Bon anniversaire, l’April !

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Aujourd’hui nous ouvrons avec plaisir nos colonnes à Véronique Bonnet, membre du C.A de l’April, qui évoque avec ferveur l’histoire et l’esprit de cette association amie dont nous partageons les combats et des valeurs.

L’April vient d’avoir 20 ans

par Véronique Bonnet

Ces jours-ci, l’April a eu 20 ans. Et toutes ses dents. Pas les dents de l’amer GAFAM, crocs avides des requins du Web et autres loups. Des dents, plutôt, qui ne mâchent pas leurs mots pour dénoncer l’inventivité souriante, glaçante, de firmes qui veulent continuer à dominer. Pour dire ce qu’un partenariat entre un ministère chargé d’éduquer à l’autonomie et Microsoft a de troublant. Pour s’étonner de l’open bar opaque de la Défense.

Alors même que le projet de loi pour une république numérique faisait miroiter de vertueux principes. Sur ce qui devait être transparent, interopérable et communicable, dans l’espace public. Sur ce qui devait rester inviolable et inaliénable dans l’espace privé. Loi tronquée, l’April l’a dit. C’est sa manière à elle de décliner la loi de Stallman :

« Tant que les grandes entreprises domineront la société et écriront les lois, chaque avancée ou chaque changement de la technologie sera pour elles une bonne occasion d’imposer des restrictions ou des nuisances supplémentaires à ses utilisateurs. »

La naissance de l’April, dès novembre 1996, avant le dépôt des statuts, a eu lieu au Bocal, cœur du laboratoire informatique de Paris 8 Saint-Denis. Des étudiants, dont notre actuel délégué général, Frédéric Couchet, fondent alors l’APRIL« Association pour la Promotion et la Recherche en Informatique Libre », devenue l’April « Association francophone de promotion et défense du logiciel libre ». Cette association relaie ainsi en France la FSF (Free Software Foundation) constituée par Richard Stallman en octobre 1985 : « une fondation sans but lucratif avec la mission cosmopolitique de promouvoir la liberté des utilisateurs d’ordinateurs et de défendre les droits de tous les utilisateurs du Free Software ». Dès novembre 1998, l’April accueillait RMS en conférence, à l’université Paris 8. Inspirée par l’indignation d’un utilisateur empêché d’utiliser son informatique comme il le voulait, l’April a été, elle aussi, inspirante. Quand on aime le Libre, on ne compte pas en rester là, on essaime.

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Le logo de l’association

Et il le faut, pour faire face ensemble, jamais dans l’entre-soi, à des évolutions empoisonnées qui se donnent des aspects riants, innocents. Que l’on touche à nos libertés, et l’April se met en colère. Avec la Quadrature du net. Framasoft. La FFDN. On n’est jamais trop pour se répartir la tâche de discerner, sous des angles divers, les faux semblants des rapaces de tout poil.

Marguerite Yourcenar, dans les Mémoires d’Hadrien, met dans la bouche de son empereur romain des conjectures à propos de certaines manœuvres dilatoires :

« Je doute que toute la philosophie du monde parvienne à supprimer l’esclavage, on en changera tout au plus le nom. Je suis capable d’imaginer des formes de servitude pires que les nôtres parce que plus insidieuses. Soit qu’on réussisse à transformer les hommes en machines stupides et satisfaites qui se croient libres alors qu’elles sont asservies, soit qu’on développe chez eux un goût du travail aussi forcené que la passion de la guerre […] »

La réduction des individus au machinal leur fait adopter des gestuelles dont ils ne saisissent plus les tenants et aboutissants. Et va même jusqu’à faire du travail, théoriquement émancipateur, une suite d’enchaînements sans signification. Cybernétique étrange, dont les acteurs ne seraient plus que des agents dociles de mécanismes qui n’auraient de sens que pour d’autres et qui ne serviraient qu’à d’autres. Comme si la vocation humaine à faire de sa vie une histoire, s’essayer à des tournants, tenter une élaboration symbolique intime, partagée ou non, n’avait plus cours.

Dans son Discours de la servitude volontaire, La Boétie, lui, se référait à Cyrus qui avait mis les Lydiens durablement sous sa coupe en ouvrant « des bordels, des tavernes et des jeux publics ». Pour que ceux qu’il avait vaincus, subjugués par la prégnance des sensations, laissent en sommeil leurs compétences à percevoir et analyser. Stratégie de l’amollissement de l’esprit critique que Jules César pour les Romains, avait réitérée : « … car son humanité même, que l’on prêche tant, fut plus dommageable que la cruauté du plus sauvage tyran qui fût oncques, pour ce qu’à la vérité ce fut cette sienne venimeuse douceur qui, envers le peuple romain, sucra la servitude ». Tibère et Néron se hâtèrent de lui emboîter le pas.

Débusquer alors la subordination derrière des activités qui occupent l’esprit en le réduisant à une instantanéité sans recul ? La servitude s’avance masquée. Les cookies, c’est confortable, c’est cool, ça anticipe même les désirs. Les menottes numériques, c’est indolore, et ça facilite la navigation. Le nuage, on n’en cause même pas. Tu n’as plus à t’occuper de rien. Le Saas, c’est aussi la nasse. Mais pourquoi pas, puisque ça habitue à déléguer. Former ? Autant formater. Futur usager, apprends à t’en remettre à des logiciels qui simplifient la vie. On ne voit plus les verrous qui les sous-tendent, ni le profilage qu’ils effectuent, ni le dépeçage de données qu’ils opèrent.

L’April, qui promeut et défend le logiciel libre, ne va pas prendre le thé n’importe où. Elle se méfie des belles pommes rouges, regarde où elle met les pieds, et fait son possible pour signaler les sables mouvants d’une informatique douce-amère. Elle alerte sur des outils apparemment conviviaux qui, mine de rien, privent de tout. Elle sensibilise à ce qui emprisonne et empoisonne, imperceptiblement.

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L’April est un bon contre-poison. Dans les événements festifs qui ponctuent ses 20 ans, qu’ils aient déjà eu lieu, à Lyon, Toulouse, Marseille, Lille, Sarrebourg, Valenciennes, Digne, Nantes… ou qu’ils aient lieu après Newtonmas, Brest, le 6 janvier, Saint Denis le 11, Paris le 26… pas de sirop frelaté, ni de bouillon d’onze heures.

Ces jours-ci, l’April a eu 20 ans. Bon anniversaire l’April !

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Pour en savoir plus :

Réseau d'éducation populaire au Libre. Nous souhaitons faire le trait d'union entre le monde du Libre (logiciel, culturel, matériel, etc...) et le grand public par le biais d'une galaxie de projets à découvrir sur www.framasoft.org

9 Responses

  1. Marie-odile Morandi

    Bonjour

    Excellent article. Merci à Véronique.
    Joyeux anniversaire à l’April et bonne continuation

    MO

  2. Thiery Frotté

    Excellent article.
    Je vais même partager un lien sur « Face de bouc »

  3. Charlie Nestel

    1/ Réflexion perso à l’intention de Véronique Bonnet, à propos de Kant et du mouvement pour le logiciel libre..

    Tu fais souvent le parallèle entre Kant et le mouvement pour le logiciel libre.

    Kant considérait dans « Qu’est-ce que les Lumières ? » que la liberté ne devait s’accorder qu’aux savants, pas à ceux chargés d’exécuter les ordres. Le parallèle ne correspond-il pas davantage à l’Open Source ?

    La plupart des fondateurs de l’April furent des étudiants d’Harald Wertz et Patrick Greussay, auteurs de l’un LISP libre, de Marc Ferdinand Detienne dont la compagne était membre de GNA (la première association inscrite dans le mouvement pour le logiciel libre en France). Ils furent aussi mes étudiants…

    L’université populaire Vicennes (à Saint-Denis) est née après mai 68, dans une volonté d’ouverture aux non bacheliers et dans une perspective d’interdisciplinarité. La département informatique de Paris 8, fondé par Yves Lecerf du courant radical de l’ethnométhodologie, fut le seul département informatique, en France, dans une fac de lettres.

    Les membres de GNA (excepé Loïc Dachary qui traînait ses guètres à Paris 8) étaient tous enseignants du DESS d’Ethnométhodologie et informatique. La culture du Libre était largement présente à Paris 8 lorsque furent fondées l’April puis l’Aful (dont Patrick Sinz, également enseignant à Paris 8).

    Le mouvement pour le logiciel libre ne pouvait naître en France que dans
    une université inscrite dans une tradition d’interdisciplinarité, de liberté
    et de fraternité.

    Le mouvement pour le logiciel libre, fondé par Richard Stallman, est un mouvement
    social qui se distingue de l’Open Source en ce que pour l’Open Source le logiciel libre n’est qu’un  » écosysème » (expression qui ne veut rien dire), un mode efficient de développement, un modèle d’économique.

    J’ai rompu avec l’April parce qu’April a rompu avec le logiciel libre et
    n’est devenue qu’un avatar de l’open source, notamment dans ce qui me tient
    le plus à coeur : l’éducation.

    La priorité au logiciel libre est avant tout pour l’April une priorité aux appels d’offres où l’éducation n’est qu’un marché.

    Pour l’utilisateur final, peu importe que les logiciels de SaaS de l’informatique externalisée du service public d’éducation soient « libes » – c’est-à-dire open source – ou privateurs. Il n’a aucune prise sur son informatique, il est dans une relation de dépendance.

    Seul Richard Stallman relie la problématique du logiciel libre à celle du refus du SaaS et de la souveraineté informatique.

    April est désormais dans le camp du néo-libéralisme et de l’open source.

    Librement,
    Charlie

  4. Véronique Bonnet

    Contente, Marie-Odile et Thiery, que cet article ait été apprécié de vous.
    Charlie, pour répondre à la question 1 qui est formulée à mon intention ( non sans avoir indiqué au préalable que si l’April avait rompu avec le logiciel libre pour rejoindre le camp du néolibéralisme et de l’open source, il ne mènerait pas les actions qu’il mène) , Kant, dans Qu’est-ce que les Lumières? ne réserve pas la liberté aux savants pour la refuser à ceux qui doivent exécuter des ordres.
    Bien au contraire.
    En faisant la différence, pour une même personne, entre usage public de la raison (comme personne qui réfléchit) et usage privé de la raison ( comme exécutant une certaine tâche), il permet à celui qui doit exécuter un ordre de garder , en dehors de l’exercice de ses fonctions, la liberté de penser et de prendre la parole « comme savant », c’est-à-dire comme être pensant, homo sapiens.
    Ce « pas de côté » n’est bien sûr possible que si la capacité de recul critique n’a pas été anesthésiée par des comportements mécaniques. ( Ce que déplorait en son temps La Boétie, anesthésie provoquée et entretenue par la ruse sucrée des tyrans, les jeux de cirque et autres divertissements fonctionnant comme un opium.)
    Voici l’extrait de ce texte de Kant, disponible en Wikisource dans la très bonne traduction de Jules Barni, auquel la question se réfère :
    « Je réponds : l’usage public de sa raison doit toujours être libre, et seul il peut répandre les lu­mières parmi les hommes ; mais l’usage privé peut souvent être très-étroitement limité, sans nuire beaucoup pour cela aux progrès des lumières. J’entends par usage public de sa raison celui qu’en fait quelqu’un, à titre de savant [Als Gelehrter], devant le public entier des lecteurs. J’appelle au contraire usage privé celui qu’il peut faire de sa raison dans un certain poste civil ou une cer­taine fonction qui lui est confiée. Or il y a beaucoup de choses, intéressant la chose publique, qui veulent un certain méca­nisme, ou qui exigent que quelques membres de la société se conduisent d’une manière purement passive, afin de concourir, en entrant pour leur part dans la savante harmonie du gouver­nement, à certaines fins publiques, ou du moins pour ne pas les contrarier. Ici sans doute il n’est pas permis de raisonner, il faut obéir. Mais, en tant qu’ils se considèrent comme membres de toute une société, et même de la société générale des hommes, par conséquent en qualité de savants, s’adressant par des écrits à un public dans le sens propre du mot, ces mêmes hommes, qui font partie de la machine, peuvent raisonner, sans porter atteinte par là aux affaires auxquelles ils sont en partie dévolus, comme membres passifs. Il serait fort déplorable qu’un officier, ayant reçu un ordre de son supérieur, voulût raisonner tout haut, pendant son service, sur la convenance ou l’utilité de cet ordre ; il doit obéir. Mais on ne peut équitablement lui dé­fendre, comme savant, de faire ses remarques sur les fautes commises dans le service de la guerre, et de les soumettre au jugement de son public.  »
    Librement.
    Véronique.

  5. Joyeux anniversaire, April ! 🙂

  6. Charlie Nestel

    Je ne lis pas cette citation de Kant de la même manière que toi.

    Qu’entend Kant par « usage public de la raison » qu’il oppose à « un usage privé » où il s’agit « d’obéir aux ordres » ?

    « J’entends par usage public de notre propre raison celui que l’on en fait comme savant devant l’ensemble du public qui lit. J’appelle usage privé celui qu’on a le droit de faire de sa raison dans un poste civil ou une fonction déterminée qui vous sont confiés. » écrit-il.

    « Là il n’est donc pas permis de raisonner ; il s’agit d’obéir », dit-il encore.
    http://www.cvm.qc.ca/encephi/contenu/textes/kantlumieres.htm

    Non pas que Kant soit un penseur nazi ou islamiste, sa pensée s’inscrit incontestablement dans les Lumières d’une pensée élitiste où la liberté ne doit s’octroyer qu’au savant. Par ailleurs, je ne peux pas m’empêcher de penser au
    « Je ne fais qu’obéir aux ordres” du procès de Nuremberg et/ou encore plus proche de nous, à Abdelhamid Abaaoud le tireur du Thalis qui confie avoir agi sur ordres.
    http://www.atlantico.fr/pepites/attaque-thalys-tireur-dit-avoir-agi-ordre-abdelhamid-abaaoud-2913199.html

    Et je ne peux non plus m’empêcher de penser à tous ces penseurs Juifs qui ont dit qu’il ne pouvait plus exister de modernité rationaliste des Lumières après Auschwitz.

    Mais les Lumières chez Kant sont-elles comparables à celles de Condorcet et d’Olympe de Gouges, par exemple ?

    Autrement dit, si pour Richard Stallman le logiciel libre c’est « Liberté, égalité, fraternité » retrouve-t-on ces principes chez Kant ou chez les Lumières de la Révolution Française qui se sont battus pour l’éducation des femmes et l’instruction publique, seuls « moyens de rendre réels l’égalité des droits ».
    http://classiques.uqac.ca/classiques/condorcet/cinq_memoires_instruction/Cinq_memoires_instr_pub.pdf
    https://fr.wikisource.org/wiki/D%C3%A9claration_des_droits_de_la_femme_et_de_la_citoyenne

    Quand je lis Condorcet, y compris dans ses écrits de 1776 j’y vois directement la filiation avec la pensée d’un Richard Stallman, alors même que la filiation entre Kant et le mouvement Open Source m’apparaît bien plus évidente.

    Dans Fragments sur la liberté de la presse, Condorcet écrivait, à propos de la copie (rappelons également qu’il s’est opposé avec Olympe de Gouges à la conception du droit d’auteur chez Beaumarchais) :

     » Nous avons cru devoir terminer cet ouvrage par quelques réflexions sur la propriété littéraire. Un homme a-t-il le droit d’empêcher un autre homme d’écrire les mêmes choses que lui-même a écrites le premier ?

    Telle est la question à résoudre. En effet, on sent qu’il ne peut y avoir aucun peut être cultivé que par un homme; d’un meuble qui ne peut servir qu’à un homme, et dont, par conséquent, la propriété exclusive est fondée sur la nature de la chose.

    Ainsi ce n’est point ici une propriété dérivée de l’ordre naturel, et défendue par la force sociale; c’est une propriété fondée par la société même. Ce n’est pas un véritable droit, c’est un privilège, comme ces jouissances exclusives de tout ce qui peut être enlevé au possesseur unique sans violence.Tout privilège est donc une gène imposée à la liberté, une restriction mise aux droits des autres citoyens; dans ce genre il est nuisible non seulement aux droits des autres qui veulent copier,mais aux droits de tous ceux qui veulent avoir des copies, et pour qui ce qui en augmente le prix est une injustice. L’intérêt public exige-t-il que les hommes fassent ce sacrifice ?

    Telle est la question qu’il faut examiner; en d’autres termes, les privilèges sont-ils nécessaires, utiles ou nuisibles au progrès des Lumières ?

    Quand bien même il n’existerait pas de privilèges en librairie, Bacon n’en eût pas moins enseigné la route de la vérité dans les sciences ; Képler, Galilée, Huyghens, Descartes, n’en eussent pas moins fait leurs découvertes ; Newton n’en eût pas trouvé le système du monde ; M. D’Alembert n’en eût pas moins résolu le problème de la précession des équinoxes. »
    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5804698z.image.f317.tableDesMatieres

    Maintenant pour ce qui concerne l’April, notamment sur un secteur qui me tient à coeur : l’éducation.

    Où sont les positions de l’April en faveur d’une souveraineté informatique, notamment en ce qui concerne le SaaS ?

    Dans Mesures à la portée des gouvernements pour promouvoir le logiciel libre, Richard Stallman écrit :

    « La souveraineté et la sécurité informatiques d’un État supposent le contrôle de l’État sur les ordinateurs effectuant des tâches de son ressort. Cela exige d’éviter les services se substituant au logiciel (SaaSS), à moins qu’ils ne soient gérés par des agences de l’État ».
    https://www.gnu.org/philosophy/government-free-software.fr.html

    Je ne vois rien de semblable dans les positions de l’April. Dans « priorité aux logiciels libres », l’April entend : « droit de la concurrence, des principes de la commande publique ou des dispositions du code des marchés publics » ; ce que je pourrais très bien entendre de la part d’entreprises, par exemple du Conseil National du Logiciel Libre qui représente les entreprises dont le modèle économique repose sur l’Open Source.
    Mais en matière d’éducation, en tant que professeur de terrain, j’entends du logiciel libre (en réalité de l’Open Source) pour l’externalisation du service public informatique de l’éducation, c’est-à-dire du cloud, dont du SaaS.
    Ce qui m’évoque Kant. Car pour l’utilisateur final, qu’un serveur de nuage tourne sur de l’Open Source ou du privateur, cela ne change rien du tout pour l’utilisateur final.
    Peux-tu l’admettre ?
    D’où le lien que j’opère avec Kant où l’accès au code source ne concerner que des techniciens. D’alleurs Microsoft a changé son modèle économique, puisqu’il ne vend plus de licences rattachées éternellement à une machine mais de la location d’usages limitées dans le temps rattachées à un utilisateur sur plusieurs machines ; en ce sens le modèle économique de Microsoft rejoint celui de l’Open Source, ce qui permet à Microsoft de devenir membre Platinum de la fondation Linux.

    Aujourd’hui, le logiciel libre n’est plus seulement réductible aux quatre degrés de liberté si l’institution, l’instance étatique, a perdu sa souveraineté informatique.

    En ce sens, Stallman ne dit qu’un ordinateur doit être « libre » (matériel libre ne veut rien dire) mais :

    « Tout ordinateur utilisé au service de l’État doit avoir été acquis ou loué par une entité relevant du même « pouvoir » (exécutif, législatif ou judiciaire) que l’administration utilisatrice ; aucune entité extérieure à ce pouvoir ne doit avoir le droit de décider qui a accès à l’ordinateur, qui peut en effectuer la maintenance (matérielle ou logicielle), ou quels logiciels doivent y être installés. Si l’ordinateur n’est pas portable, alors il doit être utilisé dans un espace dont l’État est propriétaire ou locataire. ».

    Je conteste la plupart des termes de cette page :

    « matériel libre, un réseau neutre, des formats interopérables, des données libres… En effet, l’usage de l’informatique aujourd’hui dépasse la simple exécution d’un logiciel sur son matériel, et le logiciel Libre est historiquement le premier maillon d’une longue chaîne. Que l’un de ses maillons cède et c’est la chaîne toute entière qui rompt. ».

    Rien sur la souveraineté informatique. Je note au passage que la gauche a abandonné la thématique de la souveraineté au Front National, confondant « nationalisme » et « souveraineté ».

    « Matériel libre » : cela ne veut rien dire. En revanche les plans, le Design, la documentation des matériels : oui.

    « Réseau neutre » : Cf. l’excellent texte de Laurent Chemla :
    « Internet n’est donc neutre ni du point de vue technique, ni du point de vue politique. Il ne l’a jamais été. ».
    http://blog.fdn.fr/?post/2013/01/10/L-accompagnement-de-la-r%C3%A9volution-num%C3%A9rique%3A-une-chance-pour-la-France

    ou encore Richard Stallman dans le texte référé plus haut :

    « La notion de neutralité technique est que l’État ne doit pas imposer de préférence arbitraire sur des choix techniques. On peut discuter la validité de ce principe, mais en tout état de cause il ne concerne que des questions purement techniques. Les mesures préconisées ici ont des enjeux d’importance éthique, sociétale et politique, et par conséquent n’entrent pas dans le cadre de la neutralité technologique. Seuls ceux qui désirent mettre un pays sous leur joug pourraient suggérer que son gouvernement soit « neutre » en ce qui concerne sa souveraineté et la liberté de ses citoyens. ».
    https://www.gnu.org/philosophy/government-free-software.fr.html

    « formats interopérables ». Certes. Mais l’interopérabilité pour laquelle je me bats aussi est aussi inscrite dans l’annexe sur les Télécoms du texte de l’AGCS. C’est aussi une vision libérale sans laquelle Internet en tant que réseau des réseaux, l’OMC n’auraient pas pu exister.

    « données libres ». Encore faudrait-il définir ce que l’on entend par données libres.

    Il s’agit d’une déclaration imprécise où des éléments essentiels ne sont pas.

    Librement,
    Charlie

    Librement,
    Charlie

  7. Bonjour,

    C’est difficile de trancher entre la lecture de Véronique et la lecture de Charlie. Mais il faudrait d’abord lire plus de textes, en commençant par les liens de Charlie.
    En tous cas, on dirait que Kant a instauré le droit des lanceurs d’alerte, par ex. « Mais on ne peut équitablement lui dé­fendre, comme savant, de faire ses remarques sur les fautes commises dans le service de la guerre, et de les soumettre au jugement de son public. »

    L’April compte des entreprises dans ses membres, qui n’ont pas envie de réfléchir sur le Saas, car c’est leur business, en plus que la majorité des gens s’en fichent que Mozilla soit sur le CDN d’Amazon ou que tel site web passe par MaxCDN. Je n’ai d’ailleurs pas d’information pour savoir si, par exemple, Amazon nous espionne quand nous allons sur le site de Mozilla, les Addons, par exemple que nous fréquentons tous en installant et mettant à jour des modules.

    Donc, quelle est l’indépendance d’un site web qui est hébergé chez CloudFlare ou MaxCDN ?

    Et si je peux passer de l’éducation nationale à l’éducation populaire, ou de l’April à Framasoft :
    C’est déjà bien beau qu’on n’insulte pas Framasoft qui aide les gens à se libérer des GAFAMs et qui remet en question ces géants maléfiques (alors que le SaaS est dans le vent et que nous allons tous bientôt devoir nous contenter de terminaux, pire qu’aux débuts de l’informatique dans les universités).
    Framasoft fait du Saas à petite échelle (Framadrive, Framateam, etc.) mais nous encourage à installer ces services sur nos serveurs personnels pour nous réapproprier les nuées.

    Bonnes réflexions avec Kant, Condorcet, Olympe de Gouges, Richard Stallman (philosophie pratique plutôt que théorique) et bien d’autres 🙂

  8. Ici sans doute il n’est pas permis de raisonner, il faut obéir. Mais, en tant qu’ils se considèrent comme membres de toute une société, et même de la société générale des hommes, par conséquent en qualité de savants, s’adressant par des écrits à un public dans le sens propre du mot, ces mêmes hommes, qui font partie de la machine, peuvent raisonner, sans porter atteinte par là aux affaires auxquelles ils sont en partie dévolus, comme membres passifs.

  9. Merci Salomon, de ton analyse. Si je comprends ce que tu expliques, il est difficile d’aller chercher Kant pour parler du Logiciel libre et il est difficile de lui chercher des noises, car il ne semble pas parler de notre temps?

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