et pendant ce temps-là, du côté de l’open source…

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Voilà des années qu’on nous prédit que l’année suivante sera celle de Linux sur le desktop mais on est encore bien loin de son adoption sur l’ordinateur familial des Dupuis-Morizeau[1]. D’autant que la ligne de front s’est maintenant déplacée vers les mobiles, les tablettes, les objets connectés…
Le tableau du champ de bataille serait plutôt sombre, le libre et l‘open source peinent à exister parmi les mastodontes qui s’affrontent. Mais voici comme pour nous consoler un petit lambeau de ciel bleu  : le bilan que tire Glyn Moody de ce qu’il considère comme la domination victorieuse de l‘open source — Comment ça  ? — On comprend mieux quand on remarque que son billet ici traduit est placé dans la rubrique Open Entreprise

2015  : l’Open Source a gagné, mais ce n’est qu’un début.

Après les succès de 2014, jusqu’où ira-t-elle  ?

par Glyn Moody

Article original  : 2015 : Open Source Has Won, But It Isn’t Finished
Traduction Framalang  : Diab, sinma, goofy, AFS, lamessen, KoS, Narcisse, cpio

185px-Glyn_Moody_1__cropped_.jpgÀ l’aube d’une nouvelle année, la tradition veut que l’on fasse une rétrospective des 12 mois précédents. Mais en ce qui concerne cette rubrique, il est facile de résumer ce qui s’est passé  : l‘open source a gagné. Reprenons depuis le début  :

Les supercalculateurs. L’hégémonie de Linux dans le top 500 des supercalculateurs est telle que c’en est presque gênant. Les chiffres de novembre 2014 montrent que 485 des 500 premiers systèmes tournent sous une version de Linux ou une autre. Un seul d’entre eux tourne sous Windows. C’est encore plus impressionnant si l’on regarde le nombre de cœurs concernés. Là, on retrouve Linux sur 22 581 693 cœurs, tandis que Windows n’en fait tourner que 30 720  ; cela signifie que non seulement Linux domine, mais aussi que sa position est particulièrement forte sur les plus gros systèmes.

L’informatique dans le nuage. La Fondation Linux a proposé l’année dernière un rapport intéressant qui analysait l’utilisation de Linux dans le cloud par les grandes entreprises. Il montrait que 75  % d’entre elles utilisent Linux comme plateforme principale contre 23  % pour Windows. Il est difficile de traduire cela en parts de marché car les solutions hybrides doivent être prises en compte. Toutefois, en raison de la popularité actuelle de l’informatique délocalisée, il est évident que l’on peut considérer que l’utilisation de Linux est importante et croissante. Concrètement, la même étude a montré que le déploiement de Linux dans le cloud était passé de 65  % à 78  % quand Windows chutait de 45  % à 36  %. Bien entendu, certains considéreront que la Fondation Linux n’est pas totalement objective ici, mais malgré cela et compte tenu des incertitudes statistiques, on voit clairement dans quelle direction l’on va.

Les serveurs web. L‘open source domine ce secteur depuis près de 20 ans — une performance. Cependant la répartition des parts de marché à récemment évolué de façon intéressante  : à un moment donné, IIS de Microsoft a réussi à dépasser Apache en nombre total de serveurs web, mais, comme l’explique Netcraft dans son analyse la plus récente, il faut y regarder à deux fois  :

C’est le second mois d’affilée que l’on enregistre une forte baisse du nombre total de sites web, faisant de ce mois celui qui en totalise le moins depuis janvier. Comme c’était le cas en novembre, ces pertes se sont concentrées sur un nombre limité de sociétés d’hébergement, avec les dix plus fortes baisses qui représentent plus de 52 millions de noms de domaine. Les sites actifs et les ordinateurs visibles sur le web n’ont pas été affectés par ces pertes. Les sites concernés étaient essentiellement des fermes de liens, avec très peu de contenu unique. La majorité de ces sites fonctionnaient avec Microsoft IIS, l’amenant à dépasser Apache dans l’enquête de juillet 2014. Cependant, les récentes pertes ont entraîné une chute de 29.8  % des parts de marché de ce système d’exploitation, qui se situe désormais à plus de 10 points (en pourcentage) derrière Apache.

Ainsi, la «  percée  » de Microsoft est plus virtuelle que réelle, car elle repose en grande partie sur des sites de liens sans grand contenu utile. Du reste, les chiffres de Netcraft sur les sites actifs brossent un tout autre tableau  : Apache aurait 50,57  % des parts de marché, suivi par Nginx avec 14,73  %. Microsoft IIS arriverait péniblement derrière avec un pourcentage assez faible de 11,72  %. Ce qui signifie que l‘open source représente environ 65  % du marché des serveurs Web actifs – pas tout à fait au niveau des supercalculateurs, mais c’est tout de même plutôt bien.

Les systèmes mobiles. Ici, l’avancée de l‘open source, à travers Android, se poursuit. Les derniers chiffres montrent que 83,6  % des smartphones livrés au troisième trimestre 2014 tournent sur Android, en augmentation par rapport aux 81,4  % du même trimestre l’année précédente. Apple baisse, passant de 13,4  % à 12,3  %. Sur le marché des les tablettes, Android suit une trajectoire identique  : au second trimestre 2014, Android atteignait environ 75  % des ventes mondiales, alors que celles d’Apple se situaient aux alentours de 25  %.

Les systèmes embarqués. Bien qu’il soit plus difficile de quantifier les parts de marché de Linux sur l’important marché des systèmes embarqués, les chiffres d’une étude de 2013 indiquent qu’environ la moitié des systèmes embarqués utiliseraient ce système d’exploitation.

L’Internet des objets. À plus d’un titre, il s’agit simplement d’un autre avatar des systèmes embarqués, à la différence qu’ils sont conçus pour être connectés en permanence. Il est encore trop tôt pour parler de parts de marché, mais comme je l’ai récemment expliqué, le framework open source AllSeen arrive en tête. Ceux qui brillent par leur absence, de façon frappante, ce sont les concurrents propriétaires crédibles  ; il semble extrêmement probable que l’Internet des objets verra l’adoption de l‘open source aux mêmes niveaux que les supercalculateurs.

Bien sûr, un tel niveau de réussite soulève toujours la question  : quelle est l’étape suivante  ? Étant donné que l‘open source approche de la saturation dans de nombreux secteurs, une baisse est-elle inévitable à l’avenir  ? En réponse à cette question, je recommande la lecture d’un essai qui donne à réfléchir, écrit en 2013 par Christopher Kelty pour le Journal of peer production et bizarrement intitulé  : «  Il n’y a pas de logiciel libre  ». Voici comment il débute  :

Le logiciel libre n’existe pas. Cela m’attriste étant donné que j’ai écrit un livre entier sur le sujet. Mais il s’agit aussi d’un point que je tente de traiter dans mon livre. Le logiciel libre, et son frère jumeau l‘open source, est en constant devenir. Il n’existe pas sous une forme stable, permanente ni pérenne, et c’est ce qui fait une partie de sa force.

En d’autres termes, 2014 nous a déjà apporté toutes sortes de formidables logiciels libres, mais nous pouvons être sûrs que 2015 nous en apportera bien davantage, car ils poursuivent indéfiniment leur évolution. SpitefulCat.jpg

Crédit photo
Glyn Moody par Stuart Yeates – (CC BY-SA 2.0)

Note

[1] Notre sympathique famille-témoin de Normandie

Goofy

je lis des livres et mange des nouilles.

9 Responses

  1. tonton

    C’est GNU/LINUX !

  2. Wendigo

    Cela fait bien longtemps que l’Open-source gagne, on n’en parle simplement pas souvent 🙂

    Windows coté serveur avec son interface Métro ( si si, même sur l’édition serveur ! ) ? Dat joke XD

  3. pouetpouet

    Ne serait-ce déjà qu’avec les machinbox depuis des années dans les foyers… mais c’était tellement compliqué pour les Dupuis-Morizeau à l’époque.

    Par contre, le monde-machine ou du tout-connecté-jusqu’au-gogues, qu’il soit avec de la pomme, du petit logiciel ou bien du manchot, personne pour s’interroger ?

  4. @tonton on est au courant, il se trouve que c’est Linux seulement sous la plume de Moody, tu peux lui faire un commentaire sur son blog.

  5. @tonton:
    Tu dois être bien tristounet, l’hiver, quand tu n’as plus de mouches à enculer 🙁

    @Wendigo:
    Un ami a un jour du installer … je crois que c’était Windows 7, version serveur. Il avait le choix entre avec et sans interface graphique. Sans interface graphique, c’est strictement identique, il n’y a juste pas de barre des tâches :’-)

    @poutpout:
    TL;DR

    Sympa, l’article, soit dit en passant.

  6. > La majorité de ces sites fonctionnaient avec Microsoft IIS, l’amenant à dépasser Apache dans l’enquête de juillet 2014. Cependant, les récentes pertes ont entraîné une chute de 29.8 % des parts de marché de ce système d’exploitation, […]

    Je ne crois pas que Microsoft IIS soit un système d’exploitation, plutôt un serveur web. 😉

  7. Stradivarius

    @tonton : Il parle bien de Linux, puisqu’il inclut dedans Android (pile système BusyBox) et l’ensemble des systèmes embarqués basés sur le kernel (multiples solutions). C’est bien de se croire précis, mais encore plus de l’être. ;·)

  8. libre fan

    Eh oui Linux est partout, mais pas GNU.

    Quelle liberté nous apporte Android avec son noyau Linux? C’est juste tout bénéf pour Google.

    Et comme le suggère pouetpouet. quelle liberté dans les objets connectés?
    >Par contre, le monde-machine ou du tout-connecté-jusqu’au-gogues, qu’il soit avec de la pomme, du petit logiciel ou bien du manchot, personne pour s’interroger ?

    PS: quand qq’un dit «GNU/Linux», c’est un emm., un crétin des Alpes etc. mais quand la majorité dit «Linux» quand il y a lieu de dire GNU/Linux, c’est bien. Les réactions vulgaires à la bévue de tonton qui n’a pas dû lire l’article (ce qui est courant, et Goofy a fait la même bévue du reste) sont vraiment déplacées. Il est vrai que Wikipédia a adopté la voix de la majorité et il est interdit d’écrire «GNU/Linux» sur Wikipédia, en particulier dans l’article qui porte sur GNU/Linux.

  9. yallahkbar

    donc ce mec en cravatte dis : plus y a de zebu/GNU/linux plus le capitalisme capitalise .

    merci a lui .