Solidarités numériques : le Libre se mobilise

Le Libre et ses acteurs et actrices, associatifs ou individuels, se mobilisent davantage encore dans les conditions compliquées si particulières du confinement.

Empruntons cette mise au point initiale à Pascal Gascoin, chargé de mission éducation-numérique aux Ceméa, notre allié dans l’Éducation populaire :

La situation de confinement que nous traversons nous oblige à repenser, à inventer nos modes de communication, nos façons de travailler pour continuer, malgré tout, à mener à bien nos projets, nos activités tout en gardant le lien, avec les bénévoles et les équipes de nos organisations, nos élèves et les accompagner au mieux.

Aux CEMEA, nous sommes choqués de recevoir quasi quotidiennement dans nos boîtes mails de soi-disant « guides de survie numérique en période de confinement », provenant souvent de « start-ups associatives » qui nous proposent pêle-mêle des solutions payantes, d’autres gratuites, sans jamais faire référence à la façon dont seront traitées nos données, ni faire la différence entre le service “gratuit” d’une multinationale et celui volontairement éthique et fraternel d’une association.

Donc essayons de « dégoogliser le confinement ». Voici quelques-unes des initiatives récentes du numérique libre pour aider à franchir ensemble les semaines houleuses de la crise sanitaire.

Nous allons forcément en oublier, mais vous pouvez nous faire signe pour que nous puissions compléter et mettre à jour la liste ci-dessous.

C’est parti pour une recension rapide sans souci hiérarchique particulier.

C’est où/c’est ouvert ?

Sur ce site https://www.caresteouvert.fr vous pouvez savoir sur une carte (openStreetMap, la cartographie libre et collaborative qui fait la nique à googlemaps) quels sont les services « encore ouverts », ça peut être utile. Et c’est également collaboratif : signalez vous aussi les ouvertures/fermetures de lieux utiles en période de confinement.

Dépannons avec des panneaux

copie d’écran exemple d’affiche généréeLe site http://revolf.free.fr/local-pad-sign/# permet d’imprimer facilement des affiches et panneaux d’affichage avec des informations utiles pour vos voisins de balcon, de hall d’immeuble, de zone pavillonnaire, dans la rue sur le trajet du ravitaillement etc. Vous pourrez inclure automatiquement un QR code et l’adresse d’un pad dans votre affiche.

Enseignant⋅e⋅s dans l’urgence

logo de l’asso solidaire scenariL’association Scenari qui milite pour les usages de la chaîne éditoriale du même nom, vous propose une opération spéciale.
Que vous permet Scenari ? De pouvoir publier vos cours facilement avec une chaîne éditoriale : vous rédigez une seule fois pour publier sous de multiples formats, et vous n’aurez qu’un seul document à modifier /mettre à jour.
N’ayez pas peur de l’apprentissage d’un nouvel outil numérique, vous aurez l’appui et le soutien d’une personne de l’association : parrainage pour rédiger des cours, couplage avec Canoprof pour le primaire et le secondaire, parrainage d’apprentissage de la plate-forme. Accès offert à l’hébergement et à la mise en ligne des contenus que vous aurez produits (services en temps normal réservés aux adhérents de l’association)

 

logo des Zourits (pieuvre souriante)Des Zourits pour l’école
les CEMEA proposent l’accès gratuit à de nombreuses ressources libres pour l’école adresses mail, audioconférences avec jitsi, etc. mais aussi un accompagnement pour les enseignant⋅e⋅s etc. Tout cela est expliqué sur cette page.
2 plaquettes informatives et pour les contacter (liens directs vers .pdf) :
pour les écoles
pour les petites assos

Urgences numériques

Vous faites partie des acteurs locaux stratégiques : un support et dépannage numérique vous est proposé par un collectif de plus de 200 personnes bénévoles, professionnelles des technologies d’information, qui peuvent vous aider à faire face à vos urgences : pharmacies, cabinets médicaux, mairies, établissements scolaires, commerces d’alimentation, associations, indépendants. Vous pouvez donc demander de l’aide mais aussi participer pour en fournir à votre tour (c’est ça l’esprit Contributopia, hein)…

Le Big Boinc

Boinc, c’est le calcul collaboratif pour la recherche médicale, nous signale Tikayn. Votre ordinateur ou votre ordiphone s’ennuient avec leurs puissantes capacités généralement en sommeil ? Contribuez par leur puissance de calcul à la recherche médicale, comme le font déjà plus de 4 millions de personnes.

proposition sur Mastodon : contribuer avec vos appareils numériques à la recherche médicale

Github spécial Covid

Bastien recense sur ce Gthub les ressources libres et open source d’info et solidarité autour de la pandémie :

https://github.com/bzg/covid19-floss-initatives/blob/master/index.org

Insolite

Même les Balkany veulent contribuer ! (ah non zut ils ne sont pas libres)

Et du côté de Framasoft ?

JCFrog et l’interface de jitsi meet

  • Nous avons renforcé les capacités des serveurs et de l’infrastructure de Framatalk et Framapad qui peuvent donc à nouveau accueillir les besoins de communication des particuliers et associations qui doivent se joindre. Non, les enseignants qui souhaitent faire une visioconférence pour des classes de 35 ne sont pas les destinataires prioritaires de ces outils, pour des raisons compréhensibles de tenue de charge. Ces services peuvent être utilisés par des personnes qui, souvent, n’ont pas d’autres moyens (dont des malades isolé·es de leur famille). Prenez soin de ne pas monopoliser cette ressource afin qu’elle reste partagée.
  • https://rdv-medecins.framasoft.org/login est un outil libre de prise de rendez-vous médicaux à destination du personnel médical exclusivement. Vous avez un bout de serveur ? Vous pouvez héberger le même outil (Nextcloud + ses applications « rendez-vous » et « calendar ») pour le mettre à disposition de votre médecin. Et voilà la documentation utilisateur/trice !
  • Vous avez hélas ou tant mieux davantage de temps libre ? Profitez-en pour vous former en ligne aux arcanes du numérique : c’est parti pour Librecours Voir l’article du framablog qui vous explique tout. Les inscriptions sont ouvertes par ici

 

à suivre …

 

 




Un librecours pour mieux contribuer à la culture libre

C’est aujourd’hui que s’ouvrent les inscriptions au librecours « Libre Culture » pour se former aux enjeux et mécaniques des licences libres sur les œuvres culturelles. Ça tombe plutôt bien puisqu’une partie d’entre nous se demandent comment ne pas s’ennuyer en cette période de confinement ;-). Nous ne résistons pas à l’occasion de vous présenter ces librescours, dont celui-ci est l’un des premiers d’une liste que nous espérons longue et prospère !

Prendre part à la culture libre, celle du partage

Si l’on va chercher dans les principes fondateurs d’Internet, à l’époque où des scientifiques mettent en place les réseaux pour échanger et se partager leurs travaux, il y a la notion de partage du savoir qui s’enrichit lorsqu’il est diffusé librement. Ce n’est donc pas une notion nouvelle, et nombre d’artistes et créatrices clament qu’elles se hissent sur les épaules des géants, qu’ils ont été influencés par toute une culture reposant sur les œuvres de l’esprit d’artistes qui les ont précédés.

Image par Gerd Altmann de Pixabay

 

Cette culture du partage, dans le monde numérique, s’est retrouvée dans la culture libre. Car le logiciel libre ne se résume pas à une manière efficace, transparente et collaborative de produire du code. Non, ça, c’est l’open-source. Le logiciel libre offre, en plus de l’open-source, une éthique. Il propose une vision de la société, de la place du code et des personnes qui le créent dans cette société.

Car ce n’est pas le logiciel qui est libre, ce n’est pas l’œuvre qui est libre : c’est nous, les humains qui le sommes.

 

La culture du Libre repose sur les licences libres

Grâce à la démocratisation de l’outil numérique, nous avons assisté à la diffusion des outils de production des œuvres de l’esprit (écrits, images, sons, vidéos, code…), à la popularisation des savoirs-faire anciens et nouveaux (telles que les pratiques du remix, du mash-up, des mèmes), et à la venue de nombreux outils pour diffuser nos créations.

Participer à notre culture commune n’est plus réservé à une élite bien née. Aujourd’hui, nous sommes de plus en plus nombreuses et nombreux à pouvoir apporter notre pierre à l’édifice culturel commun. Combien de vidéastes à succès utilisent des sons, musiques, et polices d’écriture libres, tout en partant du savoir libre de Wikipédia pour leurs recherches ? Ce n’est là qu’un exemple du foisonnement vertueux de la culture libre.

Capture d’écran d’une question lors d’un exercice du librecours Libre Culture

Chez Framasoft, nous pensons qu’il est important que toutes ces œuvres de l’esprit qui naissent ou vont naître puissent, à leur tour, prendre leur place dans la culture libre. Pour cela, nous souhaitons offrir à toute les personnes qui vont les créer, les utiliser, les modifier, les étudier, les diffuser, etc. les clés de cette culture, qui repose sur un outil à la fois juridique et symbolique : les licences libres.

Au fond, c’est quoi, ces « licences libres » ? Pourquoi est-ce qu’elles seraient importantes ? Est-ce qu’elles ne vont pas me léser en tant qu’autrice ? En tant que lecteur ? Que vidéaste ? Que bibliothécaire ? Elles s’appliquent pareil aux logiciels et aux vidéos ? Aux musiques ? Aux livres ? Aux jeux vidéo ? Qu’est-ce que je peux partager légalement et comment savoir si je suis hors-la-loi ? Et comment fait-on pour s’y retrouver, dans tout ça ?

 

Inscrivez-vous au deux premières sessions du librecours sur la Culture Libre

Dans la lignée du MOOC CHATONS, nous vous proposons cette fois-ci un librecours pour acquérir les clés de la culture libre. Que vous soyez créateur, prescriptrice, spectateur, étudiante, ou tout ça à la fois, ce cours vous permettra de savoir comment exploiter un contenu culturel en ligne et diffuser les vôtres.

Présentation du librecours Libre Culture

Et à contexte exceptionnel, mesures exceptionnelles, il a été décidé d’ouvrir deux sessions de ce librecours afin de permettre à celles et ceux d’entre nous qui ont davantage de temps dans les jours à venir de pouvoir le terminer plus rapidement.

Ces deux sessions débuteront le lundi 6 avril 2020.

  • La session LCIII durera 3 semaines et vous demandera 7 à 8h de votre temps chaque semaine.
  • La session LCVI s’étendra sur 6 semaines et sera donc moins intense (3 à 4h par semaine).

Le suivi des apprenant·es étant encadré, les places sont limitées aux 10 premières personnes pour la session LCIII (3 semaines) et aux 20 premières pour la session LCVI (6 semaines). Inscrivez-vous sur le site librecours et sur l’équipe Mattermost prévue à cet effet.

Alors c’est certain, tout le monde ne pourra pas profiter de ces deux premières sessions : leur encadrement sera assuré par nos bénévoles, Stéphane (auteur de Traces, un roman libre publié chez Framabook) en tête.

Nous voulons, encore une fois, commencer modestement, pour apprendre de cette expérience et faire un nouveau pas vers cette idée d’Université Populaire du Libre, Ouverte, Autonome et Décentralisée qu’est le projet UPLOAD, une des actions de notre feuille de route Contributopia.

À vous de participer à cette aventure pour mieux prendre votre place dans la Culture du Libre en vous inscrivant à ce librecours !

 

Pour aller plus loin

Découvrir le programme du librecours Culture Libre

S’inscrire avant le dimanche 5 avril 2020 (dans la mesure des places disponibles)




Une mobilisation citoyenne pour la continuité pédagogique

Nous vivons depuis quelques jours une situation tout à fait exceptionnelle. Parmi les multiples décisions prises, il y a notamment celles de fermer écoles, collèges et lycées. 800 000 enseignant⋅e⋅s et 12 millions d’élèves sont donc invité⋅e⋅s à faire cours depuis chez eux

Framasoft accueillait, ces derniers mois, environ 700 000 personnes par mois sur ces différents services. Cependant, pour de multiples raisons évoquées ici, nous souhaitons privilégier le modèle décentralisé. Face à la situation, nous avons bien évidemment fait le choix d’être responsables et solidaires et d’augmenter les capacités de certains de nos services, et nous préparons différentes actions qui seront annoncées dans les jours à venir. Cependant, nous savons que nous ne sommes pas en mesure de fournir les outils qui permettraient la « continuité pédagogique » souhaitée par le Ministère de l’Éducation Nationale.

D’autres structures et collectifs font le choix de prendre à bras le corps cette problématique. Nous avons ainsi été contactés par le collectif encore en construction Continuité Pédagogique qui souhaite rassembler une communauté citoyenne composée de volontaires (Éducation nationale ou non), qui souhaiteraient mettre leurs compétences (techniques, pédagogiques, didactiques) au service de ce défi. Nous relayons ici leur appel.


Une communauté de citoyen·nes qui soutiennent les enseignant·es dans leurs pratiques numériques pour assurer (au mieux) la continuité pédagogique durant l’épidémie du coronavirus en France.

  • Vous êtes développeur⋅se et vous souhaitez proposer une application web ?
  • Vous faites partie de la communauté éducative (enseignant⋅es, référent⋅es numériques, formateur⋅ices, militant⋅es dans l’éducation populaire, entrepreneurs dans une Edtech, etc.) et vous enseignez avec le numérique ?
  • Vous êtes étudiant⋅es, parents, et vous savez utiliser les outils numériques et vous souhaitez mettre du temps à disposition des enseignant⋅es ?

Rejoignez-nous !

 

Parce que la mobilisation de la communauté éducative depuis le 13 mars prouve – s’il en était besoin – l’énorme engagement des enseignant·es, leur expertise et leur volonté de faire vivre les liens éducatifs avec tous leurs élèves.

Parce que nous savons que ces liens peuvent être entretenus, en co-éducation avec les parents, dans un écosystème éducatif numérique libre, neutre, décentralisé, loin de toute tentative de marchandisation ou de récupération.

Parce que nous voulons apporter notre pierre à l’édifice, pour assurer la continuité du service public d’éducation, à partir de celles et ceux qui la font : les 880 000 enseignant⋅es de France.

Nous avons créé la plateforme continuitepedagogique.org pour mobiliser massivement des personnes doté⋅es de compétences numériques, pour aider les enseignant⋅es en demande de conseils à se former à l’usage d’outils en ligne ainsi que des développeur⋅ses et les designers qui auraient des idées pour d’autres outils d’accompagnement.

Nous appelons donc à une mobilisation citoyenne pour aider les enseignants à se former rapidement aux usages pédagogiques du numérique.

Retrouvez l’appel à mobilisation en intégralité sur https://www.continuitepedagogique.org/.




10 bonnes raisons de fermer certains services Framasoft (la 5e est un peu bizarre…)

On le sait, faire le « grand ménage de printemps » c’est pas une partie de plaisir… mais c’est tellement agréable, quand c’est fait.

À l’heure où nous nous retroussons les manches pour « Déframasoftiser Internet », nous voulons vous expliquer ce que l’on va faire, et pourquoi, car nous sommes persuadé·es que fermer certains services (qui vous renverront chez les copains) et en restreindre d’autres, c’est ce que nous avons de plus sain à faire pour les internets, vos données et nos frêles épaules.

1. Pour mieux s’occuper des services existants

N’en déplaise aux oiseaux de mauvais augure qui ont prophétisé une Framapocalypse en criant « ça va fermeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeeer ! » sur leurs médias sociaux, nous allons maintenir de nombreux services à votre disposition, et parmi les plus utilisés… Regardez plutôt :

Les services que nous allons maintenir sans restrictions
Illustration CC-By Maiwann

Maintenir ces services demande du soin, du savoir-faire, de l’attention… Nous avons donc décidé de faire moins pour faire mieux, de proposer moins de services pour mieux chouchouter ceux que nous gardons à votre disposition.

2. Pour assurer une qualité de service aux personnes qui y sont

Il y a d’autres services que nous allons maintenir… mais avec des restrictions. Pour les personnes qui les utilisent déjà, rien ne changera. Nous cesserons simplement d’accueillir de nouvelles personnes, parce qu’on ne peut pas grossir à l’infini sans que ça ne devienne moins bien pour tout le monde.

En effet, s’il y a 10, 100, 1000 ou 10000 personnes qui utilisent un frama-service en même temps, ça change tout : plus il y a de personnes, plus il y a de chances que ça plante. Plus ça plante, plus on a de travail (support, remise en service, etc.). Plus on assure ce travail, moins on a de temps pour maintenir et améliorer l’existant.

Voici les services que nous allons maintenir en restreignant les nouveaux usages.
Illustration CC-By Maiwann

Concrètement, au moment de restreindre ces services, nous avons l’intention de bloquer la création :

  • de nouveaux comptes sur Framasphere et Framapiaf (cela ne changera rien pour les personnes qui y sont déjà) ;
  • de nouvelles listes, teams et dépôts sur Framalistes, Framateam et Framagit (l’existant pourra continuer de fonctionner comme avant) ;
  • de nouveaux liens sur Frama.link (les redirections actuelles seront maintenues) ;
  • de nouveaux comptes sur Framaforms (les comptes existants pourront continuer de créer des formulaires… sachant que nous travaillons actuellement à améliorer le logiciel pour que d’autres l’hébergent plus facilement : on en reparle dès que ça aura avancé !)

3. Pour mettre en lumière d’autres hébergeurs de confiance

Nous l’avons annoncé durant notre campagne Dégooglisons Internet : l’important c’est d’essaimer, de multiplier les hébergements de services en ligne qui respectent les humain·es et leurs données !

Si on ne met pas toutes nos données dans le même panier (si on n’utilise pas tous et toutes le même hébergeur), alors on évite le piège de la centralisation : ce processus donne beaucoup trop de pouvoir et d’importance à un hébergeur… Et même si cet hébergeur, c’est Framasoft !

OK, mais concrètement, comment on fait pour trouver des services comme Framasoft mais dispersés ailleurs ?

Il vous suffit d’aller sur le Frama-service que vous avez l’habitude d’utiliser… et lorsqu’il sera fermé, à sa place, vous verrez cela :

Ici nous avons pris Framadrop (partage de fichiers volumineux) pour l’exemple.

Nous n’allions pas vous laisser comme deux ronds de flan, seul·e face à votre écran ! En fermant certains des frama-services, nous pouvons mettre en valeur d’autres hébergeurs de confiance qui proposent la même chose, mais plus proches de vous. C’est un peu comme pousser l’oisillon du nid : ça fait peur au début, mais ensuite on prend son envol et on se rend compte que les alternatives ne sont qu’à un clic de distance !

4. Pour éviter l’acharnement technopeutique

Franchement : il y a des services qu’il vaut mieux débrancher. Dégooglisons Internet, c’est 38 services qui ont été ouverts, pour la plupart, entre 2014 et 2017… Sur ces 38 expérimentations, toutes ne sont pas une réussite.

Framastory, par exemple, n’est quasiment plus utilisé par personne, et le développement du logiciel n’a pas été repris. Or, finalement, c’est OK de se dire qu’il n’y a pas eu un intérêt suffisant, et de tirer un point final !

Liste des services que nous allons progressivement fermer.

Notre méta-moteur de recherche Framabee, lui, a été beaucoup trop utilisé : du coup, il s’est fait repérer par Google (ainsi que les autres moteurs chez qui Framabee envoyait vos recherches, après les avoir soigneusement anonymisées), et Google a cessé de lui fournir des résultats ! Trop utilisé, trop visible, trop grillé par Google et consorts… il ne servait plus à rien : mieux valait le fermer !

Pendant ce temps, d’autres structures, plus petites, plus discrètes, proposent leur hébergement du même méta-moteur (le logiciel Searx), qui fait exactement la même chose… Et tant que tout le monde ne se précipite pas sur un de ces hébergements (mais qu’ils se multiplient) alors on peut espérer passer sous le radar ;).

5. Pour ne pas devenir l’hypermarché du libre

#StoryTime ! À une époque où les GAFAM ont construit leurs centres commerciaux partout dans le monde numérique, nous avons monté une espèce d’épicerie autogérée de services numériques « bios », responsables et artisanaux.

Or voilà que de plus en plus de personnes se rendent compte que les centres commerciaux du numérique, ça ne leur convient pas. Voilà que la petite épicerie du numérique (Framasoft, donc), voit plus de 700 000 personnes passer chez elle chaque mois.

Que fait-on ? Est-ce qu’on agrandit ? Avec plus d’argent, on pourrait embaucher plus de monde, ouvrir plus de serveurs, créer de plus grands locaux, rationaliser, accueillir encore plus de monde, réduire les coûts, gagner du temps, gagner plus d’argent, séduire plus de monde pour être encore plus rentable, faire du chiffre, grandir toujours plus… et devenir l’hypermarché du libre francophone.

Nous avons donc choisi une autre voie que celle de l’hypermarché : créer des AMAP du numérique en initiant le collectif CHATONS ! Ce collectif d’hébergeurs s’est mis d’accord sur des valeurs et des engagements forts pour mériter votre confiance : fermer certains de nos services nous permet aussi de vous faire découvrir les leurs.

Le système qui a créé ces « hypermarchés du numérique » que sont les GAFAM s’appelle le Capitalisme de Surveillance.
C’est le sujet d’Affaires privées, un essai de Christophe Masutti (Framatophe !), chez C&F éditions.

 

6. Pour prendre soin des personnes qui prennent soin de Framasoft

L’association Framasoft, ce sont 35 membres, dont 9 salarié·es, qui essaient d’animer une communauté d’environ 700 bénévoles, en proposant des sites et services utilisés par plus de 700 000 personnes chaque mois (selon une estimation basse et approximative, car, comme on ne piste pas, on ne peut pas vraiment savoir).

En un an, notre estimation des bénéficiaires de nos services est passée de 500 000 à 700 000 personnes chaque mois. Et notre volonté de répondre d’humaine à humain aux personnes qui auraient des remarques, questions, besoins d’aide ou d’information n’a pas changé.

D’après une infographie de Geoffrey Dorne, CC-By-SA.

Alors vu qu’on ne veut pas multiplier nos effectifs (et devenir un hypermarché du libre), ni pousser les membres de l’association au burn-out pour répondre à la demande exponentielle de services numériques de confiance… Il faut que nous réduisions la voilure !

7. Parce que pour concurrencer les services des entreprises multi-milliardaires, il faudrait avoir leur perfidie

Les GAFAM et autres géants du web sont la conséquence directe d’un modèle de société, une société de surconsommation. Leur immense richesse leur a permis de construire des services beaux, pratiques et rapides, où il n’y a pas besoin de réfléchir pour les utiliser… Des services qui ne demandent aucun effort et souvent aucun paiement.

Or leur immense richesse n’a pu se construire que sur l’observation du moindre de nos comportements, pour vendre la canalisation de nos attentions et la manipulation de nos volontés.

Nous n’avons pas les mêmes moyens que Google. Si on comparait le chiffre d’affaire annuel de Google à une journée, le budget 2019 Framasoft représenterait 0,3 secondes de cette journée. Cela tombe bien : nous ne voulons pas les mêmes moyens que tous les Google du monde, car nous ne partageons ni leurs méthodes ni leur soif de pouvoir.

La diversité des petits face à l’appétit des géants…
CC-By David Revoy

Aujourd’hui, Framasoft crée des outils numériques pour celles et ceux qui participent à une société de contribution. La société de contribution est une société de l’effort, qui va nécessiter de prendre du temps, mettre de l’énergie, alors que la société de surconsommation est une société du confort, qui ne porte pas un avenir d’égalité et de fraternité.

L’effort que nous vous demandons, en utilisant les mêmes services, mais ailleurs, c’est un effort qui permet de faire un pas de plus vers cette société de contribution.

8. Pour redonner ses lettres de noblesse au numérique artisanal

À chaque sortie de service ou annonce de développement, nous avons entendu la même sentence : « #LesGens veulent du numérique propre, lisse, calibré, rapide, infaillible et froid. », comme si la seule manière de faire du numérique c’était de faire dans l’industriel.

C’est aussi absurde que de dire : « #LesGens veulent des tomates rondes, calibre 55 et couleur #CC0605. »

« Hashtag-les-gens », ça n’existe pas. Par contre, nous constatons que lorsqu’on explique aux personnes qui utilisent nos services que nous sommes une petite association loi 1901, que les logiciels sont communautaires et que tout ce beau monde fait de son mieux… Alors, ces personnes sont prêtes à accepter qu’un pad plantant le samedi soir ne sera pas remis en service avant le lundi matin, ou qu’un menu soit moins joli, moins rapide, ou que telle fonctionnalité mettra un an à être codée par des volontaires.

Monde de l’éducation Populaire dans Contributopia.
Illustration de David Revoy – Licence : CC-By 4.0

Vous nous avez prouvé qu’il y a de la place, dans notre monde, pour un numérique artisanal, au sens noble du terme. Un numérique qui remet l’humain au cœur des préoccupations et où l’outil devient convivial. Or si tout le monde va chez le même artisan, il risque fort de devoir s’industrialiser…

Pour éviter cela, il faut répartir les demandes sur un réseau d’artisans qui sauront préserver ce rapport chaleureux et humain.

9. Pour faire de la place à des services plus complets

Depuis que nous avons lancé notre campagne Dégooglisons Internet, en octobre 2014, bien des choses ont changé. Certains logiciels ont évolué, d’autres ont pris un petit coup de vieux… Or il faut dire que derrière les 38 services de « Dégooglisons Internet », il y a une ribambelle de logiciels variés, et pas un seul « compte unique Framasoft » pour les unifier !

Fermer certains de ces services, c’est se lancer dans un grand ménage de printemps qui nous permettra de faire de la place… à un nouvel outil ! Ce projet « Framacloud » a été pensé en tenant compte de tout ce que nous avons appris sur les usages et les attentes des personnes qui s’apprêtent à se dégoogliser : un compte unique, un seul service, mais tous les outils pour travailler avec votre association ou votre collectif, par exemple.

Frama-truc-que-avec-un-seul-compte-j’ai-mes-fichiers-collaboratifs-mes-contacts-mes-agendas-mes-notes-mes-images-mes-albums-ma-visio-mes-mindmaps-mes-flux-etc
On est hyper fier·es de ce nom, facile à retenir et à retrouver sur Internet.

Comme nous le détaillons dans notre article des prospectives en 2020, notre objectif est de vous faire découvrir cette solution, sans propager l’illusion que les ressources illimitées et gratuites, ça existe (ou que ce serait sain) : nous avons plein d’idées, mais il nous faut du temps et de la disponibilité pour les réaliser !

10. Pour changer le monde, un octet à la fois

Cette expression n’est pas anodine. Framasoft n’a jamais eu pour but de dégoogliser les internautes du monde entier (ni même de la francophonie). C’est un joli rêve, certes, mais ce serait beaucoup trop de responsabilités pour les épaules des 35 membres de notre association !

Notre ambition est de changer le monde, mais si possible sans choper le melon ni se prendre le chou. Pour cela, il faut se libérer de l’attention, de la disponibilité, fermer quelques onglets mentaux : 38 services à maintenir pour plus de 700 000 personnes chaque mois, bonjour la charge mentale !

Se libérer l’esprit nous permettra de nous consacrer aux nombreux projets que nous avons décrits dans nos Carnets de Contributopia : concrétiser Mobilizon, notre alternative aux événements Facebook, financer et améliorer PeerTube, l’outil pour émanciper les vidéos de YouTube, continuer nos partenariats dans un esprit d’archipelisation ou encore publier un MOOC sur « Internet, pourquoi et comment reprendre le contrôle », comme nous l’avons fait il y a peu

Framaspace, par Soniop
Cliquez sur l’image pour soutenir son travail

Fermer quelques services va progressivement permettre à Framasoft de récupérer de la capacité d’action sur le petit bout de monde qui se trouve devant nous.

« La route est longue, mais la voie est libre » dit-on souvent : si aujourd’hui nous changeons au moins un octet et que cela contribue à changer le monde, alors, nous saurons que nous avons avancé.




Ouverture du MOOC CHATONS : Internet, pourquoi et comment reprendre le contrôle

C’est officiel, le premier module de notre parcours pédagogique pour favoriser l’émancipation numérique est désormais complet. À vous de vous en emparer, de le partager… et pourquoi pas de l’enrichir !

Prendre le temps de co-construire un MOOC avec soin

Nous vous en parlions en décembre dernier lors d’un point d’étape, la publication du premier module de ce MOOC est l’aboutissement d’un projet né il y a plus de 3 ans !

C’est en 2016 que la fédération d’éducation populaire La Ligue de l’Enseignement nous propose un partenariat autour de cette idée de cours ouverts en ligne à suivre librement pour cheminer vers l’émancipation numérique. En 2018, un financement de la fondation AFNIC nous permet de rassembler des ressources existantes et d’en créer de nouvelles pour les organiser en un séquençage pédagogique.

Seulement voilà, en plus de la loi de Murphy qui génère des retards, il faut bien avouer que c’est notre premier module de notre premier MOOC. Il nous a donc fallu du temps et des expérimentations (et quelques errements…) avant de parvenir au résultat que nous avons mis en ligne sur notre plateforme Moodle.

C’est donc avec beaucoup de modestie (et d’enthousiasme !) que nous vous présentons ce premier module, co-conçu avec la Ligue de l’Enseignement, que vous pouvez parcourir sur mooc.chatons.org.

Décrire le monde numérique d’aujourd’hui, sans drama ni paillettes

Intitulé « Internet, pourquoi et comment reprendre le contrôle », ce premier module se donne pour objectif de permettre à chacun⋅e d’entre nous de devenir des acteurs et actrices d’un Internet « bien commun », respectueux de l’individu et du collectif.

Pour être en capacité d’agir, nous pensons qu’il faut d’abord avoir une vision claire du monde sur lequel on veut agir. Chacune des trois séquences de ce premier module cherche à nous dépeindre comment le paysage numérique actuel s’est construit et où sont nos espaces d’action.

Pour le plaisir, voici la première vidéo de ce MOOC

La première séquence, « Internet, pourquoi et comment », revient en 4 leçons aux sources de notre monde numérique, de la création d’Internet aux problèmes posés par les réseaux sociaux et plateformes.

La séquence suivante, intitulée « Les GAFAM, c’est quoi ? Et en quoi c’est un problème ? » essaie en cinq leçons de dresser un portrait sans fard des géants du Web, de leur domination sur notre société et du système qui les porte : le capitalisme de surveillance.

Enfin, la séquence « C’est quoi les solutions ? » cherche à expliquer en cinq leçons les leviers d’action qui peuvent nous permettre de changer le paysage numérique, de sortir du rôle de consommateurs isolés et de créer des communautés d’acteurs.

Un module accessible à toutes, à tous, sans expertise requise

Le cours est déjà ouvert, et chacun·e peut y participer quand bon lui semble : il n’y a pas de période d’inscription à respecter. Le maître-mot, ici, c’est l’autonomie. Nous voulons laisser aux apprenant·es un maximum de libertés dans leur parcours pédagogique, quitte à ne pas mettre en place de système de certification.

Ainsi, les contenus pédagogiques ont été pensés pour être accessibles à toute personne voulant découvrir le cours, quel que soit son niveau de connaissances sur le numérique. Ni Framasoft, ni la Ligue de l’Enseignement n’assureront d’accompagnement pédagogique contraint à un calendrier : chacune et chacun peut suivre les leçons à son rythme, et gérer son temps consacré à ce MOOC.

Cliquez sur le panneau pour aller découvrir la plateforme mooc.chatons.org et vous inscrire au premier module (en construction).

Pour faciliter cette auto-gestion, chacune des séquences pédagogiques est accompagnée d’un questionnaire à choix multiples. Ainsi, chaque apprenant·e pourra auto-évaluer les connaissances acquises. Par ailleurs l’ensemble du module est accompagné d’un glossaire (pour se remettre en tête les termes et personnes-clés) ainsi que d’un forum d’entraide (où, par contre, nous essayerons d’être régulièrement présent·es).

Il est possible d’accéder aux contenus sans inscription, afin de pouvoir les partager librement. Nous vous conseillons cependant de vous créer un compte (c’est gratuit aussi), ce qui vous permettra justement de bénéficier de ces fonctionnalités avancées :

 

  • accès aux exercices d’autoévaluation avec les QCM ;
  • possibilité de suivre l’avancement de votre parcours de formation (pour reprendre une leçon là où vous vous étiez arrêté ou pour suivre vos résultats aux évaluations) ;
  • possibilité de gagner des points d’expérience au fur et à mesure de la réalisation du module ;
  • recevoir un badge en fin de parcours pédagogique, indiquant que vous avez bien réalisé l’ensemble du module ;
  • accès au forum d’entraide ;
  • accès aux annonces spécifiques du site (nouveautés, alertes, etc.).

 

Comme un logiciel libre, ce MOOC va évoluer

Comme d’habitude avec Framasoft, et en accord avec la Ligue de l’Enseignement, tous les contenus créés pour ce MOOC sont placés sous licence libre CC-By-SA (certaines images et vidéos sont issues de sites tiers, et signalées comme telles). Car nous espérons bien qu’il va évoluer, notamment grâce aux contributions et retours sur le forum d’entraide, ainsi qu’avec les apports des membres du collectif CHATONS.

Programme de la deuxième séquence de ce premier module.

Il faut donc voir ce MOOC comme un commun, organique, vivant : il grandit si l’on en prend soin. S’il manque des ressources, si un exercice est à côté de la plaque, si une leçon est trop longue, nous vous invitons à partager votre avis sur le forum d’entraide et à contribuer (comme pour un logiciel libre, tiens !).

Chez Framasoft, nous sommes bien conscient·es de ne pas avoir la science infuse. Il est donc très important que quiconque puisse remettre en question nos choix dans la forme comme dans le fond de ce MOOC. Si vous prenez le temps de rédiger un retour sur le forum d’entraide, vous nous apporterez une précieuse contribution. C’est la première fois que nous réalisons un tel contenu, nous avons donc beaucoup à apprendre !

C’est un petit pas pour les MOOC, mais un grand pas dans Contributopia

Pour l’instant, les modules suivants (sur la structuration et l’animation communautaire d’un membre de CHATONS d’une part, et sur la gestion de l’infrastructure technique informatique d’autre part) ne sont pas financés. Nous n’avons donc pas prévu de les faire en 2020. C’est aussi une chance : il nous faut attendre de voir comment sera reçu ce premier MOOC, afin de tirer les leçons de cette expérience.

Monde de l’éducation Populaire dans Contributopia.
Illustration de David Revoy – Licence : CC-By 4.0

Cependant, s’il y a de la demande (et des moyens) pour que l’on poursuive cette aventure, nous pourrons tenter le coup à partir de 2021… Car nous n’avons pas oublié que, dans notre feuille de route Contributopia, il y a le projet fou d’une Université Populaire du Libre, Ouverte, Autonome et Décentralisée (« UPLOAD »)…

Si la route vers cette UPLOAD est encore longue, la voie est libre… et un des premiers pas est certainement la sortie de ce premier module du MOOC CHATONS. À vous de le partager !

Pour aller plus loin




Semons pour de bon et pour demain

Semer des graines de services, de savoirs et de pratiques, c’est une image familière que nous partageons avec beaucoup d’associations. Mais si nous semions vraiment, au sens propre ?

Depuis bien longtemps, Framasoft considère que le champ de la culture libre s’étend bien au-delà du code. Libérer ensemble logiciel et matériel, productions artisanales, artistiques et industrielles, documentations scientifiques et fictions sur tous les supports numériques ou non, c’est autant de petits pas qui visent à redonner à tous un peu de maîtrise sur la société pour pouvoir la transformer.

L’initiative de Bertrand dont voici l’interview vise à transformer à terme le paysage naturel où nous vivons.

L’association La Haie Donneurs vient en effet de créer WikHaiePédia, un guide libre pour expliquer comment on peut planter et verdir le monde autour de nous, pour pas un rond, pour le plaisir, et pour l’intérêt commun d’augmenter notre environnement végétal et son écosystème.

 

Bonjour, peux-tu te présenter brièvement ?

Je m’appelle Bertrand Sennegon, 41 ans, papa de deux petits garçons. J’ai mon propre job comme ouvrier tout bâtiment proposant d’accompagner les particuliers dans leurs travaux. J’utilise du libre sur mes PC (GNU/Linux) depuis de nombreuses années (j’ai installé Mandrake 😉 ) et expérimente beaucoup dans mon jardin et mon quotidien autour des principes de permaculture.

C’est quoi ce projet WikHaiepedia, c’est un wiki pour apprendre à tailler les haies ?

WikHaiePédia s’intéresse à la haie, mais pas seulement. Et plutôt que d’en tailler, le but serait plutôt d’en planter. Et pas que des haies, mais aussi des fruitiers, des arbres, tout ce qui participerait à restructurer un territoire de façon pérenne.

On parle partout de perte de biodiversité, en se demandant comment agir ! Pourtant la nature est multipliable gratuitement. Qu’est ce qui nous empêche de recréer de la biodiversité?

Il me semble que trois points nous freinent pour agir :

  1. l’accès aux terrains, l’ensemble des territoires étant actuellement gérés vers un appauvrissement de la biodiversité ;
  2. le savoir-faire pour créer nos propres micro-pépinières et créer un maximum de plants ;
  3. la conviction que chacun peut agir !

WikHaiePédia est un projet visant à agir sur ces trois freins, en cherchant à créer une communauté autour de la plantation, et une documentation la plus simple possible pour que chacun puisse créer des plants à son échelle.

Comment as-tu eu l’idée de ce projet ? Tu es tombé dedans quand tu étais petit ou bien c’est venu à la suite d’un constat sur l’état de l’environnement ?

À la base, il s’agit d’un constat sur l’environnement. Mais ma prise de conscience ne date pas d’hier. Depuis que je suis enfant, j’observe les disparitions d’espèces s’accumuler.

La France est parvenue à traverser la guerre 39-45 en s’appuyant sur une agriculture ultra-locale, des vergers pleins de fruits et des gibiers parcourant nos bocages. Or, en 70 ans, nous avons tout industrialisé. Notre alimentation repose sur une production mondiale et une consommation massive d’énergies fossiles et nos territoires ne sont plus capables de nous nourrir. Si un événement historique bloque nos approvisionnements industrialisés, aucune structure locale ne pourrait prendre la relève de ce besoin essentiel.

Il me semble donc vital de parvenir à agir sur ce point. Je ne peux pas miser l’avenir de mes enfants sur l’absence de perturbations historiques.

On ne peut pas s’empêcher en parcourant ton projet de penser au livre de Giono L’homme qui plantait des arbres  et au personnage mythique d’Elzéar Bouffier qui a suscité des dizaines d’actions de plantations. On peut voir aussi le très beau film d’animation de Frederic Back qui en est l’adaptation. Est-ce que c’est une source d’inspiration pour toi ?

Non ! 😉 J’entends parler de ce livre depuis plusieurs années, mais je ne l’ai toujours pas lu !

Peux-tu nous expliquer pourquoi l’ensemble du projet et des contributions attendues est en licence libre CC-BY-SA, c’est important pour toi ?

La notion de copyleft me fascine depuis de nombreuses années, elle me semble révolutionnaire sur bien des points et est une vraie solution pour permettre à tous d’accéder à un savoir. De plus, la nature publie son contenu sous quelle licence, puisque que je suis libre de l’étudier, la copier, la modifier ?

On n’est pas tous bien sûr⋅e⋅s d’avoir comme on dit « la main verte », tu penses vraiment que tout le monde peut contribuer à semer, planter, enrichir l’environnement végétal partout ? Même celles et ceux qui sont en plein milieu urbain et ne disposent pas de terrain pour planter ?

Je pense, mon idée à germé après deux années d’expériences dans mon jardin pour créer des arbres à partir de pépins et de noyaux. En m’amusant à semer un peu, j’ai fait pousser une bonne quinzaine d’arbres en deux ans. Depuis je sème absolument tout les pépins et noyaux des fruits locaux que je récolte, et je suis curieux de voir combien de fruitiers je parviendrais à créer.

Bertrand souriant accroupi devant une planche végétale de son jardin, montre deux demi-pommes et un petit pot avec un plant. L’image le montre comme entouré par un arceau en demi-cercle métallique probablement support d’une petite serre-tunnel.

Bertrand dans son jardin

Une jardinière sur un balcon en ville suffit à réaliser quelques semis et boutures qu’on pourrait confier ensuite à une association près de chez soi désireuse de planter. Même sans balcon, on peut participer à des plantations collectives. C’est la multiplication de ces tout petits actes qui peut créer des kilomètres de replantation nourricière pour nous et la faune qui nous entoure.

Gardener city- Œuvre de Nylnook, CC-BY-SA

 

Comment je commence ? Il faut d’abord adhérer à l’association Haie donneurs ?

Adhérer n’est pas obligatoire. Mon initiative est venue se greffer sur l’association « La Haie Donneurs » car nos envies étaient similaires : encourager chacun à agir en créant des plants. Pour cela, le site cherche à référencer toutes les initiatives (associations, groupes, particuliers) œuvrant dans ce sens.

Comment commencer ? En partageant du contenu libre sur le site (photos, textes, dessins), en essayant de réaliser des plants chez soi et/ou en participant à la petite communauté qui débute autour de ce site.

 

Yin-Yang seed – Œuvre de Nylnook, CC-BY-SA

 

Avec l’association La Haie donneurs, vous recommandez de semer des graines pour que des arbres poussent. C’est un peu bizarre, pourquoi semer des pépins de pomme et pas planter un jeune plant de pommier ou greffer un arbre fruitier ? Ça irait un peu plus vite, non ?

Plants et greffes sont issus de pépins que l’on achète à un pépiniériste qui connaît ce savoir-faire. Partir de boutures et de semis permet d’agir fortement sans utiliser d’argent, seulement du temps et des savoirs. Du coup, même si cela va moins vite, l’argent ne sera pas un frein dans ce projet.

Pour l’instant le wikhaie est appétissant mais comme tous les wikis il est évolutif et beaucoup de pages restent à compléter ou informer. Quelles sortes de contribution attends-tu pour former une plateforme et une communauté active ?

Pour agir il faut déjà documenter, puis synthétiser et enfin mettre en page des guides.

Il nous faut donc de bons botanistes (ce que je ne suis pas), des rédacteurs, des illustrateurs [regarde un peu les belles illustrations de Nylnook pour ton interview, NDLR] , des photographes, etc., amateurs ou non. L’idée de ce wiki m’apparaît importante et pertinente depuis quelques mois, mais dans mon quotidien bien rempli, je ne peux consacrer qu’environ une heure par jour sur ce projet. Ce projet ne peut donc réussir que s’il fédère une communauté. J’espère donc que cette idée parlera à d’autres qui y verront comme moi l’occasion d’agir directement par le geste (planter).

Je ne suis pas non plus un professionnel du Web, du coup les remarques, idées et retours pour faire avancer la structure et l’agencement de ce site sont bienvenus.

En fait, je débute dans la création d’arbustes, d’arbres, de haies. Mais les rapides réussites obtenues en seulement deux ans m’ont convaincu que nous pouvions tous participer.

Un pépin de pomme ou de poire par exemple, germera dans un petit pot de terreau laissé dehors au gel, on peut aussi faciliter sa germination en la trempant dans du vinaigre quelques heures pour simuler une digestion animale et le laisser deux mois au frigo si l’hiver n’est pas assez froid. C’est accessible à chacun. L’idéal étant de trouver des pommes locales adaptées à notre région.

pépins de pomme en germination
Germination de pépins de pomme, photo de Ryan Bodenstein (licence CC BY-2.0)

Mais si nous sommes nombreux à faire ces petits gestes, imagine la quantité d’arbres que nous pourrions produire.

 

Je débute, donc je suis le premier à avoir beaucoup à apprendre sur le sujet. J’invite donc tous ceux qui veulent partager leurs savoirs, leurs expériences, ou qui sont emballés par cette idée simple, mais réellement active il me semble, à s’approprier un peu de ce site qui est construit pour être ouvert comme un grand jardin. 🙂

On te laisse le mot de la fin…
— Bonnes plantations à tous ! 😉

 

 




Dernière surprise avant de refermer nos carnets de voyage

Plus de 15 articles en deux mois et demi pour vous décrire nos actions, et nous avons encore une petite surprise pour vous !

Cet article fait partie des « Carnets de voyage de Contributopia ». D’octobre à décembre 2019, nous y ferons le bilan des nombreuses actions que nous menons, lesquelles sont financées par vos dons (qui peuvent donner lieu à une réduction d’impôts pour les contribuables français). Si vous le pouvez, pensez à nous soutenir.

Dernier interlude « Nos actions sont financées par vos dons »

Les carnets de voyages de Contributopia sont aussi bien une campagne d’informations qu’une campagne de dons. Nous venons de publier une quinzaine d’articles en moins de deux mois pour faire le bilan de deux années à suivre la feuille de route Contributopia. C’est à la fois pour vous dire « voici ce que nous avons fait grâce à vos dons » mais aussi pour vous faire comprendre que « si vous voulez que nous poursuivions nos actions, nous avons besoin de dons ».

Cliquez pour découvrir la page des Carnets de Contributopia, et sa carte qui s’adapte à votre écran… (par David Revoy)

 

Alors voilà, c’est notre dernier moment « pub » de l’année ! Avant que d’aller boire avec la modération qui vous sied, d’aller demander si ce bisou sous le gui est consenti, et surtout avant d’aller dire au revoir à 2019… Nous voulions – une dernière fois – rappeler aux contribuables français qu’il ne leur reste plus que quelques heures pour faire un don à Framasoft qui soit défiscalisable en 2019 ! Car même avec le prélèvement à la source, un don de 100 € à Framasoft revient, après déduction à 34 €. Vous connaissez le chemin pour nous soutenir : c’est là.

Des carnets magnifiquement illustrés

Ces Carnets de voyage de Contributopia n’auraient pas été les mêmes sans le travail, l’enthousiasme et le talent de David Revoy, qui a de nouveau accepté de les illustrer pour nous. Il a commencé cette nouvelle prestation en nous posant une question simple : quelle est la contrainte ? Nous voulions une espèce de carte aux trésors, de carte de jeu vidéo, à afficher sur une page web. Mais aujourd’hui, une page web peut aussi bien être vue sur un écran 4K, une tablette ou un ordiphone tout en longueur…

– Tu peux nous faire une carte responsive ? Ça te va, comme contrainte, David ?

– Chiche !

Allez, franchement, avouez : est-ce que vous aviez remarqué que la carte des Carnets de Voyage de Contributopia peut s’afficher tout en longueur, tout en hauteur, ou dans un joli rectangle proportionné…? Allez tester, pour voir : c’est bluffant !

Surprise : ces carnets vous appartiennent

David Revoy est connu comme un artiste libriste : il contribue à Krita, a travaillé avec la Blender Fondation, et son web-comic Pepper & Carrott est publié sous licence CC-By. Il est donc logique que les quatre panneaux de la carte retraçant nos Carnets de Voyage, ainsi que les 15 œuvres illustrant les 15 pages de nos carnets soient sous la même licence !

La surprise, c’est que chacune de ces illustrations a été ajoutée en contribution à Wikimédia Commons, le commun créé par la Wikimedia Fondation pour rassembler les œuvres libres.

Cliquez sur ces joyeux drilles pour retrouver l’ensemble des illustrations des Carnets de Voyage de Contributopia sur Wikimedia Commons

 

Il sera donc tout facile de les retrouver pour les utiliser, les modifier et les diffuser… Et pour les personnes qui veulent les étudier, aller bidouiller les calques, etc., les fichiers source de ces illustrations (créées avec le logiciel libre Krita) sont à votre disposition sur le site de David Revoy !

Belle année 2020 à vous

« Contributopia » n’est pas qu’un joli mot mettant dans une même valise nos désirs d’Utopies et de Contribution. Nous venons de montrer, dans ces Carnets de Voyages, que c’est aussi un ensemble d’actions, de réflexions, et de liens que nous tissons.

Nous espérons que ces partages vous ont plu, en tous cas vos retours nous ont souvent fait chaud au cœur, et remplis de l’envie de faire au moins aussi bien en 2020 !

Nous vous souhaitons, avec quelques heures d’avance, une année 2020 riche de contributions, d’utopies et d’émancipations.

— Les membres de l’association Framasoft.

Rendez-vous sur la page des Carnets de Contributopia pour y découvrir d’autres articles, d’autres actions que nous avons menées grâce à vos dons. Si ce que vous venez de lire vous plaît, pensez à soutenir notre association, qui ne vit que par vos dons. Framasoft étant reconnue d’intérêt général, un don de 100 € d’un contribuable français reviendra, après déduction, à 34 €.

Soutenir Framasoft

Illustration d’entête : CC-By David Revoy




Les Contribateliers : Contributopia quand on n’y connaît rien

Expérience lancée en mode « on verra bien », les Contribateliers, émanations concrètes et participatives de Contributopia, fonctionnent et se répandent pour apporter leur pierre dans l’esprit du Libre.

Lors de ces moments conviviaux tout le monde peut se retrouver avec son savoir et ses questions, ses boissons et ses gâteaux, pour contribuer au logiciel et à la culture libres pendant une soirée. On repart avec un sentiment de satisfaction… et l’envie de recommencer !

Cet article fait partie des « Carnets de voyage de Contributopia ». D’octobre à décembre 2019, nous y ferons le bilan des nombreuses actions que nous menons, lesquelles sont financées par vos dons (qui peuvent donner lieu à une réduction d’impôts pour les contribuables français). Si vous le pouvez, pensez à nous soutenir.

Tout commence, comme souvent, par un constat un peu tristoune. Le libre n’est pas en train de gagner, et c’est plutôt l’inverse qui se produit : les GAFAM grignotent le web avec leurs plateformes, et d’autres rêvent d’atteindre leur puissance, de les égaler et de se régaler de nos données personnelles.

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Mais pourquoi le libre ne fonctionne-t-il pas ? Si vous demandez à des gens dans la rue, iels vous diront que les logiciels libres sont moins beaux, moins travaillés, plus compliqués à maîtriser, voire à utiliser. D’où vient ce ressenti ? Historiquement, les personnes qui se retrouvent à la tête de projets de logiciels libres sont souvent des développeurs qui avaient un besoin particulier, et l’ont assouvi par un développement. L’emploi du masculin n’est pas un hasard : ce sont souvent des hommes, majoritairement blancs, relativement jeunes, qui disposent d’un environnement favorable leur permettant de dédier une portion de leurs temps (libre) à leur passion, le logiciel (libre aussi).

Cela ne fait pas nécessairement de leurs produits des bons produits. Beaucoup d’autres compétences sont nécessaires pour créer de tels produits : en design d’interface (faire des jolis programmes), en expérience utilisateur.ice / ergonomie (faire des programmes agréables à utiliser), en gestion de produit (évaluer l’importance et la priorité des fonctionnalités à rajouter), en communication (parler de son travail et attirer des intéressé.e.s), etc. Nous ne jetons pas la pierre aux développeur.se.s qui ont commencé ces projets. Beaucoup se sont retrouvé.e.s dans une telle situation par hasard, et non par le gré d’une motivation diabolique.

À l’exception, bien sûr, d’une frange élitiste du libre, qui s’auto-congratulait d’avoir les logiciels les plus performants, mais pas nécessairement les plus agréables à utiliser. Cette caste expliquait que la performance surpasserait la facilité d’utilisation aux yeux des utilisateur.ice.s ; l’histoire lui a donné tort. Mais il est resté un côté nerd dans le monde du libre, à vouloir rester entre « barbus », comprenez, des gens qui ne voient tout qu’à travers le prisme de la technique. Le design, l’expérience utilisateur.ice ? Bah, de la peinture décorative, qui détourne l’attention ! De la gestion de produit ou de projet ? Laissez ça au monde de l’entreprise ! Communication, marketing ? Merci de ne pas utiliser des mots vulgaires en nos saintes présences technophiles !

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Le problème, c’est que les entreprises ont vite compris que pour capter les utilisateur.ice.s, tous ces aspects étaient fondamentalement importants. Autant dire qu’on ne joue pas dans la même cour. Les utilisateur.ice.s se retrouvent dans une démarche légitime de comparaison entre le libre et le propriétaire, mais commettent (malgré elleux !) l’erreur de penser qu’il s’agit d’un produit fini, destiné à la consommation, et donc présentable à une critique parfois dure et exigeante. En outre, il arrive même qu’iels ne soient pas au courant qu’il est possible d’aider ces logiciels libres en question !

Les Contribateliers : une solution ?

(vous avez quatre heures !)

Les Contribateliers sont donc nés de ce constat, proposant des ateliers de découverte de la contribution au logiciel libre, selon ses compétences et ses envies. Au final, les logiciels libres existent pour les utilisateur.ice.s, il est donc nécessaire de les remettre au centre de l’équation. Soit en leur proposant ce dont iels ont besoin (une meilleure expérience utilisateurice, plus de simplicité, des fonctionnalités qui répondent à leurs besoins), soit en les impliquant directement dans le procédé de création. En plus d’une découverte du libre, c’est l’occasion d’apprendre à contribuer, et d’arrêter de consommer simplement le logiciel comme s’il était un produit fini.

Mais contribuer c’est très dur, non ? Eh bien non, il existe de nombreuses choses à faire dans beaucoup de domaines qui ont été négligés. Certaines de ces tâches ne requièrent pas de connaissances préalables. D’autres demandent de s’y connaître en design, ou de savoir parler une langue donnée, ou d’avoir un goût prononcé pour l’écriture à la plume numérique. Encore mieux, certaines connaissances impromptues peuvent aussi satisfaire des besoins que l’on crée ensemble, que l’on découvre au fur et à mesure des ateliers. Le concept de base consiste à montrer qu’il existe des contributions accessibles à tou.te.s, de se retrouver physiquement, de passer un bon moment ensemble, et de profiter de moments de convivialité. Tout simplement poser une date permet de passer à l’action, de s’entraider, ensemble, face au monde parfois intimidant du libre.

M’enfin ça consiste en quoi un Contribatelier ?

L’une des libertés du logiciel libre c’est de permettre la contribution. Le code est ouvert, il n’y a qu’à s’y mettre. Modifier un logiciel, ben voyons ! Une petite merge request (NDLR, proposition de contribution) au petit dèj’ pour Camille Dupuis-Morizeau ? Comment, t’as pas vu qu’il manquait un point-virgule et que le nom de la variable était mal écrit ? Rhôôô ! (NDLR : notre sous-titreur est en PLS)

Mais enfin, disions-nous dans l’élan lyrique du lancement de la campagne, la contribution ne s’arrête pas à corriger des lignes de code, même pas à écrire de la documentation. Il y a mille manières de contribuer au Libre.

Seulement, il a bien fallu se l’avouer (et même récemment vous l’écrire) : accueillir la contribution, c’est plus facile à dire qu’à faire !

C’est même finalement plus compliqué, en tout cas moins rapide, que de lancer des services sur le Web. La fameuse formule « seul on va plus vite » a encore de beaux jours devant elle !

Les Contribateliers se veulent donc des assemblées physiques, locales et conviviales destinées à accueillir toutes les bonnes volontés, geeks et surtout pas geeks, histoire de mettre en commun les besoins et les solutions, les savoirs et les envies, les arts et les techniques, les pédagogues et les rêveurs pour faire avancer un sujet donné autour des services web et de la culture libre.

Rédaction, graphisme, traduction, code, tests, design, formation, organisation d’événements, création artistique, il y a tant de choses à faire qui demandent un tel éventail de compétences, que chacune et chacun peut y trouver sa place. Parfois il n’y a même pas besoin de compétence, seulement de son vécu et de son expérience de simple utilisateur·rice. Seul un rôle est indispensable dans tout ça : l’organisation. Si personne ne trouve un lieu, si personne n’annonce une date, si personne n’est là pour mettre les volontaires à l’aise, faciliter la parole, relancer la discussion, ça ne fonctionne pas.

On n’a rien inventé

Revenons un peu aux sources : un peu partout, près de chez vous, se trouvent des Groupes d’Utilisateurices de Logiciels Libres, les fameux GULL, qui ont permis et permettent encore à tant de gens de s’émanciper des solutions privatrices et centralisatrices. Ces structures associatives existent depuis longtemps, souvent bien plus longtemps que Framasoft.

Là, ça contribue ! Toutefois avec des objectifs parfois différents, les GULL étant souvent des espaces d’initiation au logiciel libre, expliquant comment faire tourner son ordi sous Linusque, fournissant du support actif pour celleux utilisant déjà les outils libres. Donc plus accessible pour un public déjà initié dans lesquels les non-techniciens peuvent avoir un peu de mal à s’insérer. C’est normal ! Et c’est vrai pour toutes les passions : essayez voir d’intégrer un club de belote, de jeu de rôle, de crochet ou de modélisme si vous n’y connaissez strictement rien.

La différence, c’est que vous pouvez très bien passer toute votre vie sans jamais coincher et sans jamais faire un jet de santé mentale (Iä ! Shub-Niggurath !), alors que de nos jours vous ne pouvez quasiment pas bouger une oreille sans qu’il soit question d’informatique, d’Internet, de logiciels et de données. Même pour la Sécu. Même pour payer une prune ou réserver une table au restau. Même pour gérer une AMAP.

Nous, vous nous connaissez, on adore faire dans l’expérimentation, tracer notre chemin dans ce monde numérique. Mais au bout d’un moment il faut que nos petites idées s’émancipent. Le monde du Libre est bien plus vaste que notre petite constellation, et tant mieux. C’est l’un des fils conducteurs de notre campagne Contributopia : après Dégooglisons Internet qui visait à combattre les hégémonies sur le Web, vient le temps de la construction commune d’un autre modèle. Ou, pour être plus juste, de retrouver les valeurs initiales du logiciel libre et de l’informatique en général : des outils efficaces et respectueux, construits avec les personnes qui les utiliseront, en écoutant ce qu’elles ont à dire.

REX, au pied !

Nous vous invitons aujourd’hui, grâce à un subtil sous-titre au jeu de mots pourri, à découvrir le Retour d’EXpérience de quelques Contribateliers organisés par Framasoft.

Dans quelles villes avez-vous organisé des Contribateliers ?

Gavy/Benjamin pour Lyon : Le premier Contribatelier va avoir deux ans et s’était organisé à Lyon. Au début on était clairement sponsorisés par Framasoft puisque l’association prenait sur elle le coût du lieu (qui était d’ailleurs Locaux Motiv, où Framasoft a son siège social) et celui des pizzas ! Pour vous dire, on appelait ça des Framateliers, avant de se rendre compte qu’il fallait déframasoftiser ! Depuis on a pris notre indépendance en étant hébergé·es gracieusement (dans des universités et des tiers-lieux associatifs), et en invitant les participant·es à contribuer également sur l’apport de victuailles et boissons. Parce qu’une tarte à la patate douce est une excellente contribution !

Paris a vite suivi, en mettant en place des Contribateliers en partenariat avec Parinux, qui avait l’originalité d’être périodiques : tous les troisièmes jeudis de chaque mois.

Les Contribateliers ont vécu plus d’un an sur ce rythme : tous les mois à Paris, réglés comme un mouvement d’horlogerie, plus sporadiquement à Lyon, en fonction des disponibilités des co-organisateur·rices, et de temps en temps à Toulouse.

Et depuis très peu de temps ça bouge pas mal avec les Contribateliers lyonnais et toulousains qui sont en train de s’inspirer du chapitre parisien en passant « à date fixe », c’est à dire par exemple tous les deuxièmes mercredis du mois pour Lyon. On est également en train de voir apparaître des Contribateliers à Grenoble et peut-être Nantes et Tours, pas forcément portés par des membres de Framasoft, ce qui nous fait très plaisir.

Maiwann pour Toulouse : À Toulouse, des contribateliers s’étaient lancés mais assez rapidement essoufflés. Alors pour redémarrer, on a demandé aux Lyonnais comment ils faisaient, et on a réalisé que le plus gros travail, c’est de trouver des organisateur·ices, s’accorder sur une date et de trouver un lieu ! Après un appel aux motivé·es, on a pris le problème à l’envers, cherché un lieu et mis en place une date régulière… et maintenant les contribateliers sont accueillis par la grande médiathèque de Toulouse, et se déroulent tous les premiers samedis du mois ! C’est facile à retenir \o/

Sur quels thèmes avez-vous travaillé ?

Maiwann pour Toulouse : Cartographie Libre avec l’aide d’animateurs du groupe local OpenStreetMap, écriture de nouvelles ou dessin autour de l’univers de Khaganat, traduction de logiciels comme Funkwhale, sans la présence du développeur principal mais grâce à la superbe page « comment contribuer » (NdlR: on en reparle plus bas), proposition d’aide pour débuter en contribution quand tu es développeur avec deux membres de Toulibre, et discussion autour de la vie privée en général et du téléphone portable en particulier entre autres…il y en a pour tous les goûts !

Benjamin/Gavy pour Lyon : Comme Toulouse, un peu de tout ! En fait en amont des Contribateliers les co-organisteur·rices réfléchissent à des propositions de pôles d’activités et chaque participant·e est invité à soumettre et/ou animer un pôle si elle le souhaite. On a aussi le plaisir de recevoir des animateurs extérieurs, notamment de Wikipédia et OpenStreetMap : les Contribateliers c’est aussi faire converger les communautés !

Au final on a ainsi des pôles assez variés en thématiques et compétences nécessaires. Dans les pôles « Tout le monde peut contribuer ! » on a souvent un pôle pour Framalibre et Common Voice (NDLR : une base de données libres « crowdsourcée » pour permettre d’avoir des logiciels de reconnaissance vocale libre, par Mozilla), de temps en temps aussi des pôles sur Wikipédia, OpenStreetMap. On organise quasi systématiquement un pôle « Tests » qui consiste à essayer un logiciel ou service libre et écrire ses retours : zéro compétence demandée !

On a bien sûr aussi des pôles qui nécessitent plus d’expertise, par exemple pour contribuer au code de PeerTube, Mobilizon, et autres logiciels libres, pour découvrir l’auto-hébergement avec YunoHost, etc. Comme le dit Maiwann, il y en a pour tous les goûts ! On est vigilant·es à ce que chacun·e puisse venir participer et que personne ne se retrouve dans la situation où iel ne peut pas contribuer par manque d’un pôle adéquat.

En exclusivité pour le Framablog : on est en train d’installer et remplir un petit outil web qui nous permettra de regrouper toutes les contributions possibles (dérivé de l’outil similaire de Funkwhale, merci Funkwhale !), afin que les participant·es des Contribateliers puissent s’en servir comme support, mais aussi pour que n’importe qui puisse trouver des tâches auxquelles donner du temps, hors Contribateliers. Bientôt sur vos écrans !

Est-ce que ces travaux sont dûment consignés ? Est-ce que ça débouche sur des avancées concrètes et quantifiables ?

Maiwann pour Toulouse : Pour certaines contributions oui, pour d’autres on est sur du long cours donc il faut attendre un peu pour voir si les personnes qu’on a initiées à la contribution reviennent ! Pas de quantifiable de notre côté pour l’instant, mais on ne fait que (re)démarrer. 😉

Gavy/Benjamin pour Lyon : C’est assez peu quantifiable mais en fait c’est un peu volontaire, on ne demande pas à chaque personne en fin de Contribatelier ce qu’elle a fait, combien de temps elle a contribué… ça nous paraît un peu trop anxiogène et oppressant ! On préfère demander si les personnes ont passé un bon moment, si elles ont réussi à contribuer comme elles le voulaient et si elles pensent éventuellement revenir à un prochain Contribatelier. En fait on est davantage sur l’idée d’amener à contribuer, d’apprendre à contribuer, à faire ensemble que sur du quantitatif (« alors on a fait 12 commits, 2 articles Wikipédia et… »). Les Contribateliers, ce sont avant tout des portes d’entrée vers le libre et la contribution.

Cependant, pour Lyon, on essaie quand même de laisser une trace de chaque Contribatelier dans la partie blog du site contribateliers.org. Le site est tout frais, sent encore la peinture donc pour l’instant il y a encore peu de comptes rendus, ça va venir ! En pratique, nous avons eu des contributions en code, documentation, communication, design, expérience utilisateur.ice, à des logiciels libres variés : Framadate (l’alternative libre et gratuite à Doodle), PeerTube, Mobilizon, Wikipédia, Kresus,…

Qui sont les personnes qui viennent ?

Maiwann pour Toulouse : Pour l’instant, les profils de compétence sont assez variés (on est loin d’être sur seulement des profils techniques, ouf !), mais tout le monde a déjà entendu parler du libre ou alors est ramené par quelqu’un qui connaît les enjeux du libre ! Cela dit, comme nous sommes au sein de la médiathèque et que nous restons ouverts aux passant·es, ponctuellement il nous arrive de répondre à des curieux·ses, qui découvrent le concept et se disent intéressé·es… On espère qu’on les reverra dans les prochains mois !

Benjamin/Gavy pour Lyon : Ici aussi des profils très variés, de l’administratrice système à l’enseignant en passant par l’étudiant, la documentaliste, etc. ! Et effectivement on a encore du mal à faire venir des personnes qui n’ont pas déjà un pied dans la bulle du libre. Les Contribateliers veulent s’ancrer dans la démarche initiée par Framasoft avec Contributopia : ne pas faire du libre pour juste faire du libre, mais pour le mettre au service de celleux qui en ont besoin. À Lyon notre dernier Contribatelier portait exclusivement sur Mobilizon, pour fêter la sortie de la bêta. Dans de tels évènements, nous adorerions accueillir un large public issu du milieu de l’activisme social, du militantisme, de l’écologie. Ce seront les utilisatrices et utilisateurs finaux de ce logiciel, celleux avec lesquel·les il est important de collaborer maintenant pour que Mobilizon soit adapté à leurs besoins et usages. Mais on travaille sur ce point… Pour la communication et d’autres sujets, même les Contribateliers ont besoin de contributions 🤯 !

Quel est le « facteur clé de succès » d’un Contribatelier ?

Maiwann pour Toulouse : La variété des ateliers proposés ?! Je n’ai qu’une crainte, c’est que tous les ateliers proposés aient un « coût d’entrée » trop important pour qu’une nouvelle venue ou un passant de la médiathèque sans compétence technique particulière, mais qui aurait envie de contribuer reparte déçue. Mais pour l’instant, ce n’est pas arrivé !

Gavy pour Lyon : En général, je dirais de la bienveillance et de l’empathie : pour les organisateur·rices ça consiste à prévoir des pôles pour tous, mettre tou·tes les contributeur.ice.s sur un pied d’égalité, accueillir, guider et remercier. Pour les participant·es, on demande juste de venir sans chichis, sans pression, avec juste l’envie de « faire collectivement ». L’objectif reste que chacun·e ait pu passer un bon moment, ait le sentiment d’avoir pu contribuer et aider à faire avancer le libre, voire à changer le monde, qui sait. 😉

Avez-vous des anecdotes particulières à nous raconter ?

Squeeek pour Toulouse : J’ai des petites étoiles dans les yeux en repensant à une nouvelle (une petite légende du Khanat) co-écrite en Contribatelier avec une personne qui suit le mouvement libriste depuis un bail sans être technique… et surtout le fait que cette légende ait été écrite d’après des dessins réalisés par un enfant au précédent Contribatelier, l’essence même du libre dans un texte illustré comme on n’en avait pas encore chez Khaganat !

Gavy pour Lyon : Un co-organisateur lyonnais qui commande les pizzas à qui on dit de bien prendre au moins une végétarienne et qui nous commande donc une pizza… au Pepperoni… Presque !

En anecdote de contribution réussie, il y a ce contributeur à qui on présente Framalibre, on crée son compte avec lui et quelques notices pendant la soirée. Plutôt satisfaisant en soi, et encore plus quand on s’est aperçus que par la suite il est devenu l’un des contributeurs les plus actifs de l’annuaire !

Benjamin (pas du tout le co-orga dont on parle plus haut) pour Lyon : au tout premier Contribatelier, on s’est penchés sur Framadate. La version mobile de l’application exhibait un souci de défilement horizontal qui ne s’effectuait pas, et dont beaucoup de personnes se plaignaient régulièrement. Fort heureusement, une contributrice talentueuse, développeuse Web, a su nous régler ça au cours de la soirée ! Rien que cette réussite m’a empli le cœur de joie libriste et d’espoir pour les temps à venir… #violon

Comment faire pour que les Contribateliers se développent (à part en parler ici) ?

Maiwann pour Toulouse : Il ne faut pas se mettre la pression. Commencer à lancer un appel à personnes motivées pour se retrouver, et ensuite trouver un lieu (contactez vos bibliothèques ça peut être de supers endroits pour !) puis se lancer sur des dates prévues à l’avance pour que tout le monde ait le temps de voir venir… Et même si vous vous retrouvez à deux ou trois ça vaudra le coup, l’important c’est de créer un espace physique où d’autres pourront vous rejoindre plus tard. 🙂

Gavy pour Lyon : Si vous n’aviez pas entendu parler des Contribateliers ou pas encore osé franchir la porte : venez ! Vous pouvez retrouver tous les Contribateliers existants sur https://contribateliers.org.

Et pour celleux qui veulent organiser des Contribateliers, il y a un « kit » : https://contribateliers.org/kit-contribatelier/ et vous pouvez nous demander de l’aide, on vous apportera astuces, conseils et outils. 😉 Participant·es et coorganisateur·rices peuvent se retrouver sur notre équipe Framateam (nécessite d’avoir déjà un compte Framateam mais sinon la porte est ouverte) : http://frama.link/Team

Et évidemment, parlez-en autour de vous, y compris et surtout aux personnes qui ne connaissent pas le libre : votre sœur / frère fait partie d’une association qui lutte contre le gâchis alimentaire ? Qu’il vienne découvrir Mobilizon et peut-être même qu’en le testant elle proposera une fonctionnalité qui renverra les groupes Facebook dans les orties, qui sait ?

Un dernier mot ?

Miaw ! Et longue vie aux Contribateliers \o/

Pas de dernier mot car j’espère bien voir les lecteur·rices de cet article lors d’un prochain Contribatelier ! Sinon, pour le plaisir : « esperluette » !

Comment appelle-t-on un conducteur de bateau qui regrette une mauvaise conduite ? Un contrit bâtelier, bien sûr !

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Illustration d’entête : CC-By David Revoy