L’open source avec des mots simples.

Classé dans : Libres Logiciels | 10
image_pdfimage_print
Wrapped gifts, CC-BY Steven Depolo
Wrapped gifts, CC-BY Steven Depolo

Ah… il n’est pas si loin, le temps des réveillons et des repas de famille. Les retrouvailles, les dîners où l’on découvre sa belle-famille, les conversations qui défont et refont le monde… Seulement voilà, quand on travaille dans l’open source il est une question que l’on redoute particulièrement : « Mais dis-moi, ça consiste en quoi, ton travail, en fait ? »

Quelques fourchettes se posent, quelques nuques se tendent, l’oreille aux aguets. Il faut dire que, chez les Dupuis-Morizeau (notre sympathique famille-témoin qui a pris le relais des « Michus » depuis leur Normandie natale) l’open source relève de la charade…

On sait qu’il s’agit d’informatique. D’une informatique plutôt… « bien », comme ces légumes des AMAP qui ont meilleure presse que ceux des supermarchés. Mais… en quoi est-ce un métier ? Comment peut-on y gagner sa vie ? Est-ce réaliste dans notre monde où l’économie fait loi… ?

Voici donc un petit guide pour expliquer le logiciel libre à votre belle-famille, lors de vos prochaines vacances.

Pouhiou.

Comment impressionner sa belle famille

L’open source pour les non-techniciens.

par Brian Proffitt.

Article original paru sur le blog de RedHat

Traduction Framalang : Simon, sinma, lamessen, McKael, goofy, niilos, nilux, Bussy, niilos, r0u, Tim, audionuma, r0u, Diab, et les anonymes…

En repensant à ces dernières vacances, je dois dire qu’au final, c’était plutôt détendu (ce n’est pas toujours acquis lorsque les proches font partie de l’équation.)

Cette année, j’ai passé Noël avec ma belle-famille et c’était la première fois qu’on se voyait vraiment depuis que j’ai commencé à travailler sur le projet oVirt. Tout ce que ma belle-famille savait était que j’avais obtenu un nouveau travail et que je voyageais beaucoup. Ce qui, naturellement, a suscité l’inévitable question : qu’est ce donc que je fais exactement ?

Difficile de répondre à cela aux gens en dehors du monde des TIC. Si je dis à un groupe de confrères, « je suis un animateur de communauté open source », je peux être raisonnablement sûr qu’ils auront au moins compris partiellement. Ils seront certainement encore à côté (de la plaque) dans leurs suppositions (« tu es un de ces hippies ? »), mais au moins on sera sur le terrain de la compréhension.

En-dehors des TIC, non seulement nous ne jouons pas dans la même cour de récré, mais il n’y a même pas une compréhension mutuelle des règles du jeu en cours.

Cette fois, c’est mon beau-père qui a posé la question. Je l’ai aidé à combattre les problèmes de sa machine Windows pendant des années, et il a retenu de nombreuses bonnes pratiques que j’ai essayé de lui transmettre (« ouvre ce genre de courriel et dis adieu à tes données » — ce genre de choses.) Pour expliquer l’open source en général, voilà ce que moi (ainsi que ma femme, par moments) je lui ai dit.

Imagine, ai-je commencé, que tous les logiciels qui tournent sur ton ordinateur sont comme une collection de livres dans une bibliothèque. Certains livres sont neufs, certains sont intéressants, certains ne le sont pas. Mais quels que soient leur sujet, ces livres ont un point commun : ce sont des livres. Ils sont comme ils sont, figés. Les mots inscrits sur les pages sont indélébiles, écrits par les auteurs et ils apparaîtront pour toujours comme ils ont été publiés.

Stockholm Public Library CC-BY Samantha Marx
Stockholm Public Library CC-BY Samantha Marx

De temps en temps, une nouvelle édition du livre peut paraître, en particulier si le livre est populaire. La nouvelle édition contiendra moins de coquilles et peut-être de l’information mise à jour. D’autres auteurs peuvent faire surface et écrire de nouveaux ouvrages, approfondis par rapport aux best-sellers, en complément. Mais tout au long de ce processus, ces livres sont figés à partir du moment où ils sont publiés.

C’est comme ça, disais-je, que la majorité des logiciels sur ton ordinateur fonctionnent. L’ordinateur peut les lire et les utiliser, mais personne, hormis les auteurs ou les éditeurs des logiciels, ne peut les changer.

Maintenant imagine le contenu de ces livres sur un support moins immuable. Par exemple une série de pages web. Le contenu commence de la même manière que pour les livres papiers, mais il est plus simple et plus rapide d’apporter des changements à ce contenu. Pas besoin de ré-imprimer le livre pour corriger « Appelez-moi Iggy ». Maintenant, ajoute à cela que comme tout peut être facilement modifié, tout le monde a le droit de lire un livre, et d’y apporter des changements. Et chacun de ces livres est gratuit.

C’est cela, lui disais-je, le logiciel open source. Il est installé tel quel, mais (si tu le souhaites), tu peux y apporter les modifications qui répondront à tes besoins. Un manuel rassemblant les instructions de réparation de tous les tracteurs au monde peut être réduit en un seul qui concerne seulement les tracteurs qui t’intéressent. Ou bien tu peux corriger toi-même toutes les fautes que tu trouveras dans le livre.

Puis vint l’inévitable question :

« Donc si tu donnes ces livres gratuitement, comment gagnes-tu de l’argent ? »

Eh bien, ai-je répondu, tu te rappelles les livres complémentaires que j’ai mentionnés ? Pense à eux comme des logiciels dont ton entreprise a besoin pour mener à bien son activité. Pour obtenir des logiciels meilleurs, plus efficaces, tu as besoin de les ajuster au logiciel libre de départ. Et ces ajustements, c’est là le plus important, demandent des compétences.

Knowledge experience narrative collaborative CC-BY Howard Lake
Knowledge experience narrative collaborative CC-BY Howard Lake

En effet, même si le logiciel est ouvert, il faut des compétences pour le modifier. De la même manière qu’il en faut pour écrire des livres. Si tu as ces compétences, alors c’est facile : récupérer le logiciel libre, y apporter ses modifications, et c’est parti. Mais ceux qui ont le plus de compétences et de connaissances sont, comme tu t’en doutes, les personnes qui ont écrit ce logiciel en premier lieu. Ainsi elles offriront leur aide à ceux qui en ont besoin. S’il s’agit d’entreprises commerciales, comme Red Hat, SUSE ou Canonical, elles monnaieront leur aide aux clients, ce qui générera un revenu.

Ça a semblé faire tilt.

« Donc toi tu écris les programmes ? »

— Non, étant donné que les gens de la communauté peuvent et vont le faire. Mon travail consiste à rendre le logiciel plus simple à utiliser (comment mieux lire le livre) et à écrire (en aidant à rassembler des procédures et des outils pour écrire des livres plus efficacement). Parce qu’on a besoin d’une certaine forme d’organisation. Donc je trouve des gens intéressés par l’évolution du logiciel et des gens qui trouvent un intérêt à utiliser ce logiciel. Et, comme il y a un intérêt commercial au logiciel, certains me rémunéreront pour faire ça.

De toute évidence, il y a des nuances que je n’ai pas approfondies, comme les licences permissives contre les licences restrictives, la gouvernance et les paramètres. Mais pour le moment, c’est là l’explication la plus efficace que j’ai utilisée pour illustrer l’idée d’open source et de la communauté. Dans cet esprit, n’hésitez pas à l’utiliser ou à l’améliorer.

 

Framalang est le groupe de traduction bénévole et communautaire de Framasoft. Les membres traduisent des articles du monde du Libre à l'intention du public francophone. Pour participer à cette aventure, rejoignez notre liste de diffusion !

10 Responses

  1. C’est bien vu comme exemple, merci de l’avoir traduit.

  2. « tous les logiciels qui tournent sur ton ordinateur sont comme une collection de livres dans une bibliothèque »
    Dans le cas de l’open-source, cette analogie est tout de même problématique : on sait toujours est comment est écrit un livre, alors que ce n’est pas le cas pour un logiciel non open-source. Pour le logiciel libre, le fait qu’un livre ne soit pas un outil pose un problème de plus, on ne peux pas comprendre avec cette analogie pourquoi les logiciels libres sont nécessaires au contrôle de nos vies.

  3. Cmoikaitleplusgroszgeg

    Un livre aussi peut être réécrit, amélioré, modifié, synthétisé… Donc ce détour par les livres, qui assume qu’il est figé et qui est au passage contre-intuitif avec le fait la pensée n’est pas figée, est bien malheureux.
    Pour moi cette poésie embobine plus qu’elle n’explique.
    Après, tout dépend de ce qu’on a envie de faire sur Framablog…

  4. Aux ronchons : le monsieur ne prétend pas avoir abordé tous les aspects et propose même qu’on l’aide à compléter son exemple. Donc allez-y, complétez ! pour ma part je trouve l’exemple intéressant et je suis prête à l’utiliser pour expliquer l’open-source même si je le reprends à ma sauce.

  5. Au final, les clients achètent des livres premium écrits par des auteurs désireux de proposer un service et de faire un bénéfice, qui s’appuient sur le livre à plusieurs mains original, le livre communautaire.
    Un livre écrits pour leur besoins, et inaccessible à ceux qui n’ont pas participé à son étude et son financement.

    (?)..

  6. Pour expliquer l’open source (ou plus justement le Libre), je préfère comparer les logiciels à des gâteaux et le code source à la recette de cuisine.
    La recette peut être jalousement gardée ou elle peut être dans la domaine public utilisée et modifiable à souhait.

    • Et rien n’empêche de se faire de l’argent en améliorant la recette du gâteau qui sera faite sur mesure. Si elle est protégée par une licence spécifique, on peut même obliger ceux qui modifient la recette de remettre leurs améliorations dans le domaine public. Tout le monde peut alors participer à l’amélioration de cette recette.

      • Plutôt que « licence spécifique » j’aurais dû dire « licence ouverte », une licence qui retourne comme un gant la propriété privée dans un cadre légal en accord avec les droits de l’homme et notre démocratie.

  7. Salut,

    Moi je bosse en maison de quartier et j’aide des grands mères à se servir de leur ordinateur. Souvent je leur explique que, si elles ne paient pas, c’est qu’elles sont le produit… Et on finit par parler de l’open source.

    Je leur explique que, un logiciel, c’est comme un truc qu’on mange. On peut acheter le plat tout fait, ou la recette.
    Que le firefox qu’elles ont téléchargé, il est tout fait, prêt à mettre au micro onde, et que c’est bien pour des gens qui n’y connaissent rien en cuisine, comme elles qui sont débutantes en informatique.

    Mais que, mozilla, une association à but non lucratif, publie la recette, et que du coup, on peut faire confiance à des cuistots bénévoles et non intéressés pour voir que la recette ne contient pas de produits chimiques dangereux.

    A des grands mères, ça parle comme allégorie!

    • « si elles ne paient pas, c’est qu’elles sont le produit… » n’est pas vrai dans tous les cas !
      Tu as d’ailleurs dû bien le comprendre vu que tu parles d’open source.
      Comme phrase de transition vers l’explication des logiciels libres, je verrai bien : « ce qui est gratuit n’est pas forcément libre et inversement ».
      On pourrait aussi faire ici la distinction entre « open source » et « libre ». « Open source » veut dire qu’on donne la recette, mais cela n’autorise pas forcément à en faire ce que l’on veut. Les logiciels libres bénéficient eux de 4 libertés fondamentales (http://www.apitux.org/index.php?2005/06/01/46-les-quatres-libertes-fondamentales-du-logiciel-libre) qui vont plus loin que celles de l’open source.
      Enfin pour finir, des mauvais usages pourraient aussi être fait avec des logiciels open source, mais comme tout le monde peut y mettre son nez, cela peut facilement être dénoncé, mis sur la place publique et débattu. Alors qu’on ne sait pas du tout quel genre de poisons peuvent être mis dans une recette secrète.