Une contributrice du noyau Linux jette l’éponge

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Sarah Sharp a de multiples passions sympathiques comme on peut le voir sur la page où elle se présente : développeuse, cycliste, jardinière… et geek. Si nous choisissons aujourd’hui de lui donner un écho francophone, c’est parce qu’elle est libriste de longue date et qu’elle a travaillé pendant sept ans dans l’équipe qui gère et maintient le kernel Linux, c’est-à-dire le noyau du système.

Dans un billet sans acrimonie ni attaque ad hominem, elle explique nettement pourquoi elle a cessé d’apporter sa contribution à ce haut niveau de programmation : lassée d’un mode de communication qui tolère et justifie la brutalité entre ses membres, elle regrette que l’équipe du kernel n’ait pas su évoluer vers des rapports humains plus acceptables.

Elle soulève ici une question désagréablement lancinante, celle du délicat respect de chacun ; il n’est pas indifférent qu’une fois encore ce soit une femme qui estime n’avoir plus sa place au sein d’une équipe de développement. Puisse cet exemple nourrir la réflexion et contribuer à faire évoluer un peu les esprits.

Notez que ce texte critique qui a eu un certain retentissement a été suivi d’un volet plus « constructif » de Sarah Sharp, dans lequel elle propose cinq niveaux et appelle à un changement culturel de fond dans les communautés libristes , ce qui est certes plus complexe que de s’abriter derrière l’alibi d’un code de conduite…

 

Tourner la page

par Sarah Sharp, article original sur son blog : Closing a door.
Traduction Framalang : Sphinx, audionuma, r0u, goofy, line

Sarah Sharp, programmeuse
Voilà un an que ce billet est dans mon répertoire de brouillons. Ce n’était jamais le bon moment pour le publier. je m’inquiétais toujours des contrecoups. Cela fait un bon moment que je tourne autour de l’idée d’évoquer ce sujet en public, mais mon propre refus de reconnaître ce problème a fini par me ronger complètement. Alors le voici.

En un mot : je ne suis plus développeuse du noyau Linux. J’ai transféré en douceur la maintenance du pilote du contrôleur USB 3.0 en mai 2014. En juin 2015, j’ai mis fin à mon rôle de coordinatrice du programme d’ouverture aux femmes du logiciel libre (OPW), et j’ai évolué pour aider à coordonner le programme Outreachy. Le 6 décembre 2014, j’ai animé ce que j’espère être ma dernière présentation sur le développement du noyau Linux. On m’a demandé de coordonner la conférence Linux Plumbers à Seattle en août 2015 et j’ai refusé. La fin de mon mandat au Linux Advisory Board approche et je ne serai pas candidate à ma réélection.

Si j’avais le choix, je n’enverrai jamais plus un correctif, un rapport de bug ou une proposition sur les listes de discussion du noyau Linux. Mes boîtes de réception personnelles ont regorgé de messages de cette liste et je les ai ignorés. Mon travail actuel sur l’activation des modes graphiques dans l’espace utilisateur nécessitera peut-être que j’envoie occasionnellement des correctifs du noyau, mais je sais que je vais passer au moins une journée à craindre les éventuels retours destructeurs de l’interaction avec la communauté qui gère le noyau avant d’envoyer quoi que ce soit.

Je ne fais plus partie de la communauté du noyau Linux.

C’est le résultat d’une longue période de réflexion, et de beaucoup de temps passé à planifier ma succession. Je n’ai pas pris à la légère cette décision de me retirer. Je me suis sentie coupable, pendant longtemps, de ce retrait. Quoi qu’il en soit, j’ai finalement pris conscience que je ne pouvais plus contribuer à une communauté au sein de laquelle j’étais respectée sur le plan technique, mais où je ne pouvais pas demander à être respectée en tant que personne. Je ne pouvais plus travailler avec des gens qui encouragent les nouveaux venus à envoyer des correctifs, et réclament ensuite le droit pour les « mainteneurs » de cracher n’importe quelle grossièreté qu’ils considèrent nécessaire pour conserver une honnêteté affective radicale. Je ne voulais plus travailler professionnellement avec des gens qui s’en sortent malgré leurs blagues subtilement sexistes ou homophobes. Je me sens désarmée devant une communauté qui a un « code de résolution des conflits » qui ne contient même pas une liste explicite de comportements à éviter et une communauté qui n’a pas la volonté de faire appliquer ce code.

J’ai le plus grand respect pour les efforts techniques accomplis par la communauté du noyau Linux. Elle a développé un projet qui se concentre sur le respect des meilleurs standards de code qui existent. La focalisation sur l’excellence technique, la surcharge de travail des mainteneurs et la collaboration entre personnes qui proviennent de différentes cultures et normes sociales sont trois facteurs qui expliquent que les mainteneurs du noyau Linux sont souvent directs, grossiers voire brutaux pour que le travail soit fait. Les meilleurs développeurs du noyau Linux se crient souvent dessus pour corriger mutuellement leur comportement.

Ce type de communication ne me convient pas du tout. J’ai besoin d’une communication qui puisse être brutale sur le plan technique tout en étant respectueuse sur le plan personnel. J’ai besoin que quelqu’un puisse me corriger lorsque je fais une erreur (qu’elle soit technique ou sur le plan social) sans pour autant me faire descendre en tant que personne. Nous sommes humains, nous commettons des erreurs et nous les corrigeons. Nous nous énervons envers quelqu’un, nous sur-réagissons, et puis nous nous excusons et essayons de travailler ensemble pour trouver une solution.

J’aurais préféré que la communication au sein de la communauté du noyau Linux se passe de manière plus respectueuse. J’aurais préféré que les mainteneurs du noyau Linux communiquent de façon plus saine quand ils sont contrariés. J’aurais préféré que davantage de personnes assurent la maintenance du noyau Linux, ainsi ils n’auraient pas eu à être aussi brusques et directs.

Malheureusement, les changements de comportement que j’aimerais voir dans la communauté du noyau Linux ne se produiront sans doute pas de sitôt. Plusieurs développeurs seniors du noyau Linux approuvent le fait que les mainteneurs puissent être durs sur les plans technique et personnel. Même si à titre personnel ce sont des gens charmants, ils ne veulent pas que le mode de communication du noyau Linux change.

Cela veut dire qu’ils font passer les besoins affectifs des autres développeurs du noyau Linux (faire tomber la pression en se défoulant sur les autres, en étant brutal, impoli ou grossier) avant mes propres besoins affectifs (le besoin d’être respectée en tant que personne, et de ne pas être la cible de violence psychologique ou d’injures). C’est une dynamique perverse qui privilégie la position des mainteneurs établis au mépris du respect fondamental de l’être humain.

Je ne publie pas ce message à l’attention des développeurs du noyau. Je ne publie pas ce message pour pointer du doigt des personnes précises. Je publie ce message parce que je suis affligée pour la communauté dont je ne souhaite plus faire partie. Je poste ce message car je suis triste à chaque fois que quelqu’un me remercie de revendiquer de meilleures normes pour la communauté, parce que j’ai finalement abandonné l’idée de changer la communauté du noyau Linux. Le changement de culture est un processus long et douloureux et je n’ai plus l’énergie pour prendre une part active à ce changement de mentalité dans la communauté du noyau.

J’ai l’espoir que la communauté du noyau Linux évoluera avec le temps. J’ai participé à cette évolution, et la documentation, les tutoriels et les programmes que j’ai initiés (comme les stages noyau Outreachy) continueront à se développer en mon absence. Je reviendrai peut-être un jour, lorsque les choses iront mieux. J’ai une carrière de plusieurs décennies devant moi. Je peux attendre. En attendant, il existe d’autres communautés du logiciel libre, plus amicales, où je peux jouer ma partition.

Lorsqu’une porte se ferme, une autre s’ouvre, mais souvent nous restons si longtemps et avec tant de regrets devant la porte fermée que nous ne voyons même pas celle qui vient de s’ouvrir devant nous.

— Alexander Graham Bell

 

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Crédits image :

  • Photo  © Sarah Sharp licence CC-BY-NC-SA

Goofy

je lis des livres et mange des nouilles.

23 Responses

  1. Edouard

    Respect à Sarah d’arriver à répondre à cette violence qu’elle a vécu par un billet aussi pacifique, bien que triste.

  2. Je conseille la lecture des changelogs de chaque beta du Kernel.
    Linus y explique les changements, on sent l’ouverture digne de Kim Jong Il, à tort ou à raison (gérer des arrivées de patchs sur un noyau, ça doit pas être facile)…
    En échange…

  3. RastaPopoulos

    Super le « contrepoint » de merde où le mec se moque et utilise ironiquement de manière répété « social justice warrior » (terme utilisé quelque fois positivement pour s’auto-désigner mais SURTOUT utilisé péjorativement par des trolls de 4chan et assimilé pour désigner toute personne qui tente de revendiquer des choses émancipatrices). Et qui se plaint qu’on peut plus rien faire de « fun » (pauvre chou). Le fun et la rigolade de beauf pour les dominants, comme d’hab.

  4. Merci beaucoup pour ce contrepoint.

  5. Nah, je trouve le contrepoint bon, et je suis content de l’avoir lu, personnellement. L’éclairage est différent.

    Ce qu’on appel « viriliste », « cruel », « violent » est aussi appelé « franchise », « parler avec ses trippes », « simplicité ». Dans un monde où l’asséptisation et le brainfuck managerial domine, j’irais presque défendre ouvertement Linus : il gère une grande communauté éclatée aux quatres coins du monde depuis des années ; il y a forcément des mécontents qui n’aiment pas l’esprit et s’en iront. Qu’importe : ce qu’il faut c’est assez des pilliers contents et que l’ambiance ne soit pas foutue en l’air, quel que soit cette ambiance : Si les parties prenenantes ne sont pas obligées de rester et qu’elles restent, c’est qu’elles y trouvent un truc.

    Et il semble que Linus ait assez bien réussi en cet aspect : sans quoi on aurait vu les « offensés de Linus » forker Linux. Pourquoi cela n’arrive donc pas ?

    Le défaut, je pense c’est de n’avoir pas mis en mots explicites quelque part cette idée de la coordination de Linus : il se considère apparemment plus comme le chef des motards avec une massue à clous qu’un chef de projet encravaté (ou qu’un manager en T-shirt fluo) ; quelque part je le respecte pour ça ; j’ai toujours trouvé insuportable les rapports professionnels d’une compagnie de plus de dix personnes…

    Il devrait donc preciser dans sa charte « je ne veux pas être professionnel, je veux qu’on se tape dessus sans retenue. C’est ma manière de voir les choses et de mener ma commuauté, si vous n’arrivez pas à n’y voir toujours qu’une agression personnelle, alors cette communauté risque de ne pas vous correspondre du tout. »
    Et pourquoi pas ? Tout le monde est libre de contribuer ou non, tout le monde est libre de rester ou de partir, ou de construire une alternative avec leurs valeurs qui vont bien.

    En fait je le pense comme la communauté d’un forum absolument pas spécialisé, chose que je connais depuis le collège : étrangement on retrouve les mêmes acrochages partout, et la seule morale de l’histoire est qu’on n’est pas fait pour s’accorder tous, qu’on aime pas parler de la même manière. J’ai déjà fui une communauté que je suivais depuis des années parce qu’un groupe de personne n’en pouvait plus des manières de rustres à ennoncer ses avis de manière « brute ». C’en est devenu une commuanuté différente où tout le monde est respectueux, et où le moindre dérapage est considéré comme une insulte à la communauté entière, et où il faut s’excuser de penser mal : un enfer personnellement ; j’ai passé mon chemin après avoir lamentablement essayé de dialoguer ; au final j’ai trouvé d’autres communautés qui me correspondent mieux, et… Tant pis. Mais je sais qu’à l’époque j’aurait tout à fait été capable de lancer un article de blog expliquant pourquoi j’ai raison et pourquoi les autres sont malsains. Je ferais tout à fait ça.

    C’est intéressant comment des forums généraliste sont si similaires à la vie numérique des plus éminents ingénieurs de ce monde.

    Personnellement mon avis est fait : je ne voudrais pas faire partie du groupe de Linus mais je pense qu’en tant que communauté, si ça tient debout sans que l’argent soit le nerf de la guerre, alors il a une communauté qui marche. J’ai du mal à imaginer que secrètement les contibuteurs en soient malheureux.

    Quant à l’aspect sexiste de l’affaire, je pense que c’est un peu bullshit. Ils sont « cruels » et « violents » selon les standards de communauté de la plupart : mais n’oublions pas avant tout que nos standards sociaux sont tout à fait relatifs. Je sais qu’entre amis on a pris l’habitude de dire « connard » pour plein de choses, et aujourd’hui le mot a perdu toute sa sginifcation d’insulte entre nous. Le vocabulaire et le paraître ne sont que des conventions ; si j’insulte à chaque fois pour une correction de bug, alors l’insulte devrait perdre toute sa valeur à la cinquième fois : on l’inclut comme « manière de parler » du groupe et non plus son caractère offensant hors contexte. Selon moi.

  6. Je pense que tout le débat peut se réduire à une simple phrase de Sarah :

    « The following statement is not respectful, because it targets the
    person:

    « Seriously, Maintainer. Why are you pushing this kind of *crap* code to
    me again? Why the hell did you mark it for stable when it’s clearly
    not a bug fix? Did you even try to f*cking compile this? » »

    Dans cet exemple, elle considère que c’est irrespectueux d’attaquer une action de la personne car c’est attaquer la personne elle-même. Personnellement, dans cet exemple précis, je ne vois aucune attaque de la personne mais bien d’une décision précise de la personne.

    Or, nous faisons *tous* des conneries. Et je trouve pertinent d’appeler une connerie une connerie.

    Si on ne peut plus critiquer les actions d’une personne, alors on rentre dans une relation que j’appelle très « américaine » : « Wow, c’est génial ce que tu fais mais tu pourrais améliorer tel ou tel point ». Force est de constater que c’est *nettement* moins efficace pour fonctionner au jour le jour et ça encourage même les gens à faire des erreurs pour se faire aider et accompagner. Dans certains contextes, c’est à mes yeux souhaitables (genre dans un contexte éducationnel ou dans un contexte où l’équipe n’est pas volontaire). Dans d’autres, ça ne l’est pas (je suis pour appeler un chat un chat et se mettre dans la gueule puis de se réconcilier plutôt que pour une diplomatie hypocrite)

  7. Perso, n’étant généralement pas visé par ces messages (ce serait difficile quand j’ai jamais contribué au noyaux linux), je vois ça d’un œil extérieur, mais ce genre de message (note : ceux de Linus, notamment) me donne bien plus l’impression de voir des gros gamins incapable de retenir leurs émotions que celle de voir des gens juste « franc ». On les imagines presque rager et trépigner devant leur casier, surtout avec le grand besoin d’emphase et de surrexagérations. Ça donnerait presque envie d’aller troller et d’innonder de code toupourri juste pour voir ça (ce serait par contre idiot, hein, ce serait prendre de leur temps qui pourrait être utiliser pour des choses utiles au bien commun). Ou alors de venir en plein milieu de la conversation pour leur tirer les joues en mode « oh il nous fait une grosse colère, olalala ».

    Dire que c’est mauvais ? No problem, la critique c’est parfait, et y’a même pas besoin comme certains semble le croire du « ouais c’est super mais » ( Au cas ou : il existe d’autre trucs que de passer d’un extrème à l’autre, mais le répétez pas, c’est un secret. ). Se faire cri(s)er dessus aussi stupidement par ce qui semble l’oncle Vernom d’Harry Potter, en pleine grosse colère ? Lolnope. Je sais pas, je pense pas être un génie du rapport aux autres, mais ça me semble pas difficile de dire « c’est mauvais », d’être net et précis, et de préciser clairement que si les trucs sont pas réglé, ce ne serait plus accepté. Je pense même que ça préserverais quelques années de vie supplémentaires à nos colériques :o)

    ( C’est d’ailleurs pour ça que je n’apprécie pas énormément pas mal de personnes sur divers réseaux sociaux, qui passent leur temps à rager, même si parfois dans le fond il ou elles ont raisons. L’aspect irritant dépasse l’aspect intéressant. )

    C’est même pas une question de « parraitre sérieux » ou de « faire costume-cravate » comme le pense un commentateur avant moi, mais je trouve ça fait pas agréable. Et de pleurer ensuite parce qu’on perd le fun… Well, chacun à sa vision du fun ? Même si perso, je trouve qu’il y a pleins d’autres façon de se marrer, mais bon. Ça n’empêche pas de s’amuser et n’oblige pas à être sérieux 24/24.

    Et même si je suis Linuxiens, même si je préfère la GPL à la licence BSD/MIT/Whatever, même si je suis plus Logiciel Libre qu’Open Source, je peux que constater une chose, qui se retrouve souvant : le nombre de départ de la communauté Linux pour la communauté BSD. Ça se trouve c’est hypocrite et c’est encore pire chez BSD, je connais pas trop l’état de la communauté BSD (le système des « ports » des *BSD m’ayant toujours donné de l’urticaire), mais toujours est-il que je comprend le mouvement. Et faut avouer, j’ai toujours vu les gens qui contribuaient à Linux plus le faire soit pour des raisons pragmatiques (du genre perso, j’irais plus contribuer à Linux qu’à Hurd, quoi :’D), soit pour des raisons techniques. Jamais pour la capacité de Linus à manager la communauté ne ma semblé une grande raison de ce genre de choix, ni le doux son de ses petites crises.

    Je remet pas en doute toutes ses autres qualités, ni même le fait que ses standard de qualités des merge soient une mauvaises choses, cependant encore une fois c’est la manière de se comporter de lui et de quelques autres qui me déplaît. Ils sont sûrement géniaux sur pleins de points, mais s’améliorer juste sur celui-là serait pas-mal, et rendrait ça moins désagréable. Et c’est dommage de voir des personnes jeter l’éponge (et elle est loin d’être la première) à cause de ça.

    • La communauté BSD n’est pas meilleure avec de la démission aussi pour harcèlement dernièrement.

  8. Pour ma part je soutiens Sarah.
    La ribambelle de technophiles, tous soulagés qu’il y ait un «contre-point de vue» me paraît d’ailleurs symptomatique du problème.
    Mais oui mais oui, Linus il gère sa communauté et dirige le projet logiciel qu’on admire tous et toutes… un exploit. La personnalité de ce bonhomme, qui comme par hasard est le «dictateur» du projet, donne le ton et les règles dans laquelle toute la communauté doit baigner, et puis c’est normal, pas lieu qu’il y ait un autre ton employé.
    Tout ça sous le compte de l’efficacité et d’une critique de l’hypocrisie. Comme si tout cela était lié !
    Je trouve que Sarah a même été trop indulgente, le fait qu’on dise que «ce code c’est de la merde !» ne la dérangeait pas, d’après son raisonnement. Moi ça me dérange. Le code est bien écrit par qqn. Une bien belle esbrouffe de faire penser qu’on peut attaquer l’un sans toucher l’autre. Pour moi Linus est cohérent, il s’amuse d’être sec et insultant aussi bien envers le code qu’envers les gens. C’est nier les rapports sociaux, nier que la situation est en sa faveur, jamais des nouveaux/nouvelles ou des moins expérimentés, c’est nier la sensibilité des autres. Aligne-toi sur l’humeur de Linus et ses petits jeux masotechnochistes ou dégage. Elle est partie, et elle était compétente. Elle sera sans doute de meilleure humeur ailleurs ! Finalement c’est ça qui compte.

  9. Je n’arrive pas à comprendre en quoi il est impossible d’être franc, critique ET poli en même temps.
    Je ne vois en quoi être poli est incompatible avec être fun.
    Je ne vois pas en quoi dire « ton patch est fucking merdique, fous-toi le au c** » est plus franc, efficace et motivant que de dire « Ce patch est mauvais, merci de ne plus l’envoyer et de tenir compte des remarques précédentes. »

    Je suppose que c’est parce que je ne suis pas un développeur noyau linux.

    (Et apparemment, je dois pas être faite pour ça… )

  10. « La ribambelle de technophiles, tous soulagés qu’il y ait un «contre-point de vue» me paraît d’ailleurs symptomatique du problème. »
    Si tu préfères n’avoir que la première version des faits et ignorer ce que pense l’autre bord, tu remarquera que le gentil dans un divorce est assez systématiquement le premier avec qui tu parles. :p

    Nah et on est d’accord, beaucoup de gens ne peuvent pas supporter l’insolence (les gros mots, les allusions peu flatteuses à répétition…), d’autres trouvent ça cool. C’t’un peu une histoire de caractère ou de culture.
    Je répète, je parle d’insolence, pas de la tendance à la violence et du rabaissement d’autrui, même si ça y ressemble quand on écoute des gens sans les connaître. Sauf que là, c’est un fait systématique avec Torvalds. Est-ce que ça a vraiment encore de la valeur quand c’est devenu banal ? Je veux dire, qui ne connaît pas Linus pour être le gars ordurier par excellence ? Le gars qui envoit tout le monde se faire foutre ? Partant de là, ses insultes ne valent déjà plus grand chose en matière d’insulte ; si la communauté linux tend à prendre son ton, ce n’est pas tellement une catasrophe, si ? Ça donnerait juste une mythologie de plus à ces dev, une identité caricaturale. Qu’ils sont en phase de choper, si j’ai bien compris… Ça ne me pose pas de souçi à dire vrai. Dans le cas de Sarah, elle avait tout à fait le droit de ne pas aimer et de s’en aller, c’est important qu’elle l’ait fait, et j’espère que cela permetera à ceux qui n’osaient pas parler, de le faire et d’éventuellement partir dans un milieu qui leur convient mieux, ou pour créer autre chose.
    Ça ne veut rien dire sur le milieu (ni sur un problème sexiste…) : tant que la machine tournera, Linus a raison de faire ce qu’il fait. Ce n’est peut être pas optimum, mais ça tourne, et il semble s’en satisfaire à priori. La révolution ne se fait pas nécessairement de l’intérieur dans une communauté ; suffit d’en faire une autre qui plait plus. C’est un peu comme se plaindre que Google c’est trop des méchants, mais de rester sur Google parce qu’on veut faire la révolution de l’intérieur en leur envoyant des reproches.

  11. patrick_g

    >>>qui ne connaît pas Linus pour être le gars ordurier par excellence ? Le gars qui envoit tout le monde se faire foutre ?

    Justement non. Il restreint son langage « coloré » à ses mainteneurs. Les gens avec qui il bosse depuis des années, jes gens qu’il voit tous les ans lors des sommets du noyau. Les gens qui ont mérité sa confiance pour devenir ses « trusted lieutenants ».
    C’est pour ça qu’il est exigeant avec eux et qu’il se permet de les houspiller si il voit qu’ils ont fait un truc pas bien.

    C’est donc très différent d’une situation ou il carboniserait le premier venu.

  12. Pourquoi ne pas forker les projets et avoir 2 branches : une PC qui protege les sensibilités, et une UNpc avec des disclaimers que ca ne peut pas convenir a tout le monde.

    Comme ca chacun est content:
    – on peut réclamer a la branch PC plus de respect etc..
    – les personnes au language fleuri ne sont pas susceptible d’être importunées non plus

  13. Certains commentaires de cet article supposent que les « vieux mainteneurs établis » en question sont aussi méchants que Sarah veut bien le lire dans leurs messages. Mais le sont-ils vraiment ?

    Dans le contrepoint que quelqu’un a posté, justement, on peut lire Linus Torvalds lui-même écrire, je cite :
    « That’s the spirit. Greg has taught you well. You have controlled your fear. Now, release your anger. Only your hatred can destroy me. Come to the dark side, Sarah. We have cookies. »
    Comment peut-on prendre ça au sérieux une seconde ?
    Faut pas avoir les yeux en face des trous pour ne pas voir le cynisme, l’ironie, le second degré derrière les messages couramment postés sur ces mailing lists. Si cela ne convient pas, alors le problème vient plutôt dans le manque d’humour et de vrai respect des autres des personnes trouvant cela inconfortables. Se cirer les pompes mutuellement n’est pas du respect, c’est de la bigoterie à l’hypocrisie.

    Voir les « Règles de Crocker » : https://fr.wikipedia.org/wiki/Lee_Daniel_Crocker#Règles_de_Crocker

    Du coup, je pense que toutes ces questions de « sensibilité » ne sont pas vraiment dans le sujet, car c’est surtout elle qui décrète que tout cela est offensant. Mais ce n’est pas parce qu’elle le dit que cela est vraiment voulu comme offensant à la base.

    Cette phrase de la lettre ouverte de Sarah me choque particulièrement :
    « What that means is they are privileging the emotional needs of other Linux kernel developers over my own emotional needs. There’s an awful power dynamic there that favors the established maintainer over basic human decency. » ?
    Qu’est-ce donc que cette mentalité ? « Ils sont égoïstes, ils ne pensent pas à moi. » ?
    Elle a coonfondu « convenance humaine de base » avec « moi-même », ce qui éclaire sur sa vision très orientée de la réalité.

    … Cela me fait penser aux célèbres Social Justice Warriors fous de Tumblr 🙂

  14. Stephane

    « That’s the spirit. Greg has taught you well. You have controlled your fear. Now, release your anger. Only your hatred can destroy me. Come to the dark side, Sarah. We have cookies. »

    Pour ceux qui ne l’auraient pas reconnue, il s’agit d’une citation de Star Wars.
    https://www.youtube.com/watch?v=C-DeI3ohVbY à 2m10

  15. Moi ça me dérange. Le code est bien écrit par qqn. Une bien belle esbrouffe de faire penser qu’on peut attaquer l’un sans toucher l’autre. Pour moi Linus est cohérent, il s’amuse d’être sec et insultant aussi bien envers le code qu’envers les gens. C’est nier les rapports sociaux, nier que la situation est en sa faveur, jamais des nouveaux/nouvelles ou des moins expérimentés,

  16. Bonjour,
    Un petit commentaire sur Linux (en général)!!
    Cela m’intéressait d’essayer Linux, mais cela semble compliqué!!
    1. ubuntu, mint, gnome, loup garou, debian, lulubuntu (Trop c’est comme pas assez)!un ou deux semble suffisant
    2. http://www.linux.com (pour télécharger linux)(est-ce que cela est trop compliqué)
    3. des pays en voie de développement sans argent…Linux attend quoi pour envahir le pays en voie de développement pour connecter le MONDE et augmenter ses parts de marché!!
    4. Simple, rapide, facile de télécharger en moins de 5 minutes, gratuit!! Le monsieur madame normal n’a pas le temps de niaiser avec des noms de codes!!
    5. Du financement pour développer Linux et créer une alternative à Microsoft!!! (Il faudrait ralentir la programmation et investir un peu plus en Marketing)

    • Bonjour DH (ça doit vouloir dire « troll » dans votre langue natale).
      Merci pour votre commentaire hautement constructif. Heureusement que des gens comme vous savent si bien rappeler à des gens qui donnent de leurs compétence, temps ou énergie qu’ils sont incompétents, idiots ou fainéants.
      Sinon, on imagine que si vous, vous participiez à l’effort commun, vous auriez déjà résolu tout cela.

      Venez vite, nous vous attendons !

      http://yakafokon.detected.fr/

  17. Un petit commentaire sur les rois du clavier (en général)!!
    1. Je souhaite exceller sur le plan professionnel, mais je veux être traiter comme un prince sur le plan humain
    2. Je veux pouvoir toujours gagner sans que personne me place des bâtons dans les roues, mais que je puisse mettre des bâtons dans les roues des autres pour pouvoir gagner!!
    3. Je veux que mon patron me donne de l’attention, pour que je sois le premier à recevoir une promotion
    4. Je veux être entouré de gens positifs et que jamais le négatif me touche!!
    5. Je veux être riche avec Porsche, un chalet, un condo à Tokyo, une île privée en Jamaique sans que personne me pose des questions!!

    Voulez-vous un Chausson avec Cela, un café avec une petite cerise et de la crème fouettée.

    Bonne chance à l’auteure pour s’être exprimée!!

  18. « Y a un problème ligne 6 » : critique et franchise
    « C’est mauvais, stp vérifie mieux la prochaine fois » : critique et franchise
    « Fuck pourquoi même tu me montres ça c’est de la grosse merde ! » : hostilité, et si cette attitude se répète, harcèlement. On ne peut pas tenir une équipe en parlant comme cela aux gens, les personnes qui ne veulent pas insulter les autres finiront par se faire virer.

    Toujours les mêmes mecs qui parlent de « franchise » quand ils tiennent juste à garder le droit d’insulter les autres et d’écrire des gros mots dans leurs retours sur le travail bénévol fournis par leurs camarades.

    Je n’accepterais déjà pas qu’un patron qui me paye me parle sur ce ton, alors un collègue d’une équipe bénévole ? Hahahahaha, y a des tas de choses plus intéressantes à faire nan ?

    T’as bien fais Sarah, essaie donc de travailler avec les chiens et les ânes, ces animaux ont un niveau de respect bien supérieur.

  19. ta gueule ca date d’octobre

  20. «Est-ce que ça a vraiment encore de la valeur quand c’est devenu banal ?»
    oui, et même pire, ça banalise les idées véhiculées, Sarah parle de blagues sexistes et homophobes, combien de femmes, d’homosexuels baissent les bras, et souffrent en silence, parce que justement personne n’a réagi au début, encore aujourd’hui des homosexuels sont frappés, des femmes meurent sous les coups de leur mari, les insultes banalisées facilitent ces actes.

    «Je n’arrive pas à comprendre en quoi il est impossible d’être franc, critique ET poli en même temps.»
    Moi non plus, on peut avoir des discussions très animées, sans attaquer l’intimité de la personne. Ce qui permet d’être d’accord sur certains trucs et en désaccord sur d’autres. Si on s’aperçoit qu’on a blessé la personne, on fait marche arrière pour s’expliquer différemment. Cela s’apprend, c’est pas toujours facile, j’en ai fait l’expérience syndicalement, aujourd’hui on arrive à discuter sur des points de désaccords forts, en faisant avancer la réflexion.

    À une autre échelle, j’ai vécu une expérience un peu similaire, sur le forum d’OpenOffice. J’ai voulu participer, aider à répondre aux questions posées, généralement en juillet-août quand mon boulot me laisse plus de temps. J’ai fini par laisser tomber.
    Une chose m’énervait : d’un côté on demande aux gens de préciser leur version, comme si le problème était toujours lié à celle-ci,(il peut l’être certes, mais pas forcément), et en même temps on leur reproche de ne pas avoir trouvé la réponse, existante des milliers de fois. Sauf que si le sujet a déjà été traité, il ne l’a pas été forcément avec la même version. Ce qui fait deux injonctions paradoxales, le tout en des termes généralement pas aimables.

    Résultat les gens commencent par s’excuser avant même d’expliquer leur problème, je trouve ça insupportable, comme s’il fallait se prosterner devant les maitres qui savent.

    Il m’est tout de même arrivé de répondre, mais j’étais souvent doublée par les habitués qui répondaient très vite, ce qui m’a laissé dubitative sur les remarques concernant les bénévoles qui prennent de leur temps libre. Une fois je me suis retrouvée bloquée alors que je complétais une réponse un peu technique, ce que l’administrateur avait interprété comme une nouvelle question dans un même sujet, ce qui effectivement ne doit pas se faire. Ça m’avait laissé la désagréable impression d’avoir perturbé le petit cercle habituel.

    Ce qui m’amène à une question plus générale : comment assurer à long terme la survie des communautés si leur composition ne reflète pas mieux la composition de la société ? Des intervenants précédents nous disent, c’est le fonctionnement de Linus Torwald, si t’es pas content tu t’en vas. Oui et s’il meurt dans un accident de la route, il se passe quoi ? Linux s’arrête ? Sur le forum d’OpenOffice, comme dans beaucoup d’associations, les habitués se plaignent, on n’est pas assez nombreux, sauf que leur pratique ne facilite pas l’arrivée de nouveaux, et encore moins de nouvelles en ce qui concerne les communautés du libre.
    En 2008, lors d’une conférence de l’April, les chiffres étaient les suivants : 50% de femmes dans le monde, 15% environ dans l’informatique et 2% dans le libre, je ne suis pas sûre que ça ait beaucoup changé. (https://www.april.org/les-femmes-dans-la-communaute-du-libre)