Lâchons prise en débranchant la prise

Classé dans : Libr'en Vrac | 15

Temps de lecture 3 min

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Batintherain - CC by-saOn parle beaucoup de libération sur ce blog. Mais l’acte de libération ultime n’est-il pas devenu celui de se couper momentanément ou plus durablement de l’Internet  ?

Au diable la rédaction frénétique de mon blog pour être parmi les premiers à annoncer ce que des centaines d’autres annonceront. Au diable la consultation des commentaires et statistiques de ce même blog.

Les mails, tweets et fils RSS peuvent s’accumuler, mes amis Facebook gesticuler et me stimuler… Je n’en ai cure. Ils vivront très bien sans moi. Je ne suis pas inspensable à l’Internet. Mais l’Internet ne m’est pas inspensable non plus[1].

Je ne dois plus être esclave de ma propre vanité.

Tel un joueur invétéré qui demande de lui-même au patron de son casino préféré de ne plus le faire entrer, je me choisis un proche et lui confie la mission de changer tous mes mots de passe avec ceux de son choix qu’il gardera pour lui, même si je l’en supplie plus tard de me les dévoiler.

Je n’ai plus la tête dans le flux. Ouf  ! Je respire  !

PS  : Ce court billet «  à contre-courant  » fait écho à notre célèbre et bien plus dense traduction du même auteur  : Est-ce que Google nous rend idiot  ?

Exode

Exodus

Nicholas Carr – 8 avril 2010 – Blog de l’auteur
(Traduction Framalang  : Joan Charmant)

Cela a-t-il commencé  ?

James Sturm, le dessinateur, n’en peut plus d’Internet  :

Ces dernières années, Internet est passé d’une simple distraction à quelque chose qui semble plus sinistre. Même quand je ne suis pas à mon ordinateur, je suis conscient que JE NE SUIS PAS À MON ORDINATEUR et je fais des plans pour pouvoir RETOURNER À MON ORDINATEUR. J’ai tenté diverses stratégies pour limiter le temps que je passe en ligne  : laisser mon portable au bureau quand je rentre à la maison, le laisser à la maison quand je vais au bureau, un moratoire sur l’utilisation les samedis. Mais rien n’a fonctionné très longtemps. De plus en plus d’heures de ma vie s’évaporent sur YouTube… La communication de base a laissé la place à des heures de vérification compulsive de mes mails et de surf sur le web. L’Internet m’a rendu esclave de ma vanité  : je contrôle le positionnement de mes livres sur Amazon toutes les heures, je suis constamment en train de chercher les commentaires et discussions sur mes travaux.

Il n’est pas tout à fait prêt pour divorcer d’avec le Web. Mais il a décidé de tenter une séparation de quatre mois. Comme Edan Lepucki, il a demandé à quelqu’un de lui changer les mots de passe de tous ses comptes, juste pour être sûr.

Je sais qu’on ne reviendra jamais à l’ère pré-Internet, mais je voudrais juste progresser un peu plus lentement.

La déconnexion est la nouvelle contre-culture.

Notes

[1] Crédit photo  : Batintherain (Creative Commons By-Sa)

15 Responses

  1. tanguy

    Je n’aime pas ce mode de fonctionnement binaire. Tout ou rien. Il passe d’un excès de connexion à un excès de déconnexion. Trop facile, ça de demande aucune réflexion. Il passe trop de temps sur le net, très bien il n’a qu’a sélectionner avec précision ses flux rss pour éviter d’avoir des infos redondantes, utiliser flash bloc pour ne plus perdre son temps devant youtube, et utiliser le microblogging avec parcimonie. Créer un compte de travail, sans aucun divertissement, aide aussi à la productivité (http://blog.asher256.com/11-astuces…). La déconnexion n’est pas une contre culture, c’est une perte de culture.

  2. Lenezir

    Bravo.
    Je vais essayer de lâcher prise moi aussi. 🙂

  3. Tsuko

    Je me suis deconnecté en grande partie du réseau. Ca fait du bien. On l´aborde différement ensuite et on constate sa relative jeunesse quant à ses possibilités.

  4. Ginko

    Ça me fait penser au bouquin d’Alvin Toffler, Future shock (Le choc du futur), dans lequel il prophétisait que certaines personnes confrontées à certaines situations n’arriveraient plus à suivre: trop de changements, trop d’information, trop vite.

    Ici, ce n’est pas vraiment l’environnement qui contraint et stresse l’individu, mais l’individu lui-même, avide de cette masse énorme d’information, évoluant pour certaines en temps réel, qui se stresse, se contraint, est accro.

    On voudrait avoir le temps de tout lire, de partager sur beaucoup de sujet, de participer à plein de projet, mais on a pas le temps…

    On doit alors s’en remettre à un tiers pour faire une partie du travail: trier l’information, en extraire l’intéressant, et, si possible le formuler clairement. Autrefois, c’était le travail dévolu aux journalistes. Aujourd’hui, ce sont toujours les journalistes, mais aussi les blogueurs, les digg-likes ou encore de sombres algorithmes de recommandation.

    Et plus le flux de l’information ira vite et sera massif, plus nous auront recours à ces filtres, de plus en plus automatisés. La question qui se pose déjà et dont l’enjeu deviendra de plus en plus important sera "Dans quelle mesure puis-je faire confiance à ce(s) filtre(s)?"

    M’enfin, je digresse. En tous cas, je pense que la situation à laquelle ce monsieur est confronté va concerner de plus en plus de monde, dont une partie aura sans doute une réaction analogue.
    Il y a sans doute un moment où la remise en cause devient inéluctable.

  5. Mc Rack

    Sur internet aussi, il y a des choses moins futiles que d’autres.
    Ce qui a absorbé beaucoup mon temps mais dont j’ai réussi à me défaire c’est ce que j’appelle l’effet tamagochi.
    Les jeux en réseau en monde persistant, les comptes avec des points et des niveaux, les profils facebook, etc… tous les trucs où on donne vie à un compte et où on a l’impression qu’il progresse et grandit en même temps que nous.
    Parfois, il faut tout simplement tuer son tamagochi.
    Se désinscrire, plutôt que de garder des comptes (comme des bouteilles planqués sous l’évier) qu’on pourra retrouver plus tard. On se sent soulagé, et on peux continuer à surfer l’esprit plus libre.

    Je trouve que l’isolement total est nocif, ça crée des situations de manque comme les régimes trop strict pour maigrir. Et professionnellement, tout le monde ne peut pas se le permettre.

  6. ours-blanc-

    Merci d’évoquer le sujet de la déconnexion!
    Je crois que le malaise que l’on peut avoir vis à vis de nos vies connectées (certains en tout cas) vient de notre rapport aux ordinateurs. Qui suis-je quand je reste connecté pendant une grosse partie de mon temps éveillé?
    Et puis engranger des masses d’informations nous fait-il vraiment progresser? N’a t-on pas besoin plutôt de se réserver des espaces ou la pensée n’agit pas? Engranger, amasser, accumuler des pensées nous libère t-il vraiment? N’est t-on pas plus aptes à agir et réfléchir quand nos cerveaux sont libres de toute information, de tout préjugé, ouverts au réel, à l’inconnu et à l’inattendu?

    Beaucoup de questions, merci encore d’ouvrir le débat!

  7. mjoly

    Remettons internet à sa place: un média.

    A partir de là, il faut reprendre les pincettes d"’usage" et de rigueur nécessaire pour s’assurer que les "informations" (au sens des donnés) dont nous sommes abreuvés (y compris publicitaire..) aient un quelconque fond.. et je ne parle même pas du sens.

    Bref, la responsabilité qui est la notre est celle de tout individu / citoyen, faire le tri dans ce que nous voyons/recevons.

    J’utilise depuis longtemps, et pousse toute les personnes de mon entourage à utiliser tout ce qui peut permettre de filtrer les flux que je reçoit.. que ce soit adblock, noscript qui sont, à mes yeux des outils "obligatoire" pour ma navigation.

    C’est comme la pub à la télé, que je ne peut éviter qu’en n’étant plus derrière ma TV.. soit je vais faire un tour ailleurs.. soit je coupe le son.. soit je suis en différé (Timeshilf!) et j’accélère pour ne pas à avoir à les supporter.

    Comme tout média, internet contient le meilleur et le pire.. il n’est que le reflet (triste parfois) de ses "utilisateurs" (quand ils le restent!!).

    Pour l’heure je ne compte pas encore me déconnecter (bien que l’envie m’en a parfois chatouiller..), mais je me suis restreint à un environnement (qui n’est pas fermé, mais volontairement limité) que je "maitrise", dans le sens où je suis sur les sites que j’ai choisi, et que je m’y contient!

  8. Ginko

    @ours-blanc-

    Qu’entends-tu par "progresser"? Car le progrès, c’est souvent l’accumulation du savoir (connaissances, compétences). Alors c’est sur que l’accumulation brute d’information, sans conversion en savoir n’apporte sans doute aucun progrès.

    Tu parles de libération. De libération de quel joug?

    C’est bien de poser des questions. Mais à question vague, réponse vague…

    @mjoly:

    Rester dans un environnement contrôlé et connu, c’est aussi louper des opportunités de découvrir de nouvelles choses!

  9. mjoly

    @ginko: d’ou ma remarque: "(qui n’est pas fermé, mais volontairement limité)"
    Je me laisse cette possibilité.. et parfois, c’est l’inverse, je ne vait plus sur certains sites.. après parfois plusieurs années de visites régulières.

  10. Gee

    C’est un truc à faire… Personnellement je me suis fait 2 semaines sans Facebook + un forum que je fréquente "frénétiquement" (oui bon 2 semaines c’est peu mais quand même), et bien on se rend soudainement compte qu’on… Bah qu’on recommence à faire des choses à côté. Il y a un certain manque au début, mais ça passe finalement très vite.

    Bref, me couper d’internet totalement me semble un peu compliqué (surtout vu mes études :p), mais c’est une très bonne expérience que de prendre du recul de temps en temps. Après ce petit break de 2 semaines, j’ai un peu changé mes habitudes, en me réservant par exemple au moins 1/2 heure chaque soir à de la lecture (lecture de romans avec livre papier réel, sans écouter mon lecteur mp3). Je conseille cela à tout le monde, on dort beaucoup mieux en plus…

  11. mydjey

    Quand j’ai lu le titre du billet (très bon au passage) j’ai cru qu’on parlait ici de la TV.

  12. plf

    Au diable Framasoft et son réseau d’avatars… mais pas couper le Geektionnerd !

  13. ours-blanc-

    @ginko
    > @ours-blanc-
    > Qu’entends-tu par "progresser"? Car le progrès, c’est souvent l’accumulation du >savoir (connaissances, compétences). Alors c’est sur que l’accumulation brute >d’information, sans conversion en savoir n’apporte sans doute aucun progrès.
    Tu donnes toi même la réponse à ta question. Si on cherche à accumuler des informations c’est pour en tirer un savoir et ainsi progresser.

    >Tu parles de libération. De libération de quel joug?
    >C’est bien de poser des questions. Mais à question vague, réponse vague…
    Je parle de se libérer de ce que l’on connait déjà pour voir la réalité telle qu’elle est. Accumuler des informations n’est-il pas un obstacle pour voir pleinement la réalité? Si on l’interprête selon notre mémoire et les informations que l’on a engrangées alors la réalité nous échappe et on ne la voit pas pleinement.