Internet autorisé au BAC ? ? ?

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The Cushing Memorial Library and Archives - CC byInternet, certains y voient une menace, d’autres au contraire cherchent tant est si bien à composer avec qu’ils envisagent de laisser les élèves y avoir accès lors des examens scolaires.

C’est la cas du Danemark qui, comme le rapporte The Guardian dans notre traduction ci-dessous, a lancé une sorte de pavé dans la mare en annonçant sa volonté de tester la présence d’Internet à une évaluation qui correspond à peu près à notre Brevet des collèges, avec généralisation possible au BAC en 2011 si le test s’avère concluant.

Ceci fait écho à notre billet Et si cela ne servait plus à rien de mémoriser et d’apprendre par cœur  ? qui se demandait si Internet n’était pas en train de remettre en question notre conception de certains savoirs scolaires (en particulier tout ce qui concerne l’accumulation d’informations).

Imaginez- vous donc au BAC avec votre ordinateur connecté à vos côtés et… Wikipédia à l’écran  ! Quelles compétences demande-t-on aux élèves ce moment-là  ? Va-t-on modifier la nature même des évaluations en tenant compte de cette étrange irruption  ?

Fascinant, même si cela pose de nombreuses questions à commencer par la plus fondamentale d’entre toutes  : Est-ce une si bonne idée  ?

Les commentaires attendent votre réponse ;-)

PS  : Le Danemark a récemment été classé numéro 1 des «  pays où il est fait bon vivre  » dans un récente étude de l’OCDE rapporté par la magazine Forbes. Ceci explique peut-être cela…

PS2  : Pour aller plus loin on pourra parcourir l’article d’InternetActu  : Et si l’on autorisait les bacheliers à se connecter à l’internet  ?.

[1]

L’accès à Internet pendant les examens bientôt à l’essai dans les collèges et lycées danois

Danish schools ready to trial internet access during exams

Bobbie Johnson – 11 mai 2009 – The Guardian (Technology Blog)
(Traduction Framalang  : Don Rico)

Chaque année, l’été venu, on nous rebat les oreilles des mêmes arguments voulant qu’il soit plus facile qu’avant d’obtenir son Brevet ou son BAC. Mais grâce à certains membres du gouvernement danois, l’heure est peut-être venue de cesser de chercher à décrédibiliser les examens et d’essayer d’y mettre un peu de jus.

On a pu voir çà et là dans les médias danois que le gouvernement s’apprêterait à mettre à l’essai un système dans lequel les futurs candidats au Brevet des collèges seraient autorisés à se rendre à leurs examens munis d’un ordinateur connecté à Internet lors de leurs examens.

D’après les membres du gouvernement à l’initiative de ce projet, la recherche d’exemples et de chiffres est de nos jours une tâche qu’il vaut mieux confier aux ordinateurs, et l’on ne devrait pas priver les jeunes candidats d’un outil qu’ils seront amenés à utiliser couramment au cours de leurs études.

«  C’est un bon moyen de trouver par exemple des faits historiques ou un article utile pour un devoir en classe d’éducation civique  » a expliqué Søren Vagner, un conseiller du ministère de l’Éducation, au journal danois MetroXpress.

Ce qui paraît tout à fait logique, et ce pour une raison simple  : l’Internet est devenu un outil de recherche d’une telle puissance qu’il a rendu superflu nombre d’anciennes méthodes d’apprentissage, tel que l’apprentissage par cœur. Les calculatrices nous dispensent de certaines opérations de base, alors pourquoi prendre la peine de mémoriser des faits et des chiffres alors que les ordinateurs permettent de les mobiliser à la demande  ?

Il existe néanmoins un certain nombre d’embûches potentielles, comme par exemple le plagiat et la tentation de certains élèves d’aller chercher des informations en ligne pour faire du remplissage.

Vagner a déclaré que les examinateurs surveilleraient de près le contenu des copies et procéderaient à des contrôles réguliers et aléatoires des pages Web que les élèves auront utilisées lors de leurs recherches.

Certes, déceler le plagiat est une tâche relativement aisée (une simple recherche sur Internet de groupes de mots et le tour est joué) et le plagiat de contenu disponible sur Internet est déjà un problème contre lequel les établissements scolaires tentent de lutter.

Mais en donnant accès à l’Internet à de jeunes étudiants, on risque fort d’ouvrir la boîte de Pandore, car il est certain qu’un bidouilleur plus entreprenant que les autres trouvera un moyen d’échapper à la surveillance de l’enseignant et de discuter avec un autre candidat présent dans la salle d’examen ou quelqu’un de l’extérieur.

D’après l’article paru dans Politiken, ce nouveau système devrait être testé pendant des examens blancs plus tard cette année, avec pour objectif de procéder à l’expérience à plus grande échelle en 2011.

Notes

[1] Crédit photo  : The Cushing Memorial Library and Archives (Creative Commons By)

18 Responses

  1. swilmet

    C’est un peu comme un examen à cours ouvert, finalement. Et ça, ça existe depuis bien longtemps. La seule différence est que le contenu du cours est sur le web… Pour moi un ordinateur n’est pas adapté dans ce cas-là.

    Là où l’ordinateur serait vraiment utile, c’est pour les examens de programmation, pcq tout faire par écrit c’est pas génial…

  2. Winael

    Pour ma part j’ai toujours pensé que l’apprentissage "par coeur" était plus un abrutissement des masses qu’autres choses. Surtout pour le peu que ça sert dans la vie courante.
    Notre cerveau est avant tout conçu pour l’analyse et la synthèse de données, ce que nous faisons chaque jour.
    Il est plus utile aujourd’hui d’apprendre a chercher l’information pertinente et apprendre a filtrer le contenu parmis la vague d’informations mises à notre disposition par le réseaux.
    Cela préparerai aussi l’élève au travail de recherche personnel et d’autonomie qu’on lui demande dans le cadre de la formation post bac.
    On peut très bien faire une dissertation sur Mme de Bovary en ligne, avec l’avantage d’une économie sur le coût écologique/logistique/financier puis d’avoir ses corrections en lignes.
    En matière d’éducation beaucoup de choses sont à revoir grâce à l’outils informatique.

    Donc OUI au bac avec internet

  3. pilip

    Oui et non, ou en tout cas avec des pincettes. L’accès à Internet change évidemment tout, on peut envisager de commencer plus doucement en prêtant un cd de wikipedia à chaque élève par exemple. Certes, la recherche est limitée, mais le contenu est contrôlé. Enfin, on évite le problème de la discussion avec une personne extérieure.
    Attention tout de même à ne pas tomber dans l’excès. Si on apprend aux élèves à ne plus rien apprendre, adieu la culture G ! Personnellement, j’aime bien avoir une discussion, un débat avec un personne en face de moi. Si dans 50 ans il faut un ordi connecté pour pouvoir faire ça, non merci !

  4. Nairod

    Non par Internet, oui à une selection.

    Internet donne accès à tellement de choses que l’on passerait de l’abrutissement relatif d’aujoud’hui à une absence totale de réflexion. Prenons un exemple (trop) simple : "Comment le réalisme a-t-il influencé le naturalisme ?", premier réflexe : Google, premier résultat : une grande partie de la réponse, il suffit de regarder un peu plus loin et là l’éléve n’a même plus à réfléchir. Il suffit pour lui de savoir écrire une page web pour avoir un accès à toute les réponses qu’il a déjà écrites.
    Cela conduirait à un réel désintéressement de l’éléve car "ca sert à quoi d’apprendre : j’aurais les réponses…". Or malgré ce que l’on nous faire croire, il faut apprendre : ceux qui n’ont pas de culture sont les plus manipulables.

    Un dictionnaire (électronique) c’est déjà bien par exemple, accompagné d’un petit memo pour l’histoire ou le français par exemple, mais avoir les réponses en prémaché est inconcevable pour moi.

    Il faut arrêter de dire qu’apprendre est mal, ca dépend la façon d’apprendre, si c’est retenir des mots de vocabulaires par coeur sans savoir les réutilisés, c’est inutile. Si c’est chercher les mots dans des situations et les mémoriser en les placant dans des phrases par exemple, là c’est utile.

  5. VV666

    Il ne faut pas oublier non plus que de nombreuses études scientifiques ont démontré les bien faits du "par cœur" lors de l’apprentissage. Si cela est inutile (ou presque) en fin de lycée, puis en étude supérieur, il en est autrement en primaire et collège. Le "par cœur" forme le cerveau à recevoir de grande capacité de données et à les retenir.
    Le cerveau est un "muscle" qui s’entraine et qui évolue.
    Pendant tout la croissance, le cerveau se forme et c’est à ce moment là qu’il faut lui donner à manger (des infos diverses en varié), donc le par cœur à autant sa place que la réflexion.

    J’aime beaucoup Internet et c’est un outils formidable pour apprendre et travailler, mais je pense qu’avec ce genre d’idée, on va finir par faire des générations complètement dépendante d’Internet…. Et si Internet tombe ? On fait quoi ?

  6. Wetneb

    Dans l’état actuel de ce qu’on enseigne au collège et au lycée, ajouter un accès à internet pendant les examens ne rime à rien. Il faudrait modifier complètement le fond et la forme des cours…
    Le risque, en modifiant les cours pour s’adapter à Internet, c’est de rendre les élèves complètement dépendants du réseau. Même si on apprend à avoir un regard critique, une vérification des sources, et tout ça, on transfère quand-même une grosse partie de notre capacité à mémoriser et réfléchir dans les ordinateurs.

    Je passe mon bac dans un an et je trouve qu’Internet est un outil très riche, mais je n’aimerai vraiment pas passer mes examens avec.
    Question d’éducation, peut-être…

  7. Totoro

    Hmmm, ça rappelle le débat du "connaitre par coeur est-il utile ?"
    Plusieurs choses me posent problème :

    – le fait que la culture ne soit vu que comme un moyen et pas une fin en soi, un truc encombrant qu’on est obliger d’avoir pour réussir ses exams ou pour la vie de tous les jours, et dont on aimerait bien se passer.
    Connaitre l’Histoire, connaitre le fonctionnement de notre système politique, savoir parler et écrire correctement le français, comprendre un certain nombre de concepts mathématiques et être capable de les utiliser dans un contexte particulier, ça me semble vraiment important en soi, pour pouvoir vivre convenablement et être un citoyen responsable. Pour comprendre un minimum le monde dans lequel on vit, qu’il s’agisse du terrorisme islamiste et de la politique américaine au moyen-orient, de la crise financière actuelle, du changement de ligne politique du Parti Socialiste, de certains discours de Sarkozy sur la colonisation et Mai 68 (j’ai pris les exemple les plus variés possibles ^^), il faut avoir un minimum de culture, qui permet de replacer ces événements dans un contexte bien plus large, s’étendant sur plusieurs décennies et pouvant être compris à travers certaines grilles de lectures.
    La connaissance, c’est ce qui permet de prendre du recul.

    Pour prendre un exemple lié à l’informatique, Framasoft dénonce (à juste titre) ce genre de choses :
    http://www.framablog.org/index.php/

    Le problème, c’est que pour comprendre totalement ce qui cloche dans ce mail, il faut savoir ce qu’est le logiciel libre, savoir ce qu’est Microsoft et ce qu’ils représentent (les logiciels propriétaires, pour faire simple), et connaitre un tout petit peu l’histoire du libre et sa position actuelle. Bref, avoir juste assez de connaissances pour tiquer en lisant un message en apparence anodin, et être capable d’expliquer avec des mots clairs à ses collègues (voir à l’auteur du mail, qui n’est pas forcément conscient des enjeux) pourquoi vous n’êtes pas d’accord.
    Alors certes ça veut dire connaitre par cœur un certains nombre d’éléments, voir même d’être capable de reconnaitre Stallman en photo (ce que certains appellent "l’abrutissement des masses", chacun son truc) et maitriser deux/trois concepts, mais je pense que ça vaut le coup.

    Alors certes, on me répondra que monsieur Dupont à qui personne n’a jamais appris ce qu’était le logiciel libre pourrait chercher dans Google "microsoft" et "Cned" pour tomber sur Framasoft et avoir un autre son de cloche. Le problème, c’est que monsieur Dupont à qui personne n’aura appris ce qu’est le logiciel libre n’aura même pas l’idée d’aller sur Google : pour lui, il n’y aura rien d’exceptionnel dans ce message. De la même manière que sans un minimum de culture G, la plupart des gens n’iront pas sur Google pour vérifier ou compléter tel point lu dans la presse, tout simplement parce qu’ils n’auront même pas conscience de n’avoir lu qu’un point de vue incomplet.

    – d’une manière plus générale, avoir une culture générale limitée, ça revient à être dépendant de celui qui vous donne l’info. Hors, pour être capable de différencier une source crédible d’une source non-crédible, un site scientifique sérieux d’un site créationiste, un site historique d’un site remplis de théories du complot, faut avoir un minimum de background, de connaissances préalables. C’est aussi (et surtout) pour ça qu’avoir un certain nombre de savoirs de base est utile : à partir de cette base, on est capable d’évaluer la qualité des sources ultérieures et d’apprendre de nouvelles choses dans de bonnes conditions, de devenir de plus en plus cultivé et finir PAR DOMINER LE MONDE AHAHAH… euh… pardon. Je disais donc, sans une culture G solide, on risque de se retrouver avec des gens très crédules. capable de croire toute source ayant une bonne apparence – et à ce niveau, y’a pleins de sites ayant l’air aussi sérieux qu’un cours universitaires qui balancent des anneries incroyables.

    – la comparaison avec la calculatrice ne marche pas : les maths actuelles imposent de comprendre des concepts mathématiques complexes, et par conséquent d’apprendre des formules – ce qui me semble fondamental pour bien comprendre et ne pas être un simple robot qui execute des exercices abstraits, par ailleurs. La calculatrice fait gagner du temps, mais elle ne change rien au fait que l’étudiant a du apprendre ses formules et est théoriquement capable de faire l’exercice à la main en beaucoup plus de temps – durant l’année scolaire, la calculatrice n’est d’ailleurs pas toujours autorisée, des exercices à la main étant très régulièrement imposés pour obliger les élèves à raisonner.

    – d’une manière plus générale, notre système actuel n’est pas du tout basé exclusivement sur le par coeur, mais laisse aussi une place à la compréhension, au raisonnement et à la capacité de trier les infos. En histoire ou en français, l’étude de documents est primordiales, et est faite d’une manière plutôt intelligente : l’élève doit comprendre le texte qu’il lit, le comparer avec d’autres documents donnés et en sortir une analyse basée également sur ce qu’il a appris en classe.

  8. ropib

    C’est une bonne idée, mais il faut aller plus loin. Les cours devraient être faits en collaboration sur internet. Il faut cesser de croire que nous travaillons tous indépendemment des autres: c’est faux en entreprise, c’est faux dans tous les métiers de l’innovation. Evidemment nous gardons l’idée que l’ultime objectif c’est de publier un bouquin et d’être le seul à gagner de l’argent dessus, mais c’est une bêtise, et si nous devions faire payer des droits dès qu’on utilise un début d’idée de quelqu’un d’autre plus personne ne pourrait écrire quoi que ce soit, même de novateur.
    Non seulement il faut contrôler les gens en leur donnant la capacité d’accéder à internet mais aussi en les autorisant à collaborer, voire même en valorisant ces aspects (collaboration, recherche d’information, transformation de connaissance en outil, articulation entre innovation et procédure), parce que c’est la réalité que nous vivons.

    Les savoirs encyclopédiques ne servent qu’à partir du moment ou ils permettent de réfléchir plus vite, de structurer sa pensée. S’ils ne sont pas dénués d’intérêts c’est la structure du système de mesure qui valorise plus ou moins celui-ci ou la recherche d’information. De même en ce qui concerne l’autonomie et la collaboration. L’internet (tout comme l’examen à cours ouvert) et le travail collaboratif ne sont pas suffisamment utilisés, que ce soit lors des examens ou même pendant l’année: ils font exception quand ils devraient faire norme. On ne les rencontre que tard dans la formation, et l’étudiant peut même avoir un sentiment d’arnaque de la part des évaluateurs (ce qui n’est pas faux, c’est souvent utilisé de manière assez malhonnete ou gadget dans les faits), alors qu’il s’agit du fondement même de la manière de travailler et de penser le travail.

    Il y aurait bien plus à dire, par exemple au niveau des publications scolaires, un business totalement dépassé tant au niveau économique que dans la qualité des contenus ; ou dans les orientations moralement douteuses des énoncés au bac philo qui semble se référer à des modèles de représentation du monde du début du 20è siècle. Enfin il faudrait considérer que ces millions de personnes que sont élèves et étudiants ne travaillent pas en pure perte: ce qu’ils font est utile, quand bien même ils seraient très jeunes (il est arrivé à tout le monde de sécher sur des questions d’enfant), quand bien même leurs connaissances seraient incomplètes (dynamiser les savoirs en remuant les fondements simples de connaissances complexes est très important), quand bien même leur maturité serait à venir (c’est à l’adulte à la recherche d’informations de savoir faire, et donc justement d’avoir appris à faire, la part des choses)… car ce n’est pas au système éducatif de juger a priori que le travail accompli est nul et non avenu.

  9. ropib

    @Totoro

    La culture n’est justement pas une fin en soit à partir du moment ou la fin est un examen qui vérifie qu’on fonctionne comme un ordinateur. Les examens de mise en relation, d’étude, de problématique ne sont dans les faits que des prétextes. Il est très facile de comprendre comment avoir des bonnes notes.
    La culture c’est justement tout sauf le par-coeur. Aujourd’hui nous contrôlons le savoir en espérant que derrière il y aura de la culture, il faudrait faire le contraire vu que le savoir n’a pas d’intérêt (les machines savent beaucoup plein de choses, ça ne leur sert à rien): s’il doit survivre (le savoir) il survivra, dans la capacité à ne pas perdre son temps à rechercher des informations triviales par exemple.

    Pour le vocabulaire par exemple il est plus efficace de demander à travailler à raconter des histoires et intervenir dans des mises en scènes que de vérifier que le petit robert est connu par coeur, tout simplement parce que si l’élève-étudiant veut raconter une histoire complexe il va lui falloir apprendre (ou non, mais dans ce cas il est vraiment très très fort et il faut lui donner effectivement une bonne note) pas mal de choses.

    Par rapport à l’immédiateté… l’exercice par écrit me semble vraiment une mauvaise idée. L’écriture a été inventée pour nous alléger de cette contrainte, interdire la calculatrice pour contrôler le raisonnement est ridicule à l’écrit, l’examen ne devrait se concevoir que dans la théâtralité. Le débat, la soutenance, le théâtre ne sont donc pas suffisamment utilisés, nous sommes obnubilés par l’écrit et c’est une erreur.

  10. Huygens

    Ca serait la fin du bachotage ! Ouf sauvé … Enfin au Danemark aujourd’hui.
    On aura peut-être enfin des étudiants qui arrivent en 4ième année d’université (ou équivalent) et qui savent réfléchir ! Ca serait nouveau, mais le bien venu.

  11. aKa

    Merci pour vos premières réponses… diverses et variées !

    Personnellement je me sens assez normand quant à la réponse à la question. Oui pour certains examens et non pour tous. Oui pour certaines tranches d’âge et non pour toutes (plus on est grand et plus j’y suis favorable).

    La solitude calme et posée du travail personnel écrit garde quand même ses vertus, même si il jouit peut-être d’un poids trop important actuellement.

    Ce qui est sûr c’est qu’il faut faire un minimum avec. Il ne faudrait pas que l’école devienne pour la jeune génération "le seul lieu où l’on apprend sans Internet".

    PS à pilip qui dit "L’accès à Internet change évidemment tout, on peut envisager de commencer plus doucement en prêtant un cd de wikipedia à chaque élève par exemple. Certes, la recherche est limitée, mais le contenu est contrôlé."

    Ce serait à mon avis le pire cadeau que l’on puisse faire à Wikipédia, qui est tout sauf un outil qui se suffit à lui-même (c’est pour cela que l’encyclopédie accorde tant d’importance aux sources). Wikipédia est un point de départ et non une ligne d’arrivée. Quand à son "contenu contrôlé" c’est non seulement une douce chimère mais c’est également en opposition avec son approche si particulière d’édition collaborative. A moins bien sûr que ce soit les enseignants eux-mêmes qui effectuent ce contrôle en ne proposant dans le CD que des articles validés (mais bonjour le boulot alors).

  12. e-prof

    Tout d’abord je me présente : je suis enseignant de génie électronique en lycée technique et utilisateur assidu des TICEs.
    Pour ma part, le seul outil dont a besoin un écolier ou un étudiant, est son cerveau. L’outil informatique ne reste qu’un outil ,une aide si vous préférez. Il facilite l’exécution de certaines taches.
    L’apprentissage d’un futur métier ou l’appropriation d’un certain nombre de connaissance (culture générale, scientifique, littéraire … ) passe par la compréhension des informations nécessaires puis par leurs mémorisations (Ainsi, Le cerveau se structure et ses capacités s’en voient améliorées). Or si vous donnez à l’outils informatique plus d’importance qu’il n’en a (ou ne doit en avoir) ,vous êtes quasiment sur de vous planter.
    L’école est là pour apprendre à se servir de son cerveau et non pour apprendre à appuyer sur des boutons comme un chimpanzé lors d’une expérience.

  13. ropib

    @e-prof
    Je ne vois pas en quoi apprendre à se servir de son cerveau sans internet permet d’apprendre à se servir de son cerveau avec internet. Dans mon travail je dois travailler avec internet et avec les autres, l’école m’a appris à faire l’inverse et à garder le plus possible ce que je sais faire pour moi (et je connais certaines grandes écoles dans lesquelles les étudiants pratiquent la désinformation, font circuler de faux cours… c’est bravo vraiment !).
    Le problème de la technologie, mais soyons clairs ça va être de pire en pire, c’est de gérer une quantité inhumaine d’informations, pas de savoir en mémoriser quelques unes. Il ne s’agit pas non plus d’apprendre un futur métier (sinon soyons clairs: l’école est nulle) mais d’apprendre à pouvoir être utile (le travail est en train de muter, certains optimistes pensent même qu’on peut rêver à la fin de l’exploitation). Evidemment qu’il y a de nombreuses choses à apprendre et l’école est bien entendu là pour apprendre à se servir de son cerveau. Mais on pourrait tout autant brûler les livres, jeter les stylos… qui ne sont que des outils à ce train là (et je milite d’ailleurs pour qu’on travaille plus le théâtre, que dirait Socrate de notre fascination de l’écrit ?). Le web ne remplace pas tout et il peut cohabiter avec de nombreuses autres choses (et entre nous il est en grande partie dédié à l’écriture), mais faire de l’école le musée du 19è siècle est une mauvaise idée.
    Il n’est pas question de dire que l’école doit cesser de faire apprendre aux gens, bien au contraire. Mais il faut comprendre que la structure sociale impose des biais cognitifs, donc particulièrement importants quand on suit des objectifs pédagogiques. Oeuvrer structurellement pour l’individualisme, pour la réutilisation automatique, pour le respect des outils de métrique aboutit forcément à l’individualisme, au comportement procédurier et à la frilosité.
    L’argumentation sur la structure du cerveau etle développement de ses capacités n’est que trop bonne, la conclusion en est en revanche que nous devons justement utiliser le web.

    @Aka
    Je pense que c’est en bas âge qu’il faut apprendre la collaboration, comme à la maternelle d’ailleurs ou le travail individuel pur n’a pas vraiment de sens (à la maternelle les enfants qui "copient" démontrent une capacité, au minimum celle de savoir qu’il y a quelque chose à copier, de plus le travail d’innovation au sein d’un groupe est peut-être mieux mesurable que celui fait au milieu d’une récitation, même le par-coeur pur peut s’intégrer dans des collaborations). Qu’est-ce que le travail individuel, qu’est-ce que l’autonomie ? Bien entendu il faut travailler ces choses et les enseignants savent très bien le faire travailler, il est même tout à fait possible de mettre en place des métriques sur ce sujet dans un cadre collaboratif, je ne vois donc pas le problème. Quant au calme l’école le valorise beaucoup trop: il faut travailler la discipline et non la soumission. Certains ne se rebellent que trop tard, après avoir assimilé de nombreux blocages impossible à rattraper et qui les empêchent de progresser une fois arrivés à ces "certaines tranches d’âge".

    Je vois dans ces débats des orientations idéologiques sur ce que sont le savoir et le travail. Dans la réalité du monde tout cela change et il n’y a pas de bien ni de mal, la question est de savoir si on utilise son cerveau ou pas, s’il faut apprendre à faire ce que fera un ordinateur à la sortie de l’école (sans pouvoir dire s’il se trompe ou non, l’ordinateur acquérant l’autorité du professeur sachant, celle du maître ignorant de Rancière étant inconnue) et rien d’autre, c’est à dire ne rien savoir faire de mieux qu’une machine. Moi je pense que c’est une mauvaise idée. Mais un jour, après l’holocauste et l’apocalypse, au moment du grand retour au moyen-âge, lorsque même les imprimeries n’existeront plus, notre école aura bien entendu formé des individus parfaitement adaptés et mon diagnostic sera erroné… en attendant nous subissons un système schizophrène.

  14. e-prof

    @Aka
    "Je ne vois pas en quoi apprendre à se servir de son cerveau sans internet permet d’apprendre à se servir de son cerveau avec internet."
    Je n’ai surtout pas dit ça. D’ailleurs ,avec les collègues de ma génération (littéraire et scientifique), les élèves apprennent aussi bien à lire un quotidien qu’à chercher des informations sur le web ou a utiliser un logiciel spécifique à leur besoin (logiel crayon/papier ou logiciel Impress).

    "c’est de gérer une quantité inhumaine d’informations, pas de savoir en mémoriser quelques unes."
    Le problème est ,au contraire, de savoir trouver la bonne information parmi la multitude et pour cela un minimum de connaissance et de méthodologie est indispensable.

    Bref, l’Ecole est bien dans le 21eme siècle (Exemple : B2I et C2I) et l’informatique n’est qu’une brique supplémentaire dans l’enseignement.

  15. Aquilegia

    Bonjour,
    C’est une erreur de penser qu’apprendre par coeur des informations ne sert à rien d’autre que retenir des information (parfois d’utilité douteuse). Même si il n’est pas nécessaire à l’adulte, dans sa vie professionelle, ou dans sa vie quotidienne, de connaître toutes les informations apprises à grand peine à l’école, le simple fait d’apprendre par coeur favoriserait la créativité et de nombreuses fonctions cognitives :

    http://www.cerveauetpsycho.fr/ewb_p

    Par conséquent, je pense qu’il est utile qu’au moins une partie des examens nécessite de la mémorisation. Les examens "à cours ouverts, et/ou internet accessible" (qui ont d’ailleurs cours dans certaines universités) ont aussi un intérêt, probablement complémentaire, mais je ne pense pas qu’ils puissent les remplacer, et certainement pas dans toutes les matières, ni pour les plus jeunes.

  16. florence meichel

    On est ici vraiment au coeur du changement de paradigme et cette initiative d’une certaine manière en est le symbole…effectivement, la culture du numérique change la donne : il s’agit moins d’apprendre qq chose que d’apprendre à apprendre…et donc de développer les compétences qui le permettent ! L’exercice qui est donc proposé ici vise à évaluer ces meta-compétences en actes ! et je trouve cela très positif !

    C’est ce dont nous discutons sur Apprendre2.à depuis maintenant presque deux ans…et les processus avancent et évoluent ! 🙂

    http://apprendre2point0.ning.com/

  17. Ginko

    J’ai lu tous les commentaires et j’y ai trouvé des analyses très pertinentes; ce que je vais ajouter est seulement ce que j’ai pu tirer de mon humble expérience de ma scolarité en France.

    Je suis actuellement en 2ème année d’école d’ingénieur, je suis passé par le "concours A", ce qui dans le jargon de l’exception culturelle française (en matière de diplôme d’ingénieur) signifie que j’ai fait deux années de classe préparatoire. J’ai donc vécu le summum de ce qu’un étudiant français peut vivre en matière de priorité donnée à l’écrit et à la mémorisation "par-cœur", à l’individualisme et à la sélection.
    Mais voilà, je viens enfin de comprendre d’où venait mon sentiment de régression, de décalage que m’inspire mon expérience depuis deux ans dans l’école. En effet, cette formation, dite "professionnalisante" favorise le travail collaboratif, les soutenances orales et en cas d’évaluation écrite, le travail avec le cours (sur ce point, ils sont cependant en régression, en revenant de plus en plus vers le "par-cœur"). Bref, ils nous préparent réellement à nos futures conditions de travail d’après ce que j’ai pu comprendre des commentaires précédents. Cependant, ce n’est pas du tout ce à quoi m’ont habitués les 17 années précédentes de scolarité! Je ne comprenais pas que ce que l’on me demande soit "plus facile" que ce que l’ont me demandait au paravant (notamment en prépa).
    Maintenant, je comprends mieux les raisons de notre apathie en classe d’anglais. En effet, nous avons des professeurs originaires de pays anglo-saxons où l’écrit est moins important et l’oral et la collaboration plus favorisés dès le collège (et même peut-être avant!). Ces professeurs ont énormément de mal à nous faire participer oralement. Et pour cause, cela n’a jamais été favorisé pendant ma scolarité (ou très peu)!

    Donc au final, je rejoins aKa avec sa réponse "à la normande": favoriser l’oral, la collaboration et les évaluations à cours ouverts/avec internet plus on monte dans les études, mais sans oublier d’apprendre à apprendre (en apprenant 😉 ), surtout au début!

  18. ocarbone

    Intéressante initiative !

    L’ordinateur est en effet un outil indispensable, il semble donc logique de l’intégrer dans la trousse scolaire.

    Cependant, les rares fois où le wifi tombe, où mon pc est en panne ou tout simplement lorsque je me retrouve sans ordinateur ni internet, c’est mon expérience scolaire qui me sauve ! Je reprend feuille et stylo et retrouve mes habitudes d’antan, lorsque mon seul outil était ma tête et mon corps.

    Aussi il me semble que l’école doit continuer à apprendre aux jeunes à travailler avec leur seule tête ET doit aussi leur apprendre à utiliser efficacement les outils d’aujourd’hui. Combiner les deux n’est pas aisé !