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Ce que Framasoft pourrait faire en 2022, grâce à vos dons

« Iels sont bien gentil⋅les à Framasoft, mais pourquoi est-ce que je devrais leur faire un don ? ».
C’est une bonne question, et on vous remercie (sincèrement, oui oui) de l’avoir posée 🙂

D’abord parce que cette question est tout à fait légitime. Votre argent est précieux, et l’incertitude face à l’avenir mérite qu’il soit dépensé ou investi utilement.

Ensuite parce que Framasoft est une association qui ne peut agir que grâce à vos dons. Nous vous devons donc le maximum de transparence quant à nos actions menées et à venir. Vos dons viennent à la fois récompenser le travail effectué, mais aussi encourager les projets futurs.

Depuis le 12 octobre, nous vous présentons un panel de ce que Framasoft a réalisé ces derniers mois, grâce à vos dons.

« Frama, c’est pas que… »Pour l’automne 2021, chaque semaine, nous voulons vous faire découvrir un nouveau pan des actions menées par Framasoft. Ces actions étant financées par vos dons (défiscalisables à 66 %), vous pouvez en trouver un résumé complet, sous forme de cartes à découvrir et à cliquer, sur le site Soutenir Framasoft.

➡️ Lire cette série d’articles (oct. – déc. 2021)

Illustrée sous la forme de cartes, cette campagne rappelle que Framasoft, ça n’est pas que Framapad, Framadate, PeerTube ou Mobilizon. Mais bien plusieurs dizaines de projets en parallèle, avançant chacun à leur rythme, tous dans la même direction : vous redonner du pouvoir sur le numérique.

Par contre, ce que cette campagne ne vous a pas encore révélé, c’est ce que nous comptons faire en 2022, si vous nous en donnez les moyens.

Ce sont ces intentions que nous souhaitons vous présenter ci-dessous.

Framasoft 2022
Illustration CC BY David Revoy (sources)

 

Framasoft et les associations

Tout d’abord, et c’est sans doute l’un des principaux points, nous souhaitons vous dévoiler en 2022 un nouvel axe d’actions, qui se prolongera donc sur plusieurs années.

Nous l’exprimions il y a déjà plusieurs années, « Dégoogliser ne suffit pas ». Notre vision, résolument politique, d’un numérique émancipateur, ne peut exister et n’aurait pas de sens en dehors d’autres luttes. Les combats pour plus de justice et d’égalité, donc moins de monopoles et de dominations, s’entrecroisent, se rejoignent et se complètent.
« Pas de société libre sans logiciel libre » est, pour nous, une conviction. Mais cela ne signifie pas qu’une société où le logiciel libre aurait « gagné » suffirait à fournir les conditions d’une société libre.

À Framasoft, nous faisons attention à ne pas (trop) nous épuiser, à éviter le burnout militant. Nous faisons donc le choix d’agir essentiellement là où nous nous sentons fortes et forts : le numérique. Mais cela ne signifie pas que nous ignorons les autres luttes.

Or, l’un des soucis que nous identifions, c’est que celles et ceux qui agissent « pour un monde meilleur » le font souvent dans des milieux associatifs qui disposent de peu de moyens, avec des cultures numériques hétérogènes, et utilisent massivement les outils des GAFAM (qui sont fort efficaces, il faut le reconnaître).

Nous souhaitons donc amorcer en 2022 un ensemble de projets s’adressant particulièrement aux publics associatifs, militants, ou œuvrant pour le progrès social et la justice sociale.

Illustration CC BY David Revoy (sources)

 

Nextcloud, une suite logicielle pour outiller les assos

Cela fait plusieurs années qu’on tourne autour, nous l’évoquions en 2019, puis 2020, mais clairement la pandémie a limité l’énergie que nous pouvions mettre sur ce projet.

Nextcloud, dont la version 23 vient tout juste de sortir, est un excellente suite logicielle permettant de gérer fichiers, agendas, contacts, rédaction collaborative, etc. Cependant, beaucoup d’associations utilisent Google Docs, Dropbox & co. D’abord, parce que Nextcloud est peu connu (normal, les moyens marketing ne sont pas les mêmes). Ensuite parce que Nextcloud a une ergonomie souvent perfectible (par exemple, partager un fichier n’est pas évident, alors que c’est tout de même une fonctionnalité de base). Enfin, trouver le « bon » prestataire pour vous proposer une instance Nextcloud fiable et correspondant à vos besoins et vos moyens reste relativement complexe (même si de nombreux chatons proposent ce service. Coucou les ami⋅es de IndieHosters ou de Zaclys 👋)

Nous voulons donc, en 2022, travailler à rendre Nextcloud plus simple et plus accessible pour toutes et tous. À la fois en améliorant le logiciel, mais aussi sa notoriété ou sa documentation. Enfin, nous nous efforcerons de proposer une offre spécialement destinée aux associations.

Faire un don à Framasoft, c’est nous donner des moyens pour faciliter l’adoption de Nextcloud.

Émancip’Asso pour une cohérence numérique

Ce projet est né d’un constat partagé avec nos partenaires et ami⋅es d’Animafac : même si de plus en plus d’organisations prennent conscience de la nécessité de mettre en cohérence leurs outils numériques avec leurs valeurs, elles ont peu d’énergie et de compétences en interne pour se lancer dans une telle démarche. À ceci s’ajoute le constat que peu de structures sont actuellement en mesure de réellement guider et orienter les associations dans leur transition numérique libre.

Le projet Émancip’Asso a pour principal objectif de proposer aux associations des acteurs en mesure de les accompagner dans leur démarche de « dégafamisation ».

Nous souhaitons ainsi offrir un programme de formation aux acteurs qui proposent aux associations des services et accompagnements spécifiques. Cela afin que ces structures soient en mesure d’identifier les besoins d’une organisation pour les prendre en charge en intégralité, qu’il s’agisse d’hébergement, d’infogérance, d’installation de logiciels libres particuliers ou d’assurer un support technique ou des formations.

Cela va nous demander du temps et de l’énergie, mais nous sommes convaincu⋅es que l’offre d’accompagnement professionnel est l’un des angles morts du libre associatif, et qu’il faut multiplier et renforcer les acteurs capables de satisfaire ce besoin.

Faire un don à Framasoft, c’est nous aider à accompagner les accompagnateur⋅ices à la dégooglisation des associations.

Un observatoire sur les pratiques numériques libres

La mission de cet observatoire sera d’étudier les évolutions des usages numériques des associations.

Par le biais d’enquêtes, d’analyses (en y associant autant que possible des usager⋅es, des designers, des chercheur⋅euses, des partenaires associatifs, etc), nous souhaitons mieux comprendre les outils, les habitudes, les expériences des personnes qui utilisent le logiciel libre. Ou mieux comprendre pourquoi elles ne l’utilisent pas !

En effet, pour répondre avec pertinence aux besoins des deux projets précédents, nous avons besoin de qualifier et de quantifier aussi objectivement que possible quels sont les logiciels libres utilisés, pour quelles raisons, avec quelles frictions, etc. Bref, qu’est-ce qui « marche » ? Qu’est-ce qui ne « marche pas » ? Et surtout, pourquoi ?

Faire un don à Framasoft, c’est aider à éclairer et enrichir notre compréhension des pratiques associatives libres.

PeerTube v5

La version 4 de PeerTube est à peine sortie du four, que nous vous annonçons déjà notre volonté de travailler sur PeerTube v5 !

Dans cette version, nous souhaitons avant tout nous attacher à résoudre certains points de frustration et améliorer l’utilisabilité, notamment sur les formulaires d’upload de vidéos et d’inscription des utilisateur⋅ices.

Mais nous souhaitons aussi donner plus de maîtrise aux gestionnaires d’instances comme aux vidéastes. Que cela soit en leur permettant plus d’actions par lots (par exemple en permettant le déplacement d’un ensemble de vidéos vers une autre chaîne) ou en affinant les outils de gestion de fichiers (par exemple supprimer une définition d’une vidéo).

Si nous parvenons à faire financer cette fonctionnalité, nous voudrions aussi proposer un outil permettant d’éditer (de façon basique) des vidéos. Cela permettrait, par exemple, aux vidéastes de couper quelques secondes en début ou fin de vidéo directement dans PeerTube.

Enfin, nous désirons aussi améliorer les capacités de synchronisation entre YouTube et PeerTube. Cette possibilité existe déjà, mais uniquement en ligne de commande. Nous voulons donc proposer une interface au sein de PeerTube, qui permettrait, par exemple, de répliquer automatiquement l’intégralité des vidéos d’une chaîne YouTube vers une chaîne PeerTube.

Faire un don à Framasoft, c’est soutenir le développement d’une alternative libre, décentralisée et fédérée à YouTube, pour reprendre le pouvoir sur vos vidéos.

Illustration CC BY David Revoy (sources)

 

Mobilizon v3

Mobilizon, comme PeerTube, vient tout juste de bénéficier d’une nouvelle mise à jour. Et nous comptons bien vous en proposer une nouvelle version majeure en 2022.

Pour vous donner un petit aperçu du programme : développement d’un outil de recherche global multi-instances, sur le modèle de SepiaSearch ; refonte de la page d’accueil de l’instance ; création d’une toute nouvelle vue « Carte » permettant de visualiser et chercher les événements de façon géographique ; outil d’importation depuis Meetup et Facebook ; et bien d’autres choses !

Faire un don à Framasoft, c’est favoriser l’émergence d’une alternative aux événements et groupes Facebook, éthique et respectueuse de votre vie privée.

Illustration CC BY David Revoy (sources)

 

Un Framanifeste pour affirmer nos choix

Framasoft travaille, en pointillés depuis 2019, sur la rédaction de son manifeste.

En 2022, nous souhaitons achever ce travail et publier ce texte important non seulement pour nous, mais aussi pour vous, puisqu’il clarifie la raison d’être de l’association. Il définira aussi le cadre de nos actions et les valeurs qui fondent notre identité.

Faire un don à Framasoft, c’est soutenir plusieurs dizaines de projets portés par une association aux multiples facettes techniques, politiques, exploratoires.

Illustration CC BY David Revoy (sources)

 

Faire collectif : les CHATONS

Le Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires compte aujourd’hui une centaine de structures réparties sur le territoire français, avec des membres en Belgique, au Québec et en Suisse. Framasoft assure la coordination et l’animation du collectif depuis sa création fin 2016 (avec une salariée qui y consacre environ 30% de son temps de travail).

En 2022, nous souhaitons lancer une réflexion sur les objectifs que se donne le collectif et les moyens pour y parvenir. Cela passera notamment par l’organisation d’un nouveau camp CHATONS à l’été 2022, et par la poursuite de notre travail de « déframasoftisation » de la coordination du collectif.

Par ailleurs, les contenus produits et captés lors de la formation Émancip’Asso permettront aussi de préparer le travail pour un second module du MOOC CHATONS, afin de faciliter les naissances de chatons solides sur leurs pattes et autonomes face à leurs publics.

Faire un don à Framasoft, c’est permettre la création, la consolidation et la mise en réseau de structures proposant des services web répondant à des critères éthiques forts.

Illustration CC BY David Revoy (sources)

 

Partager savoirs et connaissances : UPLOAD

UPLOAD, c’est notre proposition de coconstruire avec vous une Université Populaire Libre, Ouverte, Autonome et Décentralisée.

De mois en mois, nous affinons les contours de ce projet. Déjà préfigurées par le MOOC CHATONS, des Librecours ou du podcast UPLOAD, toutes ces expérimentations illustrent notre envie de partager le savoir, et la capacitation qui va de pair avec l’acquisition de savoirs.

Faire un don à Framasoft, c’est concourir à inventer de nouveaux espaces de partage de connaissances.

Illustration CC BY David Revoy (sources)

Des Livres en Communs

La maison d’édition Framabook est née en 2006; 16 ans plus tard, nous souhaitons la faire évoluer.

Des Livres en Communs (ce sera le nouveau nom de Framabook) a pour intention de se concentrer sur la création et la production de communs culturels.

Depuis plus de deux cents ans, l’édition place les auteurs et autrices en situation de subordination économique, s’arrogeant de fait tous les droits patrimoniaux et n’octroyant un revenu aux auteurs et autrices qu’en consacrant une rente liée à cette propriété, privant le public de tout accès non rémunéré ou rémunérateur au fruit du travail des auteurs et autrices. Ces derniers produisent donc un capital qui ne participe à l’avancement culturel que parce qu’il peut être exploité en tant que valeur marchande monétisée. Cela transforme l’objet culturel en produit industriel comme un autre, balayant la pertinence de ses usages sociaux.

La grande particularité de cette nouvelle maison d’édition sera de reconnaître la réalité de ce travail en amont, en le rémunérant directement par une bourse d’écriture versée aux auteur⋅ices pour reconnaître plus équitablement leur travail de création.

Faire un don à Framasoft, c’est soutenir des créateurs et créatrices d’œuvres mises à disposition sous forme de communs culturels.

Illustration CC BY David Revoy (sources)

 

Soutiens à la culture, au libre et aux communs

Nous l’exposions il y a peu, nous participons activement à un certain nombre de projets en dehors de Framasoft.

Par exemple, nous soutenons (financièrement ou humainement) des projets de développement informatique tels que la plateforme de pétitions Pytition, le logiciel de comptabilisation du bénévolat valorisé Bénévalibre, l’application pour smartphone PeerTube Live, ou le plugin PeerTube Live Chat.

Nous accompagnons aussi l’émancipation de certains de nos logiciels, tels que Framadate ou Framaforms/Yakforms afin d’en faire, au-delà de simples logiciels libres, de véritables communs.

Nous souhaitons aussi rouvrir un chantier de « dépoussièrage » de MyPads, notre plugin permettant d’organiser vos pads. Nous hébergeons plus de 230 000 utilisateur⋅ices et 300 000 pads sur https://mypads.framapad.org et ce nombre ne cesse de grandir. Il nous parait donc urgent et important de corriger quelques frictions pénibles.

Mais notre soutien ne se limite pas au code.

Nous consacrons aussi du temps à conseiller nombre d’associations ou collectifs en répondant à leurs questions diverses et variées sur le numérique ou le fonctionnement associatif. Contribateliers, Réseau Infoclimat, l’atelier paysan, Exodus Privacy, Contribulle ne sont que quelques exemples de structures que nous accompagnons ponctuellement ou au long cours.

Nous cofinançons et participons activement aux travaux de recherche d’Audrey Guélou, doctorante à l’UTC, dont le sujet de thèse est « Configurations techno-éthiques pour les médias sociaux décentralisés et fédérés », afin de mieux comprendre ce nouveau territoire qu’est le Fediverse.

En 2022, nous poursuivrons aussi notre participation au collectif « La Coalition – Libertés associatives » qui s’est fixé pour mission de proposer des stratégies de riposte contre les répressions subies par le secteur associatif.

Faire un don à Framasoft, c’est participer au soutien et à la consolidation d’initiatives extérieures à Framasoft, mais aux valeurs alignées avec celles de l’association.

Illustration CC BY David Revoy (sources)

Organisation de rencontres

La situation sanitaire actuelle (oui, la pandémie mondiale, c’est à toi qu’on s’adresse) rend plus difficile le fait de se rencontrer physiquement. Or c’est souvent lors de ces rencontres que les liens se tissent et se renforcent, que les envies s’expriment, que les mobilisations s’inventent. Sans elles, certains projets ont plus de mal à avancer, et surtout la motivation a tendance à stagner, si ce n’est disparaître.

Il ne s’agit pas d’organiser une rencontre estampillée « Framasoft », ou un défilé de conférencier⋅es. Mais bien de proposer des espaces d’échanges, de face-à-face, de dialogue.

Nous souhaitons créer de nouveaux espaces de rencontres physiques, pour faciliter les points de contacts entre des acteur⋅ices aux compétences différentes et aux vécus singuliers : des personnes du libre, mais aussi de l’éducation populaire, de la solidarité, de la redirection écologique, de la médiation numérique, etc. Nos mondes ne se parlent que très peu, et nous passons à côté d’occasions de nous écouter, de nous comprendre, de faire les choses ensemble.

Faire un don à Framasoft, c’est se donner une chance supplémentaire de « croiser les flux » entre différents mouvements et d’élargir les capacités de mobilisations.

Illustration CC BY David Revoy (sources)

 

Nous avons besoin de sous, et donc de vous !

Vous l’aurez compris, les graines que nous voulons planter en 2022 sont nombreuses, et nos ambitions sont grandes au regard de la petite taille de l’association.

Pour avancer, nous avons besoin de moyens financiers, et nous espérons que les (bientôt) 20 ans d’actions de l’association tendent à démontrer que, lorsqu’on nous en donne les moyens, les souhaits que nous exprimons peuvent devenir, pour vous, une réalité.

Merci !

Soutenir Framasoft




Frama, c’est aussi de la médiation aux communs numériques

De l’édition de livres aux ateliers et conférences, des interviews aux traductions sur le blog et jusqu’au podcast… À Framasoft, nous explorons de nombreuses manières de partager ce que nous savons et d’apporter notre pierre à l’édifice des communs culturels.

« Frama, c’est pas que… »

Pour l’automne 2021, chaque semaine, nous voulons vous faire découvrir un nouveau pan des actions menées par Framasoft. Ces actions étant financées par vos dons (défiscalisables à 66 %), vous pouvez en trouver un résumé complet, sous forme de cartes à découvrir et à cliquer, sur le site Soutenir Framasoft.

➡️ Lire cette série d’articles (oct. – déc. 2021)

Nous avons la chance, à Framasoft, d’avoir du temps libéré pour observer et tenter de comprendre le monde numérique actuel, ses règles, ses mécanismes. Cette connaissance nous sert à imaginer et explorer des pistes pour faire autrement, s’extraire du capitalisme de surveillance et de l’économie de l’attention. Mais ce serait bien triste si les savoirs et expériences que nous accumulons n’étaient pas partagés !

jeu de cartes Framasoft "…de la médiation aux communs numériques"

Rencontres et conférences

Les 37 membres de l’association Framasoft vivent dans une trentaine de villes différentes. C’est une chance, cela nous permet de pouvoir régulièrement répondre à des invitations de participer à des ateliers, tables-rondes, conférences, échanges, etc. Et si les agendas ne s’alignent pas, nous savons refuser poliment aussi.

Carte "Rencontres" Habitant aux quatre coins de l’hexagone, les membres de Framasoft interviennent régulièrement dans des événements. D’ateliers en webinaires, de conférences en ciné-débats, nous partageons nos observations, craintes et espoirs sur le numérique, et le monde qu’il façonne.

Certes, la pandémie qui continue de façonner nos vies a réduit le nombre de rencontres auxquelles nous participons actuellement. Mais elle a aussi normalisé les webinaires et autres interventions à distance auprès du grand public et des personnes qui organisent ces événements (ce qui nous a par exemple permis de participer à L’Özgürkon, la convention des libristes en Turquie).

Voilà qui tombe bien, causer à distance, c’est une chose que nous savons faire !

illustration CC-By David Revoy (sources)

Réponses aux médias

Soyons clair·es : Framasoft n’a aucune stratégie médias. Nos timidités, nos syndromes de l’imposteur, notre refus de se poser en expertes, notre vigilance à éviter d’avoir des têtes d’affiche, font que nous ne sommes pas de « bons clients ». L’association est de toute façon peu représentée à Paris, où une majeure partie de la sphère médiatique cherche ses intervenant·es.

Carte "Médias" Framasoft ne va – quasiment – jamais chercher l’attention des médias, car mine de rien, c’est du boulot ! Cependant, nous répondons régulièrement à des invitations à partager nos points de vue sur la centralisation du web, les pratiques numériques émancipatrices, etc.

Cependant, nous nous efforçons de répondre aux médias qui viennent nous interroger sur les enjeux du numérique (là où nous avons une expérience et une expertise à partager). Il nous arrive donc de nous frotter à l’interview « face cam » pour un documentaire, à la courte citation pour un quotidien, à des questions de la presse spécialisée indépendante, à celles d’un podcast pas du tout porté sur la « tech »…

Répondre aux entrevues n’est pas un exercice que nous recherchons, ni que nous affectionnons particulièrement (sauf lorsqu’il s’agit de contribuer aux recherches des universitaires). Cela reste cependant une manière intéressante d’accueillir la remise en question, de sortir de notre zone de confort et de semer des graines d’émancipation numérique aux quatre vents des internets.

illustration CC-By David Revoy (sources)

Le Framablog

Le Framablog est le principal organe de communication et de publication de Framasoft : dès que nous avons une action à annoncer, une déclaration qui nous démange, c’est sur le blog que ça se passe. Cependant, nous voulons que le Framablog soit plus que cela.

Carte "Framablog" Avec plus de 10 articles par mois, c’est sur le Framablog que Framasoft s’exprime le plus. Revue de presse, annonces de l’association, interviews, pamphlets, nouvelles du monde du Libre… Nous essayons d’ouvrir le Framablog à de multiples formes d’écritures et à divers invité·es.

Chaque lundi, Khrys nous offre son Khrys’presso, sa revue de web de la semaine ; qu’elle concocte en toute autonomie et liberté.

Régulièrement, le comité communication s’applique à faire découvrir une démarche libre intéressante, amusante, bouleversante, au travers d’interviews variées.

Par ailleurs, nous nous évertuons à inviter d’autres voix sur le Framablog. Il s’agit de personnes du monde du libre et des communs qui partagent leur expertise et leur expérience, dont nous reprenons (avec leur accord) des textes publiés sur leur propre blog.

Depuis l’été 2021, nous expérimentons autre chose : « commander » (c’est-à-dire solliciter et non pas diriger) des textes auprès de plumes qui nous inspirent et dont nous aimerions qu’elles consacrent un peu de leur verve à détailler un sujet qui nous importe. C’est ainsi qu’est né le dossier publié en feuilleton sur le Militantisme Déconnant de Viciss (du blog Hacking Social).

Cette collaboration est la première d’une série que nous espérons longue et fructueuse.

illustration CC-By David Revoy (sources)

Framalang

Framalang est né de cette envie de partager des nouvelles du monde du Libre avec les non-anglophones. Ce groupe cherche des articles (voire livres, sites web, etc.) en anglais (et parfois en italien, en espagnol) que les membres ont envie de traduire pour les partager avec le monde francophone (souvent sur le Framablog).

Carte "Framalang" Le groupe de travail Framalang traduit – en toute autogestion – des articles, sites et livres… Le monde du numérique exclut parfois les non-anglophones, c’est pour cela que Framalang publie ses traductions sur le Framablog.

Le groupe Framalang est, à nos yeux, un très bel exemple de la relation qu’il peut y avoir entre une association (Framasoft) et un groupe de contributeurices auto-géré·es (Framalang). Le rôle de Framasoft se borne à donner à Framalang les moyens d’œuvrer : un espace, des outils, une audience, du temps et du soin dans l’animation du groupe…

Le collectif Framalang prend ses propres décisions, que ce soit dans le choix des textes à traduire, dans les méthodes et outils (qui ont évolué au fil des ans), ou les choix linguistiques et de mise en page. Framalang illustre une règle importante chez Framasoft : dans le respect du collectif, c’est kikifé kidécide.

illustration CC-By David Revoy (sources)

Des livres en Communs

Ah ! si vous saviez comme nous sommes impatient·es de vous montrer cette nouvelle évolution de notre maison d’édition ! Depuis plus d’un an, les membres du projet Framabook ont décidé de revoir intégralement le fonctionnement actuel qui reposait sur « le pari du livre libre ». En effet, jusqu’à présent, ce pari consistait à distribuer librement et gratuitement les ebooks tout en rémunérant honnêtement les auteurs et autrices sur les ventes papier.

Carte "Des livres en communs" La maison d’édition Framabook évolue et devient « Des Livres en Communs ». Depuis quelques mois, Framasoft prépare la renaissance de ce projet historique de l’association, avec un changement de paradigme pour mieux soutenir la création de communs culturels.

Seulement, nous n’avons jamais su intégrer Framabook aux chaînes de distribution et de diffusion du livre en France, qui sont verrouillées et dirigées par les industries culturelles. Leur fonctionnement repose sur la propriété, la vente, l’exploitation.

Des Livres en Communs (ce sera le nouveau nom de Framabook) a pour intention de changer de paradigme, en se concentrant sur la création et la production de communs culturels.

Nous comptons attribuer à des auteurices une bourse d’écriture pour reconnaître et rémunérer plus équitablement leur travail de création. Nous donnerons davantage de détails ultérieurement, notamment sur la façon dont nous choisirons les bénéficiaires de ces bourses. L’objectif est d’accompagner ces auteurices dans leur processus, pour qu’iels mènent à bien leur création qui deviendra un Commun.

En attendant, ces derniers mois, il nous a fallu faire l’inventaire des contrats et projets existants chez Framabook, et imaginer comment accompagner la transition de ce beau projet dans un nouveau paradigme.

illustration CC-By David Revoy (sources)

UPLOAD

Les projets évoluent mais les envies restent. Annoncée en 2017 comme une université populaire du libre, UPLOAD représente désormais pour nous une Université Populaire Libre, Ouverte, Autonome et Décentralisée. Ici le libre n’est plus une fin en soi (ce que l’on apprend) mais bien une manière de partager les connaissances.

Carte "UPLOAD" Cette Université Populaire Libre, Ouverte, Autonome et Décentralisée commence à germer dans nos travaux. Elle est préfigurée par un podcast et des « librecours ». UPLOAD doit encore grandir en s’inspirant des mouvements de l’éducation populaire avant de trouver sa forme.

Ces derniers mois, les membres de Framasoft ont exploré différentes manières d’envisager UPLOAD. Parce que trouver un nom qui claque, c’est bien, mettre quelque chose derrière, c’est mieux ! Est-ce que c’est une plateforme où l’on peut partager des connaissances ? Une série d’outils pour aider des groupes locaux à organiser des temps d’éducation populaire ? Une série de parcours pédagogiques où l’on accompagne les personnes qui s’y engagent…?

La question n’est pas tranchée, et la réponse dépendra beaucoup des personnes, collectifs et initiatives que nous rencontrerons dans nos explorations, des besoins que nous percevrons et de l’utilité que Framasoft pourrait avoir ici ou là (sans forcément réinventer la roue, car des personnes ont déjà montré la voie et construit des ressources).

En attendant, quelques-unes de nos expérimentations préfigurent cette université populaire : qu’il s’agisse du MOOC CHATONS, des Librecours ou du podcast UPLOAD, toutes illustrent notre envie de partager le savoir, et la capacitation qui va avec l’acquisition de connaissances.

illustration CC-By David Revoy (sources)

Découvrez tout ce qu’est Frama !

Voilà qui conclut le focus de cette semaine. Vous pourrez retrouver tous les articles de cette série en cliquant sur ce lien.

Sur la page Soutenir Framasoft, vous pourrez découvrir un magnifique jeu de cartes représentant tout ce que Framasoft a fait ces derniers mois. Vous pourrez ainsi donner des couleurs à l’ensemble des activités que vous financez lorsque vous nous faites un don. Nous espérons que ces beaux visuels (merci à David Revoy !) vous donneront envie de partager la page Soutenir Framasoft tout autour de vous !

En effet, le budget de Framasoft est financé quasi-intégralement par vos dons (pour rappel, un don à Framasoft de 100 € ne vous coûtera que 34 € après défiscalisation). Comme chaque année, si ce que nous faisons vous plaît et si vous le pouvez, merci de soutenir Framasoft.

Frama, c'est pas que Framindmap ! C'est aussi des conférences, livres, articles blog... Bref, tout un travail pour partager savoirs et expérience ! Nos actions sont financées par vos dons, alors découvrez l'ensemble du travail de Framasoft sur Soutenir Framasoft
Cliquez pour découvrir toutes les cartes et soutenir Framasoft

Pour aller plus loin :




[RÉSOLU] Un pas de plus dans Contributopia

Pour accompagner vers le Libre les organisations qui agissent pour l’Économie Sociale et Solidaire, il fallait davantage qu’un guide. Il fallait un outil évolutif, un outil que ces organisations puissent modifier, tronquer, bidouiller, bref s’approprier les contenus pour mieux les adapter à leurs particularités. Audrey nous présente [RÉSOLU], un projet contributopique…

À noter : cet article bénéficie désormais d’une version audio.
Merci à Sualtam, auteur de lectureaudio.fr pour cette contribution active.

[RÉSOLU] Un pas de plus dans Contributopia

Framasoft s’est associée au Chaton Picasoft et à la Mission Libre-Éducation Nouvelle des CEMÉA dans la réalisation de [RÉSOLU], un projet d’éducation populaire qui vise à accompagner l’adoption d’outils libres par les associations et les organisations de l’Économie Sociale et Solidaire.

Pour les accompagner dans leur transition, nous publions aujourd’hui un ensemble de fiches didactiques, sous licence libre et aux formats PDF, web et papier. Quelle est notre démarche ? D’abord présenter aux acteur⋅ice⋅s de l’ESS la nécessaire cohérence entre leurs valeurs et celles inscrites dans les outils numériques qu’iels utilisent, puis leur faciliter la prise en main de solutions alternatives libres.

Plus qu’un guide, [RÉSOLU] est un mouvement qui souhaite rapprocher les communautés du Libre et de l’ESS. Il s’agit de défendre nos libertés numériques et de promouvoir un modèle de société fondé sur la solidarité et le partage.

Pour contribuer à faire vivre ces [R]éseaux [É]thiques et en savoir plus sur les [S]olutions [O]uvertes pour [L]ibérer vos [U]sages, rendez-vous sur le site de Framabook et de [Résolu] !

Image de la première couverture
[R]éseaux [É]thiques et [S]olutions [O]uvertes pour [L]ibérer vos [U]sages

À la recherche de cohérence entre valeurs éthiques et usages numériques

Si vous avez déjà recherché la solution à un problème informatique sur des forums en ligne, la mention « [RÉSOLU] » vous est sans doute familière. Lorsque vous la croisez dans le titre donné au problème à résoudre, c’est bon signe : elle précise qu’une des solutions proposées a effectivement résolu le problème initial.

Le problème auquel nous souhaitons apposer la mention [RÉSOLU] s’ouvre par la question suivante : comment se fait-il que tant d’organisations qui promeuvent des principes de solidarité, de partage, d’accessibilité et d’émancipation agissent avec des outils numériques privateurs et peu respectueux de ces considérations éthiques ?

Si nous nous posons cette question, c’est parce que nous pensons que construire un monde meilleur, comme s’y emploie l’Économie Sociale et Solidaire, n’est possible qu’avec des outils numériques qui nous donnent toute la liberté de le faire. Avec le projet [RÉSOLU], nous souhaitons établir une forte cohérence entre les pratiques numériques des membres de l’ESS et les valeurs qu’iels partagent avec la communauté libriste.

Soyez donc [RÉSOLU]E.S à ne plus servir, et vous serez libres

La célèbre maxime d’Étienne de La Boétie porte en elle la démarche du projet [RÉSOLU] : s’extraire de la servitude aux outils privateurs de libertés numériques. Il s’agit de commencer par comprendre la nature de la servitude, de vouloir ensuite s’en extraire, puis d’être en capacité de le faire. [RÉSOLU] se propose d’accompagner ce cheminement, en se rapprochant au plus près des besoins et des aspirations des associations quant à leurs pratiques numériques.

Concrètement, cela se traduit par la mise à disposition d’un ensemble de fiches théoriques et pratiques, classées selon trois types d’actions collectives : collaborer, communiquer et organiser.

Réalisée avec le soutien de la Fondation Free, la première version de cette collection prend la forme d’un manuel au format PDF, disponible sur le site de Framabook, et d’un site web (soyezresolu.org) où vous pourrez naviguer entre les fiches et les exporter séparément en PDF.

Les fiches théoriques ont pour but d’ancrer les enjeux d’un changement des usages numériques dans le contexte de l’ESS. Il s’agit par exemple de comprendre en quoi la confidentialité des données personnelles se joue dans le choix des logiciels que l’on utilise pour communiquer, et pourquoi il est important de se poser cette question, que l’on soit militant ou non.

L’idée n’est pas de porter un discours culpabilisant, mais d’exposer les enjeux politiques, économiques et sociaux associés aux choix d’outils numériques. Si les associations portent une grande attention à ces enjeux pour définir le périmètre de leurs activités, l’objectif de [RÉSOLU] est de les convaincre qu’il est dans leur propre intérêt d’élargir cette attention à leurs usages numériques.

Les fiches pratiques ont un rôle tout aussi crucial : présenter des solutions alternatives libres et accompagner leur prise en main, avec des méthodes et des cas de figure concrets. Par exemple, une fiche consacrée au service Nextcloud explique comment partager des documents de façon sécurisée et comment synchroniser des agendas ; une autre sur le logiciel Garradin détaille comment reprendre le contrôle sur ses données de comptabilité. Mais [RÉSOLU] est plus qu’un catalogue…

Ces fiches proposent de découvrir les fonctionnalités utiles à l’organisation, la communication et la collaboration au sein de structures associatives, institutionnelles ou privées. Elles suggèrent quelques bonnes pratiques et avertissent des éventuelles difficultés ou limites à prendre en compte. En effet, accompagner le changement implique d’être transparent sur les risques et les obstacles potentiels ; [RÉSOLU] ne les efface pas, mais soulève les questions à se poser pour adopter les logiciels libres dans les meilleures conditions possibles.

un meme

[RÉSOLU] est entre vos mains : construisons ensemble les réseaux qui libèrent !

L’identification de solutions libres correspondant aux besoins de son organisation et la compréhension des raisons et des moyens de leur adoption constituent une avancée certaine vers la libération des usages numériques. Vous êtes résolu⋅e et prêt⋅e à le faire ? Allons-y ensemble !

S’il est nécessaire d’avoir confiance en soi pour se diriger sereinement vers un terrain inconnu, il est aussi important d’avoir confiance en ses compagnons d’aventure. Les associations qui ont déjà adopté des outils libres, les hébergeurs du CHATONS, les organismes d’éducation populaire et toute autre structure qui souhaite accompagner celles qui en ont besoin sont autant de contacts possibles pour ne pas avancer isolément.

Utilisé comme support pour des formations animées par les CEMÉA, nous espérons que [RÉSOLU] le sera aussi par un grand nombre d’acteur⋅ice⋅s de l’éducation populaire. Des exemplaires imprimés de [RÉSOLU] sont distribués de main en main (au sein des CEMEA, ou lors d’événements auxquels participeront Framasoft et Picasoft), auprès des organisations et des personnes intéressées par l’obtention d’une version papier.

Néanmoins, c’est d’abord aux utilisateur⋅ice⋅s de s’emparer de [RÉSOLU]. Les versions électroniques sont donc disponibles sous licence CC BY-SA, afin de multiplier les supports :

  • des versions PDF à des fins d’impressions et les sources au format ouvert pour modifications et enrichissements sur Framabook ;
  • une version web sur soyezresolu.org, avec la possibilité d’exporter chaque fiche en PDF.

Le projet [RÉSOLU] évoluera au gré de vos contributions : si vous le souhaitez, vous pouvez améliorer le graphisme ou la rédaction des premières fiches, en créer de nouvelles, ou encore participer au développement de la version web (rendez-vous sur le dépôt du projet).

Diffusez ! modifiez ! publiez !

Pour en savoir plus, vous pouvez contacter Picasoft (@), Framasoft (@) et la Mission Libre-Éducation Nouvelle des CEMÉA (@) via leurs comptes Mastodon.

— Billet édité le 28/06/2020, 17h45.




Le roman historique est un sport de combat

Les éditions Framabook proposent quatre nouveaux livres d’un coup, quatre recueils d’histoires courtes qui se déroulent, comme les enquêtes d’Ernaut, au temps des Croisades. Et si le récit en paraît fort éloigné de nous, son auteur, Yann Kervran, nous explique en quoi cela peut nous aider à mieux cheminer au présent.

À noter : cet article bénéficie désormais d’une version audio.
Merci à Sualtam, auteur de lectureaudio.fr pour cette contribution active.

Quatre livres d’un coup, c’est parce que tu t’ennuyais pendant le confinement ?

Loin de là. Ça fait un moment que le projet de publication de ces recueils est envisagé, mais il a fallu du temps pour le concrétiser. Avant cela, la rédaction a duré pratiquement huit ans. C’est une compilation de textes écrits mensuellement depuis 2011 jusqu’à fin 2018, que j’appelle Qit’a, textes courts dans l’univers Hexagora.

Des quoi ? Ça veut dire quoi, ce mot « Qit’a » (quitte à découvrir un nouveau mot, je tente ma chance) ? Et l’univers « Hexagora », c’est où ? Un peu à gauche au fond de la galaxie, ou bien dans le très lointain siècle des aventures d’Ernaut ? Chuis perdu dans l’espace-temps là…

Le terme en lui-même vient d’une technique de calligraphie persane qui procède par découpe, pour découvrir le décor caché. Ce sont des textes courts (entre 12 000 et 30 000 caractères) qui donnent à voir le monde au XIIe siècle tel que je me le représente à partir de la documentation scientifique disponible, que j’appelle l’univers Hexagora. Chacun d’eux offre l’occasion de découvrir la vie de personnages de second plan des romans d’Ernaut, de son enfance à lui, ou de tout autre individu de cette période que je peux relier plus ou moins directement à ce lieu et cette époque.

Hexagora, un univers presque familier.
Détail d’une copie de la Tabula Rogierana de Al Idrisi présentant la méditerranée et ses abords (avec le sud en haut), avec translittération des termes arabes, réalisée en 1929 par Konrad Miller, à partir d’une copie de l’original de 1154. – Domaine public – Source Wikimedia

 

Cela fait plus de quatre-vingt récits dans ces quatre volumes et j’ai dépassé la centaine publiée sur mon site Hexagora.
Un tel volume m’est nécessaire pour embrasser le projet de brosser de façon romanesque un monde, celui des Croisades dans la seconde moitié du XIIe siècle, dans sa complexité et pouvoir montrer des phénomènes au long cours tels que la diffusion de motifs culturels ou les métamorphoses d’une société mosaïque. Je me rends d’ailleurs compte que j’ai à peine commencé à aborder le premier point, malgré le volume déjà écrit. Avec les enquêtes d’Ernaut, qui sont un point d’entrée plus traditionnel, de roman d’enquête, cela fait désormais 8 tomes, qui me permettent en quelque sorte de poser les bases.

Attends… en huit tomes, tu as juste « posé les bases » ? Tu veux réécrire la Comédie Humaine ?

Au moins, oui. Et si je n’y arrive pas, j’invite quiconque en a l’envie de se joindre à moi (l’avantage du libre, CC BY SA en l’occurrence, il n’y aura pas à attendre 70 ans après ma mort pour ça). Très sérieusement, mon ambition en terme de fresque humaine est similaire à celle de Balzac, sauf que je ne cherche pas à dépeindre une partie de la société qui m’est contemporaine, pour la rendre intelligible. J’espère plutôt faire résonner une altérité qui nous a précédé pour inciter à raisonner sur le présent. Tout en fournissant des arguments pour réfléchir à nos constructions mémorielles et nos représentations culturelles, essentiellement historiques.

L’angoisse de la page blanche, cette inconnue de certains auteurs…
Les 16 volumes de La Comédie Humaine, CC BY SA Scartol – Source Wikimedia

Quand j’ai commencé à lire des Qit’a, je m’attendais à des nouvelles. Et en fait non. Finalement, c’est quoi, un Qit’a ?

Mon envie était d’ouvrir des fenêtres et de donner à voir le paysage depuis un autre point de vue, avec un autre rythme de parcours. Il n’y a donc pas de schéma rédactionnel traditionnel, certains Qit’a peuvent avoir une exposition, des péripéties, un climax puis une résolution, mais je ne me suis jamais senti lié par cette promesse. Chaque texte a suivi sa propre logique et ne répondait qu’à l’envie que j’avais de traiter de la vie d’une personne, d’un lieu, d’un objet ou d’une anecdote, voire de me lancer un défi du type de ceux proposés par l’Oulipo (comme par exemple m’interdire un son ou une conjonction) histoire de m’aguerrir en tant qu’écrivain.

J’avais le souhait de proposer de rentrer dans un univers fictionnel par un autre biais que les récits habituels, avec une structure générale plus organique. Chaque partie a une cohérence interne propre, mais peut se joindre à une autre, voire plusieurs, et engendrer ainsi un ensemble qui vaut plus que la simple addition, par la richesse des interactions. Procéder ainsi par touches, fractions, destins évoqués, me semble plus riche d’un point de vue humain. Plus évocateur aussi, car il laisse suffisamment de part d’ombre pour laisser à chacun et chacune la possibilité de construire. En soi-même et au-delà, en devenant créateur ou créatrice.

Donc, ma mère qui a lu les trois premiers tomes d’Ernaut, mais qui n’aime pas les nouvelles pourrait lire les Qi’ta ? (je ne sais pas dire ce qu’elle n’aime pas dans les nouvelles hein :))

La possibilité lui en est offerte, du moins, éventuellement sans devoir payer pour voir. Mais si elle a apprécié la plongée dans un monde reconstitué, elle devrait apprécier d’en parcourir certains chemins de traverse. Il y a une cohérence globale qui offre une expérience d’immersion très vaste, qu’apprécient souvent les lecteurs et lectrices de romans historiques. Par exemple, chaque section est datée et placée géographiquement précisément, de façon à permettre une reconstruction différente de ma proposition littéraire.
L’idée n’est pas de développer des spin-offs ou de faire des produits dérivés, qui peuvent parfois apparaître comme une façon de rallonger la sauce voire d’exploiter un filon, mais bien de nourrir une vision la plus large possible, en s’attachant à des éléments singuliers et subjectifs qui ont une validité et une importance égale vis-à-vis du tout.

Ces recueils inaugurent une nouveauté : tu proposes une nouvelle façon de considérer l’écrivain, qui ne passe pas par le droit d’auteur. Mais pourquoi est-tu si fâché avec le droit d’auteur ?

J’ai en effet demandé à être publié sans contrat, et à ne pas toucher de rémunération liée aux ventes, ce qui est possible vu que tout est sous licence libre (j’ai suivi en cela le chemin de David Revoy avec Glénat). Parce que le terme même de « droit d’auteur » est une imposture. Le « droit d’auteur » et son corollaire, le contrat d’édition, ne font que perpétuer un modèle économique qui ne fait pas vivre les créateurs et créatrices. En vingt ans, le revenu moyen des écrivains a été, en moyenne (et donc en tenant compte de la starification de certains auteurs désormais multimillionnaires), divisé par cinq (voir la présentation d’Olivia Guillon aux États Généraux du Livre en 2019 ou le rapport Racine).

Beaumarchais, à l’origine du droit d’auteur, était aussi éditeur, papetier… Il a conçu le droit d’auteur comme le riche industriel qu’il était. «Beaumarchais, le grand corrupteur, commença à spéculer avec génie sur les éditions et à combiner du Law dans l’écrivain» – Sainte-Beuve
Jean-Marc Nattier, Portrait de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (1755) – Domaine public – Source Wikimedia

En outre, ce terme essentialise la notion de propriété intellectuelle, qui constitue une autre supercherie et fait envisager son existence comme seul horizon pour ceux-là même qui devraient être les plus critiques sur ces notions : les artistes.
Alors, certes, je n’ai pas de modèle économique à opposer (en dehors du don qui ne fonctionne pas en littérature, du moins pas à ma connaissance), mais je suis certain que celui que l’on me propose est frelaté.
J’ai bien plus confiance dans les travaux de Bernard Friot et du Réseau salariat pour me tirer de la situation d’indigence dans laquelle je suis désormais que d’un éventuel succès de librairie qui n’adviendrait que si je passais sous les fourches caudines d’une industrie qui n’a su jusqu’à présent que m’exploiter, à défaut d’arriver à me prolétariser (dans le sens que lui donne Bernard Stiegler, à savoir me déposséder de mes savoir-faire).

Au delà du droit d’auteur, tu expliques souvent dans tes interventions qu’Hexagora est un contre-pied à une certaine narration de l’Histoire, comme on peut la trouver dans le roman national. Est-ce que tu peux définir ce terme pour notre lectorat et expliquer en quoi ton travail est différent ?

L’histoire et la mémoire sont deux outils politiques au service des vainqueurs. La recherche historique est scientifique, mais on crée à partir de ce matériau une narration qui donne à voir ce qui sert le pouvoir en place, ce qui est pertinent pour les catégories sociales les plus riches et influentes. Bourdieu dirait que les possesseurs du capital symbolique le plus conséquent cherchent à le perpétuer. Le roman national répond à ce besoin, à la fois de normalisation, en imaginant un récit fondateur unificateur, mais aussi en insistant sur les valeurs que l’on souhaite renforcer et vanter chez ses concitoyens. C’est un moyen de contrôle par le bornage et la définition des horizons culturels.
J’ai dédié ces recueils à « la mémoire des exclus de la Mémoire », tous ces sans-grades, ceux « qui ne sont rien », ceux qui ne font pas l’Histoire, mais dont l’histoire a tant à nous apprendre. Je raconte leurs vies parce qu’ils nous ont précédés sur cette planète, ont vécu, ont fait des choix, des erreurs, des enfants, des rêves… Je m’efforce de les évoquer, dans leur plénitude, subjectivement, sans juger par avance leurs actes, et de voir en quoi ils peuvent m’apprendre à devenir un meilleur être humain. Par ce lien, qui me fait, en tant qu’animal social, et que je cherche à distinguer par-delà les siècles.

On a longtemps envisagé les couches populaires en dehors de l’histoire, à tel point qu’elles servaient à montrer l’aspect cyclique du temps par leurs activités.
Miniatures extraites du psautier de Fécamp, vers 1185, Koninklijke Bibliotheek, ms. 76F13, La Hague – Domaine public

Alors, bien sûr, je ne prétends certes pas dépolitiser le sujet, bien au contraire, mais j’apporte une vision différente, je fais entendre une mélodie chorale distincte des trompettes de la renommée. Je parle des 99% qui ont été systématiquement mis de côté dans les grandes narrations et la mise en avant des « grands hommes » et de leurs « extraordinaires destins ». Je fais de façon romancée un travail analogue à celui qu’a fait Howard Zinn, dans « Une histoire populaire des États-Unis » ou plus récemment Michelle Zancarini-Fournel dans « Les luttes et les rêves ». C’est à relier avec ce que les chercheurs étudient désormais, depuis très peu de temps, sous le concept d’histoire par le bas.

Bourdieu, Zinn, tout ça est très contemporain. Justement, qu’est-ce qui dans ces Qit’a ou plus largement dans la période que tu explores pourrait selon toi faire écho à notre époque actuelle ?

Il me semble que tout période historique ou préhistorique possède quelque chose à nous apprendre, que ce n’est qu’une question de regard. Nous pouvons en extraire directement des concepts pour repenser le politique contemporain. Très rapidement, dans mon cas, je pense par exemple à la notion de communs, dont Pierre Dardot et Christian Laval montrent la vigueur dans les périodes qui m’occupent, ou de la démocratie, dont Francis Dupuis-Déri démontre l’existence dans l’organisation paysanne médiévale, bien différente de celle qu’on évoque habituellement, de la Grèce archaïque. On peut aussi évoquer la notion de libre arbitre, qui n’aurait pu nous paraître aussi naturelle en Occident sans les penseurs du catholicisme médiéval. Nous sommes littéralement pétris de notions dont les aléas historiques permettent d’en comprendre les ressorts, les enjeux, les impasses.

Difficile d’être un écrivain naïf après Pierre Bourdieu

Dans un second temps, il existe aussi une leçon à tirer du rapport à ces sujets, et de la façon dont la mémoire que nous construisons de ces événements (ou que l’on nous propose par les institutions telles que l’école), de ces moments qui nous ont construit en tant que citoyen et personne. Comment nous avons été nourris, comment nous nous appareillons intellectuellement en nous basant sur des récits qui rendent compte de ces périodes.
Très prosaïquement, l’idée de bâtir Hexagora est née suite aux déclarations du pouvoir présidentiel américain, lorsqu’il parlait de « croisade contre le terrorisme ». Au-delà de l’apparente incongruité des mots ainsi accolés (faire une guerre religieuse à un concept), j’ai eu envie de déconstruire les termes qui étaient ainsi employés, et de proposer aux lecteurs de retourner aux origines, vu que c’était la période que j’étudiais depuis l’université. Ceci m’est apparu avec d’autant plus d’évidence que la pratique d’opposition armée désignée sous l’appellation terrorisme y était née, avec une secte ismaélienne alors désignée sous le terme de Nizarites, qu’on appelle communément assassins.

Chez Framasoft, il y a la Team Meme, il y a aussi la Team Chauve, connue pour faire plusieurs pages pleines de mots compliqués, à propos des trucs plus compliqués encore. On sait que tu en fais partie, et ça se voit dans tes textes… Est-ce que cela ne rend pas ton œuvre inaccessible aux gens du commun ?

Je ne le crois pas. Oui je ne renâcle pas à l’usage d’un subjonctif imparfait ou d’un mot peu usité tel que principicule, (qui me semblerait d’ailleurs tout à fait adapté à une large diffusion ces jours-ci). Pour autant, cela demeure accessible aux curieux, je crois, et je ne m’aventure pas trop dans un style alambiqué ou expérimental. Je cherche à faire du roman populaire. Mais par ce terme, je fais référence à des gens comme Hugo, Dumas, Balzac ou Dickens. Gabriel Chevallier est lui aussi considéré, avec « Clochemerle », comme un grand écrivain populaire, et on ne peut pas dire que son style soit pauvre et son récit simpliste.

Nul n’est prophète en Framasoft

Je suis toujours attristé de voir que pour beaucoup de promoteurs de la culture, vouloir faire populaire, cela signifie bêtifier (il y a une vision descendante, très hiérarchique de la culture, je renvoie là-dessus aux travaux de Franck Lepage). Pour ma part, je pense que, bien au contraire, cela veut dire faire la passerelle, avec une pratique exigeante qui ne soit pas dédaigneuse dans sa forme, vers des savoirs très pointus auxquels les gens n’ont souvent pas accès physiquement. Ou pour lesquels ils n’ont pas le temps ou la formation nécessaire pour en exprimer la quintessence. On agit là un peu en tiers de confiance.
Je suis un adepte de la reconstitution historique, qui me semble être une excellente illustration de ce que peut être de l’éducation populaire dans sa pratique la plus noble. J’ai vu des gens de milieu très modeste, n’ayant aucune formation universitaire, s’enthousiasmer à la lecture d’ouvrages de métallurgie médiévale plutôt spécialisés et en parler ensuite avec passion, de façon simple, transmettant ce goût pour un sujet qui pourrait paraître rébarbatif à des enfants, des curieux, des badauds, lors d’événements ou de rencontres. D’un savoir froid, ils ont fait un objet culturel vivant, qui a su animer l’intérêt pour l’histoire dans le cœur du public. Du savoir qui s’anime devient lien, symbole.

Neuf questions, c’est peut-être déjà assez pour exploser le maximum de mots possibles dans une interview… Un mot de la fin ?

Edwy Plenel, dans un article récent citait beaucoup Marc Bloch, historien et résistant, à propos de sa critique des élites conçue après la défaite de la seconde guerre mondiale, pendant l’Occupation. Ce remarquable scientifique qui a été à l’origine d’un changement de paradigme dans les pratiques de recherche en histoire, a résumé en une phrase ce qui m’a motivé toutes ces années à continuer à rendre perceptible ce que pouvait être le monde des Croisades, dans le 3e quart du XIIe siècle. Ces quelques mots accueillent les visiteurs sur mon site depuis bien longtemps :

Le passé lointain inspire le sens et le respect des différences entre les hommes, en même temps qu’il affine la sensibilité à la poésie des destinées humaines.

– Marc Bloch, « Sur la réforme de l’enseignement », note rédigée pour les Cahiers Politiques, 1944.

Voir sur Framabook les Qit’a, histoires courtes dans l’univers Hexagora : volume 1, volume 2, volume 3 et volume 4.

Précédemment publié : les enquêtes d’Ernaut de Jérusalem




Framabook : on solde des livres

Des soldes ?!  Comme à Framasoft, on ne fait jamais comme tout le monde, on vous propose nos livres à prix soldés avant les fêtes de fin d’année, la chance !

<moment culture>
Les soldes consistent à vendre avec une réduction de prix des produits invendus et proposés à la vente depuis plus d’un mois. Dans le cas des livres, c’est plus compliqué : la loi Lang de 1981 encadre les soldes et ne permet de réduire les prix que pour les livres parus depuis plus de deux ans et en stock depuis plus de six mois.
</moment culture>

Autant dire que de nombreux Framabooks sont dans ce cas alors nous avons décidé, en accord avec nous-mêmes, de vous en faire profiter plutôt que de laisser la poussière s’installer dessus.

 

Mais comment acquérir ces fameux books de Framasoft ?

C’est simple comme de dire bonjour (bonjour !).

Une association au joli nom d’En vente libre propose de vendre les goodies de diverses associations, et donc ceux de Framasoft (vous trouverez les livres, mais aussi des tee-shirts, des autocollants ou le guide Libre association en couleur). Allez sur leur site, tapez « livre » dans la recherche et faites votre choix. Et comme on est décidément trop sympa, voici un lien pour vous faciliter le clic, sans oublier les BD de Gee.

Et voilà de nombreuses idées cadeau pour les anniversaires ou Noël à venir. Une pierre, deux coups (aïe) : un cadeau et un beau geste !

N’hésitez pas à faire un don au passage, c’est toujours agréable à recevoir…




Only You & SQL : un nouveau Framabook

Ce nouvel ouvrage vous entraîne dans les coulisses de nos usages numériques quotidiens et nous fait découvrir en profondeur la gestion des bases de données et le langage qui sert à interagir avec elles.

Vous n’avez jamais vu une base de données ? Moi non plus, mais comme vous, dès que je veux faire un achat en ligne ou simplement mener une recherche sur le Web, mon appareil s’adresse à une base de données.

devant son ordi il se vante d’être génial avec un grand sourire car il a réussi d’un seul coup à retrouver laliste de tous leslibristes albinos du tarn et garonne et qui utilient gentoo. derrière lui, l’éléphant bleu de postGresql fait "humpf, heureusement que je suis là, hein… "

Bon, SQL et SGBD, SGBDRO, les sigles ça fait peur, mais Vincent Lozano et Étienne Georges qui ont fait un travail remarquable ont prévu un précieux glossaire (la table des matières est à l’avenant).

Mais peut-être êtes-vous plutôt en train d’arborer un sourire un peu condescendant, parce que vous, vous nagez dans les bases de données avec l’aisance d’une anguille dans la mer des Sargasses. Eh bien, il y a fort à parier qu’au-delà des chapitres d’initiation, ce nouveau Framabook va vous faire découvrir ou redécouvrir des aspects méconnus de ce domaine vaste et évolutif.

 

Voici d’ailleurs quelques observations de Nailyk, qui a déjà parcouru l’ouvrage avec intérêt :

Un gros volume de 350 pages tout de même, mais les chapitres sont digestes. Pas trop longs, bien ordonnés et très bien regroupés.

Je trouve réducteur de le cantonner aux SGBD. Les notions de ses chapitres concernant le stockage des informations me semble être tout à fait appropriés pour d’autres sujets.

Même si vous n’êtes plus un débutant et bien que tout soit parfaitement détaillé, il faut parfois s’accrocher dur.

Heureusement, les touches d’humour font un bien fou à la lecture. La mise en forme, les typos et les schéma rendent la lecture vraiment agréable. Excellent livre que je m’empresserai de recommander à plusieurs personnes ! On sent le travail minutieux et c’est très agréable!

Couverture du framabook : un symbole d’empilement de base de données, un engrenage et en légende "tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les SGBD sans jamais avoir osé le demander" suivi des noms des auteurs et de la mention Framabook

Quatre questions à Vincent, co-auteur de l’ouvrage

Comment en es-tu arrivé là ? Tu es tombé dans le SQL quand tu étais petit ?

En 1993, dans le cadre de qu’on appelait le « service militaire » au service informatique d’une base aérienne, via un logiciel de la société Borland qui se nommait Paradox. Puis en 1999, lorsque j’ai été nommé maître de conférences à l’Énise, j’ai découvert PostgreSQL. J’ai développé pas mal d’applications de gestion en PHP puis jQuery qui s’appuyaient sur ce SGBD libre. L’Énise s’est ensuite équipée de la Rolls (!) des systèmes de gestion de bases de données : Oracle.

Qu’apporte ce livre si l’on considère qu’il existe déjà une littérature relativement abondante sur le sujet ?

L’idée forte est de retranscrire dans le manuel toute la chaîne de conception d’une base de données à partir de zéro. Ce qui va au-delà de ce que suggère notre titre, car il ne s’agit pas uniquement du langage SQL lui-même, mais des différentes étapes qui vont mener, à partir de l’idée « d’informatiser » un système, à la création d’une base. C’est ce qu’on appelle la modélisation conceptuelle et le livre l’aborde à partir de différentes études de cas.

Puisqu’il est question de bases de données, l’autre parti pris est de montrer comment sont stockées les informations basiques que l’on manipule tous les jours : les entiers, les nombres à virgule, les caractères, avec les petites subtilités pas forcément connues comme la précision des flottants et l’encodage UTF-8. Dans le même ordre d’idée, pour rester dans les principes fondamentaux, sont exposées dans le livre, quelques rudiments pour comprendre les algorithmes de tri et de recherche qui se cachent derrière le SELECT de SQL.

Enfin, concernant SQL lui-même, un accent est d’une part mis sur l’aspect traitement (procédures, triggers, vues) et sur le fait que les SGBD savent gérer les accès concurrents (plusieurs processus qui accèdent aux données en même temps), et sur l’aspect contraintes d’intégrité qui font la force et la particularité des SGBD relationnelles.

Il existe des livres sur les bases de données SQL très théoriques, sur l’algèbre relationnelle notamment, pourquoi pas dans ce livre ?

Ni Étienne, ni moi ne sommes des informaticiens de formation. Nous avons été tous deux formés en tant qu’ingénieurs généralistes et sommes des autodidactes en informatique, ce qui ne nous pas empêché d’en faire notre métier. C’est sans doute ce qui explique que ce livre n’est pas un livre orthodoxe, bâti comme un cours magistral, avec des théorèmes et des propriétés. Il y a un parti pris de didactique non dogmatique, qui amène à découvrir les concepts par l’exemple notamment.

En quoi ce projet est relié aux logiciels libres ?

Il l’est évidemment parce que PostgreSql est LE logiciel libre de gestion de bases de donnée relationnelles mais il l’est aussi dans l’esprit. Être capable d’analyser un système d’information existant, le modéliser et bâtir une base grâce à Sql constituent aujourd’hui des atouts maîtres pour être relativement libre, libre de développer ses propres applications notamment.

 

Pour découvrir l’ouvrage rendez-vous sur la page Framabook qui lui est dédiée




Grise Bouille tome 3 : les saillies antibaises de Simon

La collection Framabook publie la troisième compilation des articles du blog de Gee, Grise Bouille.

Un Simon toujours très en forme, mais cette fois-ci encore un poil (un crin…) plus énervé que d’habitude.

Salut Gee.
Ce troisième tome reprend des articles de ton blog Grise Bouille parus en 2017 et début 2018.
Bon, je suppose que le délai de parution est en grande partie dû à tes feignasses d’éditeurs ?

Les torts sont partagés ! J’ai beaucoup pris de retard, notamment à cause du boulot autour de Working Class Heroic Fantasy, du coup ce tome n’a été achevé qu’à la fin de l’été 2018. Ensuite par contre, ça a un peu chiotté côté Framabook, pour une raison toute simple : on manque de relecteurs et relectrices. Alors je remercie de tout cœur Fred Urbain et Mireille qui s’y sont collé une fois de plus ! C’est une maison d’édition associative, ça veut aussi dire qu’on va à notre rythme, et même si c’est parfois frustrant, c’est aussi grâce à ça qu’on fait de la qualité, mine de rien.

Et puis peut-être que cette année 2017 te laissait un sale goût ?

 

Rions un peu en attendant l »inévitable…

 

Sans aucun doute. J’en parle un peu dans l’intro du livre, mais l’année 2017 a été, en ce qui me concerne, coupée en deux : avant et après l’élection présidentielle. C’était un peu comme voir une catastrophe arriver, lutter de toutes ses forces pour que ça n’arrive pas… et constater son impuissance ensuite (même si j’avais peu de doute à ce sujet). Voilà, on aura eu beau gueuler sur tous les tons que Macron, c’était Hollande en pire, ça n’était pas un rempart à Le Pen mais une rampe de lancement à son avènement… il s’est passé ce qui était annoncé depuis des mois, et c’est incroyablement déprimant. Surtout quand, 6 mois plus tard, la popularité du bonhomme s’écroule et on te fait des articles sur « les déçus de Macron », mais bon sang : À QUOI VOUS VOUS ATTENDIEZ ?!

Tu ajoutes à ça l’apathie totale dans lequel ça a plongé le pays juste après… il a pu faire passer ses réformes tranquille, les gens étaient trop hagards pour résister. Que ça pète en novembre avec les gilets jaunes, c’était quelque part inattendu (c’est parti d’un coup et d’un truc annexe, le prix des carburants), mais la vache, c’était salutaire. Je sais pas où ça mènera, mais personnellement, ça m’a remis la patate, c’est déjà ça 🙂

Il y a une grosse partie sur tes agacements politiques, on sent bien qu’ils t’ont énervé, hein ?

Oui… pour tout dire, je crois qu’il y a deux mouvements antagonistes qui jouent : il y a d’un côté l’hégémonie capitaliste/TINA qui s’assume de façon de plus en plus décomplexée, d’un autre côté il y a ma propre sensibilité politique qui, je le dis franchement, se radicalise de plus en plus dans l’autre sens (un truc où se mêlent joyeusement anarchisme, socialisme – au sens propre, hein, je parle pas du PS –, altermondialisme, décroissance, etc.). Il y a aussi, je pense, une prise de conscience qu’on ne parle pas juste de petites préférences comme ça, à la marge, « oh tiens moi j’préfère ce parti » « ah moi j’aime bien celui-là », et que ce n’est pas juste un petit jeu politicard sans importance auquel on est gentiment priés de jouer une fois tous les cinq ans : il y a l’idée qu’être anti-capitaliste, aujourd’hui, c’est quasiment une question de survie pour l’humanité (réchauffement climatique, effondrement de la biodiversité, effondrement économique – voire effondrement de la civilisation industrielle dans son ensemble). Du coup, ouais, vu sous cet angle, ça provoque un peu des vapeurs quand on t’explique qu’il faut bosser plus pour produire plus, quand on essaie de t’enfumer avec de la croissance verte (l’oxymore du siècle) ou quand on te clame « MAKE THE PLANET GREAT AGAIN » tout en remplaçant des chemins de fer par des camions et en léchant les fesses de la Chine pour qu’elle nous commande 280 Airbus.

 

Le désopilant détournement de Nounours par Gee

 

Pourtant tu réussis encore à nous faire rigoler avec tes BD absurdes. La tartine du chat de Murphy, ça vient tout droit de Gotlib, ton héros, non ?

Ah tu trouves ? C’est vrai que j’aime beaucoup utiliser une sorte de fausse rigueur scientifique pour traiter des sujets complètement absurdes, ce qui est sans doute très inspiré par Gotlib et son professeur Burp. Souvent, ce sont des BD qui « viennent toutes seules » : ça commence en général par une blague, une idée de jeu de mots ou quelque chose d’idiot. Ensuite, il suffit que j’en trouve une seconde sur le même thème, et je sais que j’ai un sujet. La plupart du temps, quand je commence à poser ça sur un texte, le reste vient tout seul, il suffit de retourner le sujet dans tous les sens (au sens propre dans le cas du chat avec la tartine) pour trouver des choses joyeusement idiotes à dire.

 

J’aime bien ce genre d’humour qui « accumule » les blagues et empile les bêtises. C’est un peu le principe de films comme La Cité de la peur qui enchaînent une blague toutes les 5 secondes : finalement, même si elles ne sont pas toutes désopilantes individuellement, il y a en a tellement que ça crée un effet comique global très fort. C’est un peu ce que je recherche dans ce genre d’article, que chaque dessin soit une couche supplémentaire dans un délire contrôlé.

Parle-nous de ton hommage à Boby Lapointe. Lui aussi, on sent que tu le respectes. Un humoriste matheux, forcément…

J’ai découvert son aspect matheux seulement très récemment. Quand j’étais ado, on avait un double CD de l’intégrale de ses chansons qui tournait souvent dans la voiture de mes parents, forcément ça laisse un certain goût pour le jeu de mots (voir la torture de mots, dans certains cas). Il y a une sorte de modestie dans l’humour des chansons de Lapointe, enrobée dans une musique légère, comme si de rien n’était… alors que si tu étudies deux secondes ses textes, c’est d’une richesse incroyable. Il y a des chansons, même en les ayant entendu 10 fois, tu continues à comprendre de nouveaux jeux de mots, de nouvelles allusions à chaque écoute (surtout quand ça fuse, comme pour les deux Saucissons de cheval).

Boby Lapointe, c’est aussi le mec qui t’apprend à savoir prendre des libertés avec la réalité quand elle ne colle pas avec les bêtises que tu veux raconter : j’étais d’ailleurs assez surpris, lorsque j’ai emménagé sur la Côte d’Azur, de découvrir que les habitantes d’Antibes étaient des antiboises et non des antibaises (moi qui serais plutôt pour).

Quand est-ce que tu prends une chronique dans Fakir, on t’a pas encore appelé ?

Tu sais, y’a un proverbe qui dit qu’il faut pas péter plus haut que son cul pour éviter d’avoir du caca derrière les oreilles (enfin j’crois, un truc du genre) : avec mes quelques centaines de visiteurs par mois et mes quelques dizaines de bouquins vendus, j’suis un rigolo. Les types, ils ont leur rédac’ chef à l’Assemblée, tu peux pas lutter 😉

Bon, je sais que voter n’apporte pas de grands changements, mais tu crois vraiment que ne pas voter va faire changer les choses ?

Ben… non. Si un esclave à le choix dans la couleur de ses chaînes, il peut toujours choisir rouge ou bleu (voter). Est-ce que ça va changer quelque chose à sa situation ? Non. Est-ce que s’il ne choisit pas au contraire (abstention), ça va changer quelque chose ? Non plus. Mais il n’aura pas perdu de temps et d’énergie à participer à une farce dont le principal objet est de lui faire conserver ses chaînes coûte que coûte.

L’esclavage est officiellement aboli chez nous, pourtant d’une certaine manière on continue à nous faire choisir la couleur des chaînes. L’abstention est une forme de résistance passive (complètement passive même), mais évidemment qu’elle ne suffit pas. Toute la question est de savoir comment on les brise une fois pour toutes, les chaînes : les mouvements sociaux de masse (comme, d’une certaine manière, les gilets jaunes aujourd’hui) peuvent être en partie moteur d’une vraie transformation sociale. Je ne suis pas devin, mais si je devais parier, je dirais que la prochaine brèche dans l’histoire sera l’effondrement de la civilisation industrielle (qui, d’une certaine manière, a déjà commencé). De la même manière que ma sécurité sociale et tout le modèle de protection sociale français sont nés de la Résistance et des mouvements sociaux au sortir de la Seconde Guerre Mondiale. On a mis en place un mécanisme de protection social que les libéraux fustigent comme trop coûteux au moment même où le pays était ruiné. Et ça a très bien tourné, preuve que ce n’est pas une question uniquement économique mais bien le résultat d’un rapport de force alors largement favorable aux travailleurs.

Si demain, la société industrielle entière vacille, il faudra être en mesure de proposer une alternative au chaos d’une part et au fascisme (= tout s’écroule, donc prenons un chef tout puissant et autoritaire pour régler ça) d’autre part. C’est ça qu’il faut préparer aujourd’hui et, franchement, y’a urgence.

 

 

Les dessins illustrant l’interview sont tous tirés du livre.

 

En savoir plus :




Un quatrième tome pour Ernaut de Jérusalem

Fin connaisseur du monde médiéval, Yann Kervran propose un nouveau volume des aventures d’Ernaut de Jérusalem. Son héros, qui a gagné en maturité, va affronter un nouveau mystère : un corps entièrement brûlé tandis que sa demeure est intacte autour de lui.

De là à y voir le souffle ardent du Malin…

Yann continue de ciseler tranquillement son univers. On peut lire ses romans comme d’habiles polars, ce qui ne serait déjà pas si mal, mais on peut s’attarder sur les liens qui se tissent au fil des ouvrages, l’incroyable précision des références historiques, la description minutieuse des mœurs d’une époque… et tout ça sous licence libre.

Nous lui avons posé quelques questions.

Le souffle du dragon… il y avait des dragons en Terre sainte ?

Forcément, vu que c’est là que saint Georges a tué le sien. Au-delà de la polysémie du titre, avec laquelle je joue chaque fois afin de laisser le public en faire sa propre lecture, c’est en référence à la basilique de Lydda où est conservé, justement, le corps de saint Georges. C’est là que se déroule la majeure partie de l’intrigue à laquelle est confronté Ernaut. C’est l’occasion d’évoquer bon nombre de dragons, des traditions orientales, qui viennent alors percoler dans les récits hagiographiques occidentaux. C’est aussi le nom d’une bannière issue de l’Antiquité romaine impériale…

Et c’est parfois, plus prosaïquement, le terme sous lequel on désigne les crocodiles, au Moyen Âge. Toutes ces définitions, ces évocations ont leur part de vérité dans la caractérisation du titre. D’ailleurs, c’est la même chose pour le second terme : le souffle n’est pas que le feu du dragon, il renvoie aussi à la tradition alchimique et ésotérique, avec laquelle le livre joue également, à plusieurs niveaux. Enfin, il y a des approches plus habituelles de ces termes, et cela peut aussi peut-être s’appliquer à certains points de vue sur le récit, un personnage ou l’autre.

Le dragon dans l’œuvre d’Ambroise Paré – 1585  (http://www.biusante.parisdescartes.fr/histmed/image?med01709x0096)

 

Le quatrième tome, déjà ! On voit Ernaut gérer seul une enquête officielle. Peut-tu nous en dire plus sur les évolutions de notre héros ?

Cela fait désormais deux ans qu’il réside en Terre sainte et pratiquement un an et demi au service de l’hôtel du roi, en tant que sergent. Il commence à avoir des amis, un réseau de relations, une fiancée… Il n’est plus le garçon maladroit qui embarquait à bord du Falconus.  C’est un jeune homme impatient d’embrasser la vie, qui voit son avenir se dessiner. J’ai conçu ce tome comme le dernier de son enfance, les choses sont en train de se placer pour lui tracer une voie.

Déjà quatre tomes ! (photo Yann Kervran CC-BY-SA)

 

Cela dit, s’il est en charge de l’enquête, ce n’est pas de façon aussi claire et formelle qu’il l’aurait peut-être souhaité. Je n’en dis pas trop pour ne pas gâcher le plaisir des lecteurs. Mais il est vrai qu’il se voit maître de son temps, de ses actions, dans une certaine mesure et dans un cadre général qui lui est imposé par des supérieurs.

Celui-ci a été écrit avec le concours du CNL, peut-tu nous présenter un peu ce que c’est ?

Le Centre National du Livre a, dans ses missions, la tâche de soutenir la création littéraire francophone avec, entre autres, l’existence de bourses d’écriture pour les auteurs. J’ai donc eu le bonheur de voir mon projet retenu parmi les 66 romans sélectionnés en 2017. J’avais deux ans pour voir le projet terminé et publié, c’est donc chose faite. En échange, il suffit d’indiquer que l’ouvrage a reçu leur soutien, ce que je fais avec plaisir. Je profite de cet entretien pour les remercier publiquement.

Ce qui pose aussi la question du modèle économique chez les auteurs. Alors, est-ce qu’être libre est plus rentable que l’édition traditionnelle ?

De façon générale, je ne sais pas, mais en ce qui me concerne la réponse est oui. Je n’ai pas encore les chiffres de vente pour mes autres ouvrages non romanesques, non libres, chez un autre éditeur, pour 2018. En partant du principe que c’est similaire à 2017, vu que je n’y ai rien sorti depuis deux ans, je vais gagner plus avec mes trois Framabooks. Mais cela reste dérisoire : mes revenus d’auteur non libre se sont effondrés au fil de la décennie, pour arriver à un peu moins de 300€ annuellement.

C’est le cas pour énormément d’écrivains et c’est une tendance globale :

Pour mon travail d’auteur libre, je dois percevoir à peu près le même montant pour 2018, mais s’y ajoutent les dons reçus en soutien de mon travail, ou en contre-don de la lecture des epub, pour environ 200€ sur l’année je dirais.

De toute évidence, cela ne permet pas d’en vivre. La bourse du CNL, de 7000€ brut, a beaucoup aidé, mais pour l’instant ce n’est pas viable pour moi. Je vais donc devoir surseoir à la rédaction du tome 5, n’ayant matériellement pas les moyens de m’y consacrer de façon sérieuse et sereine.

Quoiqu’il en soit, je suis très heureux d’avoir basculé mon travail sous licence libre car j’en garde la maîtrise et je sais que ce sera disponible pour qui veut y accéder. C’était un point essentiel pour moi. Ayant été contraint de garder des textes non publiés pendant des années, de me restreindre sur les productions liées directement ou indirectement, c’était extrêmement frustrant. Avec le libre, mes textes ne disparaissent pas au même rythme que mes revenus.

J’ai été ton éditeur pour ce tome, et c’était très enrichissant. Mais je ne sais pas comment tu fais pour t’en sortir avec les contraintes historiques. Ça me rendrait dingue, alors que tu navigues là-dedans avec une aisance incroyable. Bon sang, tu vérifies les phases de la Lune ! Comment arrives-tu à t’en sortir ?

C’est facile : j’ai une bibliothèque plus que conséquente sur le sujet et je me sers aussi beaucoup d’Internet. Il est désormais bien plus aisé d’accéder à la documentation que quand je faisais mes études (malgré de nombreux paywalls ici et là, qui enclosent parfois du savoir dans le domaine public).

C’est aussi plus simple de l’organiser : j’ai un wiki où je note pas mal de choses pour suivre la chronologie et conserver la cohérence de caractérisation de mes protagonistes. Par ailleurs je crains toujours l’effet carton pâte de certains récits où la documentation est plaquée sur une idée qui ne cadre pas avec le décor. Je m’efforce donc de lire régulièrement des ouvrages scientifiques sur le monde des croisades, des sources historiques, sans avoir de but en tête, juste pour m’imprégner. Et je note sur des feuilles des idées, des anecdotes, des envies, pour ensuite les exhumer quand je suis en recherche de motifs à développer.

Pour l’intégration de l’histoire au cycle romanesque, je commence toujours par voir comment la période historique peut offrir des sujets intéressants à traiter, par le biais de l’enquête principale, du décor ou des personnages annexes. Je bâtis ensuite là-dessus, en voyant comment je peux intégrer les personnages pour lesquels j’ai prévu de longs arcs narratifs au sein d’Hexagora. L’idée étant de nourrir les narrations les unes par les autres, de ne jamais rattacher une histoire à un seul arc, mais d’en faire un point de rencontre, de jonction, de friction.

Qu’est-ce qui est prévu pour la suite ?

Pour l’heure, je me focalise sur les Qit’a, histoires courtes dans le monde d’Ernaut. J’en ai rédigé presque une centaine qui vont être publiées en quatre recueils, j’espère avant l’été. Je continue aussi d’en écrire, mensuellement, car c’est une pratique régulière qui nourrit ma réflexion et fait avancer la façon dont je conçois mon métier d’écrivain. J’ai aussi quelques vieux projets que je dois finaliser, dans un tout autre style. Peut-être que j’utiliserai un pseudonyme pour ne pas induire mes lecteurs habituels en erreur. Mais ce qui est certain, c’est que ce sera sous licence libre.

 

 

Pour aller plus loin :