprise gagne de l’argent grâce aux FOSS et que vous êtes chef d’entreprise, financer ou bloquer du temps pour que vos développeurs donnent un coup de main pour au moins un projet que vous utilisez quotidiennement semble un objectif raisonnable et démontre une certaine compréhension de l’écosystème FOSS.

Si vous êtes un employé d’une entreprise utilisant des FOSS, une étape très importante est de faire savoir à votre chef ou votre patron que des parties de votre infrastructure mourront à court terme (quelques années) si vous n’aidez pas ce projet de quelque façon que ce soit.

99,9 % des projets FOSS sont des projets maintenus par une seule personne. Cette petite bibliothèque JavaScript que le frontend du site web de votre entreprise utilise ou ce petit script de sauvegarde de base de données dont tout le monde se fout mais qui vous a déjà sauvé la vie 2 fois.

Si l’argent n’entre pas en jeu dans votre utilisation des FOSS et si vous fournissez un service gratuit à d’autres personnes, faites savoir aussi largement que possible que vous utilisez des FOSS et n’hésitez pas à remercier certains projets de temps en temps. Le simple fait de dire aux personnes par le biais de Mastodon ou Twitter que vous utilisez leurs logiciels peut leur remonter sacrément le moral. Mettez en vedette leurs projets sur Gitlab ou Github pour leur faire savoir (ainsi qu’aux autres) que ce projet est utile.

Quelques manières de contribuer

Voici une liste d’excellents moyens de contribuer :

• Faites savoir aussi largement que possible via les réseaux sociaux que votre dernière mise à jour de tel ou tel logiciel s’est déroulée sans problèmes. Faites passer le mot autour de vous.
• Rédigez un billet de blog décrivant vos expériences et la valeur ajoutée que ce grand projet FOSS a apportée à votre entreprise ou à vos projets. Suivez les développeurs principaux de différents projets sur Mastodon ou Twitter et retweetez/likez/pouétez… leurs dernières nouvelles de temps en temps.
• Écrivez un commentaire de remerciement sur le blog du projet ou sur le blog du développeur principal. La lecture de votre commentaire sera un rayon de soleil dans la journée du développeur de ce projet.

Mettez une étoile au projet feed2toot sur Gitlab

Ne soyez plus un consommateur passif

Ne soyez plus un consommateur passif de logiciels libres et open source. Le niveau moyen nécessaire pour contribuer à un projet et les attentes des créateurs de logiciels libres et open source augmentent de jour en jour dans un monde où la complexité et les interactions s’accroissent rapidement. Il n’y a souvent qu’une toute petite équipe (d’une seule à 5 personnes) qui est au cœur du développement fondamental des FOSS.

copie d’écran twit de Chent où il parle de la dernière version d’elastic stack
Je parle tous les jours des FOSS sur mes comptes Twitter et Mastodon

 

Contribuez de n’importe quelle manière décrite dans cet article, même la plus élémentaire, mais contribuez quotidiennement ou de façon très régulière. Vous aurez ainsi une participation concrète et fournirez de bonnes vibrations et d’excellents apports aux projets FOSS. Vos contributions changeront vraiment les choses, encourageront et (re)motiveront les personnes impliquées. C’est bon pour vous, vous allez améliorer vos compétences, acquérir des connaissances sur la communauté FOSS et de la visibilité pour votre entreprise ou vos projets. Et c’est une bonne chose pour la communauté FOSS que d’avoir de plus en plus de personnes qui contribuent par n’importe quelle action positive.

À propos de l’auteur

Carl Chenet, passionné de logiciels libres, auteur du Courrier du hacker, la lettre d’information hebdomadaire résumant l’actualité francophone du Logiciel Libre et Open Source




Avancer ensemble vers la contribution…

Contribuer, oui, mais comment ? Comment susciter des contributions, les accueillir, les dynamiser, lever les obstacles et les blocages de tous  ordres ?

Tel a été le questionnement à l’origine du Fabulous Contribution Camp qui s’est déroulé à Lyon, du 24 au 26 novembre dernier, à l’initiative de La Quadrature et de Framasoft. Toutes les personnes qui ont participé ont eu à cœur d’identifier les difficultés honnêtement mais aussi de proposer des pistes et des pratiques pour les surmonter…

Pour en témoigner, nous donnons la parole aujourd’hui à Maiwann qui est UX designer et que nous avions invitée. L’article ci-dessous est la simple republication de son compte-rendu sur son blog. Ses observations, ses réactions et ses chouettes sketchnotes font véritablement plaisir (bientôt peut-être d’autres billets des participants?) et nous indiquent des voies qui sont déjà celles de Contributopia.. C’est un début prometteur, parions que beaucoup d’associations pourront en tirer profit et continuer l’exploration de la contribution positive.

Fabulous Contribution Camp

Pour finir ce mois de novembre en beauté, j’ai été invitée par Framasoft à participer au Fabulous Contribution Camp qu’ils co-organisaient avec La Quadrature du Net. Je suis donc partie à Lyon pour rencontrer des contributeur·ice·s de tous horizons (et pas seulement de la technique !) pour parler des outils et de comment aider celleux qui le souhaitent à contribuer plus simplement.

Un petit état des lieux

Pyg le disait lors du Capitole du Libre (dans la conférence Contributopia que vous pouvez retrouver ici), la majorité des projets de logiciel libre sont soutenus par très peu (voire pas) de contributeur·ice·s. L’exemple le plus marquant est celui des pads (une alternative à GoogleDocs permettant d’écrire collaborativement en ligne): Sur l’année dernière, il n’y a pas une seule personne ayant réalisé plus de 50 contributions, alors que le logiciel est très populaire !

C’est assez inquiétant, et en même temps pour avoir déjà échoué personnellement, parfois On a l’envie de contribuer et on y arrive pas. Ce qui est quand même assez comique lorsqu’on voit à quel point le logiciel libre a besoin encore et toujours de personnes volontaires !

J’avais donc hâte de me joindre à des groupes de réflexion sur le sujet afin d’identifier les problématiques et envisager des pistes de solution tout au long du FCC. Autant vous dire que tout le monde s’est transformé·e·s en designer pour concevoir une meilleure expérience contributeur·ice (Peut-on envisager de dire des CX Designer qui au lieu de signifier Customer eXperience sera notre Contributor eXperience Designer ? ^.^ )

FCC c’est parti !

Le FCC avait lieu à Grrrnd Zero, un lieu au caractère très affirmé, où les murs sont recouverts d’illustrations, près d’un immense chantier participatif destiné à devenir à la fois salle de concert, d’enregistrement et atelier de bricolage/dessin… Nous nous sommes fait accueillir avec un petit déjeuner fabuleux, cette première journée démarrait vraiment bien !

Après un icebreaker rigolo nous demandant de nous regrouper d’abord par provenance géographique (mais comment font les nomades ?), ensuite par coiffure, ensuite par système d’exploitation préféré (oui on était un peu chez les geeks quand même) et enfin par notre engagement associatif principal, nous nous sommes lancés sur des ateliers collaboratifs, animés par les enthousiastes Meli et lunar !

Failosophy : Identifier les problèmes

Pour démarrer, nous nous sommes regroupés par 4 et avons raconté chacun une expérience marquante où notre envie de contribuer s’est soldée par un fail. Nous notions les différentes problématiques rencontrées sur des post-its avant de toutes les regrouper sur un grand mur pour avoir une vue d’ensemble des cas les plus fréquents. Ensuite, nous avons collaborativement trié les post-it ce qui prend “étrangement toujours 8 minutes peu importe le nombre de post-its ou de personne” d’après Lunar… Il faut dire qu’il avait raison 😉

De grandes catégories regroupent les post-its et font apparaître des motifs récurrents. Ceux que je retiens (car ils me font écho) :

  • La difficulté d’identifier un interlocuteur référent pour s’intégrer au projet
  • La peur de demander « Comment faire »
  • La peur de ne pas être assez doué·e / de dire des « choses bêtes »
  • Ne pas savoir par où commencer
  • La peur de ne pas s’intégrer à la communauté
  • Le manque de temps
  • La difficulté de déléguer à d’autres un projet qu’on a toujours porté
  • Le fait de ne pas avoir réussi à créer une communauté autour d’un projet
  • Ne pas connaître la ligne de route d’un projet
  • Ne pas savoir comment exprimer les besoins de contribution pour que les intéressé·e·s les comprennent

J’ai la sensation qu’un grand nombre de ces problèmes peuvent être résolus en:

  • Listant clairement les besoins de contributions, avec les compétences nécessaires, via une interface plus facile d’accès qu’un github (qui est réellement anxiogène pour les non-développeur·euse·s)
  • Désignant une personne accueillante comme point d’entrée pour les nouveaux·lles arrivant·e·s, à laquelle il sera facile de s’adresser, et qui saura aiguiller chacun·e vers des tâches simples pour découvrir le projet.

Cela se recoupe avec les discussions du Capitole du Libre, ce qui donne la sensation que nous sommes sur la bonne voie et que les hypothèses que j’ai entendues la semaine dernière sont des solutions à des problèmes récurrents pour les contributeur·ice·s !

Étude de cas : 6 projets appelant à la contribution

Dans la phase suivante, pour s’imprégner un peu de ce qui se fait parmi les projets nécessitant contribution, nous avons eu le droit à la présentation de:

  • Exodus, une plateforme qui analyse les applications Android et liste les logiciels traquant notre activité qu’elle y trouve.
  • La Revue de Presse de la Quadrature du Net, permettant de soumettre des articles à la revue de presse de façon collaborative.
  • Diaspora, un réseau social décentralisé assez proche de la configuration initiale de facebook.
  • FAI Maison, un fournisseur d’accès associatif et nantais, qui propose le prix libre (ou contribution consciente)
  • Le PiPhone, une plateforme de La Quadrature du Net permettant d’avoir accès à des numéros de députés afin de les appeler pour les encourager à soutenir (ou non) une loi, en proposant un set d’arguments et un retour d’expérience après l’appel.
  • FramaForm, une des alternatives de Dégooglisons Internet lancée par Framasoft, que Pyg a développée seul (!) en 15 jours (!!!). Avec le souci notamment que le logiciel permet plein de choses différentes mais que les options sont difficiles à trouver.

Le tour d’horizon permet de voir que si chaque projet recherche à fédérer une communauté de contribution, ils sont tous très différents et n’intéressent sans doute pas du tout les même personnes. Les présentations étaient elles aussi très variées selon la personne, de celui qui démarre par l’aspect technique à celui qui met tout de suite en avant les problématiques d’ergonomie. Bien sur, la présentation varie énormément selon les affinités et les problématiques rencontrées par chacun·e. Peut-être qu’avoir une description homogène (qui ne parte dans l’aspect technique que face à des personnes orientées technique) puis des pistes selon les compétences / envies de la personne en face serait à envisager ? (c’est un point que je laisse en suspens, mais il faut avouer qu’à force je suis rebutée par ceux qui m’expliquent immédiatement en quelle technologie est leur application alors que je suis très interessée par celleux qui ont des problématiques de conception 😉 )

Icebreaker rigolo

Petite recette: Prenez une feuille et écrivez en gros au marqueur ce dont vous avez envie de parler / un truc à apprendre à quelqu’un, montrez la feuille à tout le monde et formez un binôme avec une personne qui est intéressé·e par votre thème et a un thème qui vous intéresse (ou pas) !

Grodébat I

Après déjeuner (des lasagnes végétariennes à tomber <3) nous avons repris certaines catégories de problématiques listées le matin et nous sommes séparés en petits groupes pour déterminer:

  • C’est quoi le problème ?
  • Dans l’idéal, avec une baguette magique, qu’est-ce qu’on fait ?
  • Quelles solutions concrètes pour y arriver ?

Nous sommes arrivés à tout un tas de solutions pour nous mettre le pied à l’étrier:

Vision :

Créer un manifeste et créer des rencontres mêlant communauté de contributeur·ice·s et utilisateur·ice·s

Accès au savoir & Appropriation :

Formuler des avantages concurrentiels pour les marchés publics et rendre transparents les logiciels utilisés dans le service public

Sortir de l’entre-soi :

Trouver des métaphores pour expliquer sans être technique, lister les communautés avec des objectifs similaires mais des besoins différents.

Répartition des tâches :

Lister l’ensemble des tâches à faire et leur avancement.

Expression des besoins :

Lister & Publier les besoins de contribution en petites tâches, Créer un bouton “J’ai un problème” qui s’adresse à un humain (facilitateur ou UX designer)

Rapports de pouvoir :

Mettre et afficher un système de résolution des conflits.

Gestion du temps (et de l’argent) :

Mesurer le temps mis pour une tâche pour le prioriser dans le futur et compléter le financement par le don.

Accueil :

Avoir un·e référent·e du projet, co-rédiger une charte d’accueil “Comment accueillir les personnes”.

Toutes ces solutions qui sont autant de petits pas à mettre en œuvre m’ont beaucoup enthousiasmée : j’ai l’impression que le chemin est tout tracé pour réaliser de belles choses ensemble ! Nous avons d’ailleurs enchaîné avec de petits groupes de travail concrets permettant de débuter la rédaction d’une charte, designer un bouton “J’ai un problème” ou encore réfléchir à une plateforme listant les besoins de contribution.

Tout ça en une seule journée autant vous dire que nous étions lessivé·e·s à la fin, mais après un bon repas (préparé par les cuistots de Grrrnd Zero) il était temps de se coucher pour être fraî·che·s le lendemain !

C’est reparti pour un tour !

C’est avec une fraîcheur toute relative que nous avons entamé la seconde journée du FCC. La fatigue est là, mais la bonne humeur et l’enthousiasme général donnent vraiment envie de finir le week-end en beauté. Nous entamons un tour de météo avec pas mal de personnes dans le brouillard du matin, mais très vite nous faisons chauffer les méninges collectivement.

Contributeur·ice·s, où êtes-vous ?

Nous démarrons par une séance de « boule de neige » où nous sommes invité·e·s à lister les endroits où, demain, nous pourrions aller pour parler du logiciel libre et trouver de nouvelles personnes pour contribuer ! Sur un autre tas, nous écrivons plutôt ce qui nous empêche de le faire actuellement.

Je liste personnellement mes précédentes écoles de design qui sont, à mon avis, des nids à designers motivé·e·s mais pour qui le monde du libre est inexistant (on a tendance à nous parler principalement de droit d’auteur et nous n’entendons jamais parler de licences libres). Pour y aller cependant, il me faut plus de connaissances sur les licences et une liste de projet dont ils pourraient s’emparer afin de commencer à contribuer rapidement.

À la fin nous collons tout nos post-it sur les murs et, comme a dit lunar: “Si chacun ramène 3 personnes, la prochaine fois on est 300.”. Il n’y a plus qu’à !

Gros Débat II : Le retour

Nous enchaînons sur des groupes de travail thématiques. Je rejoins celui qui aborde le sujet du financement, et y apprends sans surprise que les subventions demandent un investissement énorme (environ 1/3 du temps total de travail passé pour les demander) et que, si le fonctionnement grâce aux dons permet beaucoup plus de liberté, il est soumis à des règles strictes, notamment au fait qu’on ne peut pas donner de contrepartie en échange d’un don, qui doit être fait uniquement pour soutenir le travail passé et à venir de l’association (dans les grandes lignes).
Le monde des financements a l’air très nébuleux, ce qui nous fait envisager de rechercher des contributeur·ice·s s’y connaissant en financement comme l’on en rechercherait en design ou en admin sys !

Les autres groupes ont pour leur part envisagé :

Accueil :

Montrer de l’intérêt aux personnes qui arrivent, lister les besoins afin qu’iels puissent s’en emparer.

Discutons ensemble :

Diversifier les compétences en listant les besoins (les solutions se regroupent, chouette !), ne pas imposer des outils libres aux futurs utilisateur·ice·s mais partir de leurs problèmes plutôt (on dirait bien une démarche de conception centrée utilisateur·ice \o/ )

Rencontrer les utilisateur·ice·s :

Avoir des relais au sein de l’association ou se greffer à une rencontre existante afin de faciliter les échanges, demander à des UX Designers de se joindre aux rencontres et motiver certains devs à venir voir les tests utilisateurs.

Comment on garde le lien post-FCC :

Avoir une plateforme ou l’on puisse mettre des photos, un article de blog (collaboratif ?) récapitulant le week-end, et au-delà, une plateforme listant les besoins de contribution (oui, encore, chouette !)

La machine infernale !

Après le repas composé de pizzas maison (c’est vraiment sympa Grrrnd Zero), nous nous lançons dans la machine infernale : une première personne se place et commence à enchaîner un son et un geste, de façon répétitive. Une seconde personne la rejoint et va elle aussi réaliser son geste, et chacun va à son tour rejoindre la machine infernale, en répétant indéfiniment son geste et son son jusqu’à ce que… la machine s’emballe ! C’était un petit jeu très chouette et revigorant après la phase digestive !

Gros Débat III

Pour ce troisième groupe de réflexion, je rejoins pyg qui a envie de réunir des associations afin de les informer sur le logiciel libre, qui leur plaît pour des raisons évidentes de prix, mais aussi de valeurs ! Cependant le numérique est un domaine assez vaste et pour des assos qui ne s’y connaissent pas, il y a besoin de faire de l’éducation aux usages et à ce que cela engendre d’utiliser tel ou telle logiciel ou application.

Le groupe fourmille d’idées, je retiens pêle-mêle:

  • Il y a un besoin de sensibilisation, de démonstration des possibilités des logiciels libres, et d’accompagnement à la transition,
  • Les associations ont besoin d’indépendance, de communiquer et de collaborer
  • Les mettre en relation vis à vis de leurs besoins peut permettre une mise en commun de financement pour développer des logiciels ouverts et adaptés
  • Il faut aller voir les assos pour savoir ce dont elles ont besoin et ce qu’elles recherchent
  • Selon les retours, décider du format, plutôt conférence organisée ou Summer Camp très ouvert ?

Moi qui recherche à participer à des choses qui ont du sens, me voilà pile au bon endroit et j’en suis très heureuse ^.^

Ça sent la fin !

Enfin, pour finaliser le FCC, nous avons 4 catégories de post-it, à remplir puis à afficher au mur:

  • ❤️ Ce que nous avons fait ce week-end et qui nous a plu !
  • 🌟 Ce que j’ai envie de faire dès demain pour contribuer.
  • ➡ Ce que je fais dans les prochains mois.
  • 😊 Ce que j’ai envie que quelqu’un d’autre ici fasse (et chacun pouvait récupérer un post-it de ce type pour s’y engager)

Voici les miens :

Merci le FCC !

Ce Fabulous Contribution Camp a été une très bonne expérience : J’ai pu parler UX en long, en large et en travers, à des personnes qui se sont montrées à l’écoute de ce que j’avais à leur raconter (et ça ça fait plaisir !). Les différentes solutions énoncées, avec des pistes concrètes de réalisation pour se lancer rapidement me donnent des ailes, et j’espère que cette motivation ne va pas retomber de sitôt !

Je vous tiendrai au courant de mes avancées dans le monde du libre et de la contribution, en tout cas je remercie Framasoft de m’avoir permis de venir partager un week-end à Lyon avec eux à parler et rêver du futur du numérique !

Pour finir, voici les sketchnotes de ce week-end collaboratif. Prenez soin de vous 🙂

novembre 2017

Licence Creative Commons




Framatube : aidez-nous à briser l’hégémonie de YouTube

Ceci est une révolution. OK : l’expression nous a été confisquée par un célèbre vendeur de pommes, mais dans ce cas, elle est franchement juste. Et si, ensemble, nous pouvions nous libérer de l’hégémonie de YouTube en innovant dans la manière dont on visionne et diffuse des vidéos ? Chez Framasoft, nous croyons que c’est possible… mais ça ne se fera pas sans vous.

YouTube est un ogre qui coûte cher

YouTube est avant tout un symbole. Celui de ces plateformes (Dailymotion, Vimeo, Facebook vidéos…) qui centralisent nos créations vidéos pour offrir nos données et notre temps de cerveau disponible aux multinationales qui se sont payé ces sites d’hébergement.

Il faut dire que capter nos vidéos et nos attentions coûte affreusement cher à ces ogres du web. Les fichiers vidéo pèsent lourd, il leur faut donc constamment financer l’ajout de disques durs dans leurs fermes de serveurs. Sans compter que, lorsque toutes ces vidéos sont centralisées et donc envoyées depuis les mêmes machines, il leur faut agrandir la taille et le débit du tuyau qui transporte ces flux de données, ce qui, encore une fois, se traduit en terme de pépètes, ou plutôt de méga-thunes.

Techniquement et financièrement, centraliser de la vidéo est probablement la méthode la moins pertinente, digne de l’époque des Minitels. Si, en revanche, votre but est de devenir l’unique chaîne de télé du Minitel 2.0 (donc d’un Internet gouverné par les plateformes)… Si votre but est d’avoir le pouvoir d’influencer les contenus et les habitudes du monde entier… Et si votre but est de collecter de précieuses informations sur nos intérêts, nos créations et nos échanges… Alors là, cela devient carrément rentable !

Dans nos vies, YouTube s’est hissé au rang de Facebook : un mal nécessaire, un site que l’on adore détester, un service « dont j’aimerais bien me passer, mais… ». À tel point que, si seules des « Licornes » (des entreprises milliardaires) peuvent s’offrir le succès de telles plateformes, beaucoup d’autres tentent d’imiter leur fonctionnement, jusque dans le logiciel libre. Comme si nous ne ne pouvions même plus imaginer comment faire autrement…

Je ne veux pas que vous le poussiez ou l’ébranliez [le tyran], mais seulement ne le soutenez plus, et vous le verrez, comme un grand colosse à qui on a dérobé sa base, de son poids même fondre en bas et se rompre.
Étienne de LA BOÉTIE, Discours de la servitude volontaire, 1574

Réapproprions-nous les moyens de diffusion

Nous aurions pu proposer un Framatube centralisant des vidéos libres et libristes sur nos serveurs, basé sur les logiciels libres Mediadrop, Mediagoblin ou Mediaspip, qui sont très efficaces lorsqu’il s’agit d’héberger sa vidéothèque perso. Mais, en cas de succès et donc face à un très grand nombre de vidéos et de vues, nous aurions dû en payer le prix fort : or (on a fait les calculs) nous sommes 350 000 fois plus pauvres que Google-Alphabet, à qui appartient YouTube. Nous ne voulons pas utiliser leurs méthodes, et ça tombe bien : nous n’en avons pas les moyens.

Le logiciel libre a, en revanche, la capacité de penser hors de ce Google-way-of-life. L’intérêt principal de Google, son capital, ce sont nos données. C’est précisément ce qui l’empêche de mettre en place des solutions différentes, innovantes. Une vraie innovation serait d’utiliser, par exemple, des techniques de diffusion presque aussi vieilles qu’Internet et qui ont fait leurs preuves : la fédération d’hébergements et le pair-à-pair, par exemple.

Avec les fédérations, l’union fait la force, et la force est avec nous !
Dessins : CC-By-SA Emma Lidbury

La fédération, on connaît ça grâce aux emails (et nous en avons parlé en présentant l’alternative libre à Twitter qu’est Mastodon). Le fait que l’email de Camille soit hébergé par son entreprise et que la boite mail de Dominique lui soit fournie par son université ne les empêche pas de communiquer, bien au contraire !

Le visionnage en pair à pair, pour mieux répartir les flux dans le réseau
(promis : ce n’est pas sale.)
Dessins : Emma Lidbury

Le pair-à-pair, nous le connaissons avec eMule, les Torrents ou plus récemment Pop-corn Time : c’est quand l’ordinateur de chaque personne qui reçoit un fichier (par exemple la vidéo qui s’affiche dans un lecteur sur votre écran) l’envoie en même temps aux autres personnes. Cela permet, tout simplement, de répartir les flux d’information et de soulager le réseau.

Avec PeerTube, libérons-nous des chaînes de YouTube

PeerTube est un logiciel libre qui démocratise l’hébergement de vidéos en créant un réseau d’hébergeurs, dont les vidéos vues sont partagées en direct entre internautes, de pairs à pairs. Son développeur, Chocobozzz, y travaille bénévolement depuis deux ans, sur son temps libre.

Chez Framasoft, lors de la campagne Dégooglisons Internet, nous nous sommes souvent creusé la tête sur la meilleure façon de créer une alternative à YouTube qui libère à la fois les internautes, les vidéastes et les hébergeurs, sans pénaliser le confort de chacun. Lorsque nous avons eu vent de PeerTube, nous étions émerveillé·e·s : sa conception, bien qu’encore en cours de développement, laisse entrevoir un logiciel qui peut tout changer.

Nous aurons, à un moment donné, besoin de contributions sur le design de PeerTube.

Pour le spectateur, aller sur un des hébergements PeerTube lui permettra de voir et d’interagir avec les vidéos de cet hébergeur mais aussi de tous ses « hébergeurs amis » (principe de fédération). Un·e vidéaste aura la liberté de choisir entre plusieurs hébergements, chacun ayant ses centres d’intérêts, ses conditions générales, ses règles de modération voire de monétisation. Une hébergeuse (un jour prochain nous dirons peut-être une PeerTubeuse ?) quant à elle, n’aura pas besoin d’héberger les vidéos du monde entier afin d’attirer un large public, et ne craindra plus qu’une vidéo vue massivement ne fasse tomber son serveur.

Depuis octobre 2017, nous avons accueilli Chocobozzz au sein de notre équipe de salarié·e·s afin de financer son temps de travail sur le logiciel PeerTube, et donc d’accélérer son développement en l’accompagnant du mieux que nous pouvons. L’objectif ? Sortir une version bêta de PeerTube (utilisable publiquement) dès mars 2018, dans le cadre de notre campagne Contributopia.

Les premiers moyens de contribuer à PeerTube

Clairement, PeerTube ne sera pas (pas tout de suite) aussi beau, fonctionnel et fourni qu’un YouTube de 2017 (qui bénéficie depuis 10 ans des moyens de Google, une des entreprises les plus riches au monde). Mais les fonctionnalités, présentes ou prévues, mettent déjà l’eau à la bouche… et si vous voulez en savoir plus, vous pouvez déjà poser toutes vos questions sur PeerTube sur notre forum. Ces questions nous permettront de mieux cerner vos attentes sur un tel projet, et de publier prochainement une foire aux questions sur ce blog.

Une autre manière de contribuer dès maintenant sur ce projet, c’est avec votre argent, par un don à Framasoft, qui en plus est toujours défiscalisable à 66 % pour les contribuables français (ce qui fait qu’un don de 100 € revient, après impôts, à 34 €). Mine de rien, c’est un moyen pour vous de consacrer une petite partie de vos contributions publiques à ces biens communs que sont les logiciels libres, dont PeerTube est un exemple.

Ce n’est pas le logiciel qui est libre, c’est vous, c’est nous !
Dessins : CC-By-SA Emma Lidbury

Car si le logiciel libre est diffusé gratuitement, il n’est pas gratuit : il est, en général, financé à la source. Là, nous vous proposons une expérience de financement participatif assez intéressante. Il ne s’agit pas de faire un crowdfunding en mode « Si vous payez suffisamment, alors on le fait. » Nous avons d’ores et déjà embauché Chocobozzz, et nous mènerons PeerTube au moins jusqu’à sa version bêta.

Sachant cela, et si vous croyez en ce projet aussi fort que nous y croyons : est-ce que vous allez participer à cet effort, qui est aussi un effort financier ?

L’état des dons au moment où nous publions cet article.

Soyons transparents : Framasoft ne vit que par vos dons, et il nous manque actuellement 90 000 € pour boucler notre budget pour 2018. Nous l’affichons sur le site présentant le projet PeerTube : sur cette somme, environ 30 000 € vont servir à couvrir les frais liés à l’avancement de PeerTube, 30 000 € à maintenir et améliorer les 32 services de Dégooglisons Internet et 30 000 € à réaliser les engagements de la première année de Contributopia.

Bien entendu, cela n’est pas aussi tranché : si nous n’atteignons pas cet objectif-là, nous devrons simplement revoir l’ensemble de nos activités à la baisse (et nous inquiéter sérieusement en 2018). Néanmoins, nous n’avons aucune envie d’être alarmistes car nous vous faisons confiance. Nous savons qu’il est possible de contribuer, ensemble, à réaliser les mondes et les projets de Contributopia.

 

Pour aller plus loin :




CoopCycle, le projet coopératif qui roule social

Depuis un an, l’actualité a régulièrement mis en lumière les premiers effets déstructurants pour le travail salarié de l’ubérisation de la société : hier les taxis, aujourd’hui les livreurs à vélo…

Et demain sans doute d’autres pans de l’économie réelle vont être confrontés au tech-libéralisme, nouvel avatar du capitalisme prédateur (pardon du pléonasme).
Confrontés de plein fouet à cette problématique, les membres de l’association CoopCycle ont élaboré une réponse originale et peut-être prometteuse : une structure coopérative et un outil crucial en cours de développement, une plateforme numérique.
Les militants de cette opération sont engagés dans une lutte pour un autre rapport à leur propre travail : il s’agit de « rééquilibrer les forces » dans un contexte où jusqu’alors, une poignée d’entreprises imposaient leurs conditions léonines.
Ils inscrivent également leur combat dans une continuité entre les coopératives éthiques-équitables et les biens communs où ils veulent verser leur code.
Bien sûr les libristes seront surpris et probablement critiques sur la licence particulière choisie pour des raisons qui laissent perplexe. Mais c’est l’occasion aussi pour nos lecteurs de suggérer avec bienveillance et bien sûr de contribuer au code, pour qu’aboutisse et se développe cette courageuse et fort intéressante démarche.
Aider cette association à affiner les outils numériques qui rendent plus libres et modifient les rapports sociaux, c’est tout à fait dans la logique de Contributopia.
Comme l’écrivait récemment un certain Bram dans une suite de messages rageurs sur son compte Mastodon :
La techno ça sert à rien si ça change pas la vie des gens.

Voici les prénoms des CoopCycle qui nous ont répondu : Alexandre, Aurélien, Aloïs, Antoine, Basile, Jérôme, Kevin, Laury-Anne, Liova, Lison, Paul, Pauline, Vincent.

Logo de CoopCycle

D’habitude on demande à nos interviewés de se présenter mais je vois bien que vous avez depuis quelques mois une sacrée visibilité médiatique et c’est tant mieux…

Coopcycle – L’explosion médiatique est détaillée sur notre blog Médiapart en toute transparence. Effectivement, ça a explosé au mois d’août en parallèle des rassemblements de livreurs suite au changement de tarification de Deliveroo. Non seulement les journaux ont beaucoup parlé de ces « cyber-grèves » (des travailleurs numériques qui appellent à la déconnexion, ou qui vont empêcher l’utilisation d’un iPad dans un restaurant, c’est original), mais en plus tous étaient unanimes pour condamner le modèle des plateformes.

Tout le monde a entendu parler de votre initiative et s’y intéresse, pourquoi à votre avis ? 

Photo par Shopblocks (CC-BY 2.0)

– L’intérêt pour notre initiative vient à notre avis de l’attente qui existait face à un manque d’alternatives permettant de lutter contre une ubérisation de la société parfois perçue comme une fatalité. Le modèle qui se généralise, c’est l’individu auto-entrepreneur dans la « gig economy », l’économie des petits boulots. Face à des plateformes dotées de très gros moyens, tout le monde est un peu les bras ballants, les pouvoirs publics en tête, qui ont même tendance à encourager, « sécuriser » le modèle des plateformes : en penchant pour une jurisprudence qui empêche la requalification des contrats précaires en contrats salariés, en encourageant la délégation de service public, ou en réduisant les normes sur les activités classiques pour leur permettre de faire face à la concurrence à moindre coût des plateformes…

Photo par Môsieur J. (CC BY-SA 2.0)

En somme, les pouvoirs publics semblent accompagner l’ubérisation (comme le développe le Conseil d’État au sein de ce document), et accepter le dumping et la casse sociale que ces modèles impliquent, tandis que les livreurs, les restaurateurs et les clients se débrouillent avec une évolution qui semble être un fait accompli.
De plus en plus de monde prend conscience que c’est l’ensemble des régimes de protection sociale qui sont menacés, et personne ne savait comment faire pour répondre à ces problématiques.
Notre initiative cristallise donc beaucoup d’espoirs car c’est une proposition positive, mais qui soulève des problématiques structurelles et interroge la possibilité d’une économie des Communs. En tout cas, ce n’est pas une énième réaction de critique passive à une logique que l’on ne serait pas en position de ralentir ou contrecarrer aujourd’hui. Nous pensons qu’une alternative est possible, et nous allons plus loin en concrétisant nos idées. Dans le débat tel qu’il existe aujourd’hui, c’est déjà une perspective séduisante.

À cause de Nuit Debout ? C’est là que tout a commencé ? À cause des conflits sociaux autour de Deliveroo et autres starteupes qui font tourner les jambes des livreurs pour des rémunérations de misère ?

– Ce n’est pas « à cause de Nuit Debout », c’est plutôt « grâce à Nuit Debout » !
Selon nous, c’est plus la possibilité d’une alternative qui intéresse les gens. Le fait que le projet « vienne de » Nuit Debout, la plupart des gens ne le savent pas.
Mais effectivement ce projet n’existerait pas sans Nuit Debout. C’est un des rares événements politiques qui a eu lieu ces dernières années en France, et même si tout ça paraît déjà lointain, il a suscité une vague d’espoir.

Photo issue du site Alternative Libertaire

Ce qui nous a réunis sur la place de la République, c’est la lutte contre la loi El Khomri et la précarisation de nos conditions de travail. À partir de là, on se retrouve à participer aux manifestations, on rencontre le Collectif des Livreurs Autonomes de Paris alors que l’idée n’était encore qu’une idée… C’est ce qui a permis l’émergence de groupes de personnes engagées, militantes ou non, qui cherchent des solutions, mènent des campagnes, montent des projets ensemble. Et un de ces projets, c’est CoopCycle.

 

 

Elle est destinée à qui cette plateforme en cours de réalisation ? Aux livreurs à vélo, aux restaurateurs, aux consommateurs qui se font livrer ?

– La plateforme est destinée avant tout aux livreurs et aux commerçants, c’est un outil d’émancipation. Les collectivités territoriales ont également une place dans ce genre dispositif car cela leur permet de reprendre le contrôle sur l’espace public ainsi que sur les modes de vivre ensemble.

Mais au final, la plateforme en version « communs » est là pour servir à tout le monde, et pour outiller tout le monde. Quant aux clients finaux, nous sommes persuadés que beaucoup de consommateurs seraient prêts à payer un peu plus cher pour que les livreurs aient de bonnes conditions de travail.

Regardez l’engouement pour les Biocoop, regardez aussi la réussite d’Enercoop, qui fournit de l’énergie durable. À leurs débuts, ces derniers étaient 50 % plus chers que l’opérateur historique et pourtant, ils ont réussi à séduire des clients conscients, qui veulent consommer autrement.

Pour la livraison de repas à domicile, qu’on soit client ou restaurateur, on peut très bien vouloir consommer et commercer de façon éthique et équitable, mais si les seuls outils disponibles sont ceux des capitalistes, on se retrouve à consommer et travailler au profit du capitalisme, qu’on le veuille ou non.
CoopCycle est donc une initiative de reprise en main de la logique des plateformes afin de permettre un rééquilibrage du rapport de force en faveur des livreurs et des restaurateurs dans le secteur de la livraison.

C’est quoi cette licence bizarre que vous avez exhumée des tréfonds du web ? pourquoi celle-là plutôt que d’autres parmi les nombreuses licences libres ?
— La licence qui encadre l’application que nous développons restreint l’utilisation à des groupes de livreurs qui se lancent en coopérative ou respectent des critères de réciprocité. Le fait que dans ce cadre son utilisation serait gratuite fait que la marge qu’ils peuvent proposer aux restaurateurs peut être largement moindre que celle des plateformes capitalistes. Si les livreurs ne veulent pas adhérer à la SCIC nationale sur laquelle nous travaillons ils pourront également y avoir accès.

Néanmoins, cette licence n’est pas parfaite ! Premièrement car nous ne savons pas concrètement comment elle est reconnue et s’inscrit à l’échelle de la France ou plus largement à l’échelle européenne. Plus largement, le respect et la défense des licences est difficile à réellement mettre en œuvre dans le cadre de l’économie numérique. Comment pourrions-nous réellement prouver qu’une entité lucrative privée, fermée par nature, utilise des bouts d’un code développé par le travail Commun ? La problématique est la même dans le cadre d’une utilisation propriétaire du code source. Car une fois la captation identifiée, comment pourrions-nous financer les frais judiciaires qu’un procès impliquerait et qui resteraient à notre charge ?

Enfin ce type de licence ne permet pas l’élaboration d’une cotisation qui permettrait de rémunérer le travail à l’origine de ce Commun. Dès lors, aucun retour de la valeur économique produite ne pourrait être assuré aux contributeurs d’un commun dans la mesure ou ce dernier n’a ni périmètre juridique clairement établi, ni force d’opposition face à un grand groupe. Le cadre légal doit être repensé et c’est toutes ces questions que nous souhaitons traiter au cours des conférences suivantes du cycle que nous avons lancé le 20 septembre.

Et au fait pourquoi open source et pas « libre » ?

Le code n’est pas libre car s’il l’était, n’importe qui pourrait se le réapproprier et l’utiliser pour faire du profit. Aujourd’hui dans le libre, c’est souvent la loi du plus fort qui l’emporte, avec toutes les conséquences que l’on connaît. Il faut donc une licence qui permet de protéger l’utilisation de ce code pour la réserver aux coopératives qui ne veulent pas exploiter les gens. Nous savons qu’il faut travailler sur cette histoire de licence et nous sommes en contact avec des avocats spécialisés sur le sujet. D’ailleurs, si vous en connaissez, on les accueille avec plaisir !

Dans ce monde, on est malheureusement toujours ramené au célèbre « there is no alternative » prononcé par Margaret Thatcher. Il faut être « pragmatique», à savoir accepter les règles du jeu capitaliste, pour que rien ne change.

Aujourd’hui, on voit des gens qui «travaillent » sur des alternatives à Uber, par exemple. Pour certains, le premier réflexe, c’est de vérifier que leur modèle peut avoir des retombées commerciales, qu’ils peuvent financer leur développement avant même d’avoir produit une seule ligne de code…
Ça n’est certainement pas notre approche. You don’t need to know how to do it, you just need to start comme dirait l’autre sur un article Medium.
À l’heure où les plateformes représentent une source non négligeable d’emplois (précaires), l’open source offre une vraie possibilité d’implémenter enfin la copropriété d’usage de l’outil de travail.
Mais il faut des règles pour garantir que l’essentiel de la valeur créée aille aux travailleurs, afin de poursuivre sur le chemin de l’émancipation. Sinon, ce seront forcément ceux qui auront les capitaux qui pourront enclencher les effets de réseau, tout ça en utilisant du « travail gratuit ».
Il est temps d’en finir avec le solutionnisme technologique, il faut ajouter une dimension sociale, sans quoi on retombe dans l’aliénation.

Votre projet n’est donc pas simplement de développer une plateforme informatique, aussi open source soit-elle, c’est aussi un tout autre modèle social, celui de la coopérative. C’est possible de nous expliquer ça simplement ?

Nous n’avons pas envie de créer une startup de l’économie sociale et solidaire. Ce qui nous intéresse, c’est justement le projet politique. Il existe aujourd’hui tout un archipel de sites et d’initiatives qui espèrent « changer le monde » et pourtant, rien de bouge vraiment au niveau macro-économique. Les structures qui permettent l’exploitation des travailleurs sont toujours bien en place. Nous aimerions « secouer le cocotier », et faire du lobbying citoyen pour essayer de modifier ces structures. Certes, nous n’avons pas encore une loi anti-ubérisation dans nos cartons, mais réunir des gens de différents milieux permet de faire réfléchir, de rassembler et à terme d’influencer le jeu politique.

Sur le choix de la coopérative, il s’est assez simplement imposé à nous. Nous sommes en passe d’avoir ce bel outil numérique mais sommes conscients que face aux géants de la foodtech et malgré la surmédiatisation ponctuelle, il ne suffira pas de dire « voici le moyen de vous réapproprier votre outil de travail, à vous de jouer ».

La question qui se pose à nous est celle de l’articulation entre une ressource que l’on gère comme un commun et un circuit économique composé de coopératives qui permettent une rémunération et des conditions de travail correctes pour ceux qui y travaillent. La forme coopérative nous semble la plus adaptée puisqu’elle permet des règles économiques et démocratiques plus équitables (statut salarié, intégration de l’ensemble des acquis sociaux y afférant, mutualisation des moyens comme des risques, une personne une voix, etc.).

Mais nous ne sommes pas dupes évidemment, le développement de ces modèles « sociaux et solidaires » est un mouvement positif, témoignant d’une certaine prise de conscience nécessaire mais non suffisante. La création de structures privées socialisées dans un marché libéral combat le capitalisme sur ses terres mais n’emporte pas de sortie réelle de ce système. Pire encore, on peut également considérer que ce développement parallèle organise le désengagement de l’état in fine, puisque la mutualisation se réorganise à plus petite échelle.

C’est pour cela que nous tenons à agir sur les 3 plans :

  • développer un outil open source et libre d’accès sous condition, pour créer l’outil de travail ;
  • construire une structure coopérative nationale et des structures locales pour organiser les moyens du travail ;
  • questionner les problématiques macro-économiques et structurelles qui se posent aux différentes étapes de notre construction à travers des cycles de conférences thématiques.

Si l’initiative de Coopcycle faisait tache d’huile ? Ici, solidarité avec les livreurs espagnols.

Bon alors où en est-il ce code open source de plateforme ?  Vous êtes combien là-derrière ? Vous auriez peut-être besoin d’un coup de main, de patches, de bêta-testeurs, de pintes de bières, enfin tous les trucs qu’on s’échange dans le petit monde du logiciel libre. C’est le moment de lancer un appel à contributions hein…

Notre code est sur GitHub : https://github.com/coopcycle

Pour l’instant il y a 3 personnes qui ont contribué. Notre but est de construire une communauté autour du code, pour assurer la pérennité du projet notamment. On a posé les premiers jalons avec des règles de contribution et une installation en local facile (crash testée !). Nous avons reçu plusieurs propositions spontanées d’aide, mais cherchons encore à voir comment intégrer chacun suivant son temps disponible et ses langages de prédilection. De même nous devons établir une roadmap claire pour le projet. Tout cela explique que nous n’ayons pas encore fait d’appel à contribution.
En tout cas tous les repos ont des issues ouvertes, et n’attendent que vous !
Le feedback sur la démo (UI/UX ou bugs) est plus que bienvenu. Vous pouvez contacter l’équipe dev à dev@coopcycle.org.

Toutefois il ne faut pas résumer notre approche au groupe de développeurs, nous sommes une bonne quinzaine à travailler sur ce projet ; journalisme, portage politique, propagande, représentation, construction du modèle économique, lien avec les livreurs et les restaurateurs. Tous ces travaux sont complémentaires et nous essayons justement de ne pas tomber dans le solutionnisme de l’outil en assumant toutes ces tâches collectivement.

On vous laisse le mot de la fin, comme de coutume sur le Framablog !

Merci pour tous vos outils, c’est un plaisir de pouvoir bâtir son projet avec des logiciels libres ! En attente de Framameet pour nos apéros devs 🙂




Explorons le monde des services de Contributopia

L’aventure Contributopia a pour but de poursuivre et d’approfondir le travail entamé lors de la campagne « Dégooglisons Internet ». Pour la première année de cette campagne, nous comptons donc continuer à ouvrir des services web alternatifs… mais en nous y prenant un poil différemment.

Faire avec vous, pour faire mieux

Hors de question de reprendre le rythme effréné des années de campagne « Dégooglisons Internet » où nous avons sorti près de 10 services par an (vous pouvez vérifier, on a compté !). Durant cette première année de Contributopia, nous voulons prendre le temps dans l’élaboration et l’évolution de quatre services majeurs :

  • Framasite (et Framawiki), création de sites & pages web, blogs, wiki ;
  • Framameet, une alternative à MeetUp pour organiser des rencontres de groupes ;
  • Framapetitions, pour faire entendre ses opinions (alternative aux problèmes posés par Change.org) ;
  • Framatube, parce que YouTube est devenu incontournable, et qu’il faut trouver comment faire autrement.

Cliquez pour découvrir le monde des services de Contributopia.
Illustration de David Revoy – Licence : CC-By 4.0

Prendre le temps pour mettre en ligne ces services nous permettra de mieux nous impliquer. Sauf exceptions (Framadate, Framaestro, etc.), Framasoft ne développe pas les logiciels libres qui permettent d’ouvrir les services répertoriés par Dégooglisons Internet. La plupart du temps, nous y contribuons (développement de fonctionnalités, documentation, bidouilles esthétiques, traductions, etc.) puis nous les hébergeons, les tenons à jour et nous facilitons leur adoption.

Cette fois-ci, nous voulons investir encore plus de temps professionnel, et donc de l’argent qui provient de vos dons, dans la création et l’évolution de ces projets. Nous pourrons ainsi contribuer à une réflexion plus poussée autour d’outils numériques qui sont franchement sensibles. Nous pourrons aussi et surtout prendre le temps d’être à votre écoute, de vous exposer les points d’étapes et de vous impliquer dans l’évolution de ces logiciels… S’ils sont faits pour vous, autant les faire avec vous, non ?

Quatre services Contributopistes !

 

Entrons dans le vif du sujet, avec les quatre services sur lesquels nous vous proposons de contribuer cette année…

Framasite, créer des sites web aisément

 

Framasite, illustré par David Revoy – Licence : CC-By 4.0

Première action de cette Contributopia, Framasite est d’ores et déjà ouvert : il suffit d’aller sur Frama.site pour contribuer à la phase de test ! Vous pouvez donc vous y créer un compte afin de produire un (ou plusieurs !) sites internet, pages web, blog, et même des wiki (ces fameux outils pour partager des connaissances de manière collaborative).

Nous reviendrons dessus en détail cette semaine sur le Framablog, mais l’idée est simple : offrir à la fois un espace d’hébergement et des outils pour faciliter l’expression de chacun·e sur la toile. Nous nous engageons à un hébergement éthique : vos contenus publiés sur Framasite vous appartiennent et les données des personnes qui les visiteront ne seront ni épiées, ni transmises, ni monétisées (c’est dans nos conditions d’utilisation !)

Basé sur les logiciels libres Dokuwiki (pour les wiki) et Grav (pour les sites, pages web, blogs…) nous savons qu’à ce jour, Framasite n’atteint pas encore son but : permettre de créer un site web aisément, même quand on ne s’y connaît pas trop. C’est normal, il est en phase de test.

Durant les semaines qui arrivent, nous allons travailler à sa simplification, tout en produisant des tutoriels selon des exemples précis (CV en ligne, blog, etc.). Ensuite, nous souhaitons faciliter le choix des noms de domaine (l’adresse web de votre Framasite). Enfin, fort·e·s des retours et suggestions que vous nous ferez, un⋅e stagiaire nous aidera à contribuer au logiciel Grav afin qu’il soit encore plus facile et pratique d’utilisation.

Framameet, se regrouper sans se faire pister

Framameet, illustré par David Revoy – Licence : CC-By 4.0

Aujourd’hui, les personnes souhaitant se rencontrer de visu autour de ce qui les rassemble utilisent soit des produits Facebook (les groupes, les pages et les événements), soit MeetUp, dont la création de groupes est devenue payante. Cela signifie, au choix : forcer les gens à être sur Facebook et lui donner encore plus d’informations personnelles et collectives, ou confier à MeetUp toutes les données des personnes intéressées par une activité de groupe.

Il existe des projets dans le logiciel libre qui souhaitent se poser en alternative à MeetUp, mais nous n’en avons pas (encore) vu qui offrent toutes les fonctionnalités attendues et qui sont d’ores et déjà utilisables par le grand public. Qu’à cela ne tienne, c’est une grande devise libriste : « juste fais-le ! » Nous verrons donc qui veut nous suivre dans cette aventure pour créer ensemble une alternative libre à MeetUp qui n’exploite ni les données ni les vies numériques des personnes souhaitant se regrouper.

 

Framapetitions, s’exprimer en toute confiance

Framapetitions, illustré par David Revoy – Licence : CC-By 4.0

Ah ça fait un moment qu’on en rêve, de celui-là, hein ? Déjà pendant l’été 2016, nous traduisions l’article inquiétant d’une journaliste italienne, Stephania Maurizi, sur l’exploitation financière des signataires de pétitions faites sur Change.org. Nos opinions sur le monde qui nous entoure (qui sont donc, littéralement, politiques) représentent des données sensibles. Elles valent mieux qu’une exploitation financière ou qu’un code obscur dont on ignore ce qu’il fait, non ?

Lorsque nous avons créé le service de formulaires en ligne Framaforms, nous savions qu’en bidouillant et retravaillant ce code, nous pourrions proposer un service Framapetitions, une alternative à Avaaz ou Change.org. Sauf que la différence entre un formulaire en ligne et une pétition, c’est que cette dernière peut être rejointe par des millions de personnes !

Ayant vu sur plus d’un an comment les serveurs de Framaforms tenaient la charge que représentent vos questionnaires et leurs réponses, nous sommes désormais assez confiant·e·s pour nous lancer dans la production de Framapetitions… mais nous aurons grand besoin de votre aide pour tester massivement ce service ensemble avant de le publier !

Framatube, briser l’hégémonie de YouTube

Framatube, illustré par David Revoy – Licence : CC-By 4.0

C’est un gros morceau : comment faire pour que YouTube ne soit plus aussi incontournable ? Ce réseau social de vidéos bénéficie de toute la puissance de Google… et autant vous dire qu’il en faut, des sous, des fibres et des serveurs, pour centraliser des milliards de vidéos dont certaines sont vues par des milliers (millions ?) de personnes en même temps.

Et si la solution c’était de faire autrement…? De faire non pas un énième hébergement alternatif (un « Framatube » centralisateur) mais une fédération d’hébergements vidéos, où chacun peut communiquer avec les autres ? Mastodon (une alternative à Twitter libre et fédérée) nous a montré qu’un réseau fédéré peut permettre à chaque hébergeur de choisir ses propres règles du jeu (modération, monétisation, conditions générales) tout en offrant aux utilisateur·trice·s un accès à l’ensemble du réseau.

Peertube est un logiciel libre en cours de développement, qui permet de faire la même chose pour l’hébergement de vidéos. Et il offre un gros plus : la diffusion vidéo en pair à pair. Il fait en sorte que le navigateur web de chaque spectateur·trice d’une vidéo la partage avec les autres personnes qui sont en train de la regarder, soulageant ainsi et le réseau et les serveurs qui hébergent ces vidéos.

Nous prenons le pari de financer le salaire du développeur de ce logiciel, qui jusqu’à présent menait le projet sur son temps libre, afin qu’il parvienne à une version qu’on puisse déployer à grande échelle. C’est un pari fort car nous pensons sincèrement que, une fois cette brique logicielle construite, Peertube peut révolutionner notre monde numérique, et que d’autres pourront construire par dessus.

Ainsi, Framatube ne sera pas un endroit où déposer des vidéos, mais bien le petit maillon d’une grande chaîne que nous espérons composée d’artistes, associations, collectifs, organisations et médias qui hébergeront et diffuseront leurs vidéos.

Faire mieux que dégoogliser, oui, mais ensemble !

Alors oui : « seulement » quatre services en une année, nous vous avions habitué·e·s à plus. Mais, nous espérons que vous l’aurez compris, le but de cette année n’est pas de répondre à une urgence qui pousse vers la quantité de services, mais bien à une exigence de penser ensemble des services différemment. Sans compter qu’en parallèle, nous devons prendre le temps de poser les fondations qui nous permettront de consacrer les années suivantes à l’essaimage, puis à l’éducation populaire.

Cette année est aussi une année de transition, pour nous comme pour tou·te·s celles et ceux d’entre vous qui choisiront de nous suivre dans cette aventure. Cette transition veut tendre vers la contribution. Nous devons trouver ensemble comment commencer à ouvrir les espaces nous permettant de collaborer sur les actions présentes et à venir.

Contribuons ensemble vers cette Contributopia.
Illustration de David Revoy – Licence : CC-By 4.0

Quitte à avoir moins d’annonces-surprises fracassantes sur le Framablog, nous essaierons de vous tenir informé·e·s des points d’étapes de chaque projet. Cela pourra se passer ici, mais aussi sur nos réseaux sociaux (Diaspora*, Mastodon, Twitter et même Facebook -_-  !) ainsi que via notre lettre d’information, afin que vous ayez l’opportunité de prendre part à cette aventure.

Le maintien des projets existants et la naissance des actions à venir restent financés par les dons. Plus de deux mille personnes nous permettent de travailler. Nous tenons à vous remercier de cet engagement nécessaire à nos côtés, et de ce soutien qui fait chaud au cœur.

Vous désirez embarquer avec nous dans ce voyage en Contributopia ?

Ça tombe bien : la voie est libre !

Pour aller plus loin




Firefox Night-club, entrée libre !

Aujourd’hui c’est un peu spécial copinage, mais pourquoi pas ? Ils ne sont pas si nombreux les navigateurs web à la fois open source, grand public et à la pointe des technologies, respectueux des personnes qui les utilisent et de leurs données, distribués en langue locale à peu près partout dans le monde, pour toutes les plateformes, etc.

Il est temps de considérer que c’est une ressource précieuse pour tous (et pas seulement pour la communauté du libre).

– D’accord, mais comment y contribuer lorsqu’on est seulement utilisateur ou utilisatrice?

Pascal Chevrel qui répond aujourd’hui à nos questions nous présente une version de Firefox trop peu connue mais qui mérite toute notre attention et même notre implication : Firefox Nightly

Bonjour Pascal ! Commençons par le début : peux-tu te présenter ?
Bonjour, Parisien, 45 ans, je suis impliqué dans le projet Mozilla depuis pratiquement sa création et je travaille à plein temps pour Mozilla depuis 11 ans. De formation plutôt économique et linguistique, j’ai longtemps travaillé sur l’internationalisation des sites web de Mozilla, l’animation de communautés de traducteurs et le développement d’outils de suivi et d’assurance qualité de nos traductions. Depuis un an, j’ai quitté mes précédentes fonctions pour rejoindre l’équipe Release Management qui est chargée d’organiser et de planifier les livraisons de Firefox. Dans ce nouveau contexte, au sein du département Product Integrity, je suis maintenant responsable du canal Nightly de Firefox.

L’équipe de Release Management chez Mozilla. Tiens, il n’y a pas que des mecs ;-)

 

Alors, je doute que beaucoup des personnes qui nous lisent sachent ce qu’est exactement Nightly, tu peux nous en dire plus ?
Nightly est la version alpha de Firefox, chaque jour nous compilons Firefox avec les modifications apportées par les développeurs la veille à notre code source et nous proposons cette version de Firefox au téléchargement afin de recevoir des retours sur l’état de qualité du logiciel.

Quel est l’intérêt pour moi, péquin moyen, d’utiliser Nightly ?
Pour un internaute lambda, pas forcément à l’aise avec l’informatique, il n’y a effectivement aucun intérêt à utiliser Nightly. Les utilisateurs « ordinaires » sont encouragés à utiliser le canal Release qui est la version finale grand public et pas une version alpha ou bêta de Firefox.

Pour un utilisateur averti, utiliser Nightly signifie avoir accès à une version de Firefox qui plusieurs mois de développement d’avance sur la version finale et donc de pouvoir utiliser des fonctionnalités auxquelles n’ont pas encore accès les utilisateurs de Firefox. Depuis plusieurs mois, nous faisons un gros travail de modernisation et de nettoyage du code source de Firefox afin d’améliorer ses performances, les utilisateurs de Nightly ont donc accès à un navigateur beaucoup plus performant que la version grand public.

Pour un utilisateur averti et sensible aux valeurs véhiculées par Mozilla et par le logiciel libre, c’est aussi le meilleur moyen de participer à un projet de logiciel libre lorsque l’on a pas de temps à investir dans des activités de bénévolat. Le simple fait d’utiliser Nightly est une aide plus que précieuse au développement de Firefox car Nightly envoie par défaut des données de télémétrie et les rapports de plantage à nos développeurs qui peuvent ainsi repérer immédiatement toute nouvelle régression.

Attends ! Ça veut dire que vous préparez toutes les nuits une nouvelle version de Firefox ?! Elle doit être pleine de bogues ! Ça marche vraiment ton machin ?
Toutes les nuits en effet (d’où son nom de Nightly), nous compilons Firefox avec le code de la veille, dans toutes les langues, pour tous les systèmes d’exploitations que nous supportons, en 32 comme en 64 bits. Toutes ces versions (builds) doivent passer notre batterie de tests automatisés qui valident un niveau de qualité minimal. Évidemment, c’est une version alpha, donc moins stable, elle peut planter plus facilement qu’une version destinée au grand public…

Ceci dit c’est très utilisable, j’utilise des nightlies depuis 2002 et les véritables problèmes sont rares. Lorsqu’un vrai problème passe entre nos filets, en général la télémétrie nous en informe en quelques heures et nous livrons une deuxième nightly dans la journée pour le régler ou fournir une solution d’atténuation de l’impact causé par le bug (retour arrière sur le patch fautif, désactivation temporaire d’une nouvelle fonctionnalité si le retour arrière n’est pas possible).

Et si j’installe Nightly, ça veut dire que ça me remplace mon Firefox habituel ? Et mes favoris et mots de passe enregistrés ?

Déjà, on dit marque-page, « favori » c’est de la terminologie Microsoft, je peux avoir dans mes marque-pages le site des impôts, ça ne veut pas dire que ce soit un des mes sites favoris 😉

On peut tout à fait installer Nightly à côté d’un Firefox classique, la chose importante est de ne pas leur faire partager le même profil de données. Le plus simple est d’installer Nightly dans un nouveau profil et de synchroniser les données (marque-pages, historiques, mots de passe…) entre les deux versions via Firefox Sync, notre service de synchronisation de données.

Histoire de bien comprendre : je dois télécharger Nightly tous les matins pour profiter des dernières mises à jour ?

Non, Nightly se met à jour en arrière-plan tout seul, lorsque la nouvelle version est disponible et peut être installée, une petite flèche verte apparaît sur l’icône de menu et il suffit de cliquer dans ce menu sur un bouton qui appliquera la mise à jour, ce qui se traduit concrètement par la fenêtre qui se ferme et se rouvre en quelques secondes.

Allez, fais-nous rêver : c’est quoi les nouvelles fonctionnalités attendues ?
En novembre, nous allons sortir une mise à jour majeure de Firefox, la plus grosse mise à jour du logiciel depuis 2011. Nous travaillons à une modernisation importante du moteur de rendu des pages (Gecko) en intégrant des parties mûres de notre autre moteur de rendu en R&D, Servo. Ce moteur est écrit dans un nouveau langage informatique très performant, Rust, les gains attendus en termes de performances sont importants. Ce projet de modernisation des fondations s’appelle Quantum. Il s’agit d’un projet proprement titanesque sur lequel plusieurs équipes de développeurs travaillent à plein temps depuis plusieurs mois, la version de novembre intégrera les premiers fruits de ce travail.

Nous travaillons aussi à une modernisation de l’interface actuelle de Firefox avec notre équipe d’ergonomes et de designers afin d’améliorer aussi l’interaction avec l’utilisateur, ce projet s’appelle Photon. Tu peux voir à quoi ressemblera Firefox d’ici quelques mois en parcourant ce diaporama illustré d’aperçus de la future interface.

La mascotte du projet Photon/Quantum

Tous les travaux en cours sur Quantum et Photon ne sont disponibles que sur Nightly, les amateurs de performances et de design peuvent donc avoir accès en avant première à ces avancées.

En termes de fonctionnalités spécifiques à Nightly, la gestion d’identité multiples dans une même session (qui permet d’avoir des onglets « boulot » et des onglets « perso » par exemple) semble être la nouveauté la plus appréciée de nos utilisateurs sur ce canal.

Bon si c’est pour avoir une version toute en anglais, merci bien !
Nous proposons Nightly dans toutes nos langues, il est donc disponible au téléchargement en français. Évidemment, pour les nouvelles fonctionnalités, il faut parfois attendre quelques jours pour voir celles-ci en français dans l’interface, il arrive donc parfois que certaines phrases ou items de menu soient en anglais. Mais c’est rare, les traducteurs veillent au grain.

Cliquez sur l’image pour avoir le grand poster (attention gros fichier de 4,2 Mo)

 

Excellent ! Nightly, j’en veux © Je fais comment ?
Mozilla fournit des binaires pour Windows, Mac et Linux à cette adresse : https://nightly.mozilla.org. La seule difficulté à l’installation par rapport à un Firefox pour le grand public est qu’il faut créer un profil de données séparé si l’on veut installer Nightly à côté d’un Firefox déjà installé et pas le remplacer. Nous travaillons sur notre installeur pour qu’à l’avenir, ce profil séparé soit créé automatiquement sans intervention de l’utilisateur mais ce ne sera probablement pas effectif avant 2018.

Notre wiki contient des informations détaillées (mais en anglais) sur l’installation de Nightly selon son système d’exploitation, dont un screencast pour Windows.

Mais au fait, ça fait quand même beaucoup, beaucoup d’énergie dépensée par Mozilla pour une version de Firefox plutôt méconnue. C’est quoi votre intérêt ?

Pour développer Firefox qui est un projet de grande envergure (des centaines de développeurs, une base de code très importante, près de 100 langues et 4 systèmes d’exploitation pris en charge…), il faut le compiler tous les jours et avoir une infrastructure d’intégration continue en place, il était donc logique de proposer ces versions (que nous utilisons déjà en interne) à nos utilisateurs afin de pouvoir bénéficier d’un bêta test externe qio réponde à des questions comme : est-ce que le site de ma banque en Belgique fonctionne avec ? Est-ce que la traduction est bonne ? Est-ce qu’il est stable sur ma configuration ?…

Cela représente donc un investissement mais avoir une version dédiée au bêta-test communautaire est fait partie (ou devrait faire partie) de tout projet de logiciel libre communautaire.

Au fait, beaucoup de gens l’utilisent ?
Trop peu de gens utilisent Nightly, essentiellement les employés Mozilla et notre communauté de bénévoles les plus impliqués dans le projet Mozilla, quelques dizaines de milliers de personnes dans le monde. Cela peut sembler beaucoup dans l’absolu mais c’est en réalité assez faible car le Web est immense, les configurations matérielles sur lesquelles tournent Firefox sont des plus diverses dans le monde et nous n’avons pas aujourd’hui assez de retours d’utilisation (que ce soit la télémétrie ou des rapports de bugs plus formels) afin de prendre les meilleures décisions de développement.

Nous recherchons donc des utilisateurs mais bien sûr nous sommes très clairs sur le fait que Nightly est destiné à un public plus à l’aise avec l’informatique que la moyenne et prêt à accepter des changements de comportement ou d’interface du logiciel au jour le jour avec en contrepartie l’accès en avant-première à des fonctionnalités innovantes.

Si vous voulez aider Mozilla, que vous êtes à l’aise avec l’informatique, utiliser Nightly à la place ou à côté de votre navigateur actuel (qui n’a pas à être Firefox) est probablement le moyen le plus simple de participer au projet.

Donc, même si je n’y connais rien de rien en logiciel libre, en code, et tous les autres trucs techniques, rien qu’en utilisant Nightly, je fais avancer le schmilblick ?
Si vous êtes à l’aise avec l’informatique (en gros, si vous savez installer et désinstaller un logiciel sans faire appel à la cousine en école d’ingénieur), simplement utiliser Nightly aide énormément Mozilla et les développeurs de Firefox.
Nous avons aujourd’hui une qualité de Nightly qui est suffisante pour de très nombreux utilisateurs sans connaissances techniques particulières.

Si je vois des trucs qui clochent, je le signale où et comment ? Parce que moi le bugzilla, comment dire
Pour les francophones, le plus simple est d’expliquer ce qui cloche dans nos forums de mozfr à cette adresse : https://forums.mozfr.org/viewforum.php?f=24
S’il s’avère que c’est effectivement un problème dont nous n’avons pas connaissance, nos modérateurs les plus anglophiles se chargeront d’ouvrir un ticket sur Bugzilla et d’agir comme intermédiaires avec les développeurs. Je passe sur le forum moi-même deux fois par semaine.

Et si je suis un développeur, et que les mots « code source », « mercurial », « bugzilla » ou « RTFM » me parlent, je peux aider quand même ?

Si vous êtes développeur non seulement vous pourrez rapporter des bugs directement dans Bugzilla mais on peut aussi vous aider à écrire le patch pour résoudre ce bug ! Il y a d’ailleurs une vingtaine de développeurs Firefox qui sont francophones si l’anglais vous fait un peu peur.

Les développeurs mais aussi les utilisateurs les plus techniques peuvent ouvrir des bugs et faire une recherche du patch qui a causé une régression grâce à l’outil mozregression

Tiens une question qu’on nous pose souvent, qui peut paraître hors sujet, mais en fait pas du tout : qu’est-ce que je peux dire à mon cousin qui utilise Google Chrome, afin qu’il envisage de passer à Firefox ?

Il n’y a pas de réponse unique à cette question car pour cela il faudrait savoir pourquoi il utilise Chrome. Si ton cousin est sensible au respect de sa vie privée, utiliser Firefox va probablement de soi. Si ce qui importe pour lui ce sont les performances, alors Nightly est certainement dans la course avec Chrome, voire plus performant sur certaines activités, ce n’a pas toujours été le cas donc c’est important à souligner. S’il est un utilisateur compulsif d’onglets, la gestion des onglets de Nightly est certainement plus riche et performante que celle de Chrome ; avoir une session avec plusieurs centaines d’onglets ouverts sur une machine récente ne pose aucun problème sous Nightly.

Je pense que de nombreux utilisateurs qui sont passés de Firefox à Chrome il y a quelques années seraient très surpris des avancées (performances, ergonomies, fonctionnalités) que nous avons intégrées dans Firefox. C’est encore plus vrai pour Nightly et je reçois quasiment quotidiennement du feedback d’utilisateurs Chrome passés avec bonheur à Nightly, C’est très encourageant pour notre grosse livraison 57 en novembre évidemment. Le magazine en ligne américain CNET a publié en juin un article intitulé « New speed boost means maybe it’s time to try Firefox again » plus qu’élogieux et ils n’ont testé que la version grand public 54. Nightly qui est en 56 est déjà bien plus performant.

Merci Pascal ! Un dernier mot ? Ou une question que tu aurais aimé qu’on te pose ?

Un grand merci à toi pour l’intérêt que tu portes à Firefox, Mozilla et mon travail sur Firefox Nightly ! Merci aussi pour le travail de vulgarisation que fait Framasoft en ce qui concerne le logiciel et la culture libre. Firefox est l’outil qui permet à Mozilla d’avoir un impact sur le Web. Étant donné le travail que fait Framasoft sur la décentralisation et de dégooglisation du web, les lecteurs de cet article seront peut être intéressés par cette récente annonce de Mozilla dans laquelle nous annonçons un budget de 2 millions de dollars dédié à financer les projets de décentralisation du Web.

… et le slogan du blog de Nightly pour le mot de la fin :
Améliorons ensemble la qualité, version après version (Let’s improve quality, build after build!)

 




Se lancer dans l’open source : un témoignage engageant

Comment participer à des projets open source et s’y sentir légitime ? La réponse habituelle un peu désinvolte consiste à dire : « il suffit de commencer à proposer ne serait-ce qu’un signalement de bug ou une correction mineure dans la documentation et hop ». En commençant par une contribution minime, on peut donc trouver sa place dans une équipe. Théoriquement, c’est exact.

Mais quand on est une jeune femme à peine sortie de ses études d’informatique et qu’on éprouve un peu d’appréhension au contact des contributeurs supposés expérimentés, rien n’est tout à fait simple.

Comme on le lira dans le témoignage de Shubheksha, il faut non seulement parvenir à surmonter son manque de confiance en soi, mais aussi avoir la chance de rencontrer sur son chemin des mentors qui vous accueillent avec bienveillance, vous guident et vous invitent à contribuer davantage encore.

Le parcours cahoteux d’une débutante dans le monde de l’open source

Article original paru dans Medium : A Beginner’s Very Bumpy Journey Through The World of Open Source

Par Shubheksha

Traduction :  Lyn, audionuma, goofy, Lumibd, Manguito,et un anonyme

shubhekshaAvez-vous atterri ici en recherchant des conseils sur la meilleure manière de contribuer à l’open source ? Il y a des milliers d’histoires de ce genre sur Internet, n’est-ce pas ?
Je suis sûre que vous en avez lu beaucoup à présent, car vous essayez de contribuer depuis un bon moment. Et vous avez toujours l’impression de ne pas avoir progressé.
Je connais ce sentiment. J’étais exactement dans la même situation il y a quelques semaines. Laissez-moi vous conter mon histoire.

Voilà à peu près deux ans que j’essaie de contribuer à l’open source.

Oui. Deux ans.

Et il y a bien une chose que je peux affirmer : c’est intimidant. C’est dur de commencer. Vous devez apprendre comment travailler sur un long code source. Vous devez apprendre et adopter les règles de style de code d’un projet.

Tout paraît confus. L’ordre des instructions, comment les différents modules interagissent entre eux, comment et pourquoi le code est organisé de la manière dont il l’est : tout cela constitue un grand labyrinthe.

Je ressens cela en permanence car je ne suis, après tout, qu’une amatrice qui essaie d’en apprendre autant qu’elle le peut.

J’ai donc choisi de suivre la voie la plus facile : la correction de fautes dans la documentation ou les commentaires, et la résolution de bugs triviaux où il était évident de trouver ce qui devait être modifié. Je ne voulais pas poser trop de questions ni essayer de comprendre l’ensemble du code.

Chaque fois que je voulais contribuer, j’allais sur github — ou un autre gestionnaire de bugs – et j’essayais de rechercher des problèmes étiquetés « facile », « débutant », « premier bug facile ». Après en avoir consulté des centaines, je trouvais quelque chose de suffisamment simple à traiter sans beaucoup d’aide extérieure.

Alors, cela a bien fonctionné jusqu’au moment où j’ai pris conscience que je pourrais mieux utiliser les compétences que j’étais en train de développer. J’avais appris tant de nouvelles choses, mais je ne voyais pas à quoi j’aurais pu les utiliser. Apprendre sans mettre en application, c’est bien peu gratifiant. J’étais bloquée sur un palier et je n’avançais plus du tout.

Alors, il est arrivé quelque chose qui m’a terriblement effrayée en tant que nouvelle contributrice qui essaie de naviguer dans le monde de l’open source. J’avais trouvé un bug qui avait l’air assez facile dans un grand projet renommé.

J’ai pensé qu’il valait mieux demander quelques éclaircissements avant de procéder à la moindre modification car je craignais de tout bousiller. J’ai donc envoyé un commentaire indiquant que j’étais une nouvelle contributrice, et demandant quelle serait la meilleure manière de modifier un bout de texte pour corriger le bug.

La réponse que je reçus fut :

« Si tu n’arrives pas à déterminer comment effectuer cette modification, c’est que tu n’es pas qualifiée pour effectuer cette modification. »

Cette réponse me laissa complètement décontenancée, et m’effraya davantage encore à l’idée de poser des questions lorsque je ne comprenais pas quelque chose à propos d’un projet.

Peut-être étais-je indésirable parce que je n’en savais pas assez ? Peut-être devais-je travailler davantage pour acquérir des compétences au lieu de poser des questions stupides et maladroites à des personnes expérimentées beaucoup trop occupées pour me répondre ?

C’est aussi à cette époque que ma recherche d’un mentor a commencé. J’ai pensé que si je connaissais quelqu’un avec qui je serais plus à l’aise pour poser des questions, les choses se passeraient bien et je pourrais me rendre plus utile.

J’ai donc écrit à de nombreuses personnes en leur demandant de m’aider à débuter, vu que je me sentais particulièrement intimidée par mes précédentes expériences. J’ai reçu beaucoup de réponses positives, pleines d’encouragements, mais je n’ai jamais exactement trouvé ce que je cherchais.

J’avais l’impression de buter contre un environnement clos dans le monde ouvert de l’open source.

Tout semblait suggérer que je n’avais qu’à m’y mettre et à ne pas avoir peur. Mais je n’étais pas prête à ce moment là.

Moi, fuyant le monde du logiciel open source

Ma découverte de Mozilla

Par une belle soirée, alors que je cherchais des bugs à corriger, j’ai atterri sur le projet de Mozilla qui vous aide à tester des extensions web. J’étais contente de voir qu’il y avait quelques problèmes étiquetés comme « premier bug facile » mais aucun d’entre eux n’était aussi simple que de corriger une petite coquille.

Bon sang, j’en suis tellement heureuse maintenant.

J’ai commencé à travailler sur l’un de ces bugs, mais j’ai vite compris qu’il me faudrait poser des questions si je voulais être capable de résoudre le problème. J’ai parcouru le code source. Après avoir compris les grandes lignes du problème, j’ai demandé plus d’informations. et voila ! J’ai été capable de résoudre le problème une fois que j’ai eu tous les détails nécessaires.

Maintenant que j’ai soumis trois pull requests [NDT : demandes de modification du code source] (l’une a été acceptée, les deux autres sont en passe de l’être), je suis heureuse d’avoir franchi le pas. Je suis contente de ne pas avoir hésité à poser des questions pertinentes, même si je risquais parfois d’avoir l’air de poser des questions stupides.

Ce n’est pas un problème de ne pas tout savoir et de progresser par étapes pour apprendre quelque chose de nouveau.

Les gens de Mozilla qui encadrent ces corrections m’ont beaucoup aidée et ont toujours été très positifs. Ils m’ont guidée du début à la fin, prenant le temps de m’expliquer les choses de façon à la fois simple et très détaillée. Et cela malgré le fait qu’ils n’auraient mis que quelques heures à corriger ces problèmes eux-mêmes au lieu de prendre le temps de me guider vers une solution de mon cru, dont la conception m’a pris plusieurs jours.

J’ai appris et découvert énormément de choses juste en travaillant sur ces trois problèmes basiques. Et je suis vraiment excitée à l’idée de travailler sur des problèmes encore plus difficiles et d’augmenter ma compréhension de ce sujet et mes connaissances.

l'insatiable vieux dino de Mozilla se goinfre de bugs
l’insatiable vieux dino de Mozilla se goinfre de bugs

Je ne peux pas les remercier assez pour cette expérience tellement positive et enrichissante, qui m’amène à installer Firefox localement et à parcourir les bugs sur Bugzilla un jour sur deux (je garde mes questions sur « Pourquoi » et « Comment » pour un billet plus long).

Je prévois de contribuer à Mozilla aussi régulièrement que possible. À chaque fois que j’ai posé une question pertinente, que ce soit sur IRC, Github ou Bugzilla, j’ai reçu des réponses très aimables.
Jusqu’à aujourd’hui, j’ai résolu trois problèmes dans web-ext, et j’ai eu un correctif accepté et intégré dans Firefox.

Mes contributions ont été remarquées par la communauté, et j’ai aussi été nommée dans le « Addons Contribution Recognition document » [NdT : la liste des contributeurs aux extensions de Mozilla].

En définitive, mes expériences de ces dernières semaines ont été vraiment merveilleuses. J’ai appris tellement de choses, petites et grandes, qu’aucun manuel de programmation n’aurait pu m’apprendre.
Voici mes conseils pour les développeurs débutants qui veulent contribuer à un projet open source :

Conseil n°1 : n’ayez pas peur de poser des questions

Je ne saurais trop insister sur ce point. J’ai perdu beaucoup de temps parce que je ne cessais de me censurer, et c’était ma plus importante inhibition.

Tout le monde a peur de paraître stupide. Mais ne laissez pas cette peur paralysante devenir une entrave à votre progression.

Il est normal de demander si vous ne comprenez pas quelque chose qui est en rapport avec le projet. Les développeurs du projet sont devenus des experts au fil des années. Ils peuvent vous aider très rapidement. Sinon vous risquez de perdre des heures le nez dans le code source à essayer de deviner quelque chose que vous n’êtes même pas censés savoir au départ.

Mais quand vous demandez des informations, vérifiez si elles ne sont pas déjà disponibles dans une documentation ou une recherche Google. Ainsi, vous prendrez garde à respecter le temps libre des développeurs du projet.

Conseil n°2 : c’est normal d’avoir des lacunes

On ne s’attend pas à ce que vous sachiez tout de A à Z lorsque vous commencez à contribuer à un projet. Le processus, c’est plutôt que vous appreniez et gagniez en compétence en résolvant des problèmes de plus en plus difficiles, et en vous familiarisant avec le projet et les outils qu’il utilise. Le temps nécessaire pour cela varie d’un projet à l’autre et d’une personne à l’autre.

Conseil n°3 : lancez-vous !

Ne perdez pas un temps considérable à choisir le projet idéal. Si vous connaissez un projet ou une organisation dont la communauté accueille amicalement les débutants, faites-en votre point de départ.

Trouvez un problème avec lequel vous êtes à l’aise, de préférence dans un langage que vous pratiquez déjà depuis un moment, et essayez d’imaginer ce qui a besoin d’être fait. Demandez des informations pertinentes afin de combler vos lacunes, et après, lancez-vous ! N’attendez pas.

Merci à tous ceux qui travaillent dans l’open source

Une dédicace spéciale à tous les contributeurs aux projets open source qui sont super réactifs et qui encouragent les nouveaux. Vous aidez les nouveaux venus à se frayer un chemin au milieu d’interminables lignes de code et les faites contribuer de manière peut-être limitée mais néanmoins significative. Vos efforts sont nécessaires et sincèrement appréciés.

En tant que débutante et développeuse junior, j’essaie juste de trouver mon chemin dans le vaste et formidable monde de l’informatique. Quelques minutes de votre temps, que ce soit pour me présenter une simple technique de débogage ou pour me montrer comment écrire correctement des tests logiciels, m’aideront, au fil du temps, à devenir une meilleure développeuse.

Vous avez l’expérience et j’ai l’envie insatiable d’apprendre autant que je peux.

Un grand merci à Guido, Kumur McMillan et Luca qui ont été de fabuleux mentors tout au long de ce parcours, ils m’ont suivie à chaque instant et ont répondu à mes diverses questions. J’ai vraiment apprécié le temps et les efforts que vous m’avez consacrés 🙂

Si vous êtes un nouveau venu qui peine à entrer dans le monde de l’open source, j’aimerais que vous me parliez de votre histoire et de votre expérience. Si je peux vous aider de quelque façon que ce soit, surtout n’hésitez pas à me contacter.

J’envisage de rendre compte de mon parcours chez les contributeurs de l’open source, donc si vous désirez que j’aborde un sujet en particulier, merci de laisser un commentaire.
Merci à Pawan Dubey et Quincy Larson pour m’avoir aidée à peaufiner cet article.




Un abécédaire libre et contributif par et pour les enfants

Nous saluons aujourd’hui une initiative exemplaire qui conjugue les démarches auxquelles nous sommes attachés : un projet éducatif à destination des enfants d’écoles primaires et de leurs enseignants, qui les fait participer et aboutir à un ouvrage qui sera utile à d’autres… car placé en licence libre ! Avec Éric que nous interviewons ici, une équipe de contributeurs petits et grands convaincus que la culture libre, c’est bien d’en parler, mais c’est encore mieux de la créer et de la diffuser !

Une Interview d’Eric Querelle aka Odysseus

Bonjour, Odysseus… qui se cache derrière ce pseudo homérique ?
Je suis professeur de néerlandais dans l’enseignement secondaire belge. Je griffonne à mes heures perdues, lorsque l’occasion se présente ou lorsque j’ai une idée. Au départ ce choix de pseudo n’était pas guidé par Homère mais par le vaisseau d’Ulysse… 31 dont j’étais un grand fan. Ce qui donne une idée approximative de mon âge 😉

Il me semble que tu n’en es pas à tes débuts dans l’illustration d’ouvrages libres à destination des plus jeunes, qu’est-ce qui t’intéresse dans ce genre de réalisations ?
En effet, depuis quelque temps j’écris et illustre en amateur de petites histoires pour enfants que je propose en téléchargement. Ainsi, 4 petites histoires sont déjà disponibles : Petit Vénusien raconte l’histoire d’un extra-terrestre qui a un besoin urgent, Bonne nuit Doudou Lapin, une histoire très très courte, Ne pleure pas Monsieur le Loup qui évoque la phobie des ongles coupés et Super Héros, une histoire déclinée en deux versions qui aborde le thème du cauchemar.

Pour le reste, je dessine au gré de mes envies et de mes idées ou propose d’autres bidules comme un petit jeu de dominos ou une lecture de 12 fables de La Fontaine, par exemple.

Ce goût des histoires et celui du dessin se combinent bien. La simple idée de savoir — et de voir — que ceux-ci sont utilisés, exploités de manière individuelle, en classe et sur AbulEdu est un très beau cadeau, une belle récompense.

De manière plus générale, l’école est pour moi le lieu le plus adéquat pour faire découvrir et assimiler ces notions de partage, de respect, de diffusion et de valorisation du bien commun.

Comment est né ce projet d’abécédaire ?
Ce projet est né sur Babytwit, une plateforme libre de microblogging proposée par l’association AbulEdu-fr à destination principale des écoles primaires. Jonathan Tessé mainteneur de la plateforme et animateur Tice dans la région dijonnaise a lancé l’idée et un groupe de personnes ultra-motivées s’est rapidement formé pour la concrétiser. Quatre mois après, nous y voilà ! 🙂

Lien direct en cliquant sur l’image de couverture – PDF 14,1 Mo

couverture abécédaire libre

Ce sont les enfants de diverses écoles qui t’ont envoyé des phrases cocasses pour chacune des lettres. Ça t’a compliqué la tâche ?
Oui, six groupes-classes ont participé à ce projet et leur implication a été maximale. L’idée que je me faisais au départ était celle d’un travail tranquille et je m’attendais à des phrases simples du genre « L’éléphant est près de l’étang ». C’était sans compter l’imagination débordante des enfants coachés par des professeurs gonflés à bloc qui ont pris un plaisir malin à me pousser dans mes derniers retranchements :

En faisant du xylophone, Baba Yaga et son yorkshire dévorent un yaourt au Xérès accompagné d’yeux de yéti et d’ailes de xylocope.

Un plaisir vite partagé et chaque nouvelle phrase était une vraie belle surprise !

E comme Elephant

J’ai eu également l’immense plaisir de rencontrer une classe (celle de Bordeaux). Ça a vraiment été un moment très intense : j’étais venu avec mes dessins déjà réalisés, beaucoup de questions ont été posées par les enfants (qui m’appelaient Odysseus car ils ne savaient rien d’autre que mon pseudo), des remarques adorables… et puis planait aussi ce sentiment inexplicable de rencontrer en chair et en os des personnes que l’on « connaît » uniquement virtuellement.

Concrètement, les 6 classes participantes se sont partagées les lettres de l’alphabet. Lorsque leurs phrases étaient prêtes, elles me les transmettaient via le groupe dédié #abécédaire. Les phrases étaient commentées. Il m’est très souvent arrivé de devoir faire des recherches (pour des mots comme : xylocope, Baba Yaga, urubu…). Je leur montrais le dessin ou un extrait de celui ci pour maintenir un certain suspense. J’avais des retours satisfaits ou quelquefois des remarques du genre « son nez est trop gros » ou « le bouc est trop petit », « son nez n’est pas assez crochu » ou encore « ta hyène on dirait un ours » :-D.

Bref un véritable suivi de la part des enfants. Dans toutes les classes, un travail de fond pédagogique a été réalisé quant au contenu (la recherche lexicale), la forme (ne pas dépasser 140 caractères)… et le fonctionnement du microblogging, ses codes. Cela a largement dépassé le simple cadre de l’alphabet.

La licence « art libre », c’est important pour toi ? Est-ce que ça signifie que toutes les écoles primaires peuvent se servir librement de cet abécédaire ?
Oui, et j’en ai pris conscience lors d’un événement précis : il y a quelques années j’ai posé sur mon blog de l’époque un dessin intitulé « Bulle spéculative » déjà sous licence Art Libre car j’avais découvert cet univers via Framasoft. J’ai reçu un mail d’un certain Antoine Moreau qui était à la recherche d’une bulle pour son texte de Paule et Paul qu’il publiait dans un petit livret sur l’Art. C’était la première fois qu’on me demandait l’autorisation d’utiliser un dessin. Quelques semaines plus tard, j’ai reçu dans ma boîte aux lettres ledit livret avec une partie de mon dessin (rien que la bulle). Je découvrais et vivais ce fameux : « Copyleft: cette œuvre est libre, vous pouvez la copier, la diffuser et la modifier selon les termes de la Licence Art Libre  ».

Aussi, je suppose (et espère) que quelqu’un qui copie, diffuse, modifie, utilise mes dessins l’apprécie et je considère donc cela comme une reconnaissance.

L’abécédaire est sous Licence ArtLibre 1,3 (LAL 1,3) Avec la Licence Art Libre, l’autorisation est donnée de copier, de diffuser et de transformer librement les œuvres dans le respect des droits de l’auteur. Loin d’ignorer ces droits, la Licence Art Libre les reconnaît et les protège.

Elle en reformule l’exercice en permettant à tout un chacun de faire un usage créatif des productions de l’esprit quels que soient leur genre et leur forme d’expression. Si, en règle générale, l’application du droit d’auteur conduit à restreindre l’accès aux œuvres de l’esprit, la Licence Art Libre, au contraire, le favorise.

L’intention est d’autoriser l’utilisation des ressources d’une œuvre ; créer de nouvelles conditions de création pour amplifier les possibilités de création. La Licence Art Libre permet d’avoir jouissance des œuvres tout en reconnaissant les droits et les responsabilités de chacun. La licence complète est à lire ici.

Cela signifie donc effectivement que les écoles primaires et toute personne intéressée par cet abécédaire peuvent le télécharger et l’imprimer librement. Je mets également toutes les sources à disposition (images brutes, .png, .svg, le document .odt et le .pdf) pour permettre à qui le souhaite de « jouer » avec les dessins, personnaliser l’abécédaire en supprimant les phrases pour une activité de classe par exemple ou en colorisant les images.

Une version en couleurs est prévue ?
Oui, au départ, nous étions partis pour une version colorisée. Mais impossible à réaliser en quatre mois de temps. Tenant absolument à donner aux enfants un résultat concret de leur travail avant la fin de l’année scolaire, nous avons laissé la colorisation de côté pour nous concentrer sur un produit fini en noir et blanc.

Dans l’idée de garder l’idée de travail collectif, j’ai donc lancé un appel à l’aide à la colorisation et quelques personnes se sont vaillamment lancées dans l’aventure. Cela avance bien, très bien même. Mais comme plus on est de fous plus on rit, cet appel reste tout à fait d’actualité.

Déjà un autre livre pour enfants en projet ?
J’ai quelques idées mais j’ai souvent besoin d’un certain temps pour les laisser percoler. Mais il m’arrive aussi d’avoir l’idée qui tombe de je-ne-sais-où.

Alors, un livre en projet, pour le moment non. Mais qui sait ? Peut-être demain…

Au fait, si des gens (une école, des particuliers…) veulent te remercier par un don financier ?
C’est une option que je n’envisageais pas car je ne propose évidemment pas mes histoires dans ce but et puis cela me rendait plutôt mal à l’aise.

Cependant, pour le faire moi-même aussi quelquefois pour d’autres projets, je peux comprendre que l’on souhaite ou préfère soutenir un projet financièrement . Alors si les gens tiennent vraiment à me remercier, me soutenir pour mes histoires de cette manière pourquoi pas ?

Merci Éric, et à bientôt !

Liens

Dans les coulisses de l’abécédaire

  • Phrases : Les phrases ont été généreusement imaginées par les élèves des classes :
    • Bibliosaigebib : Atelier informatique en bibliothèque, près de Bordeaux
    • maternelle gilly : Classe de GS de maternelle, Près de Dijon
    • les gribouilloux : Classe de MS GS de maternelle, près de Reims
    • cm1 curie : Classe de CM1, près de Bordeaux
    • brossocm : Classe de CM1 près de Nancy
    • cm1 teacher : Classe de CM1 à Pacé, près de Rennes
  • Dessins : Eric Querelle aka Odysseus
  • Polices de caractère : DejaVu Sans – Liberation Sans – Bromine Regular Font – Thickhead Regular Font