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Une nouvelle version majeure de Diaspora* dans Framasphère

0.6.0.0 !

Ce numéro de version fait la fierté de la communauté Diaspora*.

Le réseau social décentralisé, dont Framasoft héberge un pod sous le nom de Framasphère, fait le plein de nouveautés.


Le nouveau look de Framasphère

 

Cela fait aujourd’hui quatre ans que diaspora*, le réseau social libre et respectueux de la vie privée, a été confié à sa communauté par ses fondateurs. Quatre années de nettoyage du code, de correction de bogues, de refonte et de nouvelles fonctionnalités. Durant ces quatre ans, 42 (ça ne s’invente pas) contributeurs bénévoles ont ajouté 44 221 lignes de code et en ont supprimé 38 560 au sein de 6 versions majeures. Car oui, aujourd’hui, pour l’anniversaire de diaspora*, cette sixième version majeure est la plus grande jamais sortie par la communauté.

Cette version contient de très nombreux changements, tant au niveau de l’expérience utilisateur que des rouages internes. L’interface a été entièrement refondue pour être plus moderne et plus agréable à utiliser. Elle devient dans le même temps personnalisable grâce à l’introduction des thèmes de couleur (dont le thème Original White Background pour revenir à l’ancienne interface).

Il est désormais possible de rendre son profil public, permettant ainsi à des organisations de s’en servir comme page de présentation, ou d’être utilisé comme blog.

Cette dernière version intègre un éditeur markdown, permettant une mise en forme beaucoup plus simple pour les utilisateurs et utilisatrices (vous pouvez toujours utiliser la syntaxe markdown directement).

framasphere - editeur markdown
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Listes des nouveautés de la v 0.6.0.0 de diaspora* (changelog complet)

  • support des thèmes : il est désormais possible de changer le thème de diaspora* (#6033)
  • possibilité de régler les paramètres de confidentialités et les services depuis la version mobile (#6086)
  • possibilité de rendre son profil public (visible sans avoir à partager) (#6162)
  • les votes et localisations sont désormais visibles sur la version mobile (#6238)
  • géolocalisation (si souhaitée) via OpenStreetMap (#6256)
  • un thème pour revenir à l’ancienne version de diaspora* (#6631)
  • ajout d’un éditeur markdown pour simplifier la mise en page (#6551)
  • accessibilité améliorée sur de nombreuses pages (#6227)
  • fédération grandement améliorée (#6873)
  • redesign de la page Flux (#6535)
  • redesign de la page Conversations (#6431) et #6087)

On est en tout cas bien heureux de vous avoir nombreux sur framasphère depuis bientôt deux ans ! En espérant que ce service vous plaise. Nous, on est fier de le voir toujours évoluer !




Chouchoutez vos contributeurs et contributrices !

Le groupe Framalang a traduit l’article de Julien, qui a listé tous les moyens de se tirer une balle dans le pied quand on coordonne un projet libre.

Apprenez à les éviter !

Halte à la stratégie de l'échec !
Halte à la stratégie de l’échec !

Conduite de projets Open Source : 10 erreurs à éviter

Article original : https://julien.danjou.info/blog/2016/foss-projects-management-bad-practice
Auteur : Julien Danjou(CC-BY-SA)
Traduction : lyn., KoS, AlienSpoon, David 5.1, Simon, goofy, Slimane Aguercif, Fred, galadas, terhemis, gégé

Il y a quelques semaines, lors de l’OpenStack Summit (réunion annuelle des contributeurs à OpenStack, NDT), j’ai eu l’occasion de discuter de mon expérience de la conduite de projets Open Source. Je me suis rendu compte qu’après avoir fait partie de plusieurs communautés et beaucoup contribué pendant des années, je pourrais faire profiter les nouveaux venus de conseils et d’avis expérimentés.

Il existe une foule de ressources disponibles expliquant comment conduire un projet Open Source. Mais aujourd’hui, je voudrais aborder ce sujet sous un angle différent, en insistant sur ce qu’il convient de ne pas faire avec les personnes qui y participent. Je tire cette expérience des nombreux projets Open Source auxquels j’ai participé ces dernières années. Je vais décrire, sans ordre particulier, quelques mauvaises pratiques que j’ai constatées, en les illustrant par des exemples concrets.

 

1. Considérer les contributeurs comme une nuisance

fail roadQuand les informaticiens sont au travail, qu’ils soient chargés du développement ou de la maintenance d’un logiciel, il est une chose dont ils n’ont pas besoin : du travail supplémentaire. Pour la plupart d’entre eux, la première réaction à toute contribution externe est : « Zut, du travail en plus ». Et c’est effectivement le cas.

Par conséquent, certains développeurs essayent d’éviter ce travail supplémentaire : ils déclarent ne pas vouloir de contributions, ou font en sorte que les contributeurs se sentent indésirables. Cela peut prendre de nombreuses formes, comme les ignorer ou être désagréable avec eux. Ainsi, les développeurs évitent d’avoir à traiter le surplus de travail qu’on leur met sur le dos.

C’est une des plus grandes erreurs que l’on peut commettre, et une vision fausse de l’Open Source. Si des gens vous apportent du travail supplémentaire, faites tout ce que vous pouvez pour bien les accueillir afin qu’ils continuent à travailler avec vous. Il s’agit peut-être de ceux qui prendront votre relève d’ici peu. Préparez votre future retraite.

Prenons le cas de mon ami Gordon, que j’ai vu démarrer en tant que contributeur sur Ceilometer en 2013. Il examinait très bien le code, si bien qu’il me donnait en fait davantage de travail : non seulement en détectant les anomalies dans mes contributions, mais aussi en me faisant vérifier les siennes. Au lieu de m’en prendre à lui pour qu’il arrête de me faire retravailler mon code et vérifier ses correctifs, j’ai proposé qu’on lui fasse davantage confiance en l’ajoutant officiellement à l’équipe des correcteurs sur un des projets.

Et s’ils ne font pas cette première contribution, ils ne feront pas non plus la seconde. En fait, ils n’en feront aucune ; et ces projets perdraient alors leurs futurs correcteurs.

2. Ne confier aux autres que le sale boulot

Lorsque de nouveaux contributeurs se présentent pour travailler sur un certain projet, leurs motivations peuvent être très diverses. Certains sont des utilisateurs, d’autres veulent simplement voir ce que c’est de contribuer. Ressentir le frisson de la participation, comme un simple exercice ou avec la volonté d’apprendre afin de contribuer en retour à l’écosystème qu’ils utilisent.

En général, les développeurs confient le sale boulot à ces personnes, c’est à dire des tâches sans intérêt, à faible valeur ajoutée, et qui n’auront sans doute aucun impact direct sur le projet.

Pour certains, ce n’est pas grave, pour d’autres, ça l’est. Certains seront vexés de se voir confier du travail sans grand intérêt, alors que d’autres seront heureux de le faire pourvu qu’on leur témoigne de la reconnaissance. Soyez sensible à cela, et félicitez ces personnes. C’est la seule manière de les garder dans le projet.

3. Mépriser les petites contributions

Quand le premier patch d’un nouveau contributeur est une correction d’orthographe, qu’en pensent les développeurs ? Qu’ils s’en fichent, que vous gâchez de leur temps précieux avec votre petite contribution. Et personne ne s’intéresse à la perfection grammaticale d’une documentation, n’est-ce pas ?

C’est faux. Voyez mes premières contributions à home-assistant et Postmodern : j’ai corrigé des fautes d’orthographe dans la documentation.

J’ai contribué au projet Org-mode pendant quelques années. Mon premier patch corrigeait simplement une chaîne de caractères du code. Ensuite, j’ai envoyé 56 patchs, corrigeant des bogues et ajoutant de nouvelles fonctionnalités élégantes, et j’ai aussi codé quelques extensions. À ce jour, je suis toujours seizième dans la liste des plus gros contributeurs d’Org-mode, qui en contient 390. Certainement pas ce qu’on appellerait un petit contributeur, donc. Je suis sûr que la communauté est bien contente de n’avoir pas méprisé ma première correction dans la documentation.

4. Mettre la barre trop haut pour les nouveaux arrivants.

Quand de nouveaux contributeurs arrivent, leurs connaissances du projet, de son contexte, et des technologies sont très variables. L’une des erreurs que les gens font le plus souvent consiste à demander aux nouveaux contributeurs des choses trop compliquées, dont ils ne pourront pas venir à bout. Cela leur fait peur (surtout les timides ou les introvertis) et ils risquent de disparaître, se croyant trop stupides pour aider.

piscine

Avant de faire le moindre commentaire, vous ne devriez avoir strictement aucun a priori sur leur niveau. Cela permet d’éviter ce genre de situations. Il faut également mettre beaucoup de délicatesse quand vous estimez les compétences des nouveaux, car certains pourraient se vexer si vous les sous-estimez trop.

Quand son niveau est bien estimé (un petit nombre d’échanges devrait suffire), vous devez former votre contributeur en ne le guidant ni trop ni trop peu, afin qu’il puisse s’épanouir. Il faut du temps et de l’expérience pour y parvenir, et vous allez probablement perdre certains contributeurs avant de bien maîtriser ce processus, mais c’est un chemin que tous ceux qui gèrent des projets doivent suivre.

Façonner ainsi les nouveaux arrivants est au cœur de la gestion de vos contributeurs, et ce quel que soit votre projet. Et je suis quasiment sûr que cela s’applique à tout projet, même en dehors du logiciel libre.

5. Exiger des gens qu’ils fassent des sacrifices sur le plan personnel

C’est un point qui dépend beaucoup du projet et du contexte, mais il est très important. Dans le logiciel libre, où la plupart des gens vont contribuer par bonne volonté et parfois sur leur temps libre, vous ne devez surtout pas exiger d’eux qu’ils fassent des sacrifices personnels importants. Ça ne passera pas.

L’une des pires manières de faire cette erreur est de fixer un rendez-vous à l’autre bout du monde pour discuter du projet. Cela place les contributeurs qui vivent loin dans une situation injuste, car ils ne peuvent pas forcément quitter leur famille pour la semaine, prendre l’avion ou un autre moyen de transport, louer une chambre d’hôtel… Ce n’est pas bon : tout devrait être mis en œuvre pour que les contributeurs se sentent partie prenante du projet et intégrés à la communauté, sans que l’on exige cela de leur part. Entendons-nous bien, cela ne veut pas dire qu’il faut s’interdire toute rencontre ou activité sociale, au contraire. Pensez simplement à n’exclure personne lorsque vous discutez d’un projet.

Il en va de même pour les moyens de communication susceptibles de compliquer la vie des participants : se retrouver sur IRC (il est difficile pour certaines personnes de réserver une heure, surtout lorsqu’il faut tenir compte des différents fuseaux horaires), faire une visioconférence (en particulier quand on n’utilise pas de logiciel libre et gratuit), etc.

En gros, tout ce qui impose de se synchroniser en temps réel avec l’avancement du projet est contraignant pour certains contributeurs.

C’est pourquoi le meilleur moyen de communiquer reste le courriel, mais tous les outils de communication asynchrones (pisteurs de bogues, etc.) feront l’affaire dans la mesure où ils permettent à chacun de travailler à son rythme et à l’heure qui lui convient.

6. Ne pas avoir de code de conduite

À une époque où de plus en plus de communautés s’ouvrent à un public plus large que celui auquel elles étaient habituées (ce qui est fantastique), les codes de conduite semblent être un sujet à la mode, mais aussi délicat.

En réalité, toutes les communautés ont un code de conduite, qu’il soit inscrit noir sur blanc ou suivi inconsciemment par chacun. Sa forme dépend de la taille et de la culture de la communauté.

Cependant, en fonction de la taille de votre communauté et de la façon dont ce code s’applique, vous auriez peut-être intérêt à l’écrire dans un document, comme l’a par exemple fait Debian.

Ce n’est pas parce que vous aurez rédigé un code de conduite que tous les membres de votre communauté vont soudain se transformer en adorables Bisounours le suivant à la lettre, mais il fournit des règles que vous pouvez citer en cas de besoin. Il peut être utile de le transmettre à certains pour leur faire comprendre que leur comportement ne convient pas, et cela peut aider si une exclusion devient nécessaire, même s’il ne sert que rarement à cela, puisqu’en général personne ne veut aller aussi loin.

Je pense qu’on peut très bien se passer d’un tel document sur de petits projets. Mais vous devez garder à l’esprit qu’un code de conduite implicite découlera de votre comportement. La manière dont vos membres les plus influents communiqueront avec les autres installera l’ambiance à travers tout le réseau. Ne sous-estimez pas cela.

Quand nous avons commencé le projet Ceilometer, nous avons suivi le code de conduite du projet OpenStack avant même qu’il ait été écrit, et probablement avons-nous même placé la barre un peu plus haut. En étant agréables, accueillants et ouverts d’esprit, nous avons réussi à obtenir une certaine mixité, avec plus de 25% de femmes dans notre équipe permanente — bien au dessus de la moyenne actuelle d’OpenStack et de la plupart des projets de logiciel libre !

7. Mettre les non-anglophones à l’écart

Il est important d’être conscient que la grande majorité des projets de logiciel libre utilisent l’anglais en tant que langue de communication principale. C’est logique. C’est une langue répandue, et qui semble remplir ce rôle correctement.

Mais une grande partie des codeurs n’ont pas l’anglais pour langue maternelle. Beaucoup ne le parlent pas couramment. Cela signifie que le rythme auquel ils peuvent converser peut-être très lent, ce qui peut en frustrer certains, notamment ceux qui sont nés en terre anglophone.

 

Le Brexit, c’est maintenant

On peut observer ce phénomène dans les rencontres de codeurs, lors de conférences par exemple. Quand les gens débattent, il peut être très difficile pour certains d’expliquer leurs pensées en anglais et de communiquer à un rythme correct, ce qui ralentit la conversation et la transmission des idées. La pire chose qu’un anglophone puisse faire dans ce cas est de leur couper la parole, ou de les ignorer, pour la seule raison qu’ils ne parlent pas assez vite. Je comprends que cela puisse être frustrant, mais le problème n’est pas la façon de parler des non-anglophones mais les outils de communication utilisés qui ne mettent pas tout le monde au même niveau en privilégiant des conversations orales.

La même chose s’applique, à un moindre degré, aux rencontres sur IRC, qui sont relativement synchrones. Les médias complètement asynchrones ne pâtissent pas de ce défaut, et c’est pourquoi ils faudrait, à mon avis, les privilégier.

8. Pas de vision, aucune délégation des tâches

C’est une autre grosse erreur de gestion si le responsable ne parvient pas à gérer la croissance du projet alors que des gens sont disponibles et prêts à aider.

Évidemment, lorsque le flux des contributeurs commence à grossir, ajoutant de nouvelles fonctionnalités, demandant des retours et des instructions à suivre, certains responsables se retrouvent la tête sous l’eau et ne savent pas comment répondre. Ce qui a pour conséquences de frustrer les contributeurs, qui vont simplement partir.

Il est important d’avoir une vision de votre projet et de la communiquer. Dites clairement à vos contributeurs ce que vous voulez, et ne voulez pas, dans votre projet. Exprimer ces informations de manière claire (et non-agressive !) permet de minimiser les frictions entre vos contributeurs. Ils vont vite savoir s’ils veulent rejoindre ou non votre navire et quoi en attendre. Donc, soyez un bon capitaine.

S’ils choisissent de travailler avec vous et de contribuer, vous devez rapidement commencer à croire en eux et à leur déléguer certaines de vos responsabilités. Cela peut être n’importe quelle tâche que vous faites d’habitude vous-même : vérifier les patchs de certains sous-systèmes, traquer les bogues, écrire la documentation… Laissez les gens s’approprier entièrement une partie du projet car ils se sentiront responsables et ils y mettront autant de soin que vous. Faire le contraire en voulant tout contrôler vous-même est la meilleure façon de vous retrouver seul avec votre logiciel open source.

Aucun projet ne va gagner en taille et en popularité de cette manière.

En 2009, quand Uli Schlachter a envoyé son premier patch à awesome, cela m’a donné plus de travail. J’ai du vérifier son patch, et j’étais déjà bien occupé pour sortir la nouvelle version d’awesome sur mon temps libre en dehors de mon travail ! Le travail d’Uli n’était pas parfait, et j’ai eu à gérer les bogues moi-même. Plus de travail. Alors qu’ai-je fait ? Quelques minutes plus tard, je lui ai répondu en lui envoyant un plan de ce qu’il devait faire et de ce que je pensais de son travail.

En retour, Uli envoya d’autres patchs et améliora le projet. Savez-vous ce que fait Uli aujourd’hui ? Il est responsable du gestionnaire des fenêtres awesome à ma place depuis 2010. J’ai réussi à transmettre ma vision, déléguer, puis à quitter le projet en le laissant dans de bonnes mains !

9. Ignorer certains types de contributions

Les gens contribuent de différentes manières, et pas toujours en codant. Il y a beaucoup de choses autour d’un projet de logiciel libre : la documentation, le tri de bogues, le support, la gestion de l’expérience utilisateur, la communication, les traductions…

Par exemple, il a fallu du temps pour que Debian songe à donner le statut de Développeur Debian à leurs traducteurs. OpenStack prend la même direction en essayant de reconnaître les contributions autres que techniques.

Dès lors que votre projet commence à récompenser certaines personnes et à créer différents statuts dans la communauté, vous devez faire très attention à n’oublier personne, car c’est le meilleur moyen de perdre des contributeurs en chemin.

10. Oublier d’être reconnaissant

Cette liste est le fruit de nombreuses années de bidouillages open source et de contributions à des logiciels libres. L’expérience et le ressenti de chacun sont différents, et les mauvaises pratiques peuvent prendre différentes formes : si vous connaissez ou si vous avez vous-même rencontré d’autres obstacles dans vos contributions à des projets open-source, n’hésitez pas à compléter la liste dans les commentaires. C’est une forme de contribution.

 

 




Emmabuntüs n’est pas une distribution « de pauvres »

On les connaît bien, les copains d’Emmabuntüs, on les a déjà cuisinés plusieurs fois, mais on aime bien les titiller, parce qu’ils ont de l’humour.
On leur a demandé ce qu’il y avait de neuf du côté de chez eux.

Bon alors vous faites une action pour les pauvres, et vous leur donnez une version pauvre d’Ubuntu ? Vous trouvez qu’ils peuvent se contenter d’une version simplifiée ?

David : Nous ne faisons pas vraiment cela pour les « pauvres », mais pour ceux qui pensent que l’informatique doit être accessible à tous, sans condition de revenus.

Et surtout, nous pensons que donner une seconde chance à un ordinateur est un choix, celui de réduire la quantité de déchets, et que pour faciliter ce choix, le prix est un des critères, c’est pour cela que souvent les ordinateurs proposés le sont à un prix attractif.

Emmabuntüs est une version simplifiée de Ubuntu dans le sens « accessible » ce qui veut dire que des débutants peuvent s’en servir, mais vous pouvez aussi très bien développer un logiciel avec, ou mettre au point un serveur de SMS pour faire du recensement de population. Le système reste une Ubuntu (bientôt une Debian), et en conserve donc toutes les possibilités.

Emmabuntüs n’est donc pas une distribution « de pauvres », mais une distribution « pour tous » 🙂 utilisée à la fois par des personnes dans le besoin et des startups très rentables. C’est ce qui fait sa force : http://emmabuntus.sourceforge.net/mediawiki/index.php/L_age_de_faire_Mars_2014

Papy du 18 : « des débutants peuvent s’en servir », ça m’intéresse… mais concrètement, comment ça se passe si je veux essayer Emmabuntüs ? Il faut que j’aille chez Emmaüs à Bourges avec mon ordinateur et on me l’installe ? Ou bien il faut que je me débrouille tout seul même si je n’y connais rien, n’ayant pas touché à un ordinateur depuis Windows 95 ? (j’ai arrêté leurs trucs d’Internet à l’époque parce que les stridences du modem me donnaient des acouphènes)

David : Eh bien le plus simple est de trouver une « install party » près de chez toi (terme barbare désignant un regroupement de gentils geeks prêts à aider les gens à installer une distribution sur leur ordinateur). Tu y trouveras toute l’aide pour installer Emmabuntüs sur ton ordinateur et apprendre à l’utiliser. Tu peux aussi demander au « GULL » local (groupe d’utilisateur de Logiciels Libres), qui t’assistera, je crois qu’il y en a un à Bourges. Si tu connais des gens utilisant Linux, ils pourront aussi certainement t’aider car la procédure d’installation est très similaire à celle des autres distributions.

Patrick : Une autre solution consiste à acheter un ordinateur sous Emmabuntüs à petit prix dans les structures qui utilisent notre distribution : http://reemploi.emmabuntus.org. De plus cela participe à relocaliser l’économie, et à la réduction des déchets informatiques par leur réemploi.

Mamie de Paris : Emmabuntüs c’est le mot-valise entre Emmaüs et Ubuntu. La naissance de cette distribution est-elle une commande d’Emmaüs ? Êtes-vous considérés comme « compagnons » ?

David : Emmabuntüs est en fait le fruit du travail d’un bénévole à la communauté Emmaüs de Neuilly-plaisance, Patrick, qui à l’époque reconditionnait des ordinateurs. Afin de faciliter son travail et celui des compagnons travaillant avec lui, il a commencé à créer des scripts avec le logiciel « AutoIt » sous Windows et permettant d’automatiser certaines tâches. Petit à petit Linux et les logiciels libres se sont imposés comme le choix le plus évident par leur grande adaptabilité, la possibilité de les modifier et diffuser librement. Une Ubuntu a donc été modifiée pour donner naissance à Emmabuntüs.

Fred de Paris : En gros, c’est toujours compliqué avec le noyau dur d’Emmaüs ? Je me souviens que votre discours n’était pas super bien accueilli…

David : En fait petit à petit des gens au sein d’Emmaüs commencent à considérer notre travail, qui facilite quand même bien le leur, et donc nous nous faisons notre place au sein de la communauté.

Patrick : Nous avons de plus en plus de communautés Emmaüs qui utilisent notre distribution, et aussi des associations indépendantes du mouvement Emmaüs, et voici une liste des structures recensées qui utilisent Emmabuntüs : http://reemploi.emmabuntus.org.

Mamie de Paris : N’avez-vous pas l’impression de surcharger la distribution en y mettant plusieurs logiciels qui font exactement la même chose ? Plusieurs suites bureautiques, plusieurs lecteurs vidéos….

David : (sourire) La distribution est de plus en plus utilisée dans des structures reculées qui n’ont pas facilement accès à internet, et qui ont à intervenir dans des domaines très variés tels que des écoles, des centres sociaux, mais aussi des EPN et des centres de formation. Elle est même utilisée par certains indépendants et bien sûr par de nombreuses familles. Nous avons donc inclus le plus possibles d’outils en respectant la contrainte des 4Go (taille de la partition FAT pour démarrer sur la clé USB), afin que nos utilisateurs disposent d’une boite à outils qu’ils peuvent ensuite adapter à leur usage.

Libriste mordicus : Vous utilisez une distribution libre fournie avec des logiciels libres installables sans Internet. Pourquoi avez-vous fait le choix d’y ajouter des logiciels privateurs comme Skype ou Ghostery ?

David : Le but de Emmabuntüs est de fournir une distribution pour le reconditionnement et la réduction de la fracture numérique, des logiciels comme Skype sont très utilisés et permettront aux utilisateurs, souvent novices en informatique, de retrouver leurs outils familiers, ils pourront petit à petit basculer vers les logiciels libres en découvrant ceux fournis avec la distribution. En fait c’est un peu comme faire la promotion du libre sur Facebook : il faut aller chercher les utilisateurs là où ils sont [et pan, dans ta frama-face, à force de les chercher…], et souvent par méconnaissance du libre ce sont des réseaux et logiciels propriétaires qui sont utilisés.

Patrick : Concernant le logiciel privateur Ghostery, quand nous l’avons utilisé sur Emmabuntüs 2 nous ne savions pas que celui-ci n’était pas libre, et quand nous l’avons su nous l’avons remplacé par son équivalent libre nommé Disconnect en juin 2014.

Fred de Paris : Mais alors c’est pas 100% libre ?

David : Pas tout à fait, mais d’une part l’installation de la partie non libre est optionnelle, mais surtout nous faisons la promotion du libre par les documents et logiciels libres livrés avec la distribution en essayant de tendre vers le 100% libre.

Mamie de Paris : Quels sont vos rapports avec les communautés libristes ? Avec quels GULLs interagissez-vous ?

David : Nous avons évidemment beaucoup de contacts avec les libristes, à la fois membres des projets et blogueurs qui relaient nos articles, voire même souvent écrivent sur nos actions. Nous avons beaucoup échangé avec Ubuntu-fr par notre présence aux premiers samedis et aux Ubuntu Parties.

Patrick : Nous travaillons avec quelques GULL, comme Montpel’libre, les JerryClan France, Côte d’Ivoire, Togo, Cameroun, etc, et surtout de nombreuses associations qui veulent s’inscrire dans une démarche de réemploi des ordinateurs comme PC de l’Espoir, THOT Cis, TriRA, pas uniquement sur la partie distribution GNU/Linux, car notre but premier est l’action humanitaire par le réemploi, et la distribution que nous développons n’est qu’un vecteur pour atteindre ce but.

Libre_En_Fête_2016 à Lannion
Libre_En_Fête_2016 à Lannion

 

Mamie de Paris : Quels sont vos rapports avec les développeurs des logiciels que vous installez ? Respectez-vous les licences et les versions ?

David : Nous en respectons les licences, après, concernant les versions, nous essayons d’inclure les nouveautés quand elles ne posent pas de problème aux utilisateurs car il sera pour beaucoup d’entre eux difficile de s’adapter.
Nous avons des contacts avec les développeurs des logiciels quand ils nous aident ou que nous leurs transmettons les retours de nos utilisateurs, ou bien encore quand nous demandons à inclure certains travaux dans Emmabuntüs, il nous arrive aussi de communiquer avec eux lorsque nous écrivons dans notre blog pour être sûrs d’avoir les bonnes informations concernant leurs actions.

Mamie de Paris : Reversez-vous vos améliorations à la communauté Ubuntu-Fr (ou une autre) comme la licence l’y encourage ?

David : Heuuu, nous pêchons un peu sur ce sujet, en effet nous n’en avons pas le temps. Nous espérons cependant que la promotion faite d’Ubuntu à partir de Emmabuntüs et les contacts que nous avons avec la communauté Ubuntu-fr contribuent à rendre Ubuntu toujours meilleure. 🙂

Patrick : Nous ne participons pas à l’amélioration des communautés du logiciel libre, simplement car nous ne développons pas de code indépendant de notre distribution, qui puisse être intégré dans d’autres distributions. Notre travail pour Emmabuntüs se borne au choix des logiciels utilisés, leur personnalisation, et à des scripts qui permettent l’installation de la distribution et les choix par exemple installer ou pas les logiciels non libres lors de la post-installation.

Notre apport au monde du logiciel libre est de sensibiliser les utilisateurs néophytes à GNU/Linux sur la pertinence d’utiliser des logiciels libres pour prolonger la durée de vie de leur ordinateur, de former des reconditionneurs à la mise en œuvre de distribution GNU/linux pour le réemploi d’ordinateurs. Nous pensons que notre travail est de plus en plus utile et apprécié au regard des associations humanitaires qui utilisent notre distribution (éventuellement complétée des données de culture libre) dans le cadre de leurs beaux projets comme par exemple Ailleurs Solidaires et YovoTogo.

 Photo : Remise d’ordinateurs sous Emmabuntüs par Ailleurs Solidaires à Akashganga Intl Academy en décembre 2015
Photo : Remise d’ordinateurs sous Emmabuntüs par Ailleurs Solidaires à Akashganga Intl Academy en décembre 2015

 

Fred de Paris : Vous êtes potes avec des gens bizarres qui mettent des ordis dans des bidons. Pourquoi ils font ça ? Votre lien est-il toujours aussi fort ?

David : Hahahaha ouiiiiiiiiiii et plus que jamais, en fait quand nous avons rencontré les gens de Jerry DIT, ils ont rapidement adopté Emmabuntüs sur les Jerry, qui sont des ordis reconditionnés dans des bidons. Cette initiative s’est propagée bien au delà de l’Europe, surtout en Afrique où les « Jerry Clans » sont très vite apparus comme les ancêtres des labs que nous connaissons aujourd’hui. Jerry c’est le partage, l’opposition du faire ensemble si cher au logiciel libre à la culture du Do It Yourself malheureusement récupéré par les entreprises. Jerry, main dans la main avec Emmabuntüs, a donné naissance à des cyber Cafés (Jerry Cyber en Côte d’Ivoire), mais aussi à pas mal de salles d’informatique et d’ateliers au Bénin, Togo, Côte d’Ivoire, Gabon…

Le lien reste très fort oui, et nous espérons vraiment qu’il le restera. Même si les deux projets restent indépendants, nous nous soutenons mutuellement parce que nous sommes faits pour avancer ensemble. Un des membres de notre collectif est justement en train de créer Jerry Clan Cameroun avec sa fiancée, mais je ne balancerai pas. 😀

Jerry fonctionnant sous Emmabuntüs qui a permis à l'Ayiyikôh FabLab obtenir le prix de la meilleure application à l'Africa Web Festival 2015 avec l'application Gbame qui donne l'itinéraire des bus à Abidjan
Jerry fonctionnant sous Emmabuntüs qui a permis à l’Ayiyikôh FabLab d’obtenir le prix de la meilleure application à l’Africa Web Festival 2015 avec l’application Gbame qui donne l’itinéraire des bus à Abidjan

 

Fred de Paris : Et alors, elle a évolué comment, la distribution ? Vous dites qu’elle va être basée sur Debian ? Qu’est-ce qui vous a fait changer ?

David : Debian nous permettra une plus grande souplesse, et surtout une plus grande stabilité dans la base utilisée pour construire la distribution. Les versions testing sont maintenues très longtemps, sont stables et éprouvées. Nous garderons les dépôts Ubuntu pour les logiciels qui nécessitent une version récente. Debian est aussi de base plus légère et les versions 32 bits sont toujours maintenues. Cela nous permet de continuer à assurer aux reconditionneurs la continuité de Emmabuntüs en 32 bits pour les vieux ordis.

Patrick : Effectivement nous venons de sortir la version Beta de l’Emmabuntüs DE (Debian Edition) en février 2016, grâce à l’aide précieuse de membres d’autres communautés comme : Arpinux et Thuban de la distribution HandyLinux, Mamahadou et Moussa de l’Ayiyikôh Incubator, François de Multisystem, Nicolas de Montpel’libre et les blogueurs Frédéric Bezies et Rodolphe. Nous comptons sortir la version 1.00 pour fin mai début juin de cette année.

Fred de Paris : Vous mettriez pas Tonton Roger comme moteur de recherche par défaut ? Ça vous rapporterait pas un rond, je vous préviens. Ce serait pour l’élégance du geste…

David : Tu parles de Framabee ? [nan, je parle de Tonton Roger, on lui a donné un nom rigolo, faut que ça serve] Je pense que nous le pouvons oui, il est vraiment très agréable à utiliser.

Patrick : Nous sommes toujours partant pour intégrer des applications innovantes et libres des amis du monde Libre, par contre nous avons une nouvelle contrainte liée à notre diffusion internationale (la France ne représentant plus que 25 % de nos téléchargements) qui nous oblige pour les moteurs de recherche d’être en plusieurs langues. Après avoir abandonné G…. au profit de StartPage nous l’avons remplacé par Qwant car des utilisateurs anglophones nous ont informé qu’ils n’arrivent pas à basculer facilement la langue par défaut du moteur. Par contre nous garderons toujours sur notre fond d’écran cette phrase en français que nous devons à nos amis de Framasoft : « Un jour, le monde sera libre ! », et sans qui Emmabuntüs n’aurait jamais existé.

Merci beaucoup de nous avoir aidé dans cette belle aventure, et grâce à vous nous venons de fêter les 5 ans de notre collectif. Nous allons poursuivre celle-ci grâce au soutien de nos amis de Montpel’libre, YovoTogo, Ailleurs Solidaires, PC de l’Espoir, THOT Cis, TriRA, les JerryClan France, Côte d’Ivoire, Togo,  Ayiyikôh FabLab, BloLab, Je suis Jerry et bien sûr le DouaLab  😉

Salle informatique du village de Nayéga
Photo : Salle informatique du village de Nayéga, région des Savanes au nord Togo équipée par YOVOTOGO et JUMP Lab’Orione

 




À la rencontre des géographes libres

Le logiciel libre a un important rôle à jouer dans la manipulation de données géographiques, qui doivent impérativement rester un bien commun. À l’occasion d’un rassemblement des acteurs de ce milieu, nous avons demandé à en savoir plus.

Avertissement : c’est pointu
Avertissement : c’est pointu

 

Salut Étienne. Tu es le président de l’association OSGeo-fr qui selon son site « est la représentation Francophone de la fondation Open Source Geospatial dont la mission est d’aider et de promouvoir le développement collaboratif des données et des technologies géospatiales ouvertes. »

J’ai rien compris. C’est quoi, le géospatial ?

Alors le Géospatial, ça ressemble un peu à un pléonasme, Géo pour géographique et spatiale pour l’espace. Bon en ce qui nous concerne, le géospatial renvoie au Système d’information géographique (SIG ou encore GIS en anglais). Les SIG sont à considérer comme une architecture, un système, informatique pour stocker et traiter des données géographiques.

L’OSGeo-fr est une association française qui est née il y a 10 ans pour donner de la visibilité aux logiciels libres en géographie (géomatique). Le fr c’est parce que nous sommes le « chapitre » (comme les loges maçonniques :-)) français d’une fondation internationale : http://www.osgeo.org/.

Logo OSgeo fr
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Parmi nos actions, nous organisons le FOSS4G-fr tous les deux ans à Paris en partenariat avec l’ENSG, des rencontres utilisateurs Qgis tout les ans à Montpellier avec les étudiants du Master AgroTIC, des semaines de traduction des interfaces et de la documentation pour les logiciels incubés par l’OSGeo. Cette année nous avons également soutenu un CodeSprint de l’OSGeo à Paris en début d’année.

Notre objectif vise à rassembler et dynamiser la communauté des développeurs et des utilisateurs francophone. La première édition du FOSS4G-fr a eu lieu en 2014 sur 3 jours à l’ENSG de Marne-la-Vallée, et a rassemblé 250 personnes.

FOSSAG 2014
FOSSAG 2014

 

Nous relancerons la machine pour 2016.

C’est toujours pas super clair.

Nous, à l’OSGeo, ce qui nous occupe, nous intéresse et nous passionne, ce sont tous les outils qui permettent de construire des cartes. Les contributeurs d’OpenStreetMap le savent, avant d’aboutir à une carte comme la Top25 de l’IGN ou à la carte OSM, un travail de sélection et de mise en forme de l’information doit être fait. On peut identifier plusieurs phases dans le processus et pour chaque phase, il existe une constellation de logiciels libres pour aider l’Homme dans cette tâche.

La création de données : comme dans OSM, on part bien souvent de photos aériennes, et on peut numériser à la main les différentes formes qu’on observe. Eh bien il existe d’autres méthodes qui consistent à faire construire ces formes par l’ordinateur. On pourra par exemple parler de GRASS-GIS, orfeo-toolbox ou encore R avec certains packages. L’évolution des capteurs d’acquisition de données (photos multi-band, infrarouge, LIDAR, etc.) ouvre régulièrement de nouvelles applications et de nouvelles possibilités dans le traitement de la donnée spatiale.

Donc pour revenir à la question, les technologies géospatiales manipulent des données dont l’objet est l’espace, sa représentation et sa modélisation.

Pourquoi le fait de travailler avec des logiciels libres est-il si important ? Que se passerait-il si la discipline était noyautée par les GAFAM ? Par l’Oncle Sam ?

Quand on parle de logiciel libre personnellement je pense immédiatement à des questions de justice sociale et justice spatiale (ben oui :-p). La cartographie est initialement un outil mobilisé pour la conquête. Qu’on pense au militaire ou au navigateur, leurs objectifs étaient de prendre possession de l’espace. Quand j’ai commencé à travailler avec des outils géomatiques, le libre existait bien sûr, mais il n’avait pas le droit de cité dans ma formation. Et je me suis retrouvé en stage dans une structure qui n’avait pas les moyens de se doter de logiciels « métier ».

Le logiciel libre a été un moyen de s’émanciper de cette contrainte et de permettre à la structure en question de pouvoir continuer à utiliser mon travail. Aujourd’hui les choses ont beaucoup changé, en grande partie grâce à Qgis qui a complètement redistribué les cartes (haha). De plus en plus de formations proposent des cours sur Qgis en plus des outils plus « traditionnels », et le dynamisme de la communauté des utilisateurs et des développeurs y est pour beaucoup !

Le web n’est pas à la traîne, openLayer est une librairie JavaScript incontournable, postgreSQL et PostGIS pour le stockage en base de données se sont largement imposés, etc . Donc pour moi les logiciels libres de l’OSGeo répondent bien aux questions de justice sociale en permettant à tous d’avoir accès à des logiciels et des algorithmes de qualité, ce qui nous conduit à la justice spatiale… il n’y a plus de contraintes à ce que la terre soit cartographiée par les gens qui la vivent !

Pour ce qui en est de l’oncle Sam… eh bien GRASS-GIS par exemple à été développé au départ par l’armée américaine et donné à la communauté.  Pour les GAFAM, ils restent ambigus non ? Google pour ne citer que lui a largement contribué à diffuser la cartographie sur Internet. Mais bien sûr la licence d’utilisation n’est pas acceptable ! On ne pourra pas non plus identifier combien de développements ont été permis grâce au Google Summer Of Code… Bon je parle beaucoup de Google… Peut-être que les autres sont moins ambigus ! :-p

Les données sont donc libres aussi (opendata) ?

Bien sûr, on parle aussi d’OpenData en géomatique ! La première source à laquelle on pense est bien sûr Openstreetmap et sa communauté qui font un travail formidable, aussi bien en ce qui concerne la numérisation de données que l’alignement avec d’autres référentiels. En France, par exemple, je ne sais pas si vous avez suivi, mais le projet Bano est assez exemplaire. L’idée repose sur une convention entre  l’IGN, le Groupe La Poste, l’État et OpenStreetMap France pour proposer la BAN (Base Adresse Nationale), qui sera la base de données adresse de référence en France.

Mais pour les gens qui veulent traiter d’autres données on trouve beaucoup d’autres sources sur internet : STRM, ASTER

Vous avez l’air très dynamiques : deux réunions en France en mai, une autre à Bonn en août. Vous avez beaucoup de choses à vous dire ou c’est pour manger des petits fours entre copains ?

Du dynamisme ! Oui oui on fait ce qu’on peut. 🙂

La communauté Osgeo-fr est nationale il faut donc arriver à créer des événements conviviaux pour que l’investissement en temps soit agréable ! Pour les francophones il y a donc cette année trois rendez-vous. Le premier est déjà passé et s’est déroulé à Montpellier en partenariat avec le Master AgroTIC de SupAgro. Ce rassemblement était dédié à Qgis et plutôt orienté utilisateurs et retour d’expérience.

Le second aussi est passé, il s’adressait plutôt aux développeurs : il s’agissait d’un code Sprint organisé à Paris en début d’année. L’objectif est de rassembler pendant un certain temps des développeurs pour avancer de concert au développement de nouvelles fonctionnalités et à la correction de bugs.

Enfin l’événement à venir, j’en ai déjà touché deux mots en introduction, est une rencontre plus large orientée tout à la fois développeurs et utilisateurs avec deux sessions parallèles. Le programme est sorti et il est incroyablement intéressant avec 10 workshops et 41 conférences en 3 jours. De quoi mettre le pied à l’étrier si vous êtes intéressés par les technologies géospatiales !

Nous organisons également des événements en ligne comme une semaine de traduction. À ce moment là, les personnes motivées se retrouvent dans des salons IRC pour avancer là aussi de manière concertée sur la traduction des interfaces et de la documentation pour permettre au plus grand nombre d’utiliser les logiciels.

Quel est l’avenir de la discipline ?

La prospective est toujours un exercice difficile parce qu’on passe toujours à côté de quelque chose ! Aujourd’hui si je réfléchis un peu aux évolutions depuis notre dernière édition du FOSS4G-fr : les technologies webSIG semblent se stabiliser après la sortie d’OpenLayers 3, on gère bien les données grâce des SGBD toujours plus performants, les web-services WMS, WFS, WPS, s’ils sont toujours en ébullition, sont déjà utilisables par la communauté.

La gestion de données 3D en base de données avait fait l’objet de plusieurs ateliers et présentations l’année dernière. Il semble que cette année le logiciel libre en géomatique et le géospatial s’investissent largement dans le traitement de données issues de drones, ce qui bien sûr remettra sous les spotlights le stockage.

Dans un autre domaine, la gestion des métadonnées géographiques reste également une question brûlante surtout avec l’émergence des organismes de diffusion de données de géographie produites par les territoires.

Pour conclure, le spatial prend de plus en plus d’espace dans les préoccupations, ce qui conduira de plus en plus de gens à migrer vers des outils open source ou libres pour reprendre la main sur ces données. Pour preuve un certain nombre de présentations au FOSS4G-fr de cette année sont des retours d’expérience de migration, de financement, par des entreprises, des associations ou des services de l’État vers le logiciel libre en géographie.

Est-ce que le grand public peut vous aider ? Ça a l’air d’un nid d’universitaires super-pointus, votre bidule…

Des universitaires ? Pas tant que ça 🙂 ! Pour le grand public, il me semble que si la question ne se pose pas encore pour tout le monde, nous allons vers une généralisation de l’utilisation des données géographiques. Quand le besoin se fait sentir, les solutions émergent. Aujourd’hui s’il est vrai que certaines solutions nécessitent quelques compétences, d’autres comme Qgis, gvSIG ou OpenJump pour n’en citer que trois sont à la portée du plus grand nombre.

Par ailleurs si vous voulez essayer toutes les saveurs des outils Osgeo, vous pouvez télécharger le live DVD traduit par la communauté.

OSgeo live
OSgeo live

C’est sans doute un bon moyen d’explorer les solutions simples comme les architectures plus compliquées sans complexe ni découragement. Si cela pique votre curiosité n’hésitez pas à venir rencontrer d’autres utilisateurs et développeurs au FOSS4G-fr, aux rencontres Qgis, ou au GeoCamp organisés dans différentes villes de France. Des moments de partage et de convivialité après lesquels tous les participants ressortent plus riches.

Pour en voir plus, une vidéo sur l’impressionnant plugin Cadastre

 

http://www.osgeo.asso.fr/




Un financement pour pouvoir se libérer… de Framasphère !

Diaspora* est un réseau social décentralisé et respectueux de la liberté. Le terme diaspora* désigne à la fois le logiciel sous licence AGPL à installer sur un serveur pour pouvoir se connecter au réseau, et le réseau lui même, composé de toutes les différentes installations du logiciel diaspora*.

Framasphère est une de ces installations (appelées pods), et nous sommes heureux de vous fournir un accès à ce réseau depuis l’un de nos serveurs.

Démarré en Février 2010, le projet diaspora* est devenu communautaire en Août 2012. Depuis, le développement avance dans la bonne direction mais à un rythme lent : il n’est porté que par des bénévoles, principalement allemands et français.

Essayez, installez, migrez.

Senya, un développeur russe, se propose de travailler sur diaspora* à temps plein en se rémunérant grâce à une campagne de financement participatif. La fonctionnalité principale visée pour cette campagne est la possibilité de migrer son compte diaspora* d’une installation vers une autre.

migration diaspora

C’est une fonctionnalité qui nous tient à cœur, car elle touche un point clef de notre approche de la diffusion du logiciel libre : « cultiver son jardin », c’est à dire avoir sa propre installation du logiciel.

En effet, le projet Dégooglisons fonctionne en 3 étapes : vous faire découvrir le logiciel / service, vous permettre de l’essayer, puis vous permettre de l’installer chez vous, pour être le seul maître de vos données.

Vous pourrez enfin changer de pod !

Si pour certains services ce cheminement est facile, il devient nettement plus compliqué dès qu’il n’est pas possible d’extraire vos données de l’installation de Framasoft pour les réimporter dans votre propre installation.

Qui voudrait installer son propre nœud diaspora* si cela implique de perdre tous les contacts, messages, photos, etc. postés depuis des mois sur Framasphère ? Voilà pourquoi nous encourageons vivement Senya dans son crowdfunding.

Et bonne nouvelle ! Depuis quelques jours, les 3500 euros demandés ont été atteints, Senya va pouvoir travailler sur la migration entre les serveurs diaspora* !

5 jours pour aller plus loin…

Cependant, le financement se poursuit jusqu’au 20 Mars, car Senya se propose maintenant d’ajouter les mentions dans les commentaires si 4200 euros sont atteints, et la fédération des tags entre les pods si 5000 euros sont atteints (oui, les tags ne sont actuellement pas fédérés en tant que tels, voir cet article de blog pour les détails techniques). Ces fonctionnalités sont elles aussi très intéressantes, nous vous encourageons donc vivement à donner si vous le pouvez !

Senya propose notamment une récompense intéressante : si vous donnez 150 euros, il vous aidera personnellement à installer votre propre pod diaspora* puis à migrer votre ancien compte dessus en utilisant sa fonctionnalité toute neuve. C’est une opportunité unique d’avoir enfin votre propre réseau social entièrement sous votre contrôle !

diaspora

En participant à ce crowdfunding, vous ne permettez pas seulement à Framasphère et à toutes les installations de diaspora* d’être plus complètes et de mieux fonctionner, créant une alternative fiable à l’horreur qu’est Facebook. Vous montrez aussi que vivre en écrivant du code Libre est quelque chose de possible.

Non seulement vous aidez Senya, qui prend le risque de faire financer son travail par la communauté plutôt que de trouver un emploi stable traditionnel, mais vous incitez aussi les autres développeurs à se tourner vers le financement participatif pour faire vivre tous les beaux logiciels Libres que nous aimons tant !

Alors, n’hésitez plus, participez !




Du neuf avec du vieux

Nous avons rencontré les fondateurs de M2 en préparant Alternatiba. Ils sont des ovnis dans le monde libriste parce qu’ils ont créé une entreprise et pas une association. Ils croient dur comme fer (à souder ?) à leur modèle économique et peuvent en parler des heures avec un enthousiasme inoxydable. C’est Maxime qui nous répond mais les deux autres sont aussi survoltés.

 

Bonjour, Maxime ! Alors, toujours aussi motivés ?

Alexandre, de McarréBonjour ! Oui, nous sommes particulièrement motivés, je dirais même exaltés. Nous sommes trois jeunes, dynamiques et complémentaires, prêts à conquérir le monde ! … du moins à le responsabiliser un peu. Nous en avions juste marre de nous faire (toujours à souder) avoir en achetant à répétition du matériel numérique et de plus en plus fréquemment. C’est dans cette optique que nous avons fondé M², une start-up qui lutte contre l’obsolescence programmée des ordinateurs, tablettes et smartphones. Pour expliquer un peu : à chaque composant électronique est associée, lors de sa fabrication, une probabilité de dysfonctionnement par son constructeur. M² c’est donc un ensemble de services pour arriver à se rapprocher d’une informatique responsable, c’est-à-dire fiable, durable et proche de son utilisateur. En ce sens, nous proposons le Fastech, comme le Fastfood mais pour la technologie et avec la qualité en plus… en fait, ça n’a rien à voir, haha. Le Fastech est une cure de jouvence de l’ordinateur, aussi vieux soit-il, au départ logicielle et dans un deuxième temps, si cela s’impose, matérielle. Après le Fastech, l’ordinateur est comme neuf, voire meilleur (et ça c’est fort) : beaucoup plus rapide (Mr Bolt), nettoyé (Monsieur Propre), sécurisé (Mr Robot) et économe en énergie, pour durer plus longtemps et être plus fiable, tout en tenant compte des préférences de configuration de l’utilisateur.

Vous dites que nos appareils électroniques pourraient vivre bien plus longtemps si on s’en occupait un peu mieux ?

Absolument ! Tout est conçu pour mourir prématurément et je ne parle pas uniquement du matériel. L’informatique est une langue compliquée permettant à la grande distribution de vendre encore plus, puisque nous n’y comprenons rien. Finalement, nous n’avons pas toujours conscience des performances réelles de notre machine, qui suffisent à nos besoins quotidiens dans une grande majorité des cas. Chez M², nous aimons prendre notre temps pour expliquer comment appréhender son ordinateur, sa tablette ou encore son téléphone afin de traduire toute cette technicité en gestes du quotidien. Pour vous donner un exemple, pour un ordinateur, qu’il soit sous Mac, Windows ou Linux (youpi), sa durée de vie peut dépasser 8 ans.

Et ça, vous savez le faire ?

Nous sommes tous les trois parfaitement complémentaires. Nous avons bien sûr nos inclinations premières : le code et le développement pour Alexandre, le gaming et l’ergonomie logicielle pour Thomas et la sécurité et le hardware pour moi-même. Nous avons la chance d’être suffisamment vieux pour savoir qu’il y avait autre chose avant l’hégémonie d’Apple et Ubuntu 15, et cette question de durée du matériel s’est très vite posée dans un monde de plus en plus caréné. La confrontation de nos compétences a permis de créer M² et concevoir un système complet s’adaptant à tous les environnements exploitant nos dix années d’expertise.

D’où vous vient cette expérience ? Vous étés des pros de ces trucs-là ? Vous êtes tout jeunes !

Thomas, de McarréLa jeunesse suscite toujours une certaine jalousie, hé hé. Nous sommes de grands passionnés d’informatique depuis le berceau (Windows 3.0 puis 95). Nous avons bidouillé, assemblé, testé, brûlé et soudé (littéralement) nos premiers PC. Nous avons pratiqué toute cette technologie en milieu professionnel (surtout moi, je suis le plus vieux) et j’avais même déjà testé ce concept en auto-entrepreneur pendant quelques années.

 

Combien ça coûte, pour avoir une bécane flambant neuve ?
Nous avons deux offres distinctes :

La première offre est le Fastech à partir de 30€ pour Linux, 40€ pour Mac et 50€ pour Windows (proportionnel au temps passé sur la machine).

Incrémenter de 30€ selon le type de problématique, ajouter si besoin le prix des composants.
A 70%, la première formule suffit et le plus souvent nous le faisons à distance.

La deuxième offre est un système d’abonnement. 15€ par mois sans engagement ni frais de résiliation.

L’abonnement est un suivi personnalisé et complet de quatre appareils électroniques : ordinateur fixe et portable, smartphone et tablette.
Pour cela, nous avons créé une plate-forme, l’application M², à partir de laquelle il est possible de nous joindre 24h/24, 7j/7, pour une question concernant l’utilisation de son ordinateur, un achat informatique à effectuer ; ou la résolution d’un problème, à distance ou en personne si nécessaire. L’abonnement comprend également un ensemble de mises à jour et de vérifications tous les mois et un checkup complet tous les trois mois, une assistance téléphonique haute disponibilité en cas d’urgence, et un accès aux tarifs préférentiels d’M² pour des cours d’utilisation des plate-formes électroniques avec nos Mentors parmi la communauté du M, et des produits informatiques sélectionnés pour leur qualité remarquable.

 

Pourquoi vous avez un système d’abonnement ? Il faut recommencer tous les quatre matins ? Pourquoi c’est pas efficace une fois pour toutes ?

Maxime, de McarréNous procédons à un système d’abonnement car nous savons pertinemment que l’informatique n’est pas une science exacte. Son fonctionnement est affaire de probabilités, dont les variables sont en grande partie liées à l’utilisation qui en est faite : chaque cas est particulier et nécessite son lot d’attention propre au quotidien. C’est pour cela que suite au premier Fastech réalisé dans tous les cas, nous avons établi toute une gamme de services associés aux appareils électroniques de nos membres, pour résoudre tous les problèmes qu’ils pourraient rencontrer, dans toutes les situations dans lesquelles leur ordinateur évolue. Ces services sont exigeants en termes de compétences et de temps, et c’est pour en assurer la cohérence que nous avons souhaité les rassembler sous la forme d’un abonnement, qui intègre nos membres à la communauté du M. Les nouvelles technologies ne cessent d’évoluer, de se transformer, il en est de même pour nos appareils électroniques. Bien souvent, la couche logicielle est conçue de telle manière que cela nécessite un suivi quasi en temps réel de sa machine. C’est pour cette raison d’ailleurs que cela ne pourra jamais être efficace une fois pour toutes. Nos besoins aussi changent avec le temps. Alors non, il ne faut pas recommencer tous les jours, nous avons réussi à temporiser le remplissage intempestif de la machine par elle-même, mais le plus souvent la problématique se situe entre le clavier et la chaise (ha ha). Nous voulons vraiment nous poser comme l’interface entre l’utilisateur et l’industrie électronique : tel un mode d’emploi pour l’usager, une exigence d’accessibilité pour l’informatique.

Et quel rapport avec le logiciel libre ?

Le rapport est énorme, comme dirait Monsieur Luchini ! En plus de promouvoir le logiciel libre dans toute sa splendeur pour nos systèmes, nous portons cette dynamique du partage et de la communauté, qu’on pourrait appeler pompeusement « philosophie du libre », dans tout ce que nous faisons. Nous sommes intimement convaincus que le libre est l’avenir de l’informatique à tous points de vue (sécurité utilisateurs, sûreté des données, fiabilité…).

Vous avez besoin de quoi pour démarrer ? Vous avez lancé un crowdfunding ?

Nous avons besoin de nous faire connaître. Notre communauté s’agrandit de jour en jour et les témoignages de satisfaction de nos membres nous indiquent que nous sommes sur la bonne route.
Nous n’avons pour le moment pas lancé de démarche pour obtenir du financement extérieur. Nous favorisons un développement organique, qui nous permet de rester très proches de nos membres, ce qui est notre principale préoccupation ! Nous avons déjà imaginé cinq nouveaux concepts que nous présenterons en 2016 et qui seront toujours dans la lignée de nos valeurs. À ce moment-là, nous envisagerons sans doute un financement de ce type. À l’heure actuelle, il y a encore beaucoup à faire pour que les ordinateurs, tablettes et smartphones soient aussi fiables qu’ils pourraient l’être !

Pendant que tu t’occupes de rafraîchir mon portable, tu peux placer un dernier mot. Profite !

Arrêtez de manger des céréales sur vos claviers d’ordinateur, ils ne s’en porteront que mieux ! 🙂

http://www.mcarre.fr/




PIQO : quand on peut faire simple…

Des ordis moins énergivores (mais aussi efficaces) pour les institutions françaises. Libres. assemblés en France ? C’est le pari osé d’une association de Nevers, qui a besoin de sous pour démarrer.
Nous avons voulu en savoir plus avant, peut-être, de mettre la main au portefeuille, et nous sommes allés interroger Émilien Court, l’un des responsables du projet PIQO.

Bonjour, Émilien. Ça vient d’où, ce projet ? Qui êtes-vous ? Comme dirait Isaac : comment justifiez-vous votre existence ?

Je vois qu’on a les mêmes références ! PIQO est le fruit d’un constat : le parc informatique des administrations, entreprises, écoles ou universités est très largement surdimensionné en termes de puissance compte tenu de l’usage qui en est fait. Cela entraîne un coût financier non négligeable en investissement ou consommation électrique. L’impact écologique est également considérable en traitement des déchets électroniques, transport ou production d’énergie. Enfin, tous les équipements informatiques sont actuellement produits en Asie, et il apparaît indispensable de mettre en place un « circuit court » de l’informatique en localisant l’assemblage en France.

PIQO est un projet de synthèse. Ça n’est pas que de l’informatique, c’est aussi un projet social et environnemental.

Je suis tombé dans l’informatique quand j’étais petit, j’en ai même fait mon métier à une époque. Parce que je suis aussi quelqu’un d’engagé et préoccupé par les questions de société, il m’apparaissait normal, dès lors que la technologie le permettait, de la sortir du seul champ de l’informatique pour la mettre au service de l’éducation, de l’économie, de l’environnement ou de l’emploi de façon constructive.

Il n’a pas été difficile de constituer une équipe de personnes issues d’horizons très divers : éducation, économie sociale et solidaire, environnement, industrie, design…

Aujourd’hui, PIQO compte une quinzaine de membres, qui tous voient derrière l’ordinateur un projet de société.

Pourquoi avoir créé une association et faire un crowdfunding ? Vous auriez pu monter une entreprise et démarrer avec un emprunt bancaire…

La question de créer une entreprise ne s’est même pas posée, à vrai dire. PIQO repose sur des technologies libres ou à but non lucratif, et c’est cette philosophie que nous souhaitons porter à grande échelle.

PIQO est aussi un laboratoire. Notre objectif est de démontrer qu’il n’existe pas qu’un seul modèle économique basé sur l’exploitation de l’humain et de la nature. On peut créer de l’activité économique, de l’innovation et des emplois sans recourir au modèle économique libéral. Notre démarche s’inscrit dans l’économie sociale et solidaire, et ce qui peut être fait dans l’informatique peut s’appliquer partout ailleurs.

Dans cette optique de sortie du schéma « capital, dividendes », l’association était la meilleure solution pour garantir l’indépendance et l’autonomie du projet. PIQO n’appartient à personne … ou à tout le monde !

Pourriez vous, nous en dire plus sur les membres de votre association, et ce qui vous a amenés à vous unir ?

Nous sommes issus d’horizons très divers : éducation, santé, technologie, environnement ou encore social. La plupart des membres ne sont pas des pointures en informatique, mais sont cependant tout à fait conscients des enjeux d’un tel projet et de l’impact potentiel sur la société. C’est cette convergence de valeurs qui est la base de notre collaboration, parce que nous avons tous à cœur de proposer une alternative technique, environnementale et sociale.

On a l’impression que le fait que vous êtes tou(te)s Nivernais a une incidence sur la création de PIQO…

La Nièvre, comme beaucoup de départements ruraux, souffre d’une situation économique difficile, d’une baisse de sa population au profit de régions plus prospères, et d’un déficit d’image. La pauvreté de l’offre en matière d’éducation supérieure conduit notamment les bacheliers à quitter le département pour étudier dans les grandes villes, mais peu reviennent finalement sur leur territoire d’origine. La Nièvre offre cependant une excellente qualité de vie et Nevers est une ville à taille humaine dotée de bonnes infrastructures. Parmi les voies de développement, il y a évidemment le numérique. Toutes les villes aujourd’hui essaient de s’équiper pour attirer les entreprises du secteur et cela conduira à une mise en concurrence acharnée des territoires. Je pense que pour être efficaces, ces stratégies doivent tendre à se spécialiser faute de pouvoir affronter les métropoles française ou européennes. L’exemple de Lannion en Bretagne est à suivre. Cette ville de 20 000 habitants a développé son économie autour des technologies de télécommunication, notamment en proposant une offre éducative adaptée.

La Nièvre a ses propres atouts et problématiques. Il serait pertinent de s’appuyer dessus pour développer le numérique : la santé, la prise en charge des personnes âgées ou dépendantes, le tourisme, la compétition automobile et pourquoi pas le logiciel libre. C’est là que PIQO a un rôle à jouer parce que notre volonté est d’offrir au territoire une opportunité de développement qui réponde à des exigences environnementales, éthiques, sociales, et locales.

Je me dis souvent qu’on n’a pas besoin de 4Gio de Ram pour faire de la bureautique. C’est ça, votre postulat de départ ?

Je n’irai pas, comme Bill Gates en 1981, jusqu’à dire que « 640 Ko de mémoire devraient suffire à tout le monde », mais effectivement 4Gio de RAM pour faire de la bureautique c’est trop !

L’informatique a connu une croissance technologique et économique fulgurante. Les ordinateurs sont beaucoup plus puissants qu’hier et beaucoup moins que demain. Pour autant, il faut en mesurer l’impact sur notre civilisation.

Regardons ce qui se passe dans un autre secteur industriel : l’automobile. La notion d’efficience est devenue une nécessité en raison des conséquences environnementales et de l’explosion du coût de l’énergie. La voiture s’adapte de plus en plus aux besoins de l’utilisateur. Il est désormais difficilement concevable d’acheter un véhicule qui consomme 15 litres aux 100km pour faire de petits trajets urbains. Alors que les industriels se livraient par le passé une guerre sur le terrain de la puissance, aujourd’hui ils communiquent sur le confort, la sécurité ou la consommation. Les V8, les V10 ou les V12 disparaissent peu à peu des concessions.

On doit se poser les mêmes questions dans l’informatique. Lorsque j’achète un ordinateur, quelles sont les conséquences sur l’environnement, sur mon portefeuille, sur les ouvriers qui l’ont fabriqué ?

piqo

Certains commentateurs émettent des doutes en se référant au prix du Raspberry Pi 2, qui est le socle de votre solution. Que leur répondez-vous ?

Effectivement, de façon très surprenante nous sommes la cible d’attaques en règle sur ce point. Il nous est souvent opposé que le prix d’un Raspberry Pi 2 n’est que de 35-40€, ce qui est totalement vrai !

Restons pragmatiques. Le coût global d’un produit ne dépend malheureusement pas que du prix d’un seul de ses composants, fut-il aussi essentiel. Si nous pouvions vendre PIQO sous les 50€ nous le ferions avec plaisir, notre objectif n’étant pas le profit. Nous envisageons par ailleurs la possibilité d’une version moins chère dotée d’une mémoire de 8Gio.

Il faut bien comprendre que le Raspberry PI 2 est le socle de notre solution, mais c’est une carte inerte et pour en faire un ordinateur fonctionnel et plug and play pour tout le monde, nous devons lui ajouter d’autres éléments : 32 Gio de mémoire, une alimentation électrique, un boîtier, un OS, un conditionnement etc. Le prix de revient double presque au passage.

Ensuite, il y a des charges liées à la production et à la commercialisation de PIQO : les locaux, le matériel, la logistique ou le service après-vente pour en citer quelques-unes. Les contraintes économiques ne sont pas les mêmes que lorsqu’on bricole à la maison.

Comme toute activité économique, PIQO est soumis à la TVA, ça représente 16,5 € par exemplaire, ainsi qu’à l’IS et à la CFE.

Enfin, « but non lucratif » ne signifie pas « bénévole ». Les dirigeants de l’association ne sont pas rémunérés, mais pour assembler et distribuer PIQO, il faut créer des emplois, et c’est même l’une de nos missions en favorisant l’insertion et la formation des plus précaires.

Nous mettons un point d’honneur à être transparents sur l’activité économique de PIQO, et les coûts liés à sa production sont détaillés sur notre site. Nous poursuivrons cette transparence à l’avenir.

Par ailleurs, PIQO est une association ouverte à laquelle tout le monde peut adhérer pour prendre part aux décisions ou élire le conseil d’administration.

Ce qui est évident, c’est que notre solution ne convient pas aux besoins des technophiles, il leur suffit d’acheter un Rasperry Pi et de bidouiller. On retrouve le même principe chez ceux qui préfèrent montent leur PC et ceux qui l’achètent assemblé au supermarché du coin. Mais le grand public, les administrations ou les entreprises ont besoin de solutions clés en main, d’un service après-vente et de conseils. C’est ce que nous proposons.

D’accord, mais il a quelle valeur ajoutée, le PIQO, par rapport à des solutions qui existent déjà, comme le Linutop et le Cubox ? Qu’est-ce qu’on y trouve de plus ?

Linutop est deux à trois fois plus cher pour des performances similaires voire moindres. Cubox est un beau produit et affiche des prix nettement plus proches, mais sous Android, un OS peu adapté à l’usage desktop auquel nous destinons PIQO, sans parler de l’ingérence de Google dans cet environnement.

Notre objectif est clairement de proposer un ordinateur bureautique, qui prenne en compte les questions sociales, environnementales, et qui soit proche de ses utilisateurs particuliers, professionnels ou institutionnels.

PIQO sera un ordinateur déjà rempli de logiciels… libres. Ce choix du logiciel libre (outre son avantage financier), c’est aussi un choix éthique ? Et du coup, allez-vous mettre votre distribution maison à disposition des bidouilleurs et bidouilleuses qui veulent faire leur PIQO de leurs propres mimines ?

Le choix du logiciel libre est effectivement éthique. La contrainte financière est réelle aussi puisqu’il serait impossible de proposer PIQO à un tel prix avec des logiciels propriétaires. Nous aimons particulièrement l’idée que des milliers de personnes à travers le monde ont travaillé pendant toutes ces années pour aboutir à cet éventail de logiciels, sans rien attendre en retour que la satisfaction d’avoir été utiles à la collectivité. Nous travaillons avec la même philosophie et notre distribution basée sur Xubuntu sera évidemment disponible en téléchargement (c’est déjà le cas de la pre-alpha).

Par ailleurs, il n’y a pas de LUG actif dans la Nièvre, est ce que le projet PIQO, ou des membres de votre association, prévoient de développer des actions autour du Logiciel Libre ?

Nevers comme capitale française du logiciel libre, l’idée est séduisante ! Certains membres de l’association utilisent le Libre depuis longtemps, d’autres le découvrent et sont surpris de voir qu’il est en fait tout à fait possible de s’extraire des systèmes propriétaires. La vocation de PIQO est de faire cette démonstration à grande échelle, et cela passe par des actions de terrain. J’aimerais personnellement beaucoup pouvoir organiser des install-parties ou des conférences dans la Nièvre pour expliquer ce qu’est la philosophie du libre et sensibiliser les utilisateurs aux risques des logiciels propriétaires. On a de la place pour accueillir du monde et le cadre est sympa !

En fait en soutenant PIQO, on soutient indirectement des actions en faveur du logiciel libre et de l’open hardware dans la Nièvre ?

On peut dire ça. Le principe de réciprocité est selon moi indissociable du Libre. Si PIQO rencontre le succès, il est normal qu’à son tour l’association se fasse le porte-voix de cette philosophie et fédère autours d’elle d’autres utilisateurs, acteurs ou curieux.

Émilien, du projet PIQO. Photo Jérémie Nestel - CC by-sa
Émilien, du projet PIQO.
Photo Jérémie Nestel – Licences Art Libre


Supposons que la Mairie de Paris, qui vient d’adhérer à l’APRIL, vous passe commande pour 20.000 PIQO. Vous pouvez fournir ?

Vous me l’apprenez, c’est une grande nouvelle ! Nous sommes déjà en discussion avec des collectivités pour des volumes de 1500 pièces par an. 20 000 pièces d’un coup c’est une commande énorme, et un investissement considérable. Mais avec l’appui de nos partenaires institutionnels, et un délai raisonnable, nous serions en mesure de relever le défi.

Un dernier mot pour nous convaincre de participer à votre financement participatif ?

Le Libre est mûr pour faire son entrée dans la cour des grands ! Nous tâchons modestement à notre échelle d’œuvrer dans ce sens, tout en développant une activité économique qui soit socialement et moralement responsable.
Ça demande parfois un petit effort d’imagination pour certains, mais c’est possible !

En savoir plus et contribuer :

* Le site du projet PIQO : http://www.piqo.fr/
* Le financement participatif : http://www.kisskissbankbank.com/piqo
* Contacter l’équipe : http://www.piqo.fr/contact/

 


 

Merci à Jérémie Nestel d’être allé enquêter sur place.




La Marmotte veut le chocolat, et l’argent du chocolat

Aryeom et Jehan se sont lancés dans un projet de film d’animation sous licence libre.
Pas un truc d’amateurs ! Tous deux munis d’un solide bagage (elle : dessinatrice et réalisatrice ; lui : acteur et développeur), ils veulent en mettre plein la vue et courir les festivals avec une belle œuvre.
Ils souhaitent aussi séduire assez de donateurs pour produire leur film en financement participatif.
Comme les premières images sont impressionnantes, nous avons voulu en savoir plus. C’est surtout Jehan qui parle parce qu’il est le plus bavard des deux, et puis Aryeom peine encore à parler français, alors nous l’avons interrogée en anglais.

 

Vous vous présentez sur le site du studio Girin, mais pouvez-vous nous parler de votre rencontre ?
Jehan, qu’est-ce qui t’a pris de traverser le monde à moto ?

Jehan : Je me suis cassé la clavicule dans une chute à moto. Pendant quelques mois, j’ai pris le métro matin et soir, dans la foule, les bruits et odeurs des transports en commun parisiens, tout ça pour se planter devant un bureau toute la journée. Cela m’a fait me demander « mais qu’est-ce que je fais là ? ». C’est là que j’ai décidé de partir. Quelques mois plus tard, je pose donc ma démission de mon boulot d’ingé, vends ma belle moto neuve et achète à la place une moto de 1991 (que j’utilise encore quotidiennement à ce jour !), rends mon appartement, me débarrasse de ce qui n’est pas utile et prends la route.

Je n’ai jamais eu de plan exact. En fait je ne savais pas pour sûr où j’allais ni par quel chemin avant d’y être. J’ai pris les visas au fur et à mesure. C’est aussi pour cela que je préfère parler de « vagabondage » plutôt que de « voyage ». Le premier terme a une connotation assez péjorative en français, mais je le trouve au contraire très sympathique et j’ai envie qu’il s’applique à moi, surtout après avoir lu Knulp de Hermann Hesse.

Au contraire « voyageur » a cette connotation méliorative. On va entendre des absurdités du genre « les voyageurs sont des gens ouverts », etc. Je peux vous dire que j’ai croisé des très grands voyageurs qui étaient de beaux salauds, tout comme j’ai connu des gens super sympas et ouverts qui n’avaient jamais quitté leur bled. En d’autres termes, ça n’a absolument rien à voir. On peut être un voyageur ouvert ou non, comme pour tout. Par contre le voyage, dans notre société, c’est beaucoup associé à du tourisme pur et dur où des gens vont aller une semaine dans un endroit, voir quelques lieux touristiques, faire quelques remarques bateau, puis revenir chez eux en étant persuadés d’avoir tout compris sur un pays et tous ses habitants. Bien que cette vision du voyage soit bien vue dans nos sociétés, je préfère me poser un peu en rupture avec cette façon d’aller sur les routes. Il n’est pas nécessaire de comprendre ou savoir quoi que ce soit quand on va quelque part ou quand on rencontre quelqu’un. On peut se contenter d’y être. Vouloir tout intellectualiser, c’est peut-être ça d’ailleurs le contraire de l’ouverture.

Je suis donc un vagabond, et je ne réfléchis pas ni ne sais d’où je viens, ni où je vais, tout comme Marmotte. 🙂

Après avoir traversé l’Asie centrale (à travers Kazakhstan, Russie, Mongolie…), je suis resté un an au Japon, puis suis allé en Corée.

C’est là que j’ai rencontré Aryeom.

Aryeom, why did you decide to come in France, while things seemed to work well for you in Asia? (Aryeom, pourquoi as-tu décidé de venir en France, alors que ça semblait marcher pour toi en Asie ?)

Aryeom : France is known as an art country. So I wanted to live in France someday, and the chance came earlier than I thought. Jehan has an association for libre art and suggested a residency artist program with his association. And the principles of the association are so nice for the world. I thought it was a very good chance for me. So I caught it.

(Le rayonnement de la France sur les arts est reconnu. Je m’étais dit que ce serait bien de venir vivre en France un de ces jours ; l’occasion s’est présentée plus tôt que prévu. Jehan fait partie d’une association d’art libre et il m’a proposé un programme d’artiste en résidence. Les principes de son association sont tellement sympathiques que j’ai pensé que sa proposition était une vraie chance pour moi, et j’ai accepté.)

Le personnage principal de votre film d’animation est une marmotte voyageuse, qui décide de partir découvrir le monde au lieu de roupiller devant son terrier. On a bien compris que c’était votre animal totem. Elle illustre votre façon de voir la vie ?

Jehan : Oui et non. Oui j’adore cet animal et c’est un peu mon totem, si on veut. Non je n’y ai pas mis tellement de réflexion (encore une fois !) ou de « théorie bullshit » sur la vie. Au final c’est surtout un animal que je trouve cool et marrant. Ça ne va pas chercher beaucoup plus loin. 🙂

J’ai toujours beaucoup aimé les marmottes et suis allé régulièrement dans les Alpes, donc j’en ai croisé pas mal. J’ai un jour acheté une peluche marmotte (lors d’un séjour au ski, si ma mémoire est bonne), et elle m’a tout bêtement suivi dans tous mes vagabondages depuis. Donc vous pouvez le voir, ça ne vole pas dans de grandes sphères philosophiques ou symboliques !

Je ne l’exhibe pas forcément beaucoup, donc les gens ne le savent pas forcément, mais si vous me rencontrez, il y a de grandes chances qu’elle épie depuis mon sac. 😉

C’était mon copilote, on lui a fait un petit casque en simili-cuir avant mon départ, et il avait sa place sur le guidon de la moto. Cette peluche a visité plusieurs dizaines de pays !

C’est donc l’idée de base du film : et si la marmotte décidait de partir en voyage seule ?

Vous voulez gérer tout le projet uniquement avec des logiciels libres. Ça ne rend pas les choses moins faciles ?

Jehan : Bien sûr. Il existe de très bons logiciels proprios et il n’y a pas eu ou très peu de projets sérieux qui ont utilisé des logiciels Libres. Donc tout ce qui existe pour l’animation n’est qu’à l’état de prototype en gros. Notre projet sera donc clairement un des pionniers.

Mais j’utilise essentiellement les systèmes GNU/Linux depuis une dizaine d’années au moins et avec Aryeom, on a pensé que c’était l’occasion de faire un film d’animation et de créer les logiciels adéquats (ou les sortir de l’état de prototype). Il faut un vrai projet pour rendre les logiciels fonctionnels. La théorie a toujours des limites qui se cognent à la réalité dans de vrais projets.

Je me considère comme un relativement capable développeur. Non pas un expert, mais par contre un touche-à-tout et surtout méticuleux (le mainteneur de GIMP me traite de « pedantic hacker » pour signifier qu’il me fait confiance pour trouver des bugs et problèmes que d’autres ne voient pas !). Donc je pense être capable d’améliorer les choses si on m’en donne les moyens. Sans compter que la base est déjà plutôt bonne. On ne part pas non plus de rien et l’état et la stabilité des logiciels Libres pour le dessin et partiellement l’animation sont très bons de nos jours, bien qu’il y ait encore pas mal de manques.

Aryeom, do you never dream to work with a good old Adobe suite? 🙂
Is it very much complicated to draw with free softwares? Or is it cool because you know a Gimp developer and you can ask directly to Jehan the fonctionnalities/features you want?

(Aryeom, tu ne rêves jamais de bosser avec une bonne vieille suite Adobe ? Est-ce que c’est beaucoup plus compliqué de dessiner avec des logiciels libres ? Ou alors c’est sympa parce que tu connais l’un des développeurs de Gimp et que tu peux demander à Jehan les options dont tu as envie ?)

The first year when I started to use GIMP, there were times I wanted to throw my tablet pen through the window. But now I got used to it.
This is just a different software and I just have had to learn the basics, as for any software.

There are still things I miss. In particular there are no programs which I can use like After effects. This is very tough for me.

And all software in Adobe suite are well connected. We don’t have this in Free Software. Working with GIMP and Blender can be a pain sometimes because of this. I hope that with more users, these connections will be implemented.

(La première année, quand j’ai commencé à travailler avec Gimp, j’ai eu des envies de balancer ma tablette graphique par la fenêtre. Mais maintenant je me suis habituée. C’est simplement un logiciel différent, il a fallu que j’apprenne les fondamentaux, comme avec n’importe quel logiciel, voilà tout.

Il me manque quand même encore des trucs. Particulièrement After Effects, qui n’a pas d’équivalent. Ça, c’est dur.

Et puis tous les logiciels de la suite Adobe sont bien liés entre eux. Nous n’avons pas ça dans le Libre. Du coup, travailler avec Gimp et Blender peut devenir compliqué. J’espère que ces liens seront mis en place quand nous serons plus nombreux à les utiliser.)

L’autre particularité du projet, c’est que vous ne voulez surtout pas faire du boulot d’amateur. Vous souhaitez un résultat de qualité professionnelle et que tout les artistes soient payés. Dans votre demande de contribution, vous dites « ce n’est pas un appel à venir bosser gratos » !
Vous pensez vraiment y arriver ?
Dans le circuit « traditionnel », c’est déjà compliqué de sortir des projets !

Jehan : Nous espérons en tous cas ! Il est vraiment important pour moi de ne pas rester dans l’amateurisme. Attention ce n’est pas parce que je considère l’amateurisme comme inférieur. Bien au contraire, j’en suis un fervent défenseur et il ne faudrait surtout pas déconsidérer le travail amateur. J’ai connu des amateurs qui pourraient aisément être pros et des pros qui font vraiment un boulot de merde. On voit cela pour tout métier.

Néanmoins pour ce projet en particulier, déjà je veux prouver qu’on peut faire un vrai boulot, pour l’image du Libre, mais aussi parce que ce projet nous tient à cœur.

Ce n’est pas non plus juste une « démo technique » comme on peut le voir par ailleurs dans d’autres projets du Libre portés par des gens intéressés seulement par le software. Non c’est un vrai projet de film aussi.

En outre on veut pouvoir y bosser à temps plein. Or pour faire cela, on doit pouvoir se payer, et si on se paye, c’est aussi normal de payer les autres (je ne trouverais pas sain de se payer tout en demandant à des volontaires de bosser gratos).

Quel est le secret de ce bel optimisme ? (How can you be so optimistic?)

Jehan : si vous êtes pessimiste, vous ne pouvez rien faire. Toute personne a tout intérêt à être optimiste en toute chose pour pouvoir « faire des choses ». C’est pour moi un principe de base.

À propos de la musique, j’ai lu que vous deviez refuser les propositions des membres de la SACEM, parce qu’ils ne sont plus libres de diffuser leurs œuvres comme ils le souhaitent. Ubuesque, non ?

Jehan : Oui. Les membres transfèrent la gestion de leurs droits d’auteur à la SACEM. En gros vous n’avez plus de « droit » sur vos droits, ce qui est plutôt ironique. Un adhérent SACEM ne peut plus négocier ou signer de contrat sur ses droits d’auteur, et n’a donc pas le droit de mettre ses œuvres sous une licence de son choix (sauf accord spécifique). De même qu’un adhérent n’a même pas le droit de déposer ses morceaux sur son site perso (ou aucun site de manière générale). À vrai dire, de nombreux membres SACEM sont en violation pure et simple de leur contrat en essayant de faire la pub pour leur morceau (en le faisant écouter, en le mettant sur leur site, etc.). Si même vous faites écouter vos propres morceaux à un public, vous devez payer (pour ensuite toucher théoriquement des droits sur l’écoute, sauf que comme la SACEM prend sa part au passage, il ne reste plus grand chose). Ubuesque, oui. Ridicule même.

Maintenant qu’on sait tout ça, comment est-ce qu’on peut vous aider ? Vous prenez tout le monde ? Moi, je recadre déjà mes photos de famille avec The Gimp. Encore un ou deux tutos à lire et je viens !

Jehan : Effectivement pour ce projet en particulier, la question peut se poser puisqu’on veut faire un film de qualité. De même que la Blender Foundation fait une sélection draconienne pour les participants à ses Open Movies. Ce serait pareil pour nous. Ensuite comme je disais, je n’aurais aucun blème à engager un amateur très qualifié (de même que je n’aurais aucun remord à refuser l’aide d’un professionnel au travail bâclé).

Par contre notre assoce en elle-même prévoit des ateliers pour expliquer les logiciels Libres créatifs à monsieur Tout-le-Monde (ou à des pros habitués à des logiciels propriétaires), et aider les gens à les utiliser. Par exemple à l’Ubuntu Party ainsi qu’aux RMLL, nous aurons (normalement) un atelier de ce genre pour fabriquer tous ensemble « l’album d’autocollants des libristes » dans un contexte « d’impression pro chez un imprimeur ». Tu as peut-être entendu parler de ce projet initié par LDN.  D’ailleurs si Framasoft a des autocollants, faut les envoyer ! Clairement vous devez faire partie de l’album. 🙂

La flatterie ne te mènera nulle part.

On s’est dit que c’était vraiment un projet sympa, car pas trop complexe (le « contenu » existe déjà, c’est globalement les autocollants existants des assoces françaises), qui permettrait d’expliquer les bases de la mise en page (pour impression physique, pas web), mais aussi des questions sur les couleurs (CMYK/RGB, que sont les profils de couleur ? Sur ce sujet, on aimerait un peu décortiquer le mythe du vrai d’ailleurs car on rencontre foultitude de « graphistes pros » qui n’y pigent rien et répètent les conneries qu’on se répète probablement de graphiste senior à graphiste junior parce qu’ils ne comprennent rien à la technologie sous-jacente).

On pense qu’on devrait pouvoir créer cet album entièrement collaborativement en plusieurs ateliers. Comprendre : nous on fera absolument que dalle !

On ne sera là que pour montrer aux gens comment faire, guider, et répondre aux questions ! Alors, dans un an peut-être, la communauté pourrait lancer une impression de son album créé intégralement collectivement. Moi je trouve ça cool.

Pour ce genre d’atelier, tu pourras venir avec ton background impressionnant de retouche de photos de famille ! Pour le film, c’est moins sûr. 😉

Bon, OK, c’est peut-être mieux si je donne un peu de sous. Où ça ?

ici : https://www.indiegogo.com/projects/zemarmot-libre-movie-made-with-free-software. Il y a une bande-annonce.

Et le film, on le verra quand ? Ça doit prendre du temps à fabriquer, non ? Vous allez donner des nouvelles tout au long de la production ? Montrer des petits morceaux ? Faudrait pas non plus nous gâcher le plaisir de la découverte…

On en saura plus à la fin du financement, notamment quelle sera la durée du film, et donc la durée de la production (ou tout simplement en fonction du support reçu : pourrons-nous faire le film ?). Si on arrive à bien le financer et qu’on peut en faire un projet à temps plein, alors ce serait idéal.

En tous les cas, oui on prévoit de donner des nouvelles régulières. On montrera des images, mais je ne pense pas que l’on montrerait trop de « morceaux » du film publiquement par contre, non parce qu’on veut cacher le film, mais simplement pour le côté « spoiler ». Si on a montré l’ensemble du film par petits morceaux décousus tout au long de la production, non seulement c’est moins impressionnant (car « non fini », donc ça peut avoir un aspect décevant), mais en plus à la fin les gens auront déjà presque tout vu par bouts incohérents et pourraient être déçus de ne pas voir de nouveauté dans le film final. Donc ça gâcherait le visionnage.

Je pense qu’une meilleure stratégie est de ne pas bloquer l’accès aux fichiers (quelqu’un de passionné pourrait alors accéder aux fichiers), sans pour autant gâcher le film final pour ceux qui préfèrent attendre le film fini.

En tous cas, oui une animation prend beaucoup de temps à fabriquer. C’est simple à calculer : 24 images par seconde, ça fait 1440 (24 * 60) images pour une minute de film ! Donc pour juste une seule minute, imaginez que vous devez faire 1440 dessins, les colorier… En plus les dessins doivent être précisément calculés pour obtenir une animation réaliste et/ou drôle/intéressante, ce qui demande aussi un travail et un savoir faire considérable. Bien sûr vous ne redessinez pas tout à chaque dessin (les arrière-plans par exemple peuvent être réutilisés tout au long d’un plan statique), de même que selon la qualité d’animation désirée, il est courant de descendre à 12 images par seconde.

Mais cela reste quand même un gros boulot, et surtout une organisation très importante (avec autant de dessins, ne pas être organisé peut marcher pour une courte animation, mais à partir de quelques minutes, ce n’est plus gérable).

D’ailleurs un aspect du projet est aussi de financer du développement. J’ai plusieurs projets liés à l’animation :

  • un logiciel de gestion de projet d’animation, ce qui inclut le storyboard, les feuilles d’exposition, etc.;
  • le plugin d’animation de GIMP pour en faire plus qu’un plugin de création de GIFs animés de chatons;
  • je prévois de travailler sur l’import des fichiers dans Blender (pour l’instant travailler avec des fichiers générés par GIMP, Krita ou MyPaint et les importer dans Blender n’est absolument pas adapté et vraiment laborieux).

L’un des gros avantages d’une suite comme Adobe n’est pas seulement des logiciels bons individuellement mais aussi leur intégration les uns avec les autres.

Oui, c’est ce que dit Aryeom aussi.

Il est ainsi extrêmement simple de travailler sur des images dans Photoshop, puis charger le fichier PSD (les « images » de Photoshop) dans After Effects, ce qui permet de travailler sur les calques comme des images séparées, puis modifier l’image dans Photoshop et voir les changements dans After Effects, puis travailler dans Première, etc. Tout est lié. On n’a pas ça dans le Libre et c’est quelque chose qu’on aimerait vraiment pouvoir apporter. C’est à peu près aussi important que la qualité des logiciels eux-mêmes : comment les divers logiciels peuvent communiquer efficacement?

En conclusion : oui, c’est un travail de longue haleine. Et on avisera sur la longueur du projet en fonction du financement.

Le grain de sel de Pouhiou : ce film, vous projetez de le sortir sous licence libre… Vous n’avez pas peur qu’on vous vole votre bébé 😛 ?
Plus sérieusement, la licence libre vous semble un pendant naturel au financement collaboratif ?

Oui cela me paraît naturel de rendre à la communauté ce qu’elle a financé. C’est l’inverse qui me paraît difficilement normal. Par exemple lorsqu’un musée public vous empêche de prendre des photos d’œuvres dans le domaine public depuis des centaines d’années, alors même que c’est vous qui payez entièrement ce musée par vos taxes et impôts ! Je sais que beaucoup de gens vont pourtant financer sans problème des œuvres propriétaires. Je n’ai rien à y redire, chacun est libre de dépenser son argent comme il le souhaite. Après tout si le fait que l’œuvre sorte est suffisant pour les financeurs, pourquoi pas. Mais dans mon petit cerveau idéaliste, je rêve de plus. Je rêve d’un marché de l’art sans frontière ni limites auto-imposées et totalement artificielles.

Si on regarde le problème sous un angle plus traditionnel, un investisseur qui met de l’argent dans un film ou une société espère faire fructifier son investissement. Mais dans notre cas, tout ce que nous y gagnons serait quelques t-shirts ou autres bagatelles ? Et si l’investissement des financeurs collaboratifs existait, sauf qu’au lieu d’une forme monétaire uniquement, il a aussi une forme culturelle, artistique et communautaire ? Au lieu de plus d’argent, nous rendons du partage de connaissance et le droit pour tous de voir, partager et faire ce qu’on veut de l’œuvre qu’on a contribué à faire exister !

C’est une œuvre de biens communs.

Quelqu’un veut utiliser notre œuvre ? Très bien !

Est-ce vraiment du « vol » (ou pour être plus précis en termes légaux, de la contrefaçon) si on a déjà été payé pour produire l’œuvre ? C’est aussi pourquoi plus haut, lorsque vous demandez pourquoi c’est important de payer les gens (nous même et autrui), c’est une autre bonne raison. Un vrai travail est produit, un travail compliqué, long (des mois et des mois à temps plein pour créer des dizaines de milliers d’images !). Donc c’est normal de le payer, et si possible pas au lance-pierre. Par contre après cela, les artistes peuvent passer à autre chose, quant à l’œuvre, elle peut continuer à vivre sa vie. Vous voulez la présenter dans un cinéma ? Génial ! Bien sûr si vous souhaitez rémunérer les artistes davantage avec un pourcentage des recettes, c’est très bien, et on acceptera avec joie (vous pourriez alors utiliser un « Creator endorsed » logo comme Nina Paley, par exemple.

Mais si vous ne souhaitez pas le faire, c’est acceptable. On aura déjà été payé après tout. Par contre dans ce cas, ce serait cool que le prix du ticket soit raisonnable (les tarifs de places de cinéma sont de plus en plus absurdes !), mais ça reste votre choix.

Revenant ainsi sur ma réponse plus haut, j’ajouterai donc que je pense qu’il est important de bien payer les gens pour un travail, surtout pour produire une œuvre qui vous plaît. Par contre, une fois l’œuvre sortie, elle pourrait appartenir au public, au monde même. C’est bien plus sain que le système actuel où les coûts sont bien plus mesquins, cachés, et en même temps plus imposants, tout en donnant l’impression d’être gratuits. Non les services web des grosses compagnies du web ne sont pas gratuits (vous le payez avec la pub que vous regardez, votre vie privée que vous échangez, la vie privée de vos proches que vous divulguez, même lorsqu’ils n’ont rien demandé…). Vous en savez quelque chose chez Framasoft (cf. votre projet Dégooglisons Internet) ! Ben pareil, vous payez sans arrêt les œuvres du divertissement de masse (redevance télé, taxes sur la copie privée sur chaque support de stockage…). Saviez-vous que les bars, cafés, restaurants et commerces qui passent de la musique payent des redevances à la SACEM, et la Spré ? Les frais sont versés par les commerçants mais bien entendu répercutés sur les tarifs des produits ou services vendus !

On paye tous constamment au nom de la sacro-sainte « copie privée » et du « droit d’auteur » pour l’industrie du divertissement. Pourtant cela ne signifie pas pour autant que les artistes touchent beaucoup. Ces systèmes sont faits de telle sorte que les intermédiaires (sociétés de gestion de droits elle mêmes, les majors…) touchent une grosse part quoi qu’il advienne (ils ont des locaux, des charges, des employés…), et puis les gros ayant-droits (ils sont un faible pourcentage, ceux qu’on nommera « stars ») récupèrent ce qui reste en laissant des miettes de droits d’auteur pour les artistes restants.

Quand je lis des affirmations aussi attristantes que cela sur sacem.fr :

Vous ne le savez peut-être pas mais les auteurs, compositeurs et éditeurs ne touchent aucun salaire lorsqu’ils créent. Ils vivent de la diffusion de leur musique et c’est la répartition qui leur permet de recevoir leurs droits d’auteur. Ce système consiste à leur reverser leurs droits selon l’utilisation réelle et précise de leurs œuvres sur la base de relevés de diffusions. Des auteurs peu diffusés sont ainsi assurés de toucher, quoi qu’il arrive, ce qui leur revient de droit. La Sacem est réputée pour assurer une redistribution parmi les plus précises au monde.

Heureusement ce n’est pas entièrement vrai (je doute que beaucoup d’auteurs accepteraient de bosser sans être payé du tout à la création), mais tout de même cela donne une idée de l’état d’esprit par lequel on peut essayer de diminuer les tarifs d’un artiste : « vous toucherez plus tard avec les droits d’auteur ».

J’imagine bien la tête des maçons si on leur baissait leurs salaires pour leur dire que plus la maison sera utilisée, plus ils toucheront (avec une société de collecte qui géreraient cela et prendrait sa confortable part au passage).

Et si plutôt que faire cela pour des artistes, on pouvait payer convenablement tout le monde pour le travail effectué puis libérer les œuvres et on passe à autre chose ?

Cela ne serait-il pas plus sain et mieux pour tout le monde ? Les artistes, le public… Bien sûr, les intermédiaires seraient mécontents par contre !

La marmotte vous remerciera

Aryeom, you are guest in France, so the last word is for you! Feel free! (Aryeom, en tant qu’invitée en France, le dernier mot est pour toi. Lâche-toi !)

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