Quand Jacques Attali nuance son propos sur le logiciel libre

Jacques Attali, venu à l’AG du Syntec Informatique (le 5 juin dernier à Paris) faire le point sur sa fameuse Commission, semble n’avoir qu’un seul remord : celui de ne pas avoir assez insisté sur « l’importance de l’industrie du logiciel » (logiciel libre inclus ou exclu ?).

Et de préférer désormais l’expression logiciel ouvert ou open source à celui de logiciel libre dont il n’aime pas le mot libre : « ce n’est pas vrai, c’est pas plus libre qu’un autre, l’école libre elle n’est pas libre, elle est privée ».[1]

—> La vidéo au format webm

Un commentaire à chaud ?

Notes

[1] Source Vidéo : Dailymotion – Luc Fayard (InfoTechArt.com)




Comparaison graphique entre Windows et Linux

Un peu de mathématiques. Enfin, c’est un bien grand mot. Il s’agit d’un petit schéma trouvé sur un blog qui explique pourquoi d’un côté (temps court) ce n’est pas évident de se mettre à Linux mais d’un autre côté (temps long) pourquoi c’est un investissement plus que rentable sur la durée.

En fin d’article, l’auteur nous invite à donner notre avis sur sa petite théorie. Idem avec sa traduction[1]. D’accord, pas d’accord ? Est-ce trop simplifié ? Et le poids des habitudes Windows ? Et si l’utilisateur découvre Linux sans connaître préalablement Windows ? Et quid des nuances apportées par les différentes distributions Linux ? Et le Mac dans tout ça ? etc.

Windows - Linux

Windows vs Linux : Comprendre le fossé de la complexité

Windows vs. Linux: Understanding the Difficulty Divide

Q Hartman – 26 Mai 2008 – WorksWithU.com

Avec le temps j’ai développé une théorie généralisée des coûts que cela représente d’effectuer une tâche sous Windows et sous Linux, un corollaire de cette théorie est que beaucoup de gens pensent que Linux est trop compliqué ou "pas encore prêt pour le grand public".

L’essence de cette théorie peut être illustrée par ce graphique :

Difficulty Divide - Linux vs Windows

Evidemment, aucune donnée ne vient étayer ce graphique. C’est simplement un support visuel pour aider à expliquer un concept que j’ai déjà souvent vu illustré. L’axe des x représente la complexité de la tâche à réaliser. Ca peut être la création d’un réseau, l’ouverture d’une image, la conception d’un film, la construction et la maintenance d’un site Web, l’automatisation de la migration d’une base de données complexe ; vraiment n’importe quelle tâche qui peut être réalisée par un ordinateur, grand ou petit. Sur l’axe des y on retrouve le coût relatif pour mener cette tâche à bien. Je prends ici "coût" dans un sens très général. Ce coût peut représenter votre temps, le coût d’une licence pour un logiciel, le coût de la formation ou le coût de l’embauche d’un développeur pour écrire le programme dont vous avez besoin.

Logiquement, le coût pour mener à bien une tâche augmente, que ce soit sous Windows ou sous Linux, avec la complexité de la tâche. Je vous invite par contre à regarder l’ampleur de la différence. La courbe pour Linux est quasiment linéaire et tend même vers une asymptote à mesure que la complexité augmente. En d’autres termes, l’augmentation du coût est proportionnelle à l’augmentation de la complexité de la tâche et l’apprentissage de nouvelles compétences est immédiatement mis à profit pour des tâches plus ardues. Le coût est proportionnel à la difficulté et l’apprentissage est progressif, ce qui rend les tâches les plus dures plus accessibles. J’aime appeler cela "le juste prix de l’accès à la technologie".

Pour Windows la courbe est très plate au début. La réalisation de tâches modérément complexes ne coûte pas beaucoup plus que la réalisation de tâches triviales. Voilà qui nous amène au fossé de la complexité. C’est l’espace borné par les courbes où Windows l’emporte. Il est plus simple de compléter des tâches de ce niveau de complexité sous Windows que sous Linux. Je suis de l’avis que les gens qui abandonnent Linux sont ceux qui ne parviennent pas à franchir le fossé de la complexité. Que ce soit parce qu’ils n’ont pas le temps ou l’intérêt nécessaire pour atteindre ce niveau supérieur importe peu, le fait est qu’ils n’y parviennent pas.

Je vous invite également à observer cependant que la courbe pour Windows devient presque verticale très rapidement. Plus les besoins et les compétences de quelqu’un augmentent, plus le coût pour atteindre un nouveau pallier sous Windows augmente et ce de plus en plus vite. Vous vous retrouvez rapidement à chercher partout des logiciels parce que les outils qui vous permettent de mener à bien votre tâche ne sont pas facilement accessibles. Le plus souvent ces outils n’existent pas ou sont très coûteux. Même si vous avez le savoir-faire pour créer une solution, les outils nécessaires pour la mettre en œuvre sont souvent très chers. L’opacité relative et la nature monolithique de Windows joue également un rôle ici. Les maigres rapports, les erreurs mystérieuses et les interactions complexes cachées peuvent faire perdre beaucoup de temps pour deviner la source d’un problème, même pour un administrateur système expérimenté comme moi. Souvent, même une fois que la cause du problème est détectée il est fort probable qu’absolument aucun outil ne fera ce que vous désirez et réussir à faire fonctionner tous les outils ensemble présente encore un autre défi en lui-même. Tous ces facteurs alourdissent le coût de la réalisation d’une tâche.

C’est à ce niveau de complexité que Linux l’emporte. Grâce à la libre disponibilité de puissants outils et grâce au partage sans entraves d’informations au sein de la communauté d’utilisateurs de Linux le coût de la réalisation des tâches augmente bien plus lentement. Il est surprenant de voir à quelle vitesse les besoins et les compétences de quelqu’un peuvent atteindre ce niveau où les problèmes sont plus simples à résoudre sous Linux. Pour ceux que je classerais dans la catégorie "Technologiste Typique" il ne faut pas plus de quelques mois pour y parvenir sans connaissance préalable de Linux. J’en ai été témoin. Pour les gens qui ne sont pas aussi mordus de technologie ça peut prendre plus de temps, mais selon toute probabilité ils y parviendront. Pour ceux qui sont vraiment à fond dedans ça peut ne prendre que quelques jours ou semaines.

J’ai récemment eu à modifier ma théorie sur le fossé de la complexité, je vous ferai part de son évolution la semaine prochaine. En attendant j’aimerais savoir ce que vous en pensez. Est-ce que le fossé de la complexité existe vraiment ? Est-ce que mon explication le décrit avec précision ?

Notes

[1] Traduction Framalang : Olivier (+ Daria).




Quand Eben Moglen nous explique le risque lié à l’accord Novell Microsoft

En novembre 2006, Novell et Microsoft signaient un accord qui fit couler beaucoup d’encre. Union libre pour Microsoft nous disait alors Libération dans la plus pure tradition de ses titres accrocheurs, avec le résumé suivant : Après avoir combattu les logiciels libres pendant des années, l’entreprise de Bill Gates pactise avec Linux.

Novell étant l’éditeur de la distribution Suse Linux, cet accord se déclinait principalement en trois volets : un volet technique (avec la création d’un centre de recherche conjoint), un volet commercial (promotion croisée entre les solutions serveurs Suse Linux de Novell et ceux Windows de Microsoft), et un volet juridique.

C’est ce dernier volet, qualifié par certains de pacte de non-agression, qui posa le plus problème à la communauté. Voici ce que l’on en dit sur le (drôle de) blog intitulé Porte25 : Open Source et Interopérabilité @ Microsoft :

Les entreprises utilisant SUSE Linux Enterprise Server sont à l’abri des conséquences judiciaires liées à l’utilisation de parties de code de Linux violant les droits de propriété intellectuelle de Microsoft : « Microsoft s’engage à ne pas faire valoir ses brevets auprès des clients ayant acheté Novell Suse Linux Enterprise ou d’autres produits de Novell. Qui a accepté de faire de même pour les clients ayant une version sous licence de Windows ou d’autres produits Microsoft ».

Dans ce contexte, il nous a semblé intéressant de vous proposer le point de vue, pour ne pas dire l’éclairage, d’Eben Moglen, l’un des plus célèbres juristes de la communauté, qui nous explique pourquoi cet accord fragilise voire menace l’écosystème du logiciel libre.

Un nouvel extrait vidéo d’une intervention donnée au Red Hat Summit 2007, dont nous avons traduit[1] la retranscription.

La vidéo au format Ogg

Eben Moglen – Red Hat Summit 2007

Veuillez m’excuser, je pensais que la question était suffisamment claire pour ne pas avoir à la répéter : « Puis-je expliquer la menace que fait planer l’accord Microsoft/Novell sur la liberté des logiciels sous GPL ? »

Je vais tâcher de m’exprimer en termes parlants, en commençant par ceci : Imaginez quelqu’un qui voudrait éliminer la liberté des logiciels libres ou du moins entraver ses développeurs de manière importante, de manière à leur ôter toute chance de rivaliser. Imaginez que ce quelqu’un possède des brevets dont la validité est douteuse, mais en grande quantité, et qu’il pourrait potentiellement utiliser pour effrayer les développeurs et les utilisateurs. Imaginez qu’une telle personne commence alors à régulièrement proférer des menaces, comme par exemple : « Hé, on a plein de brevets ! Peu importe combien, peu importe ce qu’ils protègent, peu importe leur qualité, on a plein de brevets et un jour ça va chauffer. N’utilisez pas ce logiciel. »

Imaginez que ce soit la stratégie qu’emploie la personne opposée à la liberté parce que ça vaut mieux que de faire des procès. Faire des procès coûte cher, c’est irréversible et ça peut amener à devoir expliquer de quels brevets on parle et pourquoi ils sont valables. Donc mieux vaut menacer que faire des procès, non ? Imaginez quelqu’un qui se lance dans des menaces chaque été, et ce depuis des années, un peu comme pour une tournée « Ayez très très peur », d’accord ? (NdT : « Be very afraid » tour)

Ça peut paraitre absurde, je sais.

Imaginez à présent que cette tournée annuelle « Ayez très très peur » commence à générer un retour de bâton, parce que certains, notamment les PDG des plus grandes banques et institutions financières, se rebiffent et déclarent : « Vous osez nous menacer, nous ? Nous, les plus influents, les plus riches et les plus puissants du capitalisme, nous qui déterminons la valeur de vos actions ? Vous feriez mieux de vous calmer. »

Voilà ce qui arrive quand on dit « Ayez très très peur » à ceux qui ont énormément argent, davantage encore de pouvoir, et qui contrôlent la valeur de vos actions : ils se rebiffent. Le modèle économique qui consiste à menacer d’attaquer quelqu’un en justice fonctionne si l’on s’en prend à des enfants de douze ans. Ça n’est guère efficace s’il s’agit des piliers du capitalisme financier. Par conséquent, en tant que personne engagée dans des tournées annuelles « Ayez très très peur », vous allez voir se mobiliser les clients d’entreprises qui vous rétorqueront « Vous osez nous menacer ? »

Que se passerait-il alors si l’on faisait en sorte qu’ils aient moins l’impression d’être ceux que l’on intimide ? Que se passerait-il si l’on pouvait leur donner une certaine tranquilité d’esprit — en engrangeant quelques profits au passage —, afin que les seuls qui tremblent encore après votre tournée annuelle « Ayez très très peur » soient les développeurs eux-mêmes ? On parviendrait alors à se faire bien voir, sans cesser d’agiter des brevets et de menacer de ruer dans les brancards.

Les accords pour la sûreté des brevets rend possible ce risque pour mes clients : la communauté des développeurs. Si les entreprises pensent pouvoir acheter le logiciel que mes clients produisent à un tiers qui leur assure la tranquillité vis à vis de l’adversaire en leur vendant une licence, alors les entreprises pourraient penser qu’elles ont obtenu une paix séparée et que, si un jour en ouvrant leur journal à la rubrique « Économie » elles voient « L’adversaire s’attaque aux logiciels libres », elles pourront se dire « C’est pas mon problème, j’ai acheté telle distribution et je ne crains rien. » Le problème que présente ces accords, c’est qu’ils cherchent à isoler les clients d’entreprises, qui pourraient mettre un terme aux menaces en insistant sur leurs droits, des développeurs qui, au fond, sont les plus menacés.

Il faudrait donc conseiller à ces gens de ne pas s’accorder une paix séparée aux dépends de la communauté. De ne pas essayer de mettre ses clients à l’abri si cela revient à éliminer les affluents d’où proviennent vos biens. Nous fonctionnons comme un écosystème. Si l’on sape les défenses de la communauté, on sape tout l’écosystème, et agir ainsi pour le bien de vos clients au détriment de vos fournisseurs n’est pas une bonne manière de faire du business. Tel est le problème fondamental créé par de tels accords.

Notes

[1] Merci à Olivier, Yostral et Don Rico pour la traduction commune estampillée Framalang quality label.




Dossier OLPC : 6 Sic Transit Gloria Laptopi par Ivan Krstic

Dossier One Laptop Per Child (un portable par enfant)

Sic transit gloria mundi est une locution latine qui signifie « Ainsi passe la gloire du monde » et qui vient rappeler aux hommes qu’aussi puissants soient-ils ils n’en demeurent pas moins mortels…

Sic Transit Gloria Laptopi est un article du blog d’Ivan Krstic[1], hier encore Monsieur Sécurité du projet OLPC, et qui vient rappeler à tous ceux qui s’intéressent au projet quelques vérités qui ne sont pas forcément toutes librement correctes à entendre.

Parce que si l’OLPC est un projet éducatif alors sa technologie libre ne peut constituer une fin en soi…

Copie d'écran - Ivan Krsti? - Sic Transit Gloria Laptopi

Sic Transit Gloria Laptopi

Sic Transit Gloria Laptopi

Ivan Krstic – 13 mai 2008

J’ai été assez mécontent de la qualité des discours de la communauté autour des récentes annonces de passage à Windows comme système d’exploitation. J’ai décidé sur le moment de me retenir de commenter, et n’ai été influencé que par la demi-douzaine de volontaires m’ayant écris personnellement pour de me demander s’il avaient travaillé en vain. Ce n’est pas le cas. Puis je suis parti en voyage quelques jours.

Je ne me suis alors occupé que de mes courriels et flux RSS, et ce que j’ai pu lire a transformé mon mécontentement en colère. Du coup, me voilà finalement parti pour commenter moi aussi la situation, et ce sera le dernier essai que je pense écrire au sujet de l’OLPC. Mais tout d’abord, remettons nous dans le contexte.

Le commencement

Tout au long de sa vie, Nicholas Negroponte à travaillé avec des visionnaires de l’éducation et des technologies tels qu’Alan Kay et Seymour Papert. Au début des années ’80, Nicholas et Seymour lancèrent un programme pilote soutenu pour le gouvernement français qui plaça des machines Apple dans un centre informatique d’une banlieue de Dakar au Sénégal. Ce projet fut un flop spectaculaire pour cause de mauvaise gestion et de conflits de personnalité. En 1983, approximativement un an après le début de l’expérience, le magazine de revue technologique du MIT (NdT : "MIT’s Technology Review") publia cette terrible épitaphe :

Naturellement ça a échoué. Rien n’est aussi indépendant, spécialement une organisation soutenue par un gouvernement socialiste et composée de visionnaires industriels, individualistes forcenés, provenant des quatre coins du globe. De plus, l’altruisme a un problème de crédibilité dans une industrie qui prospère par d’intenses compétitions commerciales.

À la fin de la première année du centre, Papert est parti, tout comme les experts américains Nicholas Negroponte et Bob Lawler. C’est devenu un champs de bataille, marqué par des affrontements de style de direction, de personnalité et de convictions politiques. Le projet ne s’en ai jamais vraiment relevé. Le nouveau gouvernement Français a fait une faveur au centre en le fermant.

Mais Nicholas et Seymour émergèrent tous les deux des cendres du projet pilote à Dakar avec leur foi en les prémisses d’enfants apprenant naturellement avec des ordinateurs intactes. Armés des leçons de l’échec au Sénégal, c’était peut être seulement une question de temps avant qu’ils ne recommencent.

En effet, Seymour essaya seulement deux ans plus tard : le Laboratoire Média (NdT : Media Lab) fut fondé en 1985 et commença immédiatement à supporter le Projet Phare (NdT : Project Headlight), une tentative d’introduction de l’apprentissage constructionniste dans le cursus complet de l’école Hennigan, une école primaire publique à Boston, composée d’étudiants principalement issus de minorités.

Avance rapide d’à peu près deux décennies, aux environs de l’an 2000. L’ancien correspondant étranger du Newsweek devint philanthrope, Bernie Krisher "l’homme unique des Nations Unies", convainquit Nicholas et sa femme Elaine de rejoindre son programme de construction d’école au Cambodge. Nicholas acheta des Panasonic Toughbooks (NdT : ordinateurs portables robustes de la marque Panasonic) d’occasion pour une école, et son fils Dimitri y enseigna quelque temps.

« Il y a sûrement moyen de reproduire ça en plus grand ». C’est l’idée qui s’imposa peu à peu, et le reste de l’histoire est connu : Nicholas courtisa Mary Lou Jepsen alors qu’elle passait un entretien pour un poste dans le corps professoral du Laboratoire, et lui parla de sa folle idée d’une organisation nommée Un Ordinateur portable Par Enfant (NdT : One Laptop Per a Child). Elle vint à bord du CTO (NdT : Chief technical officer, responsable technique). Vers la fin de l’année 2005, l’organisation sorti de l’ombre par un coup d’éclat : Nicholas l’annonça avec Kofi Annan, prix Nobel de la paix et alors secrétaire général des Nations Unies, lors d’un sommet à Tunis.

La partie qui mérite d’être répétée est que le projet éducatif basé sur le constructionnisme de Nicholas au Sénégal fut un désastre complet, à part des commentaires sur les personnalités et égos impliqués, il ne démontra rien. Et le projet de Krisher au Cambodge, celui qui rencontra évidemment un succès suffisant pour motiver Nicholas a démarrer véritablement le projet OLPC, utilisa des pc-portable du commerce, fonctionnant avec Windows, sans aucune personnalisation constructiviste que ce soit du système d’exploitation. (Ils avaient des outils constructivistes, installés sous la forme d’applications normales)

Ce que nous savons

La vérité c’est, lorsqu’il s’agit de passer un programme d’informatique personnelle à une échelle supérieure, que nous sommes complètement dans le noir à propos de ce qui fonctionne véritablement, parce que Eh ! Personne n’a jamais développé un programme d’informatique personnelle à grande échelle avant. Mako Hill écrit :

Nous savons que les bénéficiaires d’ordinateurs portables seront avantagés de pouvoir réparer, améliorer et traduire les logiciels fournis avec leurs ordinateurs dans leur propres langues et contextes. (…) Nous pouvons aider à favoriser un monde où les technologies sont au service de leurs utilisateurs et où l’apprentissage se fait suivant les modalités des étudiants, un monde où tous ceux qui possèdent des ordinateurs portables sont libres car ils contrôlent la technologie qu’ils utilisent pour communiquer, collaborer, créer et apprendre. C’est la raison pour laquelle l’engagement de l’OLPC dans la philosophie constructionniste est si importante à sa mission, et la raison pour laquelle sa mission a besoin de continuer à être menée avec des logiciels libres. C’est pourquoi le projet OLPC doit être sans compromis à propos de la liberté des logiciels.

Ce type d’idéalisme lumineux est séduisant, mais hélas, non soutenu par les faits. Non nous ne savons pas si les bénéficiaires d’ordinateurs portables seront avantagés de pouvoir réparer des bogues dans leurs PC. En effet, je suppose qu’ils vont largement préférer que leur satané logiciel fonctionne et n’ait pas besoin d’être réparé. Alors que nous pensons et même espérons que les principes constructionnistes, comme incarnés dans la culture du logiciel libre, sont utiles à l’éducation, présenter ces espoirs comme des faits encrés dans la réalité est simplement trompeur.

Pour ce que j’en sais, il n’y a pas de réelle étude qui démontre que le constructionnisme fonctionne à grande échelle. Il n’y a pas de projet pilote documenté d’éducation constructionniste à moyenne échelle qui soit un succès convainquant ; Lorsque Nicholas parle de « décennies de travail avec Seymour Papert, Alan Kay et Jean Piaget », il parle de théorie. Il aime à mentionner Dakar, mais n’aime pas trop parler de comment le projet s’est terminé, ou qu’aucun fait à propos de la validité de l’approche n’en soit ressorti. Et, aussi sûrement que l’enfer existe, on ne trouve aucune étude évaluée par des pairs (ou tout autre type, à ma connaissance) montrant que les logiciels libres font mieux que les logiciels propriétaires quand il s’agit d’aider à l’apprentissage, ou que les enfants préfèrent l’ouverture (NdT : du code source) ou qu’ils se préoccupent le moins du monde de liberté des logiciels.

Ayant cela en tête, la missive de Richard Stallman sur le sujet ne fit que m’énerver davantage :

Les logiciels propriétaires laissent les utilisateurs divisés et impotents. Leur fonctionnement est secret, il est donc incompatible avec l’esprit de l’enseignement. Apprendre aux enfants à utiliser un système propriétaire (non-libre) comme Windows ne rend pas le monde meilleur, parce qu’il les met sous le pouvoir du développeur du système – peut-être pour toujours. Ce serait comme initier les enfants à une drogue qui les rendrait dépendants.

Oh, pour l’amour de *$¼?# ! (NdT : la vulgarité employée ne gagnerait pas à être traduite) Tu viens vraiment d’employer une souriante comparaison des systèmes d’exploitation propriétaires avec les drogues dures ? Tu sais, celles qui causent de véritables dommages corporels voire la mort ? Vraiment, Stallman ? Vraiment ?

Si les logiciels propriétaires sont moitié moins efficaces que les logiciels libres pour aider à l’éducation des enfants, alors tu as vraiment raison, ça améliore le monde de faire ces logiciels pour les enfants. Mince, si cela ne limite pas activement l’apprentissage, ça aide à faire un monde meilleur. Le problème est que Stallman ne semble pas se soucier le moins du monde d’éducation (NdT : le langage fleuri employé par l’auteur a ici aussi été adouci) et qu’il ne voit les OLPC que comme un moyen de favoriser son agenda politique. Tout cela est honteux.

Tant qu’on en est à ce sujet

L’un des arguments favoris de la communauté de l’open source et du logiciel libre concernant l’évidente supériorité de ces derniers sur leurs alternatives propriétaires est la capacité supposée de l’utilisateur à prendre le contrôle et modifier un logiciel inadéquat, pour le faire correspondre à leurs souhaits. Comme on pouvait s’y attendre, l’argument à souvent été répété au sujet de l’OLPC.

Je ne peux pas être le seul à voir que le roi est nu.

J’ai commencé à utiliser Linux en 1995, avant que la majorité des internautes actuels n’apprennent l’existence d’un système d’exploitation en dehors de Windows. Il m’a fallu une semaine pour configurer X afin qu’il fonctionne correctement avec ma carte graphique, et j’ai appris d’importantes choses en programmation car j’ai eu ensuite besoin d’ajouter le support d’un disque dur SCSI mal reconnu. (Comme je ne savais pas que la programmation en C et du noyau sont sensés être difficile, je suis resté dessus pendant trois mois avant d’en avoir suffisamment appris pour écrire un patch qui fonctionne.) J’ai été depuis lors principalement un utilisateur d’UNIX, alternant entre Debian, FreeBSD puis ensuite Ubuntu, et j’ai récemment co-écrit un livre à succès à propos de Linux.

Il y a huit mois, alors que je me retrouvais encore en train de me battre avec la fonctionnalité d’hibernation/réveil de mon pc-portable sous Linux, je me suis tellement fâché que je suis allé chez le revendeur agréé Apple le plus proche, acheter un MacBook. Après 12 ans d’utilisation quasi-exclusive de logiciels libres, je suis passé à Mac OS X. Et vous savez quoi, la mauvaise gestion des ressources et les autres fonctionnalités bancales ne sont pas dues à Linux. C’est de la faute des vendeurs inutilement cachotiers qui ne rendent pas publiques les documentations pouvant permettre à Linux de mieux gérer le matériel. Mais, le jour où les vendeurs de matériel et les développeurs de logiciels libres se retrouveront main dans la main pour spontanément travailler d’arrache-pied en une gigantesque et festive communion (NdT : one giant orgiastic Kumbaya) n’étant pas encore venu, c’est le monde dans lequel nous vivons. Donc pendant ce temps, je suis passé à OS X et j’ai trouvé que c’était une expérience informatique faramineusement plus agréable. J’ai toujours mon shell UNIX libre, mon langage de programmation libre, mon système de ports libre, mon éditeur de texte libre, et j’utilise un bon paquet de logiciels libres dans une machine virtuelle Linux. La majorité, voire la quasi-totalité des utilisateurs d’ordinateurs ne sont pas programmeurs. Et parmi les programmeurs, une majorité, voire la quasi-totalité d’entre eux ne s’aventurent pas au pays des roulements internes du noyau. Faisant partie de ceux qui peuvent effectivement bidouiller à gré leur noyau, je trouve que cette capacité ne me manque pas en fait. Ça y est, je l’ai dit. Pendez moi pour trahison.

Ma théorie est que les techniciens, en particulier quand ils sont jeunes, ont un plaisir particulier à fourrer leur nez un peu partout dans leur logiciel. (NdT : ici aussi une chaste expression française protège le lectorat de l’impudeur de l’auteur) Exactement comme les confectionneurs de boîtiers d’ordinateur fantaisistes et/ou personnalisés, ces gars trouvent honorifique le fait de passer un nombre incalculable d’heures à compiler et configurer leurs logiciels jusqu’à l’oubli. Eh, j’en était là moi aussi. Et plus je me fais vieux, plus j’attends des choses qu’elles fonctionnent « clé en main ». Ubuntu progresse dans ce domaine pour les utilisateurs novices. Mais certains utilisateurs exigeants semblent penser qu’OS X est inégalé en la matière.

J’avais l’habitude de penser que quelque chose clochait chez moi quand je pensais ça. Puis je me suis mis à regarder les en-têtes des mails sur les listes de diffusions auxquelles je suis abonné, curieux de voir ce que les autres utilisaient parmi les gars que je respecte. Et c’était comme si la majorité des experts lumineux de la communauté de la sécurité informatique, une des communautés les plus sévèrement techniques sur la planète, utilisait OS X.

Et, au cas où vous penseriez que je sois payé par Apple, je mentionnerai Mitch Bradley. Avez-vous lu l’histoire de Mel, le programmeur « réel » ? C’est Mitch, en 2008. Super-hacker de microgiciel (NdT : Firmware), auteur du standard IEEE de microgiciel ouvert, auteur du microgiciel que Sun vendit sur ses machines pendant bien deux décennies, et plus généralement une des rares personnes avec qui j’ai jamais eu le plaisir de travailler et dont les compétences dépassaient si extraordinairement les miennes que ça me donnait l’impression de ne pas savoir par où commencer pour le rattraper. L’ordinateur portable principal de Mitch fonctionne avec Windows.

Tour de passe-passe

Mais vraiment, je me perds en digression. Le fait est que l’OLPC était supposé aider l’éducation, pas les logiciels libres. Et la partie la plus énervante de l’annonce à propos de Windows n’est pas qu’elle révéla que les préoccupations d’un certain nombre de participants au projet n’ont rien à voir avec l’éducation, mais le fait que les erreurs et tours de passe-passe de Nicholas furent mise à jour.

La manœuvre qui consiste à dire « nous sommes en train d’inspecter Sugar, il fonctionnera sous Windows » est un simple non-sens. Nicholas sait assez bien que Sugar ne deviendra pas magiquement meilleur par la simple vertu de fonctionner sous Windows au lieu de Linux. En vérité, Nicholas veut livrer des XP complets, il me l’avait dit. Ce qui n’empêchait pas de poursuivre dans un coin le financement de Sugar, pour éviter un désastre dans les relations publiques du projet, et faire savoir mollement et pour la forme sa « disponibilité », comme une option, aux pays acheteurs.

En fait, j’ai arrêté quand Nicholas m’a dit, et pas qu’à moi, que l’apprentissage n’avait jamais fait partie de la mission. Que la mission était, dans son esprit, d’obtenir le plus d’ordinateurs portables possibles ; que de dire quoi que se soit à propos de l’apprentissage serait présomptueux, et que donc il ne voulait pas que le projet OLPC ait une équipe de développement logiciel, une équipe pour le matériel ou une équipe de déploiement qui aille plus avant.

Ouais, je sais pas vraiment ce qui reste du coup.

Il y a trois problèmes clés dans les projets d’informatique personnelle : choisir un dispositif technique qui convient, l’apporter aux enfants et l’utiliser pour créer une expérience pérenne d’apprentissage et d’éducation. Ils sont listés par ordre de difficulté exponentielle croissante.

L’industrie n’a pas voulu aborder le premier car il n’y avait que peu de profit en jeu. Le projet OLPC a réussi à le leur faire faire de la manière la plus efficace possible : en les menaçant de leur voler leur nourriture. Mais l’industrie des fabricants d’ordinateurs portables ne veut toujours pas aborder le déploiement, car c’est vraiment, vraiment sacrément compliqué, ce n’est pas dans un rayon de 200 kilomètres autour de leur compétences de base, et généralement, ça a un retour sur investissement commercial qui fait pleurer le bébé Cthulhu. (NdT : voir Wikipédia à propos de Cthulhu)

Le premier module de déploiement au Pérou était composé de 40 mille pc-portables, à déployer dans 570 écoles à travers jungles, montagnes, plaines et avec une totale variation dans la disponibilité de l’électricité et une uniforme absence d’infrastructure réseau. Un certain nombre d’écoles cibles sont dans des endroits qui nécessitent plusieurs modes de transports pour les atteindre, et sont tellement retirées qu’elles ne sont même pas desservies par le service postal. La livraison des ordinateurs portables allait être accomplie par des vendeurs non sûrs qui allaient être en position de voler les machines en masse. Il n’y a pas de façon simple de collecter des preuves de ce qui a effectivement été livré, où et à qui. Ce n’est pas évident d’établir une procédure pour s’occuper des unités défectueuses, ou de celles qui étaient mortes à l’arrivée. Comparé à cette problématique, le travail technique que je fais c’est des vacances.

À part l’incroyable Carla Gomez-Monroy, qui travailla à mettre en place les projets pilotes, il n’y avait personne d’autre embauché à travailler au déploiement lorsque j’étais au sein du projet OLPC, avec un total de 360 000 pc-portables en cours de dissémination en Uruguay et au Pérou. J’ai été parachuté la dedans, en tant qu’unique membre à m’occuper de l’Uruguay, et envoyé au Pérou à la dernière minute. Et j’ai plutôt un bon sens pratique, mais qu’est-ce que j’y connais moi en déploiement ? C’est à cette époque que Walter fut rétrogradé et théoriquement fait « directeur du déploiement », un poste où il dirigeait la coûteuse équipe qu’il formait à lui tout seul. Puis il démissionna, et voyez-vous ça : à ce moment là, la compagnie avait un demi million d’ordinateurs portables disséminés dans la nature, avec personne pour ne serait-ce que prétendre être officiellement en charge du déploiement. « J’ai démissionné » me dit Walter au téléphone après être parti, « parce que je ne pouvais pas continuer de travailler sur un mensonge. ».

Mais on ne peut pas dire que le projet OLPC fut pris au dépourvu, ou oublia en quelque sorte que ça allait être un problème. J’ai écrit dans un mémo interne en décembre :

Nous avons en cours de nombreux déploiements en parallèle, de différentes échelles. En Uruguay avec huit mille machines, G1G1 avec potentiellement un quart de million, et avec au moins le Pérou et la Mongolie en prévision dans le mois qui vient. Nous n’avons pas de réelle infrastructure pour supporter ces déploiements, notre processus de développement n’alloue aucune marge pour s’occuper de problème critiques de déploiement qui pourrait (vont inévitablement) arriver, et nous n’avons aucun processus pour gérer les crises qui s’ensuivront. Je voudrais pouvoir dire que c’est la plus grande partie de nos problèmes, mais j’ai mentionné ceux-là en premier simplement parce que je prévois que ce sont ces déploiements qui imposeront le fardeau le plus lourd sur cette organisation dans les mois qui viennent, un fardeau que nous ne sommes présentement entièrement pas préparés à assumer.

(…)

Nous n’avons toujours pas un seul employé concentré sur le déploiement, aidant à le planifier, travaillant avec nos pays cibles pour apprendre ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas. De toute évidence notre « plan de déploiement » est d’envoyer selon nos disponibilités un champion super-hacker dans chaque pays, de façon à ce qu’il règle tous les problèmes qui apparaissent une fois sur place. Si ce n’est pas notre plan, alors nous n’avons pas de plan du tout.

Que le projet OLPC n’ait jamais été sérieux à propos de réussir son déploiement, et qu’il semble ne même plus s’intéresser à au moins essayer, est criminel. Laissé sans solution, cela fera du projet un raté historique de la technologie de l’information sans précédent par son ampleur.

Et pour le dernier problème clé, transformer des pc-portables en objet d’apprentissage est un saut logique non trivial, qui demeure inadéquatement expliqué. Non, nous ne savons pas si ça va marcher, spécialement sans professeurs. Et c’est ok — une manière de savoir si ça fonctionne peut très bien être en s’y essayant. Parfois il faut courir avant de pouvoir marcher, ouais ? Mais la plupart d’entre nous qui rejoignirent le projet OLPC étaient convaincus que la philosophie éducative derrière le projet est ce qui en faisait un projet différent des tentatives similaires du passé. Un apprentissage qui soit ouvert, collaboratif, partagé et exploratoire, nous pensions que c’était ça qui pouvait faire fonctionner le projet OLPC. Car certains avaient participé à des projets d’éducation avec des ordinateurs portables ordinaires par le passé, et comme le New York Times le nota en couverture il n’y a pas si longtemps, ils échouèrent lamentablement.

Le nouveau OLPC de Nicholas abandonne ces fantastiques objectifs d’éducation, et oriente le projet vers une organisation sans but lucratif de 50 personnes produisant des ordinateurs portables, en compétition avec Lenovo, Dell, Apple, Asus, HP et Intel sur leur propre terrain, et en utilisant la stratégie que nous savons vouée à l’échec. Mais eh ! Je suppose qu’ils vendront plus d’ordinateurs portables ainsi.

La théorie bancale de Windows

J’ai déjà essayé d’établir qu’il n’existe aucune preuve tangible quant à la supériorité des logiciels libres concernant l’éducation, lorsqu’ils sont comparés à un système d’exploitation propriétaire. Ce point appelle à quelques précisions. Bernie Innocenti, encore récemment CTO de la jeune section Europe de l’OLPC, a écrit il y a quelques jours :

Je ne m’opposerai pas personnellement à un port de Sugar pour Windows. Je ne perdrai jamais mon temps à ça, ni n’encouragerai quiconque à perdre du temps dessus, mais c’est un logiciel libre et donc n’importe qui est libre de le porter vers tout ce qu’il veut.

Stallman a également récemment qualifié de « pas bonne chose à faire » le port de Sugar vers Windows. En fait, un tel port n’est qu’une perte de temps si le logiciel libre n’est pas un moyen ici, mais une finalité. Sur une sollicitation de Nicholas, j’ai écrit un mémo interne à propos de la stratégie logicielle au début de mars. Il fut co-signé par Marco Pesenti Gritti, l’inimitable leader de l’équipe Sugar. Je n’ai pas la liberté de reproduire l’intégralité du document, mais je vais en citer les parties les plus importantes qui tiennent en un minimum de lignes :

… Nous (avons fortement argumenté que nous devrions) découpler l’interface graphique de Sugar du reste des technologies Sugar que nous avons développées comme le partage, la collaboration, le stockage de données et ainsi de suite. Nous devrions peut être alors faire fonctionner ces services dans des environnement Linux normaux, et redéfinir le concept d’activité de Sugar comme étant simplement des applications Linux classiques capables d’utiliser les services Sugar. L’interface graphique de Sugar pourrait elle même, optionnellement et à une date ultérieure, être fournie comme un lanceur graphique, peut être développé pour la communauté.

L’erreur principale de l’approche actuelle de Sugar est qu’elle associe des idées extraordinairement puissantes à propos d’apprentissage, qui devraient être partagées, collaboratives, de pair à pair et ouvertes, avec la notion que ces idées doivent être présentée dans un nouveau paradigme graphique. Cette association est intenable.

Choisir de ré-inventer le paradigme de l’environnement graphique signifie que nous utilisons nos ressources extrêmement limitées à lutter contre des interfaces graphiques, et non à développer de meilleurs outils pour l’éducation. (…) Il est très important de reconnaître que des changements de paradigme graphique ne sont essentiels ni à notre principale mission, ni aux principales idées de Sugar.

Nous gagnerions énormément à détacher les technologies qui supportent directement le mode d’apprentissage qui nous intéresse de l’interface graphique de Sugar. Il devient notamment beaucoup plus facile de répandre ces idées et technologies au travers des plate-formes car nos composants d’interface graphique sont les parties les plus dures à porter. Si les technologies inhérentes à Sugar étaient facilement accessibles à tous les principaux systèmes d’exploitation, nous pourrions favoriser la créativité et travailler à l’élargissement de la communauté pour construire des outils logiciels. Ces outils pourraient ensuite être utilisés globalement par tous les élèves et sur n’importe que ordinateur, XO ou autre. Ça aurait dû être notre constant objectif. Beaucoup des technologies que nous avons construites seraient alors accueillies à bras ouverts dans les système Linux modernes, et un grand nombre de développeurs viendraient nous aider si nous leurs en donnions la possibilité. Au contraire de la situation actuelle, un tel modèle devrait être la direction à prendre : le projet OLPC dirigeant bénévolement des développements eux-mêmes principalement réalisés par la communauté.

Finalement, au regard de la question politiquement sensible de l’engagement de l’OLPC par rapport à l’open source, nous pensons qu’il y a une réponse simple : la politique du projet OLPC devrait être de ne développer que des logiciels libres, utilisant des standards ouverts et des formats ouverts. Nous ne pensons pas qu’un engagement plus grand soit nécessaire. Notre préférence pour la liberté des logiciels ne devrait résulter que de la conviction qu’elle offre un meilleur environnement éducatif que les alternatives propriétaires. À ce titre posséder un ensemble de technologies open source multi plates-formes pour construire des applications d’apprentissage collaboratif fait véritablement sens. Mais fondamentalement, nécessiter une interface graphique particulière ou même un certain système d’exploitation semble entièrement superflu ; nous devrions nous satisfaire de n’importe quel environnement où nos technologies de base peuvent être utilisées comme des briques de base pour délivrer l’expérience éducative qui nous importe tant.

Finalement, il importe peu à notre mission éducative de savoir sur quel noyau fonctionne Sugar. Si Sugar lui même demeure libre, ce qui n’a jamais été remis en question, toutes les fonctionnalités concernées, comme la touche visualisation du code source restent opérationnelles, qu’elles soit sous Windows ou sous un autre OS. Le projet OLPC ne devrait jamais aller dans une direction qui limite volontairement l’audience de ses logiciels éducatifs. Windows aujourd’hui est le système d’exploitation le plus diffusé. Un Sugar compatible-Windows pourrait potentiellement apporter sa riche vision de l’apprentissage à des dizaines voire des centaines de millions d’enfants de par le monde dont le parents ont un ordinateur équipé de Windows, que ce soit des ordinateurs fixes ou portables. Suggérer que cette façon de procéder soit mauvaise car philosophiquement impure est carrément démoniaque.

Et eh, peut être qu’une version Windows de Sugar intéressera suffisamment les enfants au fonctionnement des ordinateurs (et des programmes) pour vouloir vraiment passer à Linux. Trolltech, la compagnie derrière le toolkit graphique Qt fut récemment achetée par Nokia et annonça qu’elle allait ajouter une plate-forme de support pour les versions mobiles de Windows, essuyant alors les accusations de trahison de la communauté du logiciel libre. Mais le responsable technique de Trolltech, Benoit Schillings, ne voit pas les choses ainsi :

Certaines critiques concernent le fait que le support de Windows mobile par Trolltech pourrait limiter la croissance des technologies Linux mobiles et embarquées, mais Schillings voit les choses différemment. En permettant aux développeurs d’application de créer un seul code de base qui puisse être porté sur différentes plateformes de manière transparente, il dit que Trolltech rend la transition à Linux plus simple pour les compagnies qui utilisent actuellement Windows mobile, ce qui signifie pour lui plus d’adoptions du système d’exploitation libre à long terme.

L’homme parle sagement.

Maintenant, faites particulièrement attention : autant je suis clairement enthousiaste à l’idée de porter Sugar pour n’importe quel système d’exploitation, autant je suis absolument opposé à ce que Windows devienne l’unique système d’exploitation que le projet OLPC offre pour ses XOs. Les deux sujets sont complètement orthogonaux, et la tentative de Nicholas de confondre les deux en qualifiant la communauté du logiciel libre de « fondamentaliste » (et regarder la communauté écumer de rage au lieu d’épingler sa logique) est simplement une autre erreur. Ce n’est pas qu’il faille ne pas se sentir légitimement offensé. C’est seulement qu’il a pris l’habitude d’appeler terroristes ses employés.

Le projet OLPC devrait être philosophiquement pur à propos de ses propres machines. Être un organisme à but non lucratif qui attire la bonne volonté d’un grand nombre de volontaires communautaires de par son succès et dont la mission principale est un objectif de progrès social, cela implique une grande responsabilité. Ça ne devrait pas devenir un moyen de créer une incitation économique pour un vendeur particulier. Il ne faudrait pas croire le non-sens qui veut que Windows soit une obligation pour le monde du travail après l’école. Windows est demandé parce que suffisamment d’enfant ont grandit avec, et non l’inverse. Si le projet OLPC faisait grandir un milliard de personne avec Linux, Linux ne serait qu’un dandy pour le monde du travail. Et le projet OLPC ne devrait pas choisir un unique système d’exploitation qui paralyse le matériel des ordinateurs du projet : les versions courantes de Windows ne peuvent ni utiliser intelligemment la gestion de l’énergie des XO, ni son maillage complet ou ses capacités avancées d’affichage.

Plus important encore, le système d’exploitation fourni avec l’OLPC devrait incarner la culture de l’éducation à laquelle le projet adhère. La culture d’enquête ouverte, de divers travaux coopératifs, de la liberté d’utiliser et déboguer, ça c’est important. Le projet OLPC a la responsabilité de diffuser la culture de la liberté et les idées que sa mission éducative soutient ; ceci ne peut être fait en offrant uniquement un système d’exploitation propriétaire pour ses ordinateurs portables.

Dit différemment, le projet OLPC ne peut pas clamer qu’il est préoccupé par l’éducation et dans le même temps entrainer les enfants à être des drones d’informatique de bureau, contraints par l’invisible rhétorique des drones de bureau à déployer des ordinateurs contenant des logiciels de drones de bureau. Nicholas avait l’habitude de dire qu’imaginer que les XOs puissent être utilisés pour enseigner à des enfants de six ans comment se servir de Word et Excel le faisait grincer des dents. Apparemment, ce n’est plus le cas. Qu’en est-il aujourd’hui ? L’indécision doit prendre fin. Comme on dit chez nous : relance ou casse-toi (NdT : shit or get off the pot)

Comment aller plus loin

Voici un extrait d’un de mes derniers mails à Nicholas, envoyé peu de temps avant ma démission :

Je continue de penser qu’ils est fort dommage que tu ne tires pas avantage de la position actuelle de l’OLPC. Maintenant qu’il a réussi à faire travailler l’industrie sur des ordinateurs portables à bas prix, le projet OLPC pourrait devenir le point de rassemblement de la défense du constructionnisme, publiant du contenu éducatif, fournissant des logiciels d’apprentissage, et gardant trace des déploiements mondiaux et des leçons à en tirer. Quand un pays choisit cette option, le projet OLPC pourrait être l’endroit où s’arrêter en travaillant véritablement avec ce pays pour aider à sa réalisation, sans s’occuper du fabriquant qui aura été choisi, capitalisant ainsi sur les plans de déploiement, l’expérience et la base de logiciels et contenus facilement disponibles. Dit autrement, le projet OLPC pourrait être le service global IBM des programmes d’informatique personnelle. C’est, je le maintiens, la bonne voie à suivre pour avancer.

Je suis en train d’essayer de convaincre Walter de ne pas démarrer une Fondation Sugar, mais une Fondation de l’Éducation Libre (NdT : Open Learning Foundation). Pour ceux qui s’intéressent encore à l’éducation dans ce panier de crabes, la mission pourrait être de lancer cette organisation, puisque le projet OLPC ne veut pas l’être. Avoir une compagnie indépendante de tout matériel et concentrée entièrement sur l’écosystème éducatif, depuis le déploiement jusqu’au contenu de Sugar, ce n’est pas seulement ce que je pense être prioritaire pour vraiment porter les efforts d’informatique personnelle à un autre niveau, mais c’est également une approche qui a une bonne chance de faire en sorte que cette organisation fasse des choses à peu près auto-financées.

Donc voilà pour l’éducation ouverte, le logiciel libre, la force des convictions personnelles, et pour avoir suffisamment de foutu humilité pour se souvenir que le but est d’apporter l’éducation à un milliard d’enfants de par le monde. Le milliard attend que nous mettions nos idiotes querelles de côté, que nous finissions nos interminables complaintes, pour y aller enfin.

Allons-y maintenant.

Notes

[1] Merci à Simon Descarpentries pour la traduction.




Comment Eben Moglen a rencontré Richard Stallman

Tranche d’Histoire du logiciel libre…

Aux premiers temps de l’informatique, (presque) tous les logiciels étaient libres (sans même le savoir). Puis vient le temps de la propriétarisation du code qui obligea certains, comme Richard Stallman, à protéger la liberté des logiciels ou plus précisément la liberté des utilisateurs de logiciels.

Cette protection serait d’autant plus forte qu’elle serait sans faille vis-à-vis de la loi. Et c’est ainsi que le monde des hackers fit connaissance avec celui des juristes pour enfanter de licences qui font bien plus qu’accompagner les logiciels libres puisqu’elles participent à leur définition même.

Or, l’une des rencontres les plus fécondes entre le juridique et l’informatique (libre) est très certainement celle d’Eben Moglen avec Richard Stallman. Et c’est pourquoi nous avons jugé intéressant de traduire[1] la retranscription d’une interview qu’Eben Morglen a donné à Joe Barr de Linux.com en juin dernier pour en sous-titrer la vidéo[2].

« Nous sommes des nains juchés sur les épaules des géants. Stallman était un géant, je me suis juché sur ses épaules et j’ai vu le monde. »

Vous trouverez la version au format libre Ogg de l’interview sur Linux.com. Si vous souhaitez lui ajouter le sous-titrage en voici le fichier SRT.

Eben Moglen: How I discovered Free Software and met RMS (video)

Comme Stallman, John Gilmore et d’autres de ma génération, on peut dire que j’ai été impliqué dans le logiciel libre quand j’étais enfant car les logiciels étaient libres pour eux. J’ai commencé à 14 ans comme développeur d’applications APL pour Scientific Time Sharing Corporation (STSC) en 1973. J’ai travaillé à la conception et à la mise en oeuvre d’applications APL pour STSC et pour Xerox dans les années 70 et, en 79, j’ai été travailler pour IBM au laboratoire de Santa Theresa où j’ai modifié les interpréteurs APL pour IBM. J’ai travaillé sur l’APL et APL2. J’ai écrit une bonne partie du premier compilateur pascal d’IBM.

La manière dont nous travaillions était basée, après tout, sur le partage du code avec les personnes (clients) qui utilisaient les ordinateurs sur le terrain. Ils nous aidaient à concevoir, mettre en œuvre, améliorer et modifier les choses (code). Ils avaient les sources et quand ils émettaient un APAR (NdT : Authorized Program Analysis Report, dans la nomenclature d’IBM ce terme désigne un problème officiellement reconnu et diagnostiqué par le centre de support IBM), ils envoyaient un patch.

Ainsi, dans un sens, nous vivions dans un environnement où le logiciel était encore libre. Bien sur, nous avions des principes de propriété mais, en 1979, quand la commission "CONTU" terminait sa réflexion sur le logiciel libre, ces principes de propriété n’étaient pas encore bien compris et dépendaient à la fois de tout le monde et de personne.

Pouvait-on y attacher une propriété intellectuelle? AT&T et IBM n’étaient pas d’accord. Quelle partie du code pouvait-on protéger par un brevet ? Quasi rien. Pouvait-on le considérer comme un secret industriel ? Et bien non, ce code permettait seulement de différencier des ordinateurs onéreux.

Ainsi, d’une certaine manière, le monde dans lequel nous vivions présupposait une liberté à bricoler (le code). J’ai principalement travaillé sur des langages interprétés où les codes source et objet sont confondus. Il fallait partager le code. J’ai travaillé sur des produits distribués sur des environnements 370 (NdT : IBM mainframe) où le client s’attendait à recevoir le code source et s’il avait le code source de VM (NdT : OS) et que quelqu’un lui fournissait du MVS (NdT : OS) dans un langage appelé PLS pour lequel il n’avait pas de compilateur, il se plaignait ; parce qu’il s’attendait à pouvoir compiler le produit sur le site. Il s’agissait tout de même d’un super-ordinateur de plusieurs millions de dollars, qui aurait osé lui dire qu’il n’avait pas le droit de compiler le logiciel sur sa machine ?

D’une certaine façon, je dirais que j’ai toujours vécu dans le logiciel Libre. Ce toujours a néanmoins connu une pause.

Alors que je travaillais chez IBM en 1979, on m’a demandé de tester et de faire un rapport interne sur un machin nommé LISA ; le dernier gadget de Apple pour faire entrer la technologie de Xerox PARC (NdT: Palo Alto Research Center) dans le monde de Steve Jobs. Le LISA était une sorte d’ordinateur Pre-Macintosh ; j’ai donc écrit mon rapport interne sur cette machine et le contenu de ce rapport était le suivant : C’est une catastrophe. Cette machine incarne la fin du langage en relation avec l’ordinateur, c’est l’interface de l’homme des cavernes : tu vises et tu grognes. Si on résume l’interaction homme machine à viser et grogner, on écarte le rôle du langage dans l’évolution de l’esprit humain et de sa conscience. Le langage est ce qui nous rend plus intelligent, si nous n’utilisons pas le langage pour communiquer avec les machines alors ni nos cerveaux ni ceux des machines ne s’épanouiront comme ils devraient le faire. Cet argument eu peu de poids chez IBM et il en eu encore moins dans le monde en général au fil du temps.

Je devins moins enthousiaste devant la perspective de programmer dans ce monde car j’étais mordu de langage de programmation et le langage n’était plus ce qui était en vogue. Je suis donc parti et j’ai obtenu une licence de droit et un Doctorat en histoire et je suis devenu Historien du droit et j’ai fait d’autres travaux. J’ai débuté avec un emploi en tant qu’assistant Juge (NdT: Law Clerk) pour Weinfeld à NY, j’ai été assistant de Thurgood Marshal, puis j’ai commencé à me demander de quelle manière on pouvait rendre le monde plus juste !

J’ai eu ensuite un boulot d’enseignant dans une excellente Université en tant que Historien du droit. J’y ai fait ma thèse de Doctorat et écrit quelques articles d’histoire. Je m’intéressais à la signification à long terme de l’information dans la société humaine. Puis j’ai voulu coder car je suis un codeur compulsif et aussi parce que j’avais un PC à ma disposition qui, certes n’était pas la machine de onze millions de dollars à laquelle j’étais habitué, mais c’était un ordinateur qui pouvait servir à deux trois petites choses. Je n’aimais pas beaucoup DOS mais je n’ai jamais utilisé Windows qui était La Chose mauvaise pour les ordinateurs. Je n’allais pas utiliser quelque chose que je considérais comme la pire des choses. Je savais ce que X windows était, mais qui désirait utiliser ça, vous savez… le cerveau etc… Je suis donc passé chez Coherent lorsque la compagnie de Mark Williams créa un Unix estropié à 99$. Je l’ai essayé et j’ai commencé à l’utiliser avec les Outils du projet GNU puis ensuite j’ai utilisé les outils GNU sous DOS. J’utilisais DJGPP, puis le compilateur C de Delorie pour porter UNIX sur le DOS afin d’utiliser EMACS sur ma machine DOS car tout comme Stallman j’avais une grande dévotion pour EMACS.

Donc quelque part le logiciel libre a toujours été présent mais l’essentiel de ma vie était non technologique. En 1991 je décidais que je savais ce qu’il fallait faire pour commencer à travailler pour la liberté au 21 siècle: La cryptographie à clé publique était la première chose à implémenter. Nous en avions besoin pour deux raisons: garder les secrets à l’abri du gouvernement et faire du commerce électronique. Donc j’ai commencé à m’intéresser à la question, à chercher un moyen de faire de la cryptographie pour casser les règles du gouvernement sur le chiffrement de données. En Juillet 1991 j’ai vu un programme appellé Pretty Good Privacy (PGP) publié sur un forum. J’ai récupéré l’archive zip, j’ai lu le manuel de l’utilisateur et j’ai lu le code source car celui-ci était fourni, puis j’ai écrit un email non sollicité à l’auteur Phil Zimmerman qui n’avait jamais entendu parler de moi et je lui ai dit: « Bravo, tu vas changer le monde. Tu vas aussi ne pas tarder à être dans un merde noire, lorsque ça te sera tombé dessus je pourrais t’aider. Voici qui je suis, voila ce que j’ai fait et voici ce que je sais, quand tu auras des soucis appelle moi. » Dix jours plus tard le FBI frappait à sa porte et les ennuis commencèrent.

Donc j’ai décidé de travailler comme bénévole dans un groupe local de défense ; nous étions quelques personnes à prendre sur notre temps libre pour essayer d’empêcher le gouvernement fédéral d’accuser Zimmerman de violation de la loi sur le trafic d’armes. Notre but était d’aller aussi loin que possible avec cette affaire jusqu’au cœur des choses, afin de mettre les contradictions au grand jour. Alors que je travaillais sur l’affaire Zimmerman j’ai passé du temps avec John Markov du Times et au cours d’une interview je lui ai exposé mon idée selon laquelle le droit de parler le PGP (communiquer avec PGP) était le pendant numérique du droit de parler le Navajo. Markov fit paraître ceci dans le Times et ça devint une maxime que de nombreuses personnes utilisèrent comme signature dans leurs emails pendant quelques mois. Stallman vit la couverture de Markov sur le Times et il m’écrivit. Il me dit « j’ai un problème légal/juridique personnel et j’ai besoin d’aide; il me semble que tu es l’homme qu’il me faut. » Je lui ai répondu: « J’utilise Emacs tous les jours et il faudra du temps pour que tu épuises ton crédit d’aide juridique gratuite!.» il m’a demandé de le faire et j’ai fait ce qu’il fallait faire pour lui.

J’ai réalisé qu’il était la source même d’informations sur ce que je devais faire. J’avais fait ce qu’il me semblait important de faire au sujet de la cryptographie et je voyais que le problème était sur le point d’être réglé, mais je ne savais pas quoi faire ensuite pour apporter la Liberté technologique au 21ème siècle. C’était en automne 1993 et j’ai réalisé que toute personne qui avait un souci concernant la Liberté Technologique ne connaissait qu’une seule adresse mail : rms AT gnu.org. Si RMS me transférait tout ses messages nécessitant l’intervention d’un juriste, je serais assez rapidement mis au courant de ce qu’il y avait à faire en ce bas monde. RMS avait la meilleure prospective stratégique qui soit.

Je me suis donc assis sur ses épaules pour quelques années, faisant tout le travail qu’il considérait comme important et me tenant au courant de tout ce que les gens lui écrivaient. A la fin, je lui ai dis « tu as besoin d’un conseiller juridique » et il a dit « bien sûr ! » et j’ai commencé à faire le travail qu’il y avait à faire. C’était juste du travail que je faisais sur mon temps libre, j’étais toujours un historien du droit, personne parmi mes collègues académiques n’avait la moindre idée de ce dont il s’agissait, tout le monde savait que je racontais que le logiciel libre allait conquérir le monde et il me répétaient « oui oui, c’est formidable, super, merci beaucoup, à bientôt » et ça en restait là. Mais je savais où nous allions et surtout j’avais compris que Stallman en personne était la plus haute des montagnes et qu’en étant assis sur ses épaules on voyait bien plus loin.

Newton et consorts jusqu’à Bernard de Chartres avaient raison. Nous sommes des nains juchés sur les épaules des géants et c’est ce qui s’est passé : Stallman était un géant, je me suis juché sur ses épaules et j’ai vu le monde. Donc d’une certaine manière on pourrait dire 1993, ou 1995, ce qu’on peut dire en tout cas c’est que j’en ai fait de plus en plus plus car il y avait de plus en plus de travail. Mais je ne pouvais pas me multiplier par neuf ! Et puis d’un coup l’espace temps à gonflé et on s’est tous rendu compte que c’était arrivé.

En gros, la réponse est que j’étais là avant le Big Bang et le temps n’existait pas encore. Beaucoup de personnes ont commencé à s’y référer seulement après que tout cela ait vraiment commencé. Mon point de vue est que tout cela entre dans la continuité de quelque chose qui a commencé il y a bien longtemps, c’est le renversement d’une singularité dans le déroulement du temps. Microsoft a, un temps, réussi à faire croire que le logiciel pouvait être un produit. Maintenant ce n’est que rarement un produit. L’information technologique précisant la façon dont nous et nos cerveaux numériques existent, ce n’est pas un produit, c’est une culture, c’est l’empreinte d’un être humain en interaction avec les autres. C’est comme la littérature, ça ne peut être un produit.

Donc, nous sommes en train de découvrir qu’il s’agit d’une culture engendrée par des communautés; nous aurions pu nous en rendre compte en 1965 où en 1970. C’était difficile à voir en 1990 mais c’est devenu évident (rires) en 2006. Pour moi il s’agit plus, d’un point de vue historique, de mettre un terme à une confusion temporaire plutôt que de parler d’un mystèrieux et étrange point de départ qui aurait surgit d’on ne sait où.

Notes

[1] Grand merci à Ripat, Ziouplaboum et Olivier pour la traduction.

[2] Grand merci à Xavier Marchegay pour le sous-titrage.




Dossier OLPC : 2 La dépêche AP (qui a déclenché la polémique)

Dossier One Laptop Per Child (un portable par enfant)

Fin de la série de traductions sur le projet OLPC afin de constituer un petit dossier cohérent même pour un public non averti. Parce que nous pensons que le sujet le mérite (et que les grands médias s’en désintéressent).

C’est ici qu’est parti la récente polémique avec la communauté Open Source qui s’est vue traiter de fondamentaliste par un Nicholas Negroponte prêt désormais à accueillir Windows dans son ordinateur.

Une dépêche AP traduite par Yonnel.

Copie d'écran - Associated Press (Google News)

Démission d’un des principaux leaders du programme de portables à bas coût

Low-cost laptop program sees a key leadership defection

Brian Bergstein – 22 avril 2008 – Associated Press

BOSTON (AP) — Un des personnages clés du projet de portable à 100 $ pour les enfants, a démissionné, alors que l’organisation se prépare à faire évoluer son approche open-source en intégrant Windows, le système d’exploitation de Microsoft Corp.

Alors que la paternité de la fondation One Laptop Per Child est attribuée à Nicholas Negroponte, du Massachusetts Institute of Technology, son collègue de longue date Walter Bender était son bras droit. Bender gérait la partie logicielle et le contenu pour les portables “XO” vert-et-blanc, dont l’interface utilisateur a été spécialement conçue comme un outil éducatif.

Mais en mars, après que les premières livraisons de portables à 188 $ aient atteint moins d’enfants qu’il était prévu à l’origine, Bender est devenu responsable du “déploiement”.

Officiellement, OLPC a déclaré que la restructuration de l’organisation était due au fait que la technologie du portable était pour ainsi dire aboutie. Un point de vue différent est exprimé par l’ancien responsable sécurité du XO, Ivan Krstic, qui a écrit sur son blog que Bender avait été dégradé. Selon Krstic, OLPC est en pleine “restructuration interne drastique”, et qu’elle “change radicalement d’objectifs et de vision”.

Puis, la semaine dernière, Bender a complètement quitté le groupe. Cela fait le troisième départ majeur pour OLPC. En plus de Krstic, Mary Lou Jepsen, qui en était directeur technique, est partie au mois de décembre.

Negroponte a déclaré que Bender était à bout de souffle, après avoir aidé à façonner OLPC depuis deux ans, pendant lesquels plus de 500 000 portables ont été vendus dans des pays tels que Haïti, l’Afghanistan, le Rwanda, le Pérou, l’Uruguay ou la Mongolie.

Bender a déjà un nouveau projet : le lancement d’une structure indépendante pour s’occuper du développement du logiciel spécifique au XO, que l’on connaît sous le nom de Sugar, dans le but de l’adapter à des ordinateurs sous Linux autres que les XO. “Sugar est à l’étroit, il est temps de lui donner de l’air”, a-t-il lancé dans un échange d’e-mails.

Sugar repose beaucoup sur les icônes et d’autres fonctionnalités graphiques, et évite le format de fichiers et dossiers propre à Windows. Le but était d’être intuitif pour les enfants des pays en voie de développement qui n’ont jamais croisé un PC, mais certains gouvernements ont hésité à investir dans des portables sans Windows. Certains portables concurrents, présentés comme des outils éducatifs, comme le Classmate PC développé par Intel Corp., sont bien sous Windows.

Depuis environ un an, pourtant, Microsoft travaille sur une version allégée de Windows pour fonctionner sur les portables XO. Conséquence : Négroponte a estimé mardi dernier qu’il s’attend à ce que les XO aient bientôt une option “dual-boot”, ce qui signifie que les utilisateurs pourraient choisir entre Windows et Sugar.

Un des points actuellement en suspens est le coût du matériel nécessaire à Windows, ce qui ajouterait 7 à 12 $ au prix du XO, et l’emmènerait encore plus loin du but ultime de produire les machines pour moins de 100 $. Finalement, a ajouté Negroponte, Windows pourrait être le seul système d’exploitation, et Sugar le logiciel éducatif qui s’exécuterait par-dessus.

Cela pourrait décevoir les promoteurs de l’open source, qui ont aidé à financer OLPC et qui encourageaient le défi que cela représentait face à la domination de Microsoft. A la différence de logiciels propriétaires comme Windows, les applications open source sont développées par une communauté de programmeurs, et le code sous-jacent est partagé en toute liberté.

Wayan Vota, dont le blog OLPC News a annoncé le départ de Bender lundi dernier, a avoué sa peur de voir Sugar perdre de l’attention sur les XO utilisant Windows. “Derrière quoi pensez-vous que Microsoft mettra sa puissance marketing ?” a-t-il demandé.

Le principal souci de Negroponte, selon ses propres termes, est de placer autant de portables que possible dans les mains des enfants.

Il s’est plaint qu’une insistance trop importante sur l’open source avait handicapé l’XO, et que Sugar “était devenu amorphe” et “n’avait pas d’architecte logiciel qui soit ferme”. Par exemple, les portables ne supportent pas les animations Flash, très répandues sur le web.

“Il y a plusieurs exemples comme celui-là, que nous devons régler sans nous soucier du fondamentalisme d’une partie de la communauté open source”, a-t-il déclaré. “On peut promouvoir l’open source sans être un fondamentaliste de l’open source.”

Au-delà d’une nouvelle conception de la technologie du portable, Negroponte veut qu’OLPC soit plus efficace. Depuis plus d’un an, un cabinet de chasseur de têtes est à la recherche d’un directeur pour le groupe.




Dossier OLPC : 1 Présentation du projet One Laptop Per Child

Dossier One Laptop Per Child (un portable par enfant)

Nos récents articles sur l’OLPC nous ont donné envie d’une nouvelle traduction / introduction en direction d’un public plus large qui, au delà de la polémique, présente bien selon nous le projet et ses enjeux.

Merci à Yonnel pour tout le travail de traduction.

Copie d'écran - Free Software Magazine

La liberté pour tous avec le projet One Laptop Per Child

Impossible thing #6: Freedom for all with the One Laptop Per Child project

Terry Hancock – Avril 2008 – FreeSoftware Magazine

Plus les années passent et plus on s’inquiète de l’émergence d’une « fracture numérique » entre les riches et les pauvres. L’idée, c’est que ceux qui n’atteignent pas un certain seuil de revenu ne pourront pas se permettre d’investir dans des ordinateurs et une connexion internet qui rendent possible une éducation et un développement avancés. Ils seront pris au piège de leurs contingences. Avec les systèmes d’exploitation propriétaires et payants, qui imposent une sorte de plancher sur le prix des systèmes, cela pourrait bien être le cas. Mais GNU/Linux, le matériel en constante amélioration et une implication de tous pour réduire les coûts plutôt que d’améliorer le matériel, ont amené une nouvelle vague d’ordinateurs à très bas prix, à commencer par le XO d’OLPC. Ces ordinateurs à base de logiciels libres seront le premier contact à l’informatique pour des millions de nouveaux utilisateurs, et ceci annonce un avenir plus libre.

One Laptop Per Child, un portable par enfant

Kofi Annan, ancien Secrétaire Général des Nations Unies, fut à l’origine de l’idée il y a quelques années : un projet pour changer les méthodes d’apprentissage des enfants partout dans le monde. Nicholas Negroponte, professeur au MIT, a décidé de s’occuper du problème, et avec le temps, après un long examen des options possibles, une solution d’apprentissage constructiviste a été choisie : fournir aux enfants un outil pour « apprendre à apprendre » (selon les termes de l’expert de l’éducation Seymour Papert). Le type d’ordinateur sélectionné est un « portable », même si le terme doit être compris dans un sens plutôt large, car l’OLPC XO 1, étant conçu pour une mission totalement différente de celle du portable typique de l’homme d’affaires en voyage, ne ressemble à aucun design antérieur.[1]

OLPC - 1

Un des principaux critères pour le design est que le XO doit être très très peu coûteux. L’objectif était d’arriver à 100$ US. Les premiers exemplaires devraient plutôt s’approcher de 200$, même si on espère que cela baissera suivant les prix des composants et la stabilisation du design. Le projet s’est engagé à baisser les coûts plutôt que d’améliorer les performances, puisque tout l’intérêt du portable OLPC est de créer un produit que les ministères de l’éducation des pays du Tiers-Monde auront les moyens d’acquérir pour les enfants de leur pays.

« Absolument tous les composants logiciels de la machine seront sous licence libre – même jusqu’au BIOS, qui sera LinuxBIOS, écrit en langage Forth. »

Vous ne pouvez vraiment pas faire un ordinateur comme celui-ci avec des logiciels propriétaires pour plusieurs raisons. D’abord, évidemment, vous ne pouvez pas vous permettre d’acheter les licences pour 100 millions de copies de Windows – ce qui coûterait plus que le matériel ! Deuxièmement, même si des rabais importants étaient accordés pour le rendre abordable, ce choix de système serait une énorme contrainte pour le design, à cause du manque de flexibilité des logiciels basés uniquement sur des binaires. Troisièmement, puisque tout l’intérêt est d’aider les gamins dans leur apprentissage-exploration, il est contre-productif de cacher les mécanismes – l’open source pour le système d’exploitation est vraiment un élément de l’expérience d’apprentissage.

Ce ne devrait donc pas être une surprise de voir le portable OLPC tourner sous Linux. En fait, absolument tous les composants logiciels de la machine seront sous licence libre – même jusqu’au BIOS, qui sera LinuxBIOS, écrit en langage Forth. A cause de la complexité liée à la présence du code source pour tous les logiciels sur des ordinateurs si minuscules, avec de telles contraintes de stockage, l’équipe a également décidé d’écrire une énorme partie du système en Python, un langage de programmation interprété qui simplifie grandement cette exigence. En Python, la source est le programme fonctionnel, donc il n’y a en fait qu’une seule chose à distribuer ; la source est particulièrement facile à lire, même pour des élèves de secondaire ; de plus, aucun compilateur ou système pour le build n’est requis pour qu’ils utilisent ou modifient le logiciel sur l’ordinateur. Les changements se voient immédiatement, dans l’environnement d’exécution. [2]

OLPC - 2

En fait, les portables OLPC sont conçus pour faciliter autant que possible ce genre d’exploration. Le développement de logiciels est une des nombreuses « activités » qu’un enfant est invité à explorer dans Sugar, l’interface utilisateur de la machine. Chaque programme est conçu pour permettre à l’enfant d’appuyer sur une simple touche « View source » pour voir le code Python qui se cache derrière l’application (vous avez peut-être remarqué que la plupart des navigateurs web disposent d’une telle fonctionnalité, ce qui rend le HTML hautement accessible, même aux « non-programmeurs » partout dans le monde).

« Le développement de logiciels est une des nombreuses activités qu’un enfant est invité à explorer dans l’interface utilisateur de la machine Sugar. »

Les conséquences de cette décision donnent le vertige et font et rêver. Autour du monde, peut-être avant 2010 ou 2012, il pourrait y avoir jusqu’à cent millions d’enfants, de six à dix ans, qui utiliseraient un environnement de programmation Python complet et facile d’accès, ainsi qu’un système d’exploitation rempli de programmes amusants à bidouiller. Il est difficile d’imaginer un enfant qui ne serait pas attiré. [3]

OLPC - 3

Juste pour dire, imaginez qu’en fait seul un enfant sur mille soit réellement impliqué, et atteigne le point où l’on puisse légitimement l’appeler un « développeur open source ». Cela ferait cent mille personnes. Rappel : Debian GNU/Linux, dont nous avons déjà vu que la valeur peut être évaluée à dix milliards de dollars ou plus, a été produit par bien moins de développeurs.

Toujours est-il que le projet OLPC lui-même a été cité dans la presse pour des raisons moins positives. Il y eut des accusations de mauvaise gestion, et des conflits de personnalité sont apparus. Il y eut une brouille avec Intel, et une réorganisation de certains aspects de la gestion du projet est actuellement étudiée. Certains craignent que les grandioses objectifs ne soient pas atteints. Mais sur le long terme ce ne sont pas des considérations très importantes, parce que même si OLPC en lui-même échoue, le concept de la mission est déjà validé, et c’est la mission qui importe. Si ce n’est pas XO, alors une autre machine à très bas coût sera déployée de par le monde pour occuper la même niche. Certains concurrents ont déjà fait leur apparition sur ce marché.

Un marché totalement nouveau pour les ordinateurs

Assez de gens dans les pays développés ont été impressionnés par le design du XO, pour que les grands fabricants et concepteurs s’y intéressent. Clairement, il y a une demande pour un ordinateur entre 200 et 400 dollars qui fasse ce que le XO fait. Et comme les chaînes de production et de distribution pour OLPC sont en quelque sorte handicapées par les spécificités de sa mission, les développeurs commerciaux apparaissent pour occuper l’espace vide de ce marché.

Une nouvelle gamme de portables à bas coût, basés sur de la mémoire flash, des processeurs faibles, un design extrêmement rustique, et des systèmes d’exploitation GNU/Linux sont en cours de conception et de fabrication pour répondre à la demande. [4]

OLPC - 4

Par chance, ces ordinateurs auront au moins le même impact dans les pays riches que le XO en aura dans les pays pauvres : des millions et des millions de personnes seront exposées à une expérience immédiate, grâce à GNU/Linux et aux logiciels libres. De tels utilisateurs ne demanderont pas « pourquoi devrais-je passer au logiciel libre ? », mais « pourquoi est-ce que je voudrais un jour passer à quoi que ce soit d’autre ? ». La motivation du garde-ce-que-tu-connais est puissante, et cet avantage s’appliquera alors au logiciel libre.

« Des millions et des millions de personnes seront exposées à une expérience immédiate, grâce à GNU/Linux et aux logiciels libres. »

Pourtant, le plus intéressant est que, avec une telle exposition supplémentaire (et tellement de publics différents), le potentiel pour de nouvelles implications, de nouvelles idées, et de nouveaux développements de logiciels augmente également. Et bien sûr, chaque morceau grignoté entraîne dix fois plus de gens, ce qui signifie qu’il y a aussi un plus vaste bassin de ressources pour la croissance des infrastructures (plus souvent dans le cas de systèmes déployés dans des pays riches, évidemment).

Les pionniers et la nouvelle vague

Ce qui en découlera, bien sûr, est que la « culture libre » actuelle n’est vraiment que le « projet pilote ». Le vrai phénomène social est encore à venir. Et si les développeurs de logiciels libres, les hackers de matériel ouvert, et les créateurs de culture libre peuvent faire bouger le monde autant que nous l’avons déjà vu, alors il est clair que cette nouvelle vague d’un toute autre ampleur réinventera tout simplement le monde.

Notes

[1] Figure 1 : Les ordinateurs One Laptop Per Child « XO » sortant de la chaîne d’assemblage, pour leur première utilisation. Dans le sens des aiguilles d’une montre, depuis le coin en bas à gauche : les tout premiers portables qui sortent de la chaîne d’assemblage ; des enseignants lors d’un séminaire OLPC ; des enseignants à Oulan-Bator, en Mongolie ; une représentante du ministère de l’éducation mongol, lors de la cérémonie de remise des premiers exemplaires (Images : OLPC Project / CC-By 2.5).

[2] Figure 2 : les portables OLPC sont déjà déployés dans beaucoup d’endroits du monde technologiquement sous-équipés (les données de participation sont basées sur la fin de l’année 2007, depuis des informations présentes sur le site http://www.laptop.org).

[3] Figure 3 : Des enfants à la découverte de la technologie. L’OLPC, à cause de sa conception à base de logiciels libres, offre des possibilités sans précédent pour ses nouveaux utilisateurs partout dans le monde (Images : OLPC Project / CC-By 2.5).

[4] Figure 4 : Bien que OLPC vise les pays en développement, il oriente le marché et des concurrents commerciaux viennent rapidement occuper le vide dans le marché (Crédits: OLPC Project / CC-By-2.5 (XO), S2RD2@Flickr/CC-By-2.0 (Classmate), Red@Wikipedia/CC-By-3.0 (Eee), Sinomanic et ONE sont des photos provenant de communiqués de presse des entreprises respectives).




Largage de liens en vrac #4

Peasap - CC byEt c’est reparti pour un bordélique petit tour du web section actualités logicielles (subjectif et personnel). C’est pas pour dire mais dans l’tas, 41 liens mine de rien, y’a pas mal de trucs intéressants… [1]

Et pour tous les épisodes précédents et à venir c’est ici.

  • BitRock InstallBuilder : Un installateur de logiciels multi-OS qui semble d’après la très probante démo vraiment bien réalisé.
  • BitRock Custom Stacks : Des mêmes auteurs, un installateur de plateformes web pour version locale avec un serveur LAMP intégré. Pour voir ce que cela donne avec des solutions éprouvées comme Drupal, Mediawiki, WordPress…, rien de tel que de tester le service Bitnami. Comme tout est autonome et indépendant, peut sous Windows se mettre sur une clé USB.
  • Luminotes : Luminotes est une sorte de wiki WYSIWYG à la sauce Ajax pour organiser ses notes et ses idées (quand on en a). La présentation fait très web 2.0 mais contrairement à l’habitude (et c’est heureux) il y a une version serveur personnel sous licence GPL à télécharger pour l’installer où l’on veut et conserver ses données en lieu sûr.
  • Instantbird : Un client de messagerie instantanée multi-protocoles (et multiOS) qui réalise une sorte de mix entre Pidgin et les technologies Mozilla.
  • Insoshi : Même idée que le logiciel précédent (et toujours sous Ruby on Rails). Les options libres pour réaliser son petit réseau social commencent donc à fleurir (si quelque visiteur pouvait les comparer et laisser son avis dans les commentaires, ce serait enrichissant pour tout le monde).
  • Zotero : Une extension pour Firefox permettant de collecter efficacement des documents du web. C’est une sorte de Scrapbook en plus puissant (parait-il). Lire ce tutoriel pour mieux comprendre de quoi il s’agit.
  • SocialProfile : Une extension pour Mediawiki (le wiki de Wikipédia) qui nous vient de Wikia et qui apporte a priori un petit aspect réseau social à votre wiki.
  • Getboo : Pour faire votre propre petit site del.icio.us (c’est-à-dire un annuaire de liens partagés).
  • myToDoListPHP : Comme son nom l’indique. Simple et fluide grâce à un peu d’Ajax.
  • Pencil : Pas mal de récentes améliorations pour ce logiciel d’animation 2D qui s’accouple parfaitement avec une tablette graphique.
  • Strip-It : Logiciel (web) permettant de créer dynamiquement une galerie (web) pour comic-strips (web) dessinés en SVG (web, donc). Petit clin d’œil à notre ami Nojhan, émérite dessinateur de Geekscottes 😉
  • ZScreen : Petit mais costaud captureur d’écran (sic !) pour Windows avec une fonction pratique d’upload FTP à la volée.
  • WordIt : Uniquement Windows, un tout petit traitement de texte en version alpha qui semble assez prometteur (utile par exemple pour sa fonction export en PDF).
  • Sakura : Tant qu’on y est je signale aussi cet petit éditeur texte spécialisé dans le japonais.
  • StorYBook : Un utilitaire qui permet aux écrivains (ceux qui se décident à écrire quelque chose qui ressemble à un livre) de mieux gérer la masse d’information en particulier pour ce qui concerne les personnages, les lieux, etc.
  • OpenLayers : Une bibliothèque en JavaScript qui permet de faire afficher des cartes sur votre sit web un peu comme avec Google Maps.
  • Hartija : Un framework d’impression pour votre site web ou, si vous préférez, une sorte de CSS universel pour l’impression de vos pages (dont finalement assez peu de webmasteurs se soucient réellement).
  • Magical Jelly Bean Keyfinder : Un utilitaire portable permettant de retrouver vos clés et autres numéros de série égarés (comme celle de votre OS Windows mais également de pas mal d’autres programmes). Uniquement Windows.
  • RarCrack : Dans le même ordre d’idée, signalons ce petit script qui permet, sous Linux, de retrouver un mot de passe oublié dans un fichier compressé de type .rar, .zip ou .7z.
  • OpenKM : Gestionnaire de documents à orientation professionnelle avec interface web.
  • Tracks : Si vous souffrez (comme moi) de procrastination et que vous vous intéressez (comme moi… bientôt) à la méthode GDT (Getting Things Done) pour améliorer les choses, alors cette application web pourra vous être utile.
  • ThinkingRock : Même idée que le logiciel précédent. Comme il est dit en accueil du site « Si vous n’avez pas le temps pour télécharger et utiliser ThinkingRock alors ce logiciel est vraiment fait pour vous ! »
  • Spaz : Le client Windows/Mac/Linux que tout adorateur de Twitter (et du libre) attendait ? (utilise le framework AIR d’Adobe)
  • Freeway : Ce ne sont pas les plateformes d’eCommerce Open Source qui manquent actuellement. Mais si celui-ci vient s’ajouter aux autres, il y a peut-être une raison.
  • Vidnik : Seulement si vous avez un Mac et un compte YouTube !
  • Jsvi : Le célèbre éditeur Vi en Javascript !
  • Screenlets : Comme il est dit sur Ubuntu-fr, Screenlets est un programme qui permet de gérer les widgets. C’est à dire de mini programmes présents sur le bureau qui permettent par exemple de voir la météo, écrire des notes…
  • Ubuntu Brainstorm : Ubuntu Brainstorm permet aux utilisateurs de soumettre aux votes de la communauté de nouvelles idées pour améliorer la célèbre distribution GNU/Linux. Devant le succès rencontré, les développeurs ont décidé d’ouvrir le code de la plate-forme (qui repose sur Drupal) pour permettre à d’autres projets d’en faire de même.
  • Subtitle Editor : Ils en ont de la chance ceux qui sont sous GNU/Linux de posséder ce bel outil pour éditer des sous-titres à leurs vidéos.
  • Linux Wallpapers : Juste une page hébergeant des fonds d’écran aux couleurs d’une bonne vingtaine de distributions Linux (j’aime bien celui de Suse personnellement).
  • HandBrake : Ce performant rippeur de DVD en MPEG-4 (pour une sortie qui accepte les formats libres MKV et OGM) est désormais aussi disponible sous Linux et Windows.
  • Wireshark : Ethereal est mort, vive Wireshark ! Nouveau nom mais pas seulement pour ce très bon analyseur de protocole de réseau utile aux admin-sys. Signalons également dans la même catégorie Angry IP Scanner.
  • MikeOS : Un système d’exploitation qui ne dépasse pas les 400 ko et que l’on peut booter depuis nos bonnes vieilles disquettes ! Une gageure mais aussi une source d’étude pour les étudiants puisque la source d’étude propose ses sources !
  • Biniax : Encore un jeu addictif (d’après les adeptes, ce qui est logique !). Jeu de réflexion proche du concept des dominos.
  • Chumby : Ce n’est pas un logiciel mais un truc non identifié entre le robot et le radio réveil avec du Linux embarqué dedans. Permet de faire afficher plein de choses qui frisent parfois l’inutile.
  • Kysoh : Même principe que Chumby mais cette fois-ci le robot ressemble fort à un pingouin connu !
  • Open Pandora : Tant qu’on est dans le dur, un peu de buzz avec l’annonce de la sortie prochaine de l’UMPC libre Pandora qui pourrait bien être à la console de jeu (de type Nintendo DS ou PSP) ce que l’Asus Eee Pc fut pour les ordinateurs portables. Sous Linux et avec wi-fi et écran tactile siouplait !
  • Cubit and TouchKit : Et pour finir en beauté, toujours du hardware avec ce projet d’ecran tactile. Un peu comme le iPhone mais sur un gros cube, le bien-nommé Cubit ! Prometteur et potentiellement très créatif. Repose sur le TouchKit dont les sources sous licence libre seront bientôt disponibles pour la grandes joies des bidouilleurs en herbe.

Notes

[1] Crédit photo : Peasap (Creative Commons By)