Claude Bernard Lyon 1 offre les premières bourses Microsoft à ses étudiants

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Stuartpilbrow - CC by-saL’université française ne doit plus pleurer sur le désengagement de l’État, le sauveur et bienfaiteur Microsoft est là pour y remédier.

Hier c’était Paris Descartes qui décidait de confier la communication numérique de ses étudiants à la firme de Redmond. Et aujourd’hui, fait unique dans les annales, ont vu le jour les premières bourses d’étudiants financées pour le privé.

C’est à l’Université Claude Bernard Lyon 1 que l’on doit cet acte pionnier et, vous l’aurez compris, c’est encore de Microsoft qu’il s’agit.

Extrait du communiqué de presse  :

Alors qu’en novembre 2007, l’Université Claude Bernard Lyon 1 s’était engagée avec Microsoft France sur une série d’actions visant à rapprocher les deux structures en termes de partenariat économique, après plusieurs années de projets communs – l’Université et Microsoft France concrétisent aujourd’hui l’un de ses axes de partenariat qui était de contribuer financièrement au soutien d’étudiants boursiers, par le biais de la Fondation partenariale Lyon 1.

Cinq bourses sont accordées pour la rentrée universitaire 2009 à des étudiants débutants leurs études en première année de licence (…) La bourse d’un montant de 3 000 €, versée en une fois, doit permettre à des étudiants méritants d’entamer des études scientifiques dans de bonnes conditions financières.

(…) Ils recevront lundi 19 octobre 2009 à 14h30 dans la salle du conseil de l’Université leur bourse des mains d’Eric Le Marois, Directeur Education et Recherche de Microsoft France et de Lionel Collet, président de l’Université Lyon 1.

À l’issue de cette remise de bourse, Lionel Collet et Eric le Marois se prêteront au jeu des questions-réponses sur les thématiques des nouvelles technologies auprès de jeunes étudiants de l’Université.

Inclinons-nous et disons merci à la généreuse société américaine pour le soutien ainsi apporté au fleuron de notre jeunesse[1].

Quand on pense au coût annuel que représente la somme totale de toutes les licences Windows et MS Office de tous les postes de tous les établissements scolaires de France et de Navarre, on se dit que ces 5 bourses de 3 000 € ne méritent pas forcément une vaste opération de communication.

Il faut être naïf, malintentionné ou bien carrément parano pour n’y voir avant tout qu’une belle arnaque consistant à déshabiller l’élève Pierre pour habiller l’étudiant Paul sous l’œil bienveillant d’une puissance publique de moins en moins puissante et de moins en moins publique.

Notes

[1] Crédit photo  : Stuartpilbrow (Creative Commons By-Sa)

17 Responses

  1. deadalnix

    J’aime beaucoup l’idée de puissance publique de moins en moins puissante et de moins en moins publique.

    C’est tellement vrai et par ailleurs si bien dit 😀

  2. Presque Vrai

    L’un des boursiers déclare : "Je ne roule effectivement pas sur l’or et cet argent ne serait pas superflu, mais en tant qu’adhérent à l’April et contributeur Framasoft, je ne puis accepter cette bourse provenant d’une société dont la politique numérique va à l’encontre de mes principes et de mes valeurs. J’ai donc décidé de redistribuer le montant de cette bourse à des projets de développement de logiciels libres."

  3. JosephK

    On me dit dans l’oreillette qu’ils ont aussi un partenariat avec la chaine de restaurant universitaire Mac Donalds…




    Évidemment c’est de l’intox, mais bon, ils pourraient se le permettre, on n’est plus à ça prêt…

  4. Olivier

    Pfff… encore une bad news pour le bien commun et le bien public, à ranger avec la privatisation de la Poste.

    Il y a le potentiel pour mener une véritable enquête sur l’entrisme de Microsoft à l’université française. A-t-on encore des journalistes dignes de ce nom dans ce pays ?

  5. vishnou

    Et pendant ce temps là alors que l’ESC Grenoble tente de s’imposer comme l’école de référence dans les nouvelles technologies, elle forme un partenariat avec Microsoft en entrant dans la MSN Academic Alliance : http://msdn20.e-academy.com/gem_com

    Heureusement que certains intervenants rehaussent le niveau : un de mes profs utilise une framakey! C’est le seul moyen pour ne pas à avoir à se plier à leur stratégie 120% Microsoft…

  6. aKa

    @deadalnix : Wow, un compliment de deadalnix ! Je me le garde précieusement celui-là 😉

  7. Bad Block

    N’ avez-vous compris que c’ est la Guerre ?

    Nous détruirons ce monde mortifère .

  8. Earered

    > Et aujourd’hui, fait unique dans les annales, ont vu le jour les premières bourses d’étudiants financées pour le privé.

    *tousse*
    Bourse EDF : http://www.larsg-revue.com/content/
    Bourse Fondation de France : http://www.fondationdefrance.org/No… (ou aussi pour l’étranger : http://www.fondationbesse.com/ )
    Bourse Steria : http://www.capcampus.com/bourses-12
    Bourse Nestlé : http://fr.excelafrica.com/calendar….
    Bourse Renault (pour les étudiant étranger) : http://www.fondation.renault.com/fo

    Ce n’est pas aussi répandu qu’en Amérique du Nord (les études sont bien moins cher), plutôt orienté mérite que catégorie sociale, mais tout de même. Il y en a beaucoup pour les études à l’étranger ou les étudiants étrangers, voir une assistance pour l’hébergement des lycéens (via l’AFS).

    Tu devrais connaître ça pour tes élèves aKa! (Sinon, sur qui peut bien s’appuyer la puissance publique :p)

    P.S. joli lapsus sur le pour plutôt que par

  9. Maps

    Ce n’est sans doute pas un hasard que ceci se passe à Lyon, la ville du consensus mou, déjà en pointe dans les accords avec Microsoft. On avait interviewé M. Collomb à l’époque, c’est donc bien toujours d’actualité :
    http://blog.venividilibri.org/index

    Dommage…

  10. cariboo

    Et pourquoi soutenir la licence professionnelle de Lyon 2, "Colibre", ou communication et logiciels libres ?

    C’est plutôt par là que les moyens, financiers et humains, devraient être déployés !

    L’argent "offert" par Microsoft n’est offrande que si nous la voyons comme telle, mais de la même manière que la firme de Redmond a ouvert 20.000 lignes de code récemment, et dont elle a assuré la volonté de se rapprocher du libre, alors qu’il s’agissait en fait d’une obligation, car elle violait de nombreuses licences, le public remerciera sans doute l’ogre de l’informatique…

    Soutenez le libre, bon sang ! Foutue Fac de ***** !

  11. Karadoc

    Sans être défenseur de Microsoft et sans être en accord avec les bourses de fondations, je trouve quand même cet article profondément biaisé :
    – Depuis des années (voire même des siècles), des entreprises se sont rapprochées des établissements d’enseignement supérieur sous forme de partenariats plus ou moins discrets. Ca a pu être dans du don pour somme symbolique/du prêt conventionné de matériel, de locaux, des partenariats purement industriels, etc. Ce qui retient plus l’attention ici est le fait que cet argent soit directement reversé aux étudiants (encore qu’il ne l’est pas directement non plus, puisque ça passe par le biais d’une fondation.
    – Les tarifs "Education" de Microsoft sont ridicules, une fois ramenés à l’utilisateur (d’autant plus pour une université comme l’UCBL qui, aux dernières nouvelles, disposait d’une licence campus pour les OS et la bureautique). Je ne vais pas les qualifier de dérisoire, c’est loin d’être vrai. Mais quand on ramène le coût de déploiement de Linux et le coût de déploiement de Windows à prestations équivalentes, on est dans des montants très similaires (attention : je ne parle pas d’idéaux ou de politique ; je parle vraiment sur le plan comptable). Particulièrement dans une université comme l’UCBL qui a un historique Microsoft particulièrement palpable (avec ce que ça implique d’outils déjà existants, de compétences utilisateurs et administrateurs, etc.). Finalement, les Universités rapportent plus à Microsoft en terme d’image et d’habitudes utilisateurs (personnels et étudiants veulent le même OS chez eux que là où ils travaillent) qu’en terme d’argent. Et ça se retrouve même dans les plans com’ de Microsoft (Office 2007 pour les profs, par exemple).

    Note à Olivier par rapport à l’entrisme de Microsoft dans le milieu universitaire :
    Au niveau infrastructure/serveurs, Microsoft a globalement une place légèrement inférieure à celle des OS libres. Je n’ai pas de chiffres autres que les établissements dans lesquels j’ai travaillé, mais le fait est là. C’est d’ailleurs pour ça que Microsoft essaye de développer des partenariats forts avec les universités, pour faire changer cette donne. Par contre, côté client/workstations, rien à redire : MS est bien largement devant MacOS et Linux, pour des raisons que je ne vais pas évoquer ici (certaines sont évidentes, d’autres moins).
    Il faut d’ailleurs noter le retard en matière de com’ et de partenariats des blockbusters du libre par rapport à Microsoft. En règle générale, la décision de prendre du MS pour du serveur vient d’une décision suite à une communication de la part de MS, alors que pour Linux, ça vient d’une décision interne, basée sur les compétences d’une ou plusieurs personnes. J’ose espérer que Mandriva ou Red Hat sauront dans l’avenir faire des propositions concrètes non pas au niveau des ministères mais au niveau des établissements (les directives relatives aux choix technologiques étant rarement suivies : les universités ont toujours eu totale autonomie à ce sujet).

    Enfin et pour finir ce long pavé, je pense que le désengagement de l’état et l’affaiblissement du service public est un autre problème (particulièrement préoccupant à mon humble avis), mais qu’il ne sert à rien de mélanger des choux, des travers de porc et des carottes, sauf si on désire faire un bon pot au feu.

  12. aKa

    @Karadoc : Merci pour ce long commentaire.

    Je désire effectivement faire un bon pot au feu 😉

    Sauf que n’étant pas forcément un bon cuisinier je préférerais avoir accès librement à la recette, quitte à la modifier un peu si mes papilles gustatives en éprouvent le besoin.

  13. tch3tch

    Oh que si il faut le faire ce pot-au-feu! C’est même indispensable!

    L’arrivé des entreprises dans la fac, le désengagement de l’état, les bourses au mérites… tout ça n’est pas seulement lié, tout découle les uns des autres!

  14. Olivier

    @Earered : OK mais les bourses que tu cites ne se situent pas à l’entrée à la Fac juste après le BAC me semble-t-il. Ici ces bourses sont données "comme ça" juste pour donner un peu plus à ceux qui en ont moins, sans contrepartie. Et c’est justement parce que c’est "cadeau" que ça me fait un peu peur de la part de Microsoft.

  15. tbernard

    Karadoc a bien résumé la situation, au sein des Universités, la politique marketing de Microsoft a toujours été bien implantée, que ce soit par les opérations Microsoft Slect, Microsoft Campus, MSDNAA, Work at home…

    Même au niveau des serveurs, les offres ont toujours été clairement profitables, les services informatiques pouvant obtenir gratuitement jusqu’à la formation de leur personnel sur les systèmes serveurs et la maintenance de ces derniers.

    Red Hat commence à se pencher sur le problème, et commence à tenter de répondre aux besoins des universités, tant de par une tarification étudiée, que par un accompagnement des personnels à leurs produits.

    De par la raréfaction des personnels, ce sont des facteurs névralgiques.

    Pour ce qui est des postes clients, espérons que les applications spécialisées deviendront inter-opérables, et que les habitudes prises par les personnels universitaires seront parfaitement transposables. Là on pourra imaginer pouvoir faire migrer les postes de travail sous OS libre.

    Pour ce qui est des bourses de fondations, ça va dans le ton de la politique menée depuis plusieurs années, c’est en effet assez répandu aux Etats-Unis, c’est un peu moins médiatique en France.

  16. JM

    Mouaih, de toute façon il faudra bien la payer notre université donc cette histoire de désengagement de l’État n’est qu’un trompe l’œil. Si ce n’est pas nos impôts, ce seront des surcoûts sur les produits des sponsors. Tout ceci me fait penser à ceux qui disent qu’il faut externaliser sa propre informatique plutôt que de la prendre en main en interne : de toute façon il faudra la payer. Cependant il y a une différence de taille entre les deux stratégies qu’on retrouve dans le cas du financement de l’Éducation Nationale : dans un cas on garde le contrôle de son informatique/des programmes d’enseignement, dans l’autre cas on le perd…

  17. BB

    Moi, finalement, je préfère externaliser. Cela laisse espérer (dans le contexte universitaire) un meilleur potentiel de pilotage de l’informatique en comparaison d’une situation de structure interne totalement fascinée par les prouesses techniques et "etat dans l’état" mais irresponsable…