Domaine Public, abus et Amazon

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Être auteur libriste, c’est vraiment agréable. Comme on n’est plus dans la méfiance de son lectorat, la relation devient complicité. On reçoit des tonnes d’aide pour un crowdfunding, on se fait héberger gratis pour écrire un roman (qui-est-en-retard-pas-taper ^^), on recoit des dons régulièrement… Et puis parfois y’en a qui abusent.

Le droit d’auteur, c’est pour les peureux

Mes pièces de théâtre, mes romans et même mes vidéos sont dans le Domaine Public Vivant. Par le biais de la licence CC-0, je propose un contrat à qui n’en veut : vous pouvez faire ce que vous voulez de mes œuvres. Les distribuer, les diffuser, en faire des spectacles, les modifier, traduire, adapter, remixer… et même les revendre. À chaque fois que je parle de cela, entre ami-e-s ou en conférence, me revient inlassablement la même question :

« Mais, Pouhiou, que ferais-tu si quelqu’un se mettait à vendre tes œuvres sans rien te reverser ? »

La réponse, elle est simple, et elle m’a été donnée par l’artiste-peintre Gwenn Seemel : faire des bisous à qui s’intéresse assez à mon œuvre pour vouloir la vendre, voir comment ce vendeur fait (et le copier si ça m’intéresse : il n’y a pas d’exclusivité !) ; et surtout : tout raconter de cette histoire sur les Internets.


Vidéo « L'usage commercial et l'artiste Libre » sur Youtube

Le Domaine Public Vivant des saloupiauds.

Et voilà que ça arrive. Voilà que je retrouve, par hasard sur les Internets mes deux premières pièces de théâtre vendues à moins de 4 € en ebook sur Amazon : Tocante, un Cadeau Empoisonné et sa suite AndroGame, un Sex-Toy Angélique. Un vendeur que je n’identifie pas, mais qui lui me mentionne en tant qu’auteur (quitte à faire de mon prénom une tautologie en me nommant « POUHIOU Pouhiou »).

Au départ, franchement, je me réjouis. Je n’aurais jamais pris le temps de déposer ces fichiers sur Amazon, je le considère comme un ogre sans tête ni respect.

Mais très vite, je déchante… C’est sale. C’est parfaitement légal, hein, mais c’est franchement un travail de saloupiaud. Et ce pour plusieurs raisons :

  1. Cliquez sur l'image pour télécharger Tocante depuis mon site web.
    Cliquez sur l’image pour télécharger Tocante depuis mon site web.

    Les ebooks utilisés sont les fichiers que j’ai réalisés moi-même, sans aucun ajout éditorial. Le seul « apport » est la conversion de ces fichiers au format .mobi, ce que n’importe quelle moulinette sait faire, et que les personnes enfermées par l’achat d’un Kindle peuvent réaliser à l’aide du logiciel libre Calibre.

  2. Les méta-données ont été faites selon la méthode de La Rache par un robot programmé avec les pieds. Mon nom en capslock. Les résumés de ces pièces sont en fait les premiers mots des fichiers epub… Donc un sous-titre dans le cas de Tocante, et la dédicace pour AndroGame. Cela vous place en position de vache à lait qui ne saura même pas que la première pièce est un suspense humoristique sur la mort et le suicide, et que la deuxième est une comédie confrontant un homme qui ne veut plus de son pénis et un ange qui aimerait bien en avoir un.
  3. Last but not least, c’est une arnaque pour les personnes enfermées dans le magasin Amazon. Aucun moyen de savoir que ces œuvres relèvent du Domaine Public Vivant (à moins de payer …) et encore moins de savoir qu’on peut les télécharger librement et gratuitement sur mon site.
  4. Bonus saleté : c’est une infraction claire aux Conditions Générales d’Utilisation de KDP (la plate-forme d’édition d’Amazon) qui stipulent que l’on doit fixer ses prix afin que l’ebook soit le moins cher sur le marché (or sur mon site, c’est gratuit !).

Et le saloupiaud est… Amazon itself !

Cela fait plus d’un an que je suis au courant. Plus d’un an que j’ai vu cette arnaque et que je n’ai pas pris le temps de faire quoi que ce soit, parce que je préfère créer et militer que gueuler (et tenter de gagner ma vie entre deux, parce qu’il parait qu’il le faut ^^).

Je parle souvent de cet exemple en conférence, en disant que je m’en fous. Aujourd’hui, en préparant un article blog pour Framasoft, j’en reparle avec les copaings de l’asso. On s’amuse à lâcher des commentaires sur les pages amazon de Tocante et d’AndroGame avec Framasky. Je twitte ça, content d’avoir pris le temps de troller un peu…

Jusqu’à ce que, sur Twitter, @JulioDeLaPampaS m’envoie l’identité du saloupiaud qui vend mal mes ebooks en contrevenant aux CGU d’Amazon… Je vous le donne en mille :

amazon vend mes ebooks02

Oui.

Oui.

J’ai vérifié : Amazon Media EU S. à r. l. c’est bel et bien Amazon.

Ça vous dit une shitstorm sur Amazon ?

Alors voilà, j’écris enfin cet article que je me devais de faire depuis plus d’un an.

Cliquez sur l'image pour télécharger AndroGame sur mon site web
Cliquez sur l’image pour télécharger AndroGame sur mon site web

Pour vous demander votre aide.

Parce que c’est légal ET c’est sale.

Si vous avez un compte Amazon qui traîne (je vous en supplie, n’en créez pas un pour l’occasion !) venez vous amuser à commenter et dénoncer le fait que quiconque achètera ça se fait juste pomper du fric pour rien par le deuxième A de GAFAM. Noyons ces pages sous des commentaires drôles et libres (ou sous des sujets de forums qui, eux, ne sont pas modérés ^^) que je lirai avec délices :

Si vous avez le temps et l’envie, allez télécharger mes œuvres sur mon site web et vendez-les à votre tour sur Amazon, et ailleurs, partout où vous voulez… Faites de la concurrence au robot-sagouin d’Amazon, submergez leur publication pourrie sous la marée des vôtres, en proposant un joli résumé, de belles méta-données, et gardez l’argent bien mérité (ou profitez-en pour soutenir Framasoft ^^).

Si vous êtes une librairie en ligne (ou un diffuseur d’ebook), proposez-les sur votre catalogue en montrant que vous faites un meilleur boulot que le robot-boulet d’Amazon et je promets de parler de vous.

Si vous aimez le théâtre, pensez aussi à les lire, les partager, voire à les produire sur scène (je rêve d’en être un jour le spectateur, moi qui les ai jouées si longtemps !).

Parce que c’est à Nous.

Ces œuvres sont dans notre Domaine Public. En proposant cette licence, j’ai voulu qu’elles vous appartiennent à vous comme à moi. Parce que nous sommes bien plus forts et importants qu’une multi-nationale sourde et aveugle.

Je vous fais confiance pour défendre ce qui nous appartient, et que personne, pas même le géant Amazon, ne peut tenter de s’approprier ni d’enclore impunément.

Les bisous préconisés par Gwenn Seemel, j’ai pas envie de les faire à Amazon, mais à vous.

 

EDIT 01 : Amazon est synchro, juste en publiant cet article, je reçois des emails comme quoi mes commentaires sont refusés car ils ne respectent pas les « Guidelines » du commentaire Amazon. Quelle surprise !

EDIT 02 : Sur twitter, Jiminy Panoz me signale que tous les ebooks vendus via KDP (plate-forme d’auto publication) ont « Amazon EU Sàrl » comme vendeur… et que la meilleure manière de troller c’est d’utiliser le bouton « signaler un prix inférieur » comme sur l’image ci-dessous ! Amusez-vous bien !

signaler prix inférieur

Auteur et comédien, c'est par l'aspect "culture libre" (romans édités par FramaBook) que j'ai rejoint Framasoft. Tout ce que j'écris (romans, théâtre, Guide du connard professionnel -avec Gee- et chroniques vidéos) s'élève dans le Domaine Public Vivant via la licence CC-0.

22 Réponses

  1. T’es sûr que c’est Amazon le vendeur, et pas juste le nom de la plateforme intermédiaire ? Genre « revendeur » ?
    Je vos mal Amazon « perdre » son temps à chopper des epubs sur le Net pour les transformer automatiquement et les revendre…

  2. Bonjour, en fait c’est toujours indiqué Amazon comme vendeur mais sur le coup ça a été déposé par quelqu’un d’autre. Je viens de vérifier avec le roman d’un ami qui a été déposé par son éditeur. Donc sur le coup, quelqu’un a trouvé le « bon filon » en déposant des textes libres de droit histoire de se faire de l’argent a moindre coût. Ce n’est pas dans la logique d’Amazon de faire cela, eux ne font que de la revente et sont plutôt vigilant sur les droits d’auteur. Il y a déjà eu des livres retirés car déposés par des personnes autres que leurs auteurs ou éditeurs par le passé.

    • J’entends bien, c’est ce qu’on vent de me signalier sur twitter (et j’ai édité l’article en ce sens). Mais d’une part ledit vendeur contrevient aux CGU d’Amazon, et d’autre part Amazon signe les ventes de son nom, tant pis pour eux s’ils le salissent ainsi 😉

  3. J’aime beaucoup ! : je cherche domaine public sur amazon, le premier livre que je trouve c’est :  »
    Domaine Public : Secrets révélés: Comment vendre du contenu dont vous n’êtes pas l’auteur »

    Ahahah, trop fort ! Bon sérieusement, ce genre de pratique (revendre du contenu libre sans le signaler comme libre) devrait être interdite, tout simplement.

  4. Nomys_Tempar

    Il m’est arriver la même chose :
    http://www.amazon.co.uk/Vous-etes-Heros-comme-vraie/dp/B007OKZBN0/ref=sr_1_2/277-7153220-7585718?s=books&ie=UTF8&qid=1434963482&sr=1-2

    Par contre moi il est spécifier qu’il est en « Book On Demand », donc j’imagine qu’il s’est retrouvé là car quelqu’un a voulut en faire imprimer une version papier… Ça fait quand même bizarre la première fois…

  5. Un poids deux mesures? Ce post est une vaste blague. On ne peut faire les louanges des attributs de la licence CCO 1.0 pour finir par dire « oui mais non, pas amazon »… J’aurais éventuellement compris l’erreur si l’auteur de cet article n’était pas quelqu’un d’éduqué sur le sujet… J’imagine qu’on va me prendre pour un odieux connard qui ne compatit pas avec l’ami Pouhiou mais la c’est limite de la démagogie… D’autant plus que le framablog a mis un lien sur cet article dans la presentation du framabookin.

    • C’est justement ce que je me disais en lisant l’article. Puisque la licence le permet, pourquoi s’en plaindre ? Je ne peux pas encadrer Amazon mais ils font ce qui leur est permis si j’ai bien compris (modifier en trafiquant mal des trucs à leur convenance et le revendre). S’ils ne respectent pas leur charte, c’est leur problème (My home, my rules) indépendamment de la licence. Il aurait peut-être fallut choisir des options de licence différentes.

    • @Nitch et @Chassegnouf : non, je ne m’en plains pas, puisque je vous propose de vendre ces ebooks à votre tour sur amazon ou ailleurs.
      Je trouve juste que c’est mal fait (métadonnées pourries, système automatisé et mal automatisé de surcroît…) et irrespectueux du lectorat pris comme une vache à lait (non mention de la licence ou de l’appartenance au Domaine Public, non respect des CGU d’Amazon itself.)
      Du coup, je le dit : c’est autorisé (légal) ET c’est sale. Aucune envie de faire jouer la loi là dessus, ce serait ridicule. Par contre, faire jouer la réputation pour que les gens tombant sur cette page soient au courant de la pratique, ça a toujours été dans mon discours et mes conférences.
      Je suis heureux que les gens soient Libres de vendre mes livres aussi salement sur Amazon. Je suis heureux d’être Libre de critiquer leur méthode ;).

  6. dans le domaine du fansub certaines teams integrent à la video : « fait par pour des fans. si vous avez payez, vouv vous êtes fait avoir » puis la cnal irc ou le site

  7. Hello, j’entend et je défend tes arguments Pouhiou (que j’ai relayé sur Twitter) mais pourquoi ne pas avoir opté pour une licence type CC-BY-SAplutôt que le domaine public ?

    • Parce que je préfère que les gens soient Libres de faire les choses de façon moche, d’une part ; et d’autres part parce qu’en vivant l’écriture, je trouve ça absurde de m’accorder des « droits » dessus… ça ne correspond pas à ce qui se passe en moi (c’est expliqué plus longuement dans les addenda de #Smartarded et #MonOrchide).

  8. Je vais me faire l’avocat du diable, mais… qu’en pensent les utilisateurs de kindle pour qui télécharger un fichier depuis un site web puis le transférer sur une liseuse est aussi compliqué que … disons changer un bébé malade à 3h30 du matin dans le noir pendant une coupure d’eau ?

    • Tu préfères faire la démarche où passer à la caisse?
      Perso j’ai déjà fait mon choix… Mais les ignares feront l’autre. Qu’ils fassent, s’ils ne cherchent pas à sortir de leur ignorance, c’est leur (non-)choix.

    • Oui, c’est le seul argument en faveur de cette démarche : ils offrent un fichier .mobi quand moi je n’en ai pas réalisé. Après, va lire les « résumés » de ces oeuvres sur leur page amazon : cela ne correspond tellement pas à la pièce (le sous-titre pour l’une, la dédicace pour l’autre), que j’imagine mal quiconque être convaincu et le mettre sur son Kindle.

  9. Kindle papier white

    Pour répondre a Pink_Pen, j’ai un kindle papier white et je copie colle mes ebook depuis mon PC sur le kindle. Après tu peut ignorer ce qu’est un copié/coller mais on vie dans une époque ou l’informatique domine tous les domaines et ceux qui refusent de s’y intéresser sont et seront tjs des pigeons pour ceux qui s’y connaissent un minimum.

  10. Merci pour le partage. Désormais, il faut qu’on soit vigilent avant de soumette nos oeuvres

  11. Hello

    Pourriel reçu ce jour dans ma boite :

    « Bonjour,

    À l’heure où tout le monde parle de la crise, nous sommes de plus en plus nombreux à rechercher des solutions alternatives pour percevoir un véritable complément de revenu et vivre une vie plus enrichissante.

    Mais… Que diriez-vous de recevoir un revenu croissant chaque mois, à vie ?

    Certes, pour cela, vous devrez travailler quelque peu, mais votre but final sera bien d’obtenir une rente mensuelle (transmissible à vos enfants) tout le long de votre vie !

    Aujourd’hui, j’ai décidée de partager cette opportunité avec vous, une occasion aussi rare que cela est à saisir rapidement. Vous allez découvrir comment gagner facilement un revenu mensuel à vie simplement en publiant des livres du domaine public sur Amazon, Kobobook, Itunes…
    Sans écrire une seule ligne, sans faire de publicité et sans créer de site web…

    Vous pouvez générer des revenus réguliers et illimités.

    Pour plus d’information, cliquer sur le lien ci-dessous: »

    Je n’ai pas mis le lien, je ne vais pas non plus leur faire de la pub…

    On n’est pas sorti de l’auberge !

    Ciao

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