Prendre de la hauteur

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Temps de lecture 28 min

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Aujourd’hui, nous vous proposons une petite (hum) analyse à chaud du processus de maturation des stratégies de Framasoft. Forcément incomplète et bancale, pyg essaie d’y dessiner — à partir du contexte actuel et des actions menées en réaction au confinement — le périmètre des actions à venir.

L’accès à l’ensemble de nos articles « framaconfinement » : https://framablog.org/category/framasoft/framaconfinement/


Il y a quelques jours, notre collaboratrice et amie Marie-Cécile Godwin Paccard demandait à quelques personnes quelles étaient les lectures qui selon elles, éclairaient le mieux le moment présent (et, en creux, ceux qui allaient venir).

J’ai failli lui répondre « La stratégie du choc, la montée d’un capitalisme du désastre » de Naomi Klein, un livre qui reste toujours d’une grande actualité pour comprendre comment quelques personnes influentes avaient pu – et continuent à – influer le cours de l’histoire en utilisant la psychologie des foules, la peur et les états de sidération pour faire mettre en applications des doctrines néolibérales qui accentuent les inégalités.

Mais cela me paraissait un peu trop dense, et surtout pas forcément en connexion directe avec les moments inédits que nous traversons en ce moment et les solutions à y apporter.

J’ai donc proposé l’article du Financial Times « Le monde après le coronavirus » du professeur d’histoire Yuval Noah Harari. Une version traduite automatiquement par Deepl s’est retrouvée plus ou moins par hasard en ligne ici, et le magazine Usbek et Rica en a aussi fait une analyse.

Bien que je sois loin d’être un grand fan d’Harari, je lui reconnais volontiers le talent de mettre en perspective les situations, afin d’entrouvrir des portes d’avenirs possibles.

Dans ce texte, dont je ne partage pas l’ensemble de l’analyse, la phrase qui m’a le plus marqué est celle-ci « En cette période de crise, nous sommes confrontés à deux choix particulièrement importants. Le premier est entre la surveillance totalitaire et la responsabilisation des citoyens. Le second est entre l’isolement nationaliste et la solidarité mondiale ».

Il est encore un peu tôt pour en tirer des conclusions, mais force est de constater que le numérique est lui aussi infecté par un virus : celui de la surveillance et de l’autocontrôle. Les voisins qui se dénoncent, la Pologne qui demande aux personnes contaminées d’envoyer régulièrement des preuves photographiques de leur confinement, la Hongrie qui bascule silencieusement en dictature, les applications censées vous prévenir si une personne malade est proche de vous (spoiler : ça marche très mal, même BFMTV le dit, et heureusement), la police qui envoie des drones surveiller le confinement, les startups qui proposent d’utiliser la reconnaissance faciale, etc.
Les exemples se comptent par dizaines chaque semaine. La (formidable) équipe d’e-traces permet de faire une veille via leur (moins formidable) site web. Et ça n’est pas rassurant. Du tout.

« Ainsi s’éteint la liberté. Sous une pluie d’applaudissements. » © Film (trop) célèbre

 

Les raisons de cette surveillance sont nombreuses, et l’une des plus probables fait probablement jouer ce bon vieux « putain de facteur humain » : les dirigeants gouvernementaux ont lâché l’affaire, et ne se voient plus que comme des « managers » de leur pays et de leurs concitoyens. Et de leur point de vue, pour manager, il faut contrôler.

Pris au dépourvu, et pas dupes du fait qu’il leur sera demandé des comptes dans quelques semaines ou mois, ils sont probablement pris de panique à l’idée d’être jugés pour leur inaction ou leur mauvaise gestion de la crise (et oui, « Gouverner, c’est prévoir ». #onnoublierapas. On ne pardonnera pas.). Après avoir fait l’autruche les premiers jours en demandant au peuple de continuer à travailler comme si ce n’était qu’une mauvaise grippe, ces « personnes en responsabilité », notamment politiques, ont fait ce qu’elles font le mieux : agiter les bras, donner de la voix, brasser de l’air, et faire quelques annonces tonitruantes, le tout en laissant les acteurs de terrain prendre des décisions dans l’urgence pour éviter qu’il n’y ait trop de casse. Cela a rassuré, un temps. Mais la crise étant amenée à durer, voire à se reproduire, ces personnes sont aussi conscientes que cela ne fera pas illusion longtemps.

Emmanuel Macron quand il aura compris qu’on a pris au premier degré son « Qu’ils viennent me chercher ! » — Allégorie

 

Il leur faut soi-disant combattre un « ennemi » invisible (spoiler : un virus n’a pas d’intention belliqueuse, il fait sa vie de virus, point barre), microscopique, qui est pourtant aujourd’hui capable de mettre un coup d’arrêt à la sacro-sainte croissance des plus grandes économies mondiales. Se sentant sans doute un peu morveuses (ben oui, la réduction de nombre de lits d’hôpitaux, la précarité de celles et ceux qui sont aujourd’hui « au front », c’est bien eux qui l’ont organisée), elles doivent trouver un bouc-émissaire. Et quel meilleur bouc-émissaire que l’individu ? Celui qui ne respecte pas la loi, pas le confinement, pas le lavage des mains, pas les applaudissements quotidiens certes nécessaires et qui procurent un sentiment d’utilité, mais qui détournent notre attention d’une vigilance et d’une critique collective. Celui qui oserait dire : « Il y a eu du retard dans les mesures de confinement. ». C’est lui, celui qui refuse de prendre les armes pour mener une guerre qui n’en est pas une, qui pourra être incriminé par la suite, masquant d’autant plus facilement les atermoiements, et – disons-le – les erreurs bien plus importantes commises par d’autres.

« Il y aura dès la prochaine génération une méthode pharmaceutique pour faire aimer aux gens leur propre servitude, et créer une dictature sans larmes, pour ainsi dire, en réalisant des camps de concentration sans douleur pour des sociétés entières, de sorte que les gens se verront privés de leurs libertés, mais en ressentiront plutôt du plaisir ». – Aldous Huxley, notamment auteur du « Meilleur des mondes »

 

Surveiller et punir, ça n’est pas très disruptif

Mais pour cela, ces responsables vont avoir besoin d’une alliée : la technologie.
En mettant en place ici une plateforme, là des outils de surveillance, ils pourront toujours dire « Regardez, nous avons agi. Et nos actions démontrent que grâce à nous, … [inventez la fin de la phrase : « La réserve citoyenne a pu aider les agriculteurs en sous nombre », « nous avons pu éviter que de mauvais citoyens contaminent des innocents », etc.] ». Décidément, surveiller et punir, ça n’est pas très disruptif.

Là où se situe, peut-être, la nouveauté, c’est dans la massification, l’hypertechnologisation et l’hypercentralisation de ces mécanismes de surveillance. L’État peut dès demain contraindre les opérateurs téléphoniques à fournir les données de géolocalisation de votre téléphone [edit: zut, le temps d’écrire cet article, et il semblerait qu’Orange le fasse déjà], afin de savoir qui vous avez croisé, à quelle heure, etc. Entre les mains de scientifiques, ces données pourraient être qualifiées de « données d’intérêt général ». Entre les mains de politiques fuyant leurs responsabilités et cherchant des boucs émissaires à sacrifier en place médiatique, elles composent une dystopie totalitaire.
Il sera alors simplissime de basculer d’une société de surveillance à une société de contrôle, ce qui est le rêve humide de pas mal de dirigeants politiques.

À partir de là, tout ce qui n’est pas sous contrôle — qu’il s’agisse d’un logiciel libre diffusant une information non contrôlée, ou d’un pays voisin qui ne serait pas parfaitement aligné avec leurs valeurs et leurs idées — deviendrait alors au mieux subversif, au pire ennemi. C’est en tout cas l’un des risques soulevé dans le texte d’Harari.

Alors évidemment, puisque « nous sommes en guerre » (non), tous les moyens seront permis, « quoi qu’il en coûte » (non plus).

Le positionnement des GAFAM & compagnie

Cette pandémie pose aussi la question de la place des plateformes comme soutien à la « continuité » qu’elle soit pédagogique, informationnelle, sociale (ah, les « CoronApéros » sur Whatsapp…) ou économique et organisationnelle.

Et là, plus que jamais, nous devons être vigilant⋅e⋅s et conscient⋅e⋅s du pouvoir que nous sommes en train de donner à quelques entreprises. Certes l’État fut défaillant. Il l’est encore. Mais Whatsapp, Facebook, Google Docs, ou les lives Youtube ont permis à nombre d’entre nous de rester connectés avec nos élèves, nos collègues, nos ami⋅e⋅s, nos familles.

Aussi paradoxal que cela puisse paraître pour le directeur d’une association d’éducation populaire qui, depuis des années, alerte sur la toxicité du modèle économique des GAFAM, je leur suis reconnaissant.
Bon, je n’irai tout de même pas jusqu’à leur envoyer des cookies, mais je reconnais le rôle positif qu’elles ont eu dans un moment de panique mondiale qui aurait pu dégénérer.
En nous permettant de rester en lien, de se rassurer les un⋅e⋅s les autres, de partager de l’information, de réfléchir ou d’agir ensemble, ces plateformes ont – peut être – participé à éviter des situations « pires » que celles que nous avons vécues.

À Framasoft, nous essayons, autant que possible, de ne pas porter de jugement sur les pratiques ou les usages numériques, mais plutôt de donner des clés de compréhension et des moyens d’action. Afin que chacun⋅e puisse faire son choix en toute connaissance de cause, librement.
Ces dernières semaines, nous avons donc vu des flots de personnes se ruant sur Zoom, Discord, Google Docs, etc. Et nous nous sommes bien retenus de leur faire la morale, car la situation nous semble déjà suffisamment complexe comme cela.

Mais si notre rôle est de partager des grilles de lecture, alors j’aimerais partager les suivantes avec vous.

1. Un périmètre de surveillance accrue

La première, c’est celle de la capacité de surveillance accrue des plateformes. Tout un pan des interactions sociales qui leur échappait jusqu’à présent leur est aujourd’hui révélé. Whatsapp (qui appartient à Facebook), sait avec qui vous prenez l’apéro. Discord sait qui sont vos élèves. Netflix a pu affiner sa connaissance de vos goûts en termes de séries. Microsoft Teams connait les projets sur lesquels vous travaillez.
Bref, la taille du graphe social vient, en quelques jours, d’augmenter d’une taille significative.

« Et alors ? Leurs outils fonctionnent, et je n’ai rien à cacher. ». Bon, d’abord c’est faux : tout le monde a quelque chose à cacher, quand bien même il ne s’agirait pas de choses illégales. Ensuite, un grand nombre de ces entreprises opère un « capitalisme de surveillance » c’est-à-dire un processus qui transforme nos comportements présents en prédictions monnayées de nos comportements futurs .

Tout agent économique rationnel devrait donc, à minima, se poser la question suivante : « Comment des entreprises comme Google, Facebook ou Zoom, arrivent-elles à se financer ? Qui paie ? ». La réponse « Par la publicité » est beaucoup trop partielle par rapport à la réalité. Ces entreprises sont en fait des structures d’orientation de nos comportements. Donc des structures de contraintes, et non émancipatrices. C’est ce que l’un des administrateurs de Framasoft, Christophe Masutti, expose dans son livre « Affaires privées — Aux sources du capitalisme de surveillance », en montrant que les choix qui ont abouti à ce capitalisme de surveillance ont été depuis longtemps motivés par la construction d’une économie prédatrice (de nos vies privées et de nos identités) et prescriptive (l’obligation de conformer nos comportements au marché).

Accroître nos usages sur ces plateformes, c’est donc augmenter le pouvoir qu’elles ont – et qu’elles auront – sur nous.

2. Substitution à l’État

La seconde grille de lecture, c’est celle de la substitution aux États, aux services publics, aux autorités administratives.

Il n’aura échappé à personne que nos représentants et élus nationaux, qui vivaient déjà une crise de confiance, sont aujourd’hui pointés du doigt pour leur gestion approximative de la crise. Dans ce cadre-là, il ne parait pas absurde de supposer que les organisations et les individus se retournent vers « ce qui marche, même quand le monde est à l’arrêt ». Et sur ce plan, nul doute que la confiance dans les plateformes vient de gagner pas mal de points. Tout agent politique rationnel aura donc intérêt à s’adosser aux plateformes, afin de profiter de l’effet de confiance qu’elles auront accumulé.
Leur utilité à la vie publique, économique et sociale était déjà importante, elle est devenue aujourd’hui centrale et essentielle.
L’importance des GAFAM est devenue à ce point critique qu’il devient assez simple de comprendre que celui qui les contrôlera contrôlera le monde.
Si l’on regarde l’autre face de cette pièce, on peut déduire qu’au vu de l’accroissement de la puissance de ces plateformes, on constate un affaiblissement du pouvoir des États et des institutions qui les composent.

On va donc probablement voir dans les prochaines semaines/mois une tension entre deux courants.

D’un côté, la poursuite de la « plateformisation » de nos vies (et pas seulement de l’État). En période de confinement, obtenir un créneau de livraison – qu’il s’agisse d’une paire de chaussettes via Amazon ou d’un plat Thaï par Uber Eats – devient une gageure. D’autant plus que derrière le bouton « Commander », c’est bien un être humain qui doit conduire ou pédaler dans des rues désertées pour vous livrer, parfois au risque de sa vie.
D’un autre côté, il y aura probablement pour les États la volonté d’utiliser le régime d’exception de « l’état d’urgence sanitaire » et son cortège d’ordonnances pour restreindre les libertés fondamentales, notamment en contraignant les plateformes à fournir des données et des outils de surveillance.

Entre la peste et le corona, l’ami Antonio Casilli en vient à évoquer une troisième voie, en rupture totale avec les précédentes : « certaines de ces grandes plateformes sont en réalité des infrastructures d’utilité publique qu’on a intérêt a minima à réguler de manière contraignante, et a maxima à collectiviser. Je ne parle pas forcément de nationalisation, j’y suis même assez opposé, mais de retrouver la vocation initiale de ces plateformes, un terme qui évoque un projet commun. Cette approche par les communs serait un profond changement de nature qui pourrait émerger de l’urgence. ».

Ça, c’est certain, c’est une solution qui aurait de la gueule, du panache même ! Et qui profiterait vraiment à plusieurs milliards d’êtres humains, hormis la petite dizaine de multi-multimilliardaires qui contrôlent ces entreprises. Mais bon, même si à 7 milliards contre 10 personnes, l’affaire serait vite pliée, je ne suis pas dupe du fait que les mentalités ne sont pas encore prêtes à envisager une telle bascule de la propriété privée vers les communs.

« Le Peuple venant réclamer la collectivisation d’Amazon à un Jeff Bezos chevelu » — Allégorie

Et on fait quoi, nous, libristes, là dedans ?

« Les libristes », ça n’existe pas plus que « les profs » : les communautés et individualités sont multiples. Mais je me suis permis ce long détour, essayant d’entrevoir des avenirs possibles, afin de tenter d’expliquer quelle pourrait être la stratégie de Framasoft dans les semaines et les mois à venir.

Sortir de la sidération

Pour l’instant, et comme notre « Journal du confinement » vous en a donné les bribes, notre principale réaction a été, eh bien… de réagir. Ce qui est bien plus facile à écrire qu’à faire.

« Sidération des libristes apprenant le confinement » — Allégorie

 

Il s’agissait surtout de sortir de l’état de sidération dû aux chocs des annonces de confinement. Chocs dus aux répercussions sur nos services, mais aussi répercussions psychologiques sur les équipes salariées comme bénévoles. Cela s’est mis en œuvre de la façon suivante :

Axe 1 : prendre la mesure

Les trois premières actions, immédiates, furent :

1. de mettre au clair le fait que la santé (physique, mentale, psychique) et le bien-être de chaque membre passait en priorité devant toute autre mission ou engagement. C’était évidemment déjà le cas avant, mais cela a permis de mettre tout le monde à l’aise : si on est angoissé, malade, fatigué, qu’on a des courses à faire, les enfants à qui il faut faire la classe, ou même si on est juste en colère après la situation, eh bien on peut arrêter de travailler ou de bénévoler, ne plus répondre aux notifications ou messages. Et ce, sans autre justification que la situation exceptionnelle vécue en ce moment. C’est bête, mais le rappeler nous a, je pense, fait du bien à tou⋅te⋅s.

2. de suspendre tous les projets en cours : crowdfunding, PeerTube, Mobilizon, Framacloud, etc. Et d’affecter toutes les forces bénévoles et salariées sur la problématique COVID-19. Cela nous a permis de ranger dans un placard tous les « onglets mentaux » qui seraient venus nous rajouter de l’anxiété ou de la charge mentale. Avoir un et un seul objectif clair (pouvoir accueillir la vague qui nous tombait dessus) nous a évité de nous disperser, ce qui serait immanquablement arrivé si nous avions essayé de jongler en plus avec nos tâches « pré-confinement ».

 

3. dire temporairement non à l’Éducation Nationale. Nous l’avons évoqué à de multiples reprises ici ou ailleurs, cela n’a pas été une décision facile à prendre. Mais faire ce choix et inviter profs et élèves à se référer à leur Ministère n’a eu quasiment que des effets positifs !

  • Il a participé à mettre en lumière l’impréparation du Ministère (qui affirmait que « Tout était prêt »).
  • Il a permis à toutes les associations, collectifs, particuliers, petites entreprises, syndicats qui utilisaient nos services de pouvoir continuer à les utiliser. En cas de panne due à l’afflux brusque et soudain d’élèves, toutes ces structures se seraient retrouvées sans accès à leurs données, ou sans capacité de se coordonner avec leurs outils habituels.
  • Il a rappelé que Framasoft n’est pas un service public, et ne souhaite pas s’y substituer. Non, parce qu’en vrai, on aime les services publics et voir des entreprises, des startups ou même des associations prendre leur place est à notre avis une très très mauvaise idée, et concourt à les affaiblir plus qu’à les renforcer.

Sur ce dernier point, il est à noter 1) que nos services viennent de rouvrir aux enseignant⋅e⋅s, tout en gardant à l’esprit qu’il s’agit d’une ressource partagée dont il ne faut pas abuser ; 2) qu’en dehors de deux ou trois grincheux, l’immense majorité des enseignant⋅e⋅s ont compris et même soutenu notre démarche. Merci à elles et eux pour tous les messages d’encouragement reçus.

 

Quelques remerciements de profs (ou pas) reçus ces derniers jours. <3

 

Axe 2 : renforcer le collectif CHATONS :

Site https://entraide.chatons.org.

Axe 3 : améliorer les perfs et la stabilité de nos services

  • Nos équipes techniques ont travaillé d’arrache-claviers à l’amélioration des performances des logiciels qui étaient stressés. Ainsi, il est probable que Framasoft soit l’organisation qui opère le plus de pads et de calcs dans le monde (500 000 pads et 200 000 calcs, qui dit mieux ?). Du fait de cette position, la moindre amélioration des performances sur le logiciel original, permet de rendre nos services plus performants, mais aussi d’améliorer à terme les performances et la stabilité de tous les pads ou calcs de la planète. Dit autrement : les améliorations apportées à Framapad.org pendant le confinement (ici, ) profitent aux pads April, aux pads Infini, aux pads de La Quadrature ou de la FFDN, etc. ;
  • Nous avons réparti la charge entre nos services pris d’assaut par ceux identifiés et validés. Cf. par exemple https://framatalk.org/ qui redirige vers plusieurs dizaines d’autres instances de façon aléatoire ;
  • Nous avons loué une dizaine de nouveaux serveurs et commencé à répartir les services surchargés dessus.
Et un, et deux, et trois serveurs pour Framatalk ! \o/

 

Axe 4 : accompagner par des outils, des savoirs-faire, des savoirs/expérience.

Il s’agissait de répondre aux besoins et aux appels à l’aide.

Mémo « Télétravailler avec des outils libres » – Accédez au site web ou téléchargez le PDF.

Nous avons besoin d’un plan

Bon, c’est déjà pas mal.
Surtout en 15 jours. Surtout en pleine pandémie.

Mais cela ne fait pas vraiment une stratégie. Ni un plan.

Je ne suis pas tout à fait certain d’assumer ce meme… — pyg, #TeamChauve

 

Il faudra évidemment dénoncer les lois liberticides qui ne manqueront pas d’arriver. Il faudra garder traces de tous les mensonges. (je le répète : #onnoublierapas. On ne pardonnera pas.)

Il faudra aussi pousser les institutions à prendre conscience du fait qu’il faut prendre soin de nos infrastructures numériques. Développer ou contribuer activement aux alternatives libres à Zoom (coucou Jitsi) ou à Google Docs (coucou Nextcloud et LibreOfficeOnline) coûterait peu. Très peu. Trop peu ? Car c’est à se demander comment une micro-association comme Framasoft peut se retrouver à développer, de front, des logiciels comme PeerTube, Mobilizon, Framadate, Framaforms et bien d’autres tout en contribuant en parallèle au code d’Etherpad, d’Ethercalc ou de Nextcloud, sans que ces mêmes institutions, qui utilisent ces logiciels, ne les perçoivent comme des « communs stratégiques ».

[Edit : le temps de publier ce billet, nous apprenons par hasard que PeerTube sera déployé par 35 académies. Tant mieux, vraiment. C’est exactement ce qu’il faut faire. Maintenant, cela ne fera sens et ne sera résilient (encore un terme absorbé par le capitalisme) que si l’État contribue au développement de ce logiciel, porté à bout de bras par une petite association Française, si des moyens financiers sont débloqués pour héberger les données en interne (Scaleway, c’est anciennement Online, filliale à 100% du groupe Illiad détenue majoritairement par le multimilliardaire Xavier Niel), et si le ministère embauche et rémunère correctement des équipes informatiques pour gérer les services. Sinon, on revient exactement à la situation de l’État-prédateur-gestionnaire-irresponsable pré-COVID19.]

L’État et les collectivités paient (et c’est tant mieux, car c’est aussi leur rôle, même si l’État s’est fortement désengagé ces dernières années) pour entretenir les espaces publics, les voiries, les chemins, les espaces naturels. Mais quand il s’agit de produire des briques publiques en logiciel libre, les initiatives restent bien timides. Inviter les développeurs et développeuses du libre à produire des alternatives à Zoom ou Google Docs en mode Startuffe Nation ou même en mode communautaire/associatif, puis à en devenir simple consommateur, revient quelque part à nier le caractère essentiel de ces infrastructures numériques.

Numérique et effondrement

Il y a un an quasiment jour pour jour, mon camarade Gee et moi-même donnions une conférence lors des JDLL 2019 sobrement intitulée « Numérique et effondrement » et cyniquement sous-titrée « La bonne nouvelle c’est que le capitalisme va crever. La mauvaise nouvelle, c’est qu’on risque fort de crever avec lui. ».

La vidéo fut perdue, mais nous avons pu remettre la main sur la bande son et, du coup, on vous a refait un montage avec le son et le diaporama, sans nos trombines. Franchement, vous êtes gagnants.
C’était un peu foutraque (nous ne sommes pas experts du sujet). On y parlait dérèglement climatique, perte de biodiversité, risque de pandémie (bon, rapidement, nous ne sommes pas devins non plus), inaction politique et, évidemment, numérique.

 

 

Cela avait été pour moi l’occasion de réfléchir à ce que nous pourrions faire, nous, libristes, dans un monde où l’Etat serait en grande partie absent.
Cette réflexion était loin d’être aboutie (il faut dire qu’on espérait peut-être avoir quelques années pour l’affiner), et surtout, elle ne présentait qu’une stratégie parmi des millions de stratégies possibles, des milliers de souhaitables, et des centaines qui pourraient être mises en œuvre.

Elle se résumait en gros en 6 points. Ces points ne constituent ni un plan de bataille (on n’est pas très belliqueux), ni une stratégie (qu’on vous exposera dès qu’on l’aura conçue ;) ), mais ils constituent à mon avis une ligne directrice, un fil rouge, qu’il pourrait être intéressant de suivre dans les mois à venir.

1. Convivialité

Il faudra poursuivre le développement d’outils conviviaux (au sens d’Ivan Illich).
Pour Framasoft, cela signifie reprendre le développement de Mobilizon et PeerTube, actuellement suspendus. Et voir si nous avons toujours les moyens humains et financiers de produire notre projet « framacloud » (un Nextcloud blindé d’extensions, avec du LibreOfficeOnline, ouvert à toutes et tous, mais avec un espace disque volontairement très limité).

Mais il y aura sans doute de nouveaux outils à inventer et à construire dans un monde post-confinement.
Nous resterons attaché⋅e⋅s à ce que ces outils soient libres et émancipateurs.

2. Communs

L’épisode Coronavirus aura montré qu’en tant que société, le choix entre intérêts privés et intérêt général est d’autant plus clivant, et n’est pas sans conséquence sur la vie de milliards d’individus.

Et si on passait de la société de (sur)consommation à la société de contribution ? — Diapo tirée de la conf « Peut-on faire du libre sans vision politique ? ».

 

Le discours « TINA » ne tient plus : il y a une autre voie entre une gestion privée et le tout-État, et ce sont les communs, ces multiples communautés se fixant des règles pour partager et pérenniser des ressources communes. La théoricienne des communs, Elinor Ostrom, a montré qu’une gestion collective peut être plus efficace qu’une gestion publique ou privée. La propriété exclusive est également à remettre en question, les communs mettent en lumière des formes de propriétés collectives variées et inventives.

Distincts du public et du privé  — en tout cas en échappant à la propriété strictement privée et en ouvrant des propriétés « d’usage » — ils nous semblent la meilleure piste à développer pour prendre conscience de nos interdépendances (entre humains, avec la nature, avec les non-humains, etc.).

À Framasoft, nous continuerons à promouvoir les communs, notamment numériques.

3. Coopération, collaboration et contribution

Faire, c’est bien. Faire ensemble, c’est mieux.

L’un des plus grands défis que nous avons à relever en tant qu’association d’éducation populaire aux enjeux du numérique et des communs culturels est peut-être de rappeler qu’il faut prendre soin d’Internet en général et du logiciel libre en particulier, car il s’agit de communs essentiels. L’immense majorité des gens n’ont aucune idée de la façon dont est conçu et développé un logiciel libre. Et pour celles et ceux qui le savent, très peu osent contribuer. En conséquence, l’épanouissement de logiciels libres repose beaucoup sur une forme de « caste de développeurs et développeuses », qui détiendrait l’espèce de pouvoir magique de transformer des lignes de codes en logiciels.

C’est entre autres pour contribuer à changer cet état de fait que Framasoft a initié sa campagne « Contributopia ». Il s’agit de rendre chacune et chacun légitime et capable face au numérique. Et cela ne pourra se faire qu’en accueillant, en mettant en confiance, en donnant des clés, en partageant nos savoirs et nos pouvoirs.
« La route est longue, mais la voie est libre » est un des slogans de Framasoft. Soyons honnêtes : nous tâtonnons et itérons encore sur ce chemin, mais nous savons que c’est la voie à suivre.

4. Collectif, et communauté

Faire c’est bien. Faire ensemble, c’est mieux. Se (re)connaître, c’est se donner les moyens d’aller plus loin.

Non, on ne va pas se mentir : le collectif, parfois, c’est la merde. On est pas d’accord, on se dispute, on peste après les engagements non tenus des uns, ou après les modalités de prise de décision des autres. C’est parfois épuisant.
« Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin » dit l’adage. Et parfois, eh bien on a juste envie d’aller plus vite.

Cependant, une communauté ça vous soutient, ça vous nourrit. Parfois au sens littéral, car à Framasoft, nous ne vivons que de vos dons. À titre personnel, on peut donc dire que c’est la communauté Framasoft qui remplit mon frigo et paye mon loyer (merci !). Construire ou rejoindre un collectif ou une communauté, c’est un travail long, lent, parfois fastidieux. Ça nous bouscule. Mais là encore, dans « le-monde-d’après-mars-2020 », c’est probablement dans ces communautés, qu’elles soient locales ou virtuelles, que vous trouverez la force d’agir.

5. Confiance.

Wikipédia nous apprend que la confiance serait « un état psychologique se caractérisant par l’intention d’accepter la vulnérabilité sur la base de croyances optimistes sur les intentions (ou le comportement) d’autrui ». C’est un poil compliqué dit comme ça, mais on peut en retenir qu’il s’agit de se fier à quelqu’un.

Là encore, pour Framasoft, la confiance est essentielle. La confiance que notre communauté nous porte. Celle que nous plaçons dans les valeurs du libre.
La « crise de confiance » que nous vivons, notamment envers les responsables politiques ne doit pas nous amener à nous replier sur nous-mêmes.
Nous continuerons donc à tisser des liens au sein de notre archipel. Tout simplement parce que nous ne voulons pas d’un monde où la méfiance serait le comportement par défaut.

6. Culture

« Mais qu’est-ce qu’elle vient faire là, la culture ? On parle bien de logiciel libre, non ? »

Eh bien elle a tout à faire là, la culture. Parce que c’est elle qui nous relie. Mais aussi parce que c’est elle qui nous différencie. Et que sans ces différences, tout serait normalisé, lissé… triste en fait. Mais aussi, parce que le logiciel libre, nous l’avons dit et répété, est un moyen et non une fin.
« Pas de société libre sans logiciel libre » avons-nous souvent l’habitude de dire. C’est donc bien cela que nous voulons, c’est bien cela notre objectif : une société libre.
D’après Wikipédia (toujours elle), « En sociologie, la culture est définie de façon plus étroite comme « ce qui est commun à un groupe d’individus » et comme « ce qui le soude », c’est-à-dire ce qui est appris, transmis, produit et créé. ». Ca tombe bien, Framasoft est classée — puisqu’il faut aux administrations une case pour chaque chose — dans la rubrique « associations culturelles ».

« En cette période de crise, nous sommes confrontés à deux choix particulièrement importants. Le premier est entre la surveillance totalitaire et la responsabilisation des citoyens. Le second est entre l’isolement nationaliste et la solidarité mondiale » disait Harari.

Face à ces choix, parce que le monde a changé, Framasoft devra donc inventer de nouvelles façons d’apprendre, transmettre, produire et créer.

Suivre pyg:

Délégué général de Framasoft

Pierre-Yves Gosset est le délégué général de l'association depuis 2008. Tel un contrôleur aérien, il coordonne les différents projets de l'association en s'assurant que les avions décollent et atterrissent (à peu près) à l'heure.

26 Responses

  1. Marie-Odile

    Merci pour ce texte.
    Merci pour tout ce que vous faites.
    Courage et bonne continuation

  2. nyancat

    Bravo pour ce que vous faites, mais quelque part je pense que vous faites fausse route

    Je m’explique : les gens qui nous dirigent ont une culture de DRH, or dans cette culture (on me l’a dit explicitement), le principe c’est de dimmimuer les postes et d’augmenter la pression, jusqu’a ce que ca casse (et la ils savent qu’ils ont atteint « l’équilibre nominal »).

    Donc a chaque fois que l’on se demerde pour faire marcher quand meme le systeme malgres tout, c’est un signal que l’on leur envoie comme quoi la casse n’est pas encore suffisante, qu’ils peuvent encore continuer a détruire le systeme.

    C’est moche, mais dans la « culture » actuelle, c’est comme ca qu’ils reflechissent et que ca marche.

    Du coup « aider » est contre productif.

    Seul le boycott ou la greve du zele pouront avoir des effets : on a pas les outils pour travailler = pas de travail. Point. Se demerder pour faire quand meme quelque chose, c’est continuer de s’enfoncer.

    • pyg

      A titre personnel, je partage ton avis (et sans doute l’asso aussi, mais on ne s’est jamais calés sur la question).

      La vraie question est « qui aide-t-on ? » parce que dans les faits, même les grèvistes ont besoins d’outils pour s’organiser, même les militant⋅e⋅s ont besoin d’appeler leurs familles.
      A Framasoft, on a fait un choix qu’on assume et pas toujours bien compris :
      – on s’adresse avant tout aux collectifs, aux militant⋅es, aux petites organisation qui ont déjà une certaine conscience de la toxicité des GAFAM
      – pour cela, on utilise une communication (écrite, visuelle, choix de lieux où l’on intervient, etc) spécifique, et clairement pas « attirante » pour les entreprises, la #frenchTech, les « décideurs »
      – par contre, on fait le choix de n’exclure volontairement ou autoritairement personne « a priori » (un patron du CAC40 peut utiliser Framapad, une personne SDF peut utiliser Framapiaf : on ne regarde pas qui tu es, il n’y a pas de videur à l’entrée). Si, demain, Total ou LVMH (ou le Ministère de l’Education Nationale) se mettent massivement à utiliser Framasoft, on leur expliquera gentiment d’aller voir ailleurs

      Parce que le raisonnement qui viseraient à dire « Qu’ils aillent tous se faire foutre », ça enverrait aussi se faire foutre, par exemple, les acteur⋅ices de l’urgence sociale que je connais qui, aujourd’hui, utilisent Framapad pour se coordonner. Ca serait aussi fermer la porte aux médecins qui ne veulent pas renforcer l’hégémonie de Doctolib.

      Bref, sur le fond, je suis d’accord avec toi : le capitalisme doit brûler. (et, en ce moment, quelque part, il brûle).
      Par contre, on ne jouera pas les pyromanes. Si tu regarde https://contributopia.org ou si tu suis nos conférences (cf celles pointées dans l’article) tu notera qu’on essaie justement d’outiller celles et ceux qui essaient de s’organiser pour qu’on ne meurt pas tous cramés dans l’incendie.

      C’est une stratégie parmi d’autres, complémentaires, mais c’est aujourd’hui la nôtre 🙂

      • Dell'onte

        Merci du travail que vous faites ; enfin des armes contre l’économie toujours plus triomphante !

  3. lilian

    merci d’avoir pris le temps de rédiger ça, toujours aussi nourissant !

  4. Vincent M.

    Merci PYG, totalement derrière l’idée que le virus n’a pas de projet belliqueux. Les éléments de langage guerriers sont pour le moins suspects (#EmmanuelNousVoila). J’en serai presque à trouver le terme de Fléau, utilisé par Donald, plus adapté s’il ne fallait soupçonner une accroche ultra-biblique à suivre.

    Punaise je serais la nature, je me poilerais bien. Dire qu’un truc tout microscopique est capable en 3 mois de pulvériser les minables objectifs d’une cop21! chapeau le monstre.

    Oui, oui, oui pour le plan de pacification numérique et de transformation sociale.

  5. PengouinPdt

    Bonjour

    Une toute petite aparté en rapport avec la vidéoconférence, en logiciel libre, hormis Jitsi qui fonctionne mais n’est pas fameux en qualité, aujourd’hui, sur un autre site web, j’ai découvert qu’il existe cette solution nommée « BigBlueButton » qui apparemment se trouve être sous Licence LGPL.
    Je me permets de renvoyer vers leur site de documentation : http://docs.bigbluebutton.org/

    Un début de réponse pour de la vidéoconf de qualité FLOSS ?!

    Le reste est un challenge actuel en effet – et merci pour tous vos efforts appréciables, vraiment !
    (autant pour les efforts de vulgarisation que de communication…)

    • pyg

      Merci pour le partage !
      (Nous connaissons BBB depuis plusieurs années et l’avons déjà utilisé. La qualité n’est pas « meilleure » ou « moins bonne » que Jitsi : les usages sont différents (visio vs webinaire), et du coup les prérequis sont différents (BBB est bien plus gourmand qu’un Jitsi, ce qui, côté Framasoft, limite un déploiement à grande échelle (plusieurs centaines/milliers de salons). Mais cela reste une excellente solution, et nous vous encourageons à l’utiliser et à l’installer)

  6. Simon

    Merci pour cet article super intéressant, et merci pour vos outils qui visiblement aident plus que jamais beaucoup de gens !!

  7. Adrienne

    Merci Pierre-Yves pour ces réflexions foisonnantes et nourrissantes.

    J’ai du mal à avoir des idées très claires sur ce qui se passe car je n’arrive pas à savoir si on est au tout début d’une période, ou déjà au milieu, si les forces en présence sont déjà identifiées ou si cette période étrange où la moitié de l’humanité est confinée va profondément rebattre les cartes, mais tes points sont bons, et fondamentaux : s’opposer ou construire ensemble, réprimer ou libérer, surveiller ou faire confiance.

    Merci pour tout ce que vous faites chez Framasoft, et bravo pour cette constante et incroyable capacité d’adaptation. Bluffant 🙂

    Amitiés

    • pyg

      Salut Adrienne 🙂

      Suis tout autant paumé que tout le monde, hein. Mais quand on est paumé, on « STOP » (S’arrêter, Temps de réflexion, Observation, Planification). Alors que là, j’enrage de voir qu’on continue.
      La seule boussole qui me paraisse valable, c’est celles des valeurs. Notamment l’éthique et la morale. Et, donc, j’ai pas du tout envie qu’on transige sur nos libertés fondamentales (genre le back-tracking) parce que ça *pourrait* éviter des morts. C’est horrible dit comme ça. Mais je pense que #lesgens sont dans une telle situation de trauma, que beaucoup seront prêts à accepter toute proposition qui pourrait venir réduire les risques de renvoi à ce traumatisme. D’autant plus si ça vient d’une « autorité » (gouvernement ou gourou). Je pense que c’est notre plus grand risque aujourd’hui, maintenant que de nombreux murs sont tombés.
      Une solution, plus difficile, plus courageuse, mais aussi plus positive à mon sens, serait donc de regarder la blessure en face, d’être au clair sur ce qui l’a causée, de comment on peut prendre soin de nous mêmes et des autres, d’assumer que ça ne sera plus pareil « après ». Bref, être en paix avec ce qui vient de se passer pour, justement, pouvoir se relever.
      Bon, c’est un peu de la psychologie de comptoir, mais mon point est qu’il ne faut pas être naïf : les cartes sont rebattues, et certains vont tout faire pour en profiter :-/

      Amitiés et courage à toi et à tes proches 🙂

      • Franck

        Bonjour Pyg,

        Merci pour ce très intéressant article que je partage dans sa très grande partie.

        J’ai une réaction, 2 liens à te soumettre et une suggestion à te proposer

        1- Le point que je ne partage pas de tout, c’est le fait de demander des moyens au gouvernement.
        Cela mettrait l’association en situation de redevabilité et de dépendance.
        Du fait de la nature et de l’intention du gouvernement, je pense que ce ne serait vraiment pas une bonne idée du tout. Mon 2eme point vise à te partager une piste de compréhension de cette réaction.

        2- Quelle est la réalité de la situation, et l’intention du gouvernement pour enfin comprendre ce qu’il se passe vraiment ?
        Je croise les infos et les réflexions de libre penseurs depuis plusieurs années car je déteste ne pas capter la cohérence des choses, et j’étais encore jusque il y a peu dans un brouillard épais.
        Avec le coronavirus, l’incohérence de macron et du gouvernement devenait insupportable pour moi car la plupart des faits et gestes et des décisions semblait privilégier plutôt la propagation de ce virus très contagieux mais pas plus grave que celui d’une bonne grippe plutôt que l’arrêt de l’épidémie avec des moyens identifiés comme le protocole du Professeur Raoult.

        Je partage ici 2 liens qui peuvent aider à comprendre la situation :

        Un lien vers la dernière vidéo d’Alexis Cossette de Radio Québec, l’une de mes sources d’information exposant des faits qui mettent en exergue la manipulation des français par l’Etat et les grands media.
        https://www.youtube.com/watch?v=3dXx7VzBW-o

        Et le lien vers cet article remarquable à mon sens de Valérie Bugault qui aide à prendre conscience pourquoi le gouvernement se comporte de cette façon incompréhensive au 1er abord, de ce qu’il se trame et vers quoi il cherche à nous amener.
        Cet article résume parfaitement la vision du monde actuelle à laquelle j’étais arrivé, en allant même plus loin sur certains aspects. Il est long, mais résume plusieurs années de travail.
        J’en recommande vivement la lecture à tout ceux qui cherche à comprendre la situation actuelle.

        https://strategika.fr/2020/04/01/geopolitique-du-coronavirus-entretien-avec-valerie-bugault/

        A la lumière de ses éléments, j’ai désormais une bien meilleure compréhension de ce qu’il se passe et ce qu’il se prépare de manière à prendre conscience de tout ça.
        Cela permet de se préparer à se positionner de façon claire et lucide le moment venu pour mettre un terme à cette funeste mascarade.

        Si ces éléments pouvaient t’aider à y voir plus clair, ou aider ne serait-ce qu’un lecteur ici, mon objectif serait atteint 😉
        J’invite tous ceux que ces informations auraient pu aider à éclairer, de les relayer aussi largement que possible sachant que tout le monde n’est malheureusement pas encore prêt à les accepter.
        Il en va de notre liberté.

        Merci de ton engagement dans cette voie du logiciel libre, nécessaire et prometteuse.
        Je serais ravi d’apporter ma modeste contribution si l’occasion se présentait.

        Avec une immense gratitude pour tous ceux qui contribuent à l’émergence du nouveau monde libre.

        Franck

        • pyg

          Bonjour Franck,
          merci de ce message.

          > 1- Le point que je ne partage pas de tout, c’est le fait de demander des moyens au gouvernement.
          Cela mettrait l’association en situation de redevabilité et de dépendance.

          Alors là, j’ai raté un truc. Où, dans mon texte, aurais-je écrit que Framasoft voulait toucher de l’argent du gouvernement.

          Framasoft touche 0 subvention depuis le départ (je crois qu’on avait eu 500€ d’une collectivité il y a 6 ou 7 ans).
          La seule aide qu’on ait, non négligeable, c’est que les dons à Framasoft sont défiscalisés (tu donne 100€ à Frama, tu déduis 66€ de tes impôts). Mais du coup, ça n’a rien à voir avec le gouvernement, c’est un dispositif fiscal qui vise à aider les structures d’intérêt général quelles qu’elles soient, sans mise en compétition, sans sélection d’un élu bien ou mal luné qu’il aurait fallu séduire ou à qui il faudrait rendre des comptes.

          Par contre, il est vrai que je suis *POUR* que l’Etat fasse aussi sa part de soutien aux logiciels libres.

          Sur PeerTube, par exemple, il me parait normal et sain que, si l’Etat utilise ce commun, il y contribue (ça peut être de façon financière, ou sous forme de code logiciel). Ca ne veut pas dire que Framasoft *demande* de l’argent à un quelconque gouvernement (d’autant plus que je viens de les traiter de psychopathes dans l’article, ça serait débile de ma part 😉 ). Ca veut dire que quand tu a un jardin partagé, et que tu viens te servir en tomates, et bien tu dois contribuer : tu fais des semis, tu arrose, tu discute avec les autres bénéficiaires du jardin de la façon de gérer au mieux la répartition des tomates.

          Mon point (qui me semble aller dans ton sens) est de dire que l’Etat n’est pas au-dessus des lois : s’il est un bénéficiaire, alors qu’il contribue comme tout le monde, sinon, on finira par lui interdire l’accès à ce jardin partagé (ce que Framasoft a fait en fermant Framapad aux enseignants les premières semaines de confinement).

  8. Mariomaster2

    Merci OUF pour cette analyse, point de vue, sur je partage beaucoup !
    Merci Framasoft dans son ensemble.
    Vous êtes un peu mon étoile du berger…
    Prenez soin de vous et de vos proches.

  9. Mariomaster2

    Saleté de correction automatique.
    Je voulais dire merci PYG et non ouf !

  10. Nomi

    Bonjour merci pour cette analyse. Je pense que ce billet gagnerait a être diffusé sur d’autres plateformes. Est’il possible de le partager sur Linked-In? J’y trouve en ce moment beaucoup d’acteurs économique très insatisfait de la gestion de crise par l’état et qui gagneraient à voir arriver dans leur radar ta pensée.

    • Yann Kervran

      Bonjour,
      sauf mention contraire, tout ce qui est publié sur le Framablog est sous licence CC BY SA, donc n’hésitez pas à repartager, copier, diffuser.

  11. AD

    Whoa.
    Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci. Merci.
    (Bon en copier/coller c’est facile, mais c’est vraiment ce que j’ai dans le coeur…) + un petit don 🙂

  12. celfred

    Bonjour,
    J’avais l’onglet épinglé depuis quelques jours et je viens de prendre le temps de lire… Je ne peux pas fermer cette page sans vous remercier à nouveau pour tout le travail réalisé ET la manière d’expliquer vos réflexions et votre vision du monde.
    Je me dis qu’on a de la chance de vous avoir pour garder le cap !
    Donc MERCI !

  13. Nicolas MICHEL

    Merci PYG,
    très fin, très bien documenté, même pas belliqueux.. que des valeurs que j’aime.
    Nico13

  14. Aglaë

    J’adhère vraiment vraiment j’adhère.

    (Remarque très anecdotique… quoique : même sans parler de «plan de bataille » et autre «feuille de route », on a un léger problème de vocabulaire, parce qu’à l’origine, « stratégie » eh bien c’est tout aussi belliqueux !!!)

    Et pour le remplacer, c’est pas gagné : https://www.cnrtl.fr/synonymie/strat%C3%A9gie

  15. libre fan

    Merci pour cet article, que je vais relire tranquillement. Mon seul point de désaccord est ceci
    >Aussi paradoxal que cela puisse paraître pour le directeur d’une association d’éducation populaire qui, depuis des années, alerte sur la toxicité du modèle économique des GAFAM, je leur suis reconnaissant.
    Bon, je n’irai tout de même pas jusqu’à leur envoyer des cookies, mais je reconnais le rôle positif qu’elles ont eu dans un moment de panique mondiale qui aurait pu dégénérer. […]
    En nous permettant de rester en lien, de se rassurer les un⋅e⋅s les autres, de partager de l’information, de réfléchir ou d’agir ensemble, ces plateformes ont – peut être – participé à éviter des situations « pires » que celles que nous avons vécues.

    C’est une illusion d’optique, à mon avis. Sans GAFAM, on communiquerait autrement: on saurait faire des sites web et des forums. Et les divagations variés d’un président à des types de l’extrême droite, auraient un peu moins d’écho.
    Tant qu’on accorde un peu de valeur aux GAFAM, on est dupe, à mon avis.

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