Rejoignez IndieHosters, un réseau d’hébergeurs qui vous libère

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Inviter les utilisateurs à reprendre le contrôle de leurs contenus, applications et données personnelles, comme nous proposons de le faire par petites étapes avec notre campagne Dégooglisons Internet, c’est aussi tenir compte des difficultés techniques qui doivent être surmontées. Car les opérations à réaliser ne sont pas si évidentes pour la plupart d’entre nous. Installer et maintenir son propre serveur, y installer des applications, en assurer la sécurité, autant de compétences à acquérir qui peuvent rebuter. Non, tout le monde n’a pas envie ni plaisir ni du temps pour apprendre des procédures et des lignes de commande, une maîtrise avancée des logiciels et matériels.

Aussi est-il réjouissant de voir émerger de nouvelles initiatives qui donnent un accès plus facile au plus grand nombre. Un mouvement se dessine depuis quelque temps, qui consiste à proposer davantage de services en ligne indépendants et qui évitent aux utilisateurs des procédures qui pourraient les décourager  : owncloud, cozy, remotestorage… Voici maintenant une autre initiative intéressante qui pourrait bien changer la donne dans le monde de l’hébergement  : le projet IndieHosters, propulsé par un duo de nerds qui n’en sont pas à leurs débuts.

C’est Pierre qui a accepté de répondre à nos questions en pleine campagne de financement participatif…


Bonjour, qui es-tu, ô hébergeur providentiel  ?

pierre.jpeg Bonjour, je suis Pierre, et après avoir erré sur la façon d’apporter ma pierre à l’édifice, j’ai rencontré Michiel de Jong. Il m’a convaincu que pour nous, nerds, le meilleur moyen d’aider les gens était de leur fournir de l’hébergement. Et j’ai donc décidé de quitter mon emploi d’administrateur systèmes à Seedrs.com il y a 2 mois pour fonder avec lui IndieHosters.

Je suis les projets de Michiel sur Internet depuis un bout de temps déjà, il a créé le mouvement Unhosted, et plus récemment Terms of Service, Didn’t read. Cela fait maintenant 4 ans qu’il a quitté son emploi pour consacrer sa vie à sauver les Internets. C’est un nomade numérique qui vit de donations pour ses projets. Nous nous sommes rencontrés lors de l’organisation du meeting annuel de Unhosted à Unhos, près de Lisbonne où je réside.

Le site du projet le présente fort bien mais en anglais, pourrais-tu nous dire l’essentiel dans la langue de Benjamin Bayart… Hébergement d’accord, mais avec quelle “valeur ajoutée”  ? Ce ne sont pas les hébergeurs qui manquent….Vous trouviez que les hébergeurs existants n’étaient pas à la hauteur  ? pas assez libres  ?

Comme les lecteurs habitués de ce blog le savent déjà, il existe une alternative propriétaire à chaque logiciel libre. Et ceci est valable sur votre ordinateur comme dans le nuage. Le problème dans le nuage, c’est qu’il existe une importante différence d’expérience utilisateur entre une application libre et une application propriétaire.

Prenons l’exemple d’une application de blogging. Si je vais sur une application propriétaire, skyblog par exemple, j’ai un bouton «  Inscrivez-vous  ». Si je vais sur une alternative libre, WordPress par exemple, j’ai un bouton «  Télécharger  ». Dans la famille Dupuis-Morizeau[1], pas un seul membre ne saura d’emblée quoi faire avec un fichier tar.gz  !

Notre idée, c’est donc de remplacer tous ces boutons Téléchargez par Inscrivez-vous avec IndieHosters.

Il est vrai qu’il existe déjà énormément d’hébergeurs, mais pas un seul ne nous satisfait. Dans le cas de WordPress, on peut en trouver beaucoup, mais quid de l’hébergement de mes mails  ? Gandi, c’est cool, mais c’est pas pour la famille Dupuis-Morizeau. Même si les interfaces se sont énormément simplifiées, cela s’adresse toujours à des administrateurs systèmes.

Et qui va faire de l’hébergement pour Wallabag à part Framasoft  ? L’idée, c’est aussi de faire de l’hébergement pour toutes ces applications de niche. Notre but, c’est aussi que les gens qui font des applications libres pour le nuage puissent proposer des hébergeurs. Et c’est ce qui manque aujourd’hui  !

Il est vrai par ailleurs que la plupart des hébergeurs ne sont pas très libres, ils utilisent pour la plupart des applications comme Plesk ou CPanel qui sont propriétaires. Mais surtout, ce qui est important pour nous est de donner accès à ces applications libres à tout le monde, et pas seulement aux geeks que nous sommes  !

Il paraît que vous voulez re-décentraliser le Web  ? Qu’est-ce que ça veut dire  ?

On ne va pas re-décentraliser que le Web, on veut le faire aussi pour les mails, le xmpp, et d’autres. On veut re-décentraliser les Internets.

Mais parlons du Web, et particulièrement du Web 2.0. C’est une sacrée révolution en effet. On est passé d’un web statique au web des applications. Revenons seulement quelques années en arrière. Si vous avez vécu les années 90, vous vous en souvenez  : vous utilisiez des applications sur votre ordinateur. Dans le cas d’un document texte, ça se passait bien. Vous aviez votre fichier sur votre bureau virtuel. Vous pouviez le modifier avec différents logiciels, Notepad sous Windows, vi sous GNU/Linux, ensuite le passer à un copain ou sur un autre appareil ne nécessitait qu’une disquette.

Le Web 2.0 a révolutionné cela. Les applications, dont votre Notepad, ont migré vers le Web. C’est devenu le Web des applications. En soi, c’est pas très grave. Le problème, ce sont les données produites par ces applications. Elles se sont retrouvés «  enfermées  » dans ces applications, qui sont devenues très populaires. En quelques années, quelques entreprises ont pris la main sur la majorité des données produites sur Internet.

Mais avant cette période, le Web des documents était décentralisé. Pour plusieurs raisons, on pense que cela est bien, et donc c’est pour cela que l’on veut re-décentraliser le Web[2].

— Pourquoi mettez-vous en avant l’aspect migrateur d’IndieHosters  ? Mes données vont migrer d’un serveur à l’autre telles des hirondelles deuzéros  ?

Reprenons l’exemple de Notepad avec l’application de blog. Le fichier texte, vous pouviez l’éditer avec n’importe quelle application. Aujourd’hui, si vous utilisez une application pour éditer votre billet de blog, même libre comme WordPress, il vous faut l’application en question. C’est assez ennuyeux, mais le mouvement unhosted, avec remotestorage essaie de résoudre ce problème. En attendant, si vous voulez migrer vos données associées à votre application, eh bien, il faut s’y connaitre. Et même les administrateurs systèmes les plus avertis vous diront que c’est la galère  !

Pour nous, un utilisateur limité à un seul fournisseur de service pour son application n’est pas libre, même si le logiciel utilisé est libre. Et il y a plein de raisons pour lesquelles un utilisateur voudrait migrer  :

  • un service moins cher  ;
  • un service de meilleure qualité  ;
  • un support dans sa langue  ;
  • un choix plus large d’applications  ;
  • le non-respect de la vie privée, la perte de confiance  ;
  • l’interruption d’activité du fournisseur de service qui ayant fait fortune décide d’aller garder des chèvres dans le Larzac.

C’est pourquoi nous travaillons sur un format de migration standard avec une procédure standard, ainsi l’utilisateur pourra migrer d’un fournisseur de services à un autre et ce sans compétences techniques. Le plus beau dans tout cela, c’est que Framasoft pourra faire partie de ce réseau. Et lorsque les gens demanderont si http://degooglisons-internet.org/ ne va pas devenir un nouveau silo, on pourra répondre, que Framasoft fait partie d’un réseau de migration, donc pas de soucis, les gens seront libres de migrer ailleurs  !

On aime vraiment le slogan de Cozy  :

Vous allez rester parce que vous pouvez partir.

— Mais en réalité vous proposez un réseau d’hébergement  ? est-ce que ça veut dire que vous proposerez aux souscripteurs plusieurs serveurs  ?

En fait c’est un réseau d’hébergement comme les gîtes de France. Gîtes de France propose un label avec lequel, où que vous alliez, vous savez à quelle qualité de service vous attendre. Pourtant chaque hébergement est complètement indépendant des autres. IndieHosters, c’est un peu pareil, on partage la manière d’importer et d’exporter les données. Mais ensuite l’utilisateur final sera libre de choisir son hôte  !

Ce réseau existe déjà  ?

Oui, il existe déjà, vous avez le choix entre Michiel et Pierre. Je vous recommande Pierre car il parle bien mieux français que Michiel, mais Michiel se débrouille pas mal aussi dans la langue de Molière.

Ça concerne qui ce projet  ? Quelle est votre “cible”  ? Vous croyez vraiment que je vais être capable de me débrouiller avec la gestion de mon hébergement  ? ouh là… ça me fait un peu peur moi toute cette arrière-boutique.

Ben justement, la cible c’est toi  ! Il n’y a rien à gérer  : si tu sais de quelles applications tu as besoin, on te les héberge et on s’occupe des détails techniques. J’ai fait le test avec ma sœur dont le profil est celui de Mme Dupuis-Morizeau (mais ma sœur a beaucoup plus de talent). Elle voulait un site pour montrer les bijoux et vêtements qu’elle fabrique. Je lui ai mis en place un WordPress. Elle qui n’y connaît pas grand-chose en informatique a pourtant réussi sans l’aide de personne à créer son site, fièrement hébergé par Pierre, un des IndieHosters  !

Pour profiter de cet hébergement, il faut au préalable avoir un compte WordPress ou Known  ?

Non, il suffit d’acheter le service, en ce moment en pré-vente sur IndieGogo. Ensuite, à partir de janvier, on commence à fournir le service.

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— La préoccupation croissante en ce moment et sans doute pour un certain temps, c’est la sécurité et la confidentialité. Qu’est-ce que le projet IndieHosters apporte sur ces points  ? Est-ce que je peux avoir confiance  ? Leur nuage là c’est bien joli mais ça revient à envoyer mes données personnelles sur des machines qui sont loin et qui ne m’appartiennent pas hein…

En ce qui concerne la sécurité, nos configurations sont libres. On espère ainsi faire collaborer les utilisateurs et les hébergeurs pour fournir un service toujours de meilleure qualité. Pour ce qui est la vie privée, on estime que les utilisateurs ne devraient pas faire confiance à leur hébergeur. Et pour cela, on recommandera aux utilisateurs d’utiliser le chiffrement.

On commence par offrir seulement des applications de blogging. Dans ce cas-là, on fait de l’hébergement de données publiques. Ensuite, pour les autres applications, il va falloir voir au cas par cas. Je sais que owncloud propose du chiffrement côté serveur. Pour les emails, il n’y pas de soucis. On mise aussi sur le fait que les développeurs d’applications vont de plus en plus implémenter le chiffrement par défaut. Ainsi l’utilisateur n’aura pas à faire confiance à son hébergeur. Si l’utilisateur ne chiffre pas ses emails, il devra faire confiance à son hébergeur. Mais il va payer son hébergeur pour faire ce métier, il sait ainsi que l’hébergeur n’a pas à revendre ses données personnelles pour vivre. Et si à un moment il y a perte de confiance, il sera toujours libre de changer d’hébergeur facilement  !

Le réseau que vous proposez est alléchant, mais aussi très ambitieux, comment allez-vous concrètement financer tout cela alors que vous affichez que vous hébergerez…

pour la liberté, pas pour le profit

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L’idée, c’est que le réseau IndieHosters soit une CyberFondation à but non lucratif. Son rôle est de détenir la marque, les configurations, les documents et le format de migration. On pense à signer la charte de Framasoft aussi, pour être sûrs que cette CyberFondation fera les choses bien  !

Ensuite, chaque IndieHoster, ou hébergeur indépendant qui fait partie de ce réseau, est libre de vendre son service comme il l’entend. Notre idée dans «  par pour le profit  » est que l’on veut simplement en vivre, et non générer des millions pour les actionnaires. Mais ce simplement en vivre peut être interprété différemment selon les personnes. En réalité on ne sait pas encore très bien comment cela va se passer. On pense au début à un tarif de 8 € par mois (deux bières  !) tout compris avec une réduction de 10  % pour un abonnement à l’année. Et on veut aussi donner de l’hébergement gratuit aux associations ou autres particuliers. Mais dans un premier temps, il faut que l’on se consacre à se constituer un salaire mensuel. En ce moment, on se paye 10 € de l’heure et c’est bien suffisant. On verra petit à petit comment faire.

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Si vous voulez le service, allez directement sur IndieGoGo, on fait une pré-vente. Un nom de domaine avec une application pour faire partie de l’IndieWeb pour la modique somme de 50 € pour un an de service  ! Dépêchez-vous, il n’y en aura pas pour tout le monde  !

Merci pour ce projet auquel Framasoft souhaite une pleine réussite. N’hésitez pas à participer au lancement d’IndieHosters, et que mille hébergeurs indépendants se lèvent  !

Encore des liens

Le site du projet  : https://indiehosters.net/

Si vous souhaitez participer à ce projet, il est open source, contribuez sur le github  !

L’appel à financement participatif  : https://www.indiegogo.com/projects/indiehosters

Le site de Pierre Ozoux  : https://pierre-o.fr/

Les deux fondateurs du projet expliquent en vidéo (sous-titres en français en cliquant sur le petit logo CC)  : http://igg.me/at/IndieHosters/x

Notes

[1] Durement éprouvée au plan psychologique depuis qu’elle a rejoint la communauté du Libre où elle a découvert sa popularité de mauvais aloi, l’authentique Mme Michu a demandé qu’on cesse de la mentionner. Le Framablog a décidé d’employer désormais l’exemple des Dupuis-Morizeau, une sympathique famille recomposée qui vit en Normandie.

[2] Pierre vous recommande au passage un document sur le sujet, à voir ou à revoir  : Benjamin Bayart, Internet ou le minitel 2.0

Goofy

je lis des livres et mange des nouilles.

11 Responses

  1. Karl-Groucho D.

    Tout in english: tout est dit. pas pour moi puisque je cause pas tout in english. ça résume assez les limites bien tangibles de la Grande Ouverture du projet. Merci, merci, merci.

  2. Karl-Groucho D. Nous commençons le projet, nous sommes pour l’instant 2 à travailler à temps plein dessus. Ma langue maternelle est le français, et Michiel le hollandais. Aujourd’hui, la langue dominante est l’anglais, donc nous travaillons en anglais.

    Mais nous voulons avoir des traductions aussi! Nous voulons toucher le public français aussi, et cet entretient comble un peu ce manque déjà 🙂

    Pour l’instant on a pas eu le temps de se pencher sur la question des traductions, mais si si il y a des ames charitables, tout est ouvert 😉 Les sources du site oueb se trouvent ici: https://github.com/indiehosters/web

  3. super…. j’ai mieux compris
    et pour ta sœur , c’est vrai ? la boutique et tout et tout ….

    quel est belle cette idée !
    tous mes encouragements
    je vais participer
    merci

  4. Question très pratique pour lesquels il y a peut être les réponses quelques part mais j’ai pas vu :
    – De quel espace disque l’utilisateur bénéficiera? Mon site internet est un blog sous joomla au sujet de mon voyage autour du monde, je dois donc héberger les photos.
    – Aura t-on droit à une adresse email? j’ai lu une phrase à ce sujet mais j’ai pas compris si c’était une option à venir ou ça serait d’office disponible en janvier.

    Merci,

    Thatoo

  5. Je n’ai pas trouvé la réponse à ma question, mais peut-être que j’ai mal lu. Dans quel pays, les services seront hébergés ?

  6. @Thatoo
    – Pour l’instant on ne met pas de quotas en place. D’une, parce que ça demande du temps de mettre en place ce genre de monitoring, et de deux, le hardware est tellement peu cher que ça ne vaut pas le coup. On mettra surement en place une règle d' »usage raisonnable » à définir ultérieurement.
    – En ce qui concerne les emails, on fait pour l’instant du transfert d’email. Ce qui veut dire que si tu achètes un nom de domaine, on peut te transférer tout ces emails à l’adresse que tu désires. Plus tard, on offrira du webmail/imap/pop aussi.

    @a: Cela dépendra de ton hébergeur, et donc tu pourras choisir. En ce qui me concerne, j’ai des serveurs en France et en Allemagne, et je pense à l’Islande aussi pour des raisons légales.

  7. D’après ce que j’ai compris, on commencera par mettre à disposition WordPress pour commencer.

    Après, sera-t-il possible de mettre en plus ou à la place un autre logiciel server, comme SPIP, Agora ou même un programme créé ou modifié pous ses propres besoins ?

  8. @asmanel: Donc au début, ce sera WordPress et Known, et ensuite, tous les services que l’on développera, seront aussi disponibles.
    On en train d’écrire les spécifications pour comment développer une appli Internet pour le réseau IndieHosters. Et ensuite, on peut tout imaginer.
    En ce qui concerne les applis personnelles, il faut qu’on voie encore, mais c’est pas encore dans la roadmap (celle qui est dans notre tête 😉 ).

  9. libre fan

    Le plus dur dans ce projet, c’est de trouver des gens vraiment honnêtes. Le réseau RHIEN, par ex., contient des gens peu recommandables (qui font du pas libre) qui ne suivent pas vraiment la charte. Mais peut-être la force de votre projet, c’est que les clients peuvent partir facilement. Et aussi, la rigueur d’une charte.

    > Mais il va payer son hébergeur pour faire ce métier, il sait ainsi que l’hébergeur n’a pas à revendre ses données personnelles pour vivre.

    Oh, il y a sûrement pas mal de gens prêts à prendre l’argent et les données.

    En tous cas, si vous offrez WP, ne mettez pas des tonnes de plugins inutiles et débarrassez-nous de gravatar 🙂

    Bon courage

  10. > « Notre idée dans « par pour le profit » »
    Lapsus ?

  11. @ Karl-Groucho D.

    Au contraire, pour moi le fait que le site soit en Anglais donne du crédit au projet.
    C’est comme dans le dev de logiciel libre, si tu veux monter un truc un minimum crédible et robuste, tu commentes ton code en Anglais, et tu sors une version anglaise en premier lieu.

    C’est un état de fait très dommageable mais c’est comme ça.