David Revoy, la BD et les licences libres

Si vous avez raté le début…

(Si vous avez déjà suivi les épisodes précédents, allez directement au texte de David…)

Comme le savent nos lecteurs, nous défendons volontiers non seulement les logiciels mais aussi la culture libre sous ses multiples formes, y compris dans le domaine artistique :

turbulencesla position et l’expérimentation d’artistes comme Gwenn Seemel, Amanda Palmer, Neil Jomunsi entre autres multiples exemples (ne risquons pas l’accusation de copinage en mentionnant Pouhiou), nous intéressent et nous passionnent parce qu’elles témoignent d’un monde à la charnière. En effet, un modèle d’édition et de diffusion arrive en bout de course et à bout de souffle, mais il est défendu mordicus à la fois par ses bénéficiaires (c’est cohérent) et parfois par ses victimes, ce qui est plus surprenant. Quant aux modèles émergents, aux variantes nombreuses et inventives, ils cherchent la voie d’une viabilité rendue incertaine par les lois du marché qui s’imposent à eux.

Le mois dernier une annonce nous a fait plaisir, celle de la publication « papier » par Glénat du webcomic Pepper et Carrot de David Revoy, qui n’est pas un inconnu pour les lecteurs du Framablog auquel il a accordé cette interview il y a quelques mois. Voici la page où il détaille sa philosophie.

Un article de Calimaq expose de façon documentée l’intérêt de cette reprise d’une œuvre open source par un éditeur « classique » dans laquelle il voit de façon optimiste une façon de faire bouger les lignes qui bénéficie autant à l’auteur (qui renforce ses sources de mécénat) qu’à l’éditeur et aux lecteurs.

Tout va donc pour le mieux dans le petit monde de la BD ? — Pas vraiment, parce que l’accord passé par David Revoy avec Glénat (lequel s’engage à respecter cette licence Creative Commons) vient de provoquer une levée de boucliers chez un certain nombre d’auteurs de bande dessinée. Ils estiment notamment que cet accord dévalorise l’ensemble d’une profession qui peine déjà à survivre et s’insurgent contre l’idée de donner librement le fruit d’un travail artistique.

Vous pouvez par exemple lire ce billet de Xavier Guilbert pour la revue Du9 qui résume de façon assez équilibrée l’ensemble de la polémique. Si vous souhaitez lire un avis circonstancié carrément libriste, lisez l’excellent coup de gueule de Luc, qui fait notamment le lien avec Framabook, notre maison d’édition qui a fait « le pari du livre libre », mais établit néanmoins des contrats avec les auteurs qui sont rémunérés.

Également du côté des défenseurs du libre Neil Jomunsi sort la grosse artillerie et demande aux auteurs de se sortir les doigts du c**. C’est précisément à la suite de cet article que le principal intéressé s’exprime dans un long commentaire que nous reproduisons ici avec son accord.

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(dans un premier temps David s’adresse à Neil Jomunsi)

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Photo par Elisa De Castro Guerra

Hello, merci Neil pour cette initiative, j’espère y lire ici des propositions constructives de la part des autres auteurs et non pas seulement des retours des happy few qui vivent confortablement du système éditorial classique. En effet, je prends en considération que ces auteurs ne peuvent pas émettre une pensée libre d’intérêts éditoriaux ou syndicaux sur ce thème (surtout de manière publique). Ils ont aussi très peu d’intérêt à un changement de paradigme…
Pour ma part, je me suis très peu exprimé jusqu’alors. Mais je me sens à l’aise sur ce blog. J’aime le ton de l’article, la police d’écriture et la boîte de commentaire large. Je pense que ça risque de me faire pianoter. Et puis, je n’ai pas de blog français… Je réquisitionne donc cette boîte de commentaire un peu comme un blogpost de réponse.

 

Voici mon angle de vue que-personne-ne-m’a-demandé-mais-voilà-tout-de-même sur le modèle de Pepper&Carrot et pourquoi, je le répète, il me convient et que je maintiens ma tag-line sur ma page de garde :

devise

(Note : j’utiliserai par raccourcis les termes ‘auteurs’, ‘éditeurs’, ‘lecteurs’, mais je pense bien également aux ‘autrices’, ‘éditrices’, ‘lectrices’ derrière ces termes.)

Donc entendons-nous bien ici : je ne suis pas dans une lutte classique tel qu’on l’entend, voulant la destruction d’organisations, d’entreprises ou autre systèmes en place. Dans « changer l’industrie de la BD », j’entends « sanifier » les relations auteurs/éditeurs par plus de liberté et d’indépendance dans leurs relations. Par sanifier, je n’entends pas l’inversion du rapport de force où l’auteur triomphe de l’éditeur. Non. Dans ma démarche, il n’y a pas de rapport de force entre auteur et éditeur. L’éditeur est un acteur libre qui fait un produit dérivé de ma création. Dans le système classique, il y a un rapport dominant/dominé évident, contractualisé et opaque aux lecteurs. C’est tout là le problème. Avec Pepper&Carrot, je propose un système côte-à-côte. Chacun indépendant.

Ce système marche-t-il ? Sur ma page Philosophie, j’écris

… Et pourquoi Pepper&Carrot ne pourrait-il pas amorcer un changement et ainsi inspirer une industrie en crise ? Essayons !

Ce « essayons » démontre le caractère expérimental de ma démarche. Car oui, je suis en train de créer, oui, c’est nouveau et oui, ça agace quand quelqu’un essaie du nouveau.

Pepper&Carrot est un webcomic numérique en anglais principalement et international. Il est hébergé autant à Paris, qu’au U.S.A, en Asie et sur je-ne-sais-combien de sites miroirs et ça tourne. La France représente 4 % de ses visiteurs et cela me donne un peu de retrait sur le problème actuel. En effet : il serait vraiment malhonnête de penser que je suis dans la même situation qu’un jeune dessinateur amateur français, publiant en français sans audience et qui n’aurait qu’un seul éditeur monolithique comme source de revenus/diffusion, Glénat, pour survivre avec les 350 $ par mois de mécénat de Glénat… C’est pourtant, et à l’origine du buzz, l’angle de communication surprenant qu’a essayé d’orchestrer le syndicat BD SNAC sur sa page Facebook, et ce, bizarrement à quelques dizaines de jours d’une rencontre auteurs/éditeur importante. À part m’y faire traiter littéralement de con dans les commentaires et d’amener un lectorat d’auteurs entier à mépriser ma démarche, rien n’a germé, aucune pensée : stérile. Cependant cela a alimenté de la colère. Ce groupe a-t-il besoin de ça pour s’unifier ? Pepper&Carrot/Glénat est simplement devenu un prétexte du moment. Une opportunité pour eux de « casser de l’éditeur » collectivement et dénigrer un nouvel auteur qui n’a pas choisi de lutter à leur manière. Triste.

Donc ce buzz, dit il la vérité ? En partie, oui, c’est pour ça que ça marche. Il est possible à n’importe qui de faire des produits dérivés de Pepper&Carrot, de façon commerciale, en suivant un ensemble de règles de la Creative Commons Attribution permissive que j’ai établie. Glénat qui imprime à 10 000 exemplaires mon webcomic n’est qu’un produit dérivé à mes yeux (comme déjà dit). Pour faire un parallèle, je le considère comme si j’avais un film et qu’ils imprimaient la figurine du héros. Rien de plus. Nous avons eu une collaboration que je décris en anglais sur le blog de Pepper&Carrot. J’en suis satisfait, c’est super cool un premier album imprimé, mais cliquez sur le bouton « HD » sur le site de Pepper&Carrot, et vous y aurez plus de détails, plus de couleurs que dans l’album imprimé.

Ma BD principale, mon support de choix n’est pas l’album de Glénat. Ce n’est pas le média principal de Pepper&Carrot. D’autres projets suivront comme l’éditeur allemand Popcom qui vient de rejoindre le mécénat de Pepper&Carrot, le livre de la Krita Foundation ou une édition régionale en Breton de Pepper&Carrot. Ce n’est que le début, le projet n’a que deux ans et je ne compte pas tout ça comme un manque à gagner. Je n’y vois que les effets positifs de personnes qui utilisent la base de ressources que j’ai créée, avec respect, dans les règles qui me conviennent pour créer plus de valeur autour de la série. Et ça fonctionne.

Glénat fait des bénéfices ? Et alors ? Bon pour eux. Le font-il « sur mon dos » ? Non, je ne me sens pas lésé en quoi que ce soit. Pas plus que quand Pepper&Carrot fait la frontpage d’ImgUr, de deviantArt ou de Reddit. (je vous présente ici des nouvelles puissances éditoriales). Le papier, la chaîne graphique, l’impression, l’empaquetage, la distribution, etc. c’est le métier de l’éditeur, il véhicule mon œuvre sur le papier. Pas très différent de ce que ferait un autre site web, pour moi. De mon point de vue, je fais du divertissement numérique sur Internet et je ne vends pas de BD. Si l’éditeur aime la source qui lui permet de vendre du papier, il sait comment me gratifier. Idem pour l’audience. C’est simple et c’est décrit dans l’album papier de Glénat Pepper&Carrot (si certains avaient pris le temps de l’ouvrir). Ce qui m’interpelle vraiment, c’est : Glénat imprime 10 000 exemplaires et aucun petit éditeur ne pense à aller sur mon site télécharger plein de croquis Creative Commons et en faire un artbook d’accompagnement en librairie ? Publier des cartes postales ? Refaire une version « deluxe » du Tome 1 ? Le monde éditorial à moins d’initiative que ce que j’avais prévu.

Je veux un univers collaboratif dont le lecteur puisse s’imprégner et devenir à son tour acteur, entrepreneur. Ici encore la Creative Commons Attribution le permet

J’aimerais aussi faire prendre conscience dans ce débat sur un autre point qui n’est jamais abordé dans les articles : la « culture libre » que permet Pepper&Carrot. Les auteurs ont conquis une place dans les esprits de leurs audiences qui me dérange fondamentalement. Prenez par exemple une BD lambda, distribué sous copyright classique (même d’un webcomic « gratuit » mais propriétaire d’Internet). Tout le monde peut penser l’univers, rêver dedans, rejouer les scènes en pensée, etc. Cet univers existe en nous. Mais dès que cette pensée essaie de germer, de muter, de passer à l’action dans la vraie vie par une création, elle se retrouve anéantie ou réduite aux règles vaseuses du fair-use/fan-art/fan-fiction qui devient illégal en cas de création d’activité commerciale. Combien de cas problématiques sur Internet ces dernières années ! Sans le savoir, les auteurs d’univers propriétaire sont aussi propriétaires d’une part de votre culture, de votre pensée, de vos rêves, de ce qui regroupe les fans…

Avec Pepper&Carrot, je ne veux plus de ce paradigme du tout. Je veux un univers collaboratif dont le lecteur puisse s’imprégner et devenir à son tour acteur, entrepreneur. Ici encore la Creative Commons Attribution le permet, et ainsi j’ai des projets de jeux vidéos, de jeux de sociétés, de jeux de rôles de fan-art et de fan-fictions qui viennent à leur tour enrichir le wiki de l’univers d’Hereva à la base de Pepper&Carrot. Encore une fois, ceci est ma volonté de créer une relation côte-à-côte avec le lecteur, et j’en vois les bénéfices.

je replace l’auteur maître de son œuvre en face de l’éditeur dans un rapport d’égal à égal dans leur liberté et leurs droits.

Vous l’avez donc compris, je ne suis pas intéressé par l’établissement d’une relation d’un contrat classique, dominant-éditeur, dominé-auteur et sous-dominé-lecteur-acheteur. C’est liberticide et nuirait collectivement à notre éditeur-auteur-lecteur, à nos libertés d’agir, d’entreprendre et de penser. Je fonde un écosystème où les acteurs sont libres et côte-à-côte dans un rapport pacifié. La CC-By-Nc ? (la clause non-commerciale de la Creative Commons) désolé, je ne la veux pas pour ma BD, et ce n’est pas parce que ça s’appelle Creative Commons que c’est libre : c’est une licence propriétaire. La CC-By (attribution) est libre et m’intéresse. Avec cette liberté, cette indépendance, j’ai ici un modèle qui fonctionne à ma modeste échelle et tout ceci alimenté financièrement grâce à des héros dans mon audience qui soutiennent mon travail et ma philosophie.

L'image finale de l'épisode 8 récemment publié
L’image finale de l’épisode 8 récemment publié, l’anniversaire de Pepper

 

Mais ce n’est pas tout… Ce que je propose est une solution robuste contre la question du piratage de la BD, ce que je propose rend obsolète la création même des DRM pour la diffusion numérique, ce que je propose clarifie les rapports ambigus pour la création de fan-art/fan-fiction et dérivations, et enfin je replace l’auteur maître de son œuvre en face de l’éditeur dans un rapport d’égal à égal dans leur liberté et leurs droits.

Refaites le compte, et réévaluez ma proposition. Libre aussi à chacun de signer un contrat, de le négocier, de savoir quoi faire avec son œuvre. Mais pour moi, cette réflexion est faite. J’aime le libre pour ce qu’il offre pragmatiquement et je suis déjà dans son application à la réalité concernant ma BD depuis deux ans. Il vous reste un dégoût qu’une grosse entreprise genre « gros éditeur » puisse imprimer vos œuvres gratuitement ? Cela fait partie de la licence libre telle qu’elle est et de la liberté qu’elle offre. La licence n’est qu’un outil ne peut pas faire vraiment de différence entre la lectrice/traductrice japonaise, le petit commerçant polonais, l’artisan irlandais, le gros site web australien et le géant industriel de l’édition française… Sinon ce ne serait plus de la vraie liberté.

Il ne me reste plus qu’à continuer d’informer les lecteurs et leur demander de soutenir les artistes libres qu’ils aiment directement via Internet et non de penser que ces artistes touchent un quelconque gros pourcentage opaque sur les produits dérivés que ceux-ci iront acheter. Cette tâche d’information, si on s’y mettait tous collectivement et pratiquement entre artistes, aurait certainement plus d’effets sur nos niveaux et confort de vie que toutes négociations de pourcentages et discussions de frais d’avances autour de réunions et de cocktails.

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Darwin par David Revoy, extrait de son portfolio. Cliquer pour agrandir ce portrait à la manière d’Arcimboldo.

 

  • Toutes les illustrations de cet article sont de David Revoy, CC-BY



Pour un requiem libre et athée

La tradition musicale du requiem est dès l’origine inhérente à la liturgie chrétienne au point qu’il faut attendre le XVIIIe siècle pour assister à la création de requiems « de concert », donc exécutés en dehors d’une célébration funèbre à caractère religieux.

Aujourd’hui, Denis Raffin propose d’aller plus loin encore et vient de passer plusieurs années à l’élaboration d’un requiem athée, qui comme il nous l’explique, vise à rendre hommage au souvenir des disparus en exaltant plutôt… la vie, hors de toute transcendance.

Qui plus est, sa création musicale est non seulement libre de références à la divinité mais aussi libre de droits et élaborée avec des logiciels libres. De bonnes raisons pour lui donner la parole et prêter une oreille curieuse à son requiem.

Peux-tu te présenter brièvement et nous dire par quel parcours tu en arrivé à ce projet un peu surprenant ?

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Je suis un compositeur amateur, épris de musique classique depuis mon enfance. Jusqu’à présent, j’ai surtout composé de courtes pièces pour mon entourage. C’est la première fois que je me lance dans une œuvre d’une telle ampleur. J’ai composé les premières notes en 2013 (il y a 3 ans, oui oui…) et je viens enfin de terminer d’ébaucher les 5 mouvements qui constituent l’œuvre.

Justement, en prenant connaissance de ton projet, maintenant en phase finale, on ne peut s’empêcher de se dire que tu es soit très courageux soit inconscient : s’attaquer à un tel format musical demande de l’estomac, non ? et je ne parle même pas des monuments du genre (Mozart, Brahms, Berlioz, Verdi et tant d’autres… ) qui peuvent impressionner. Tu veux t’inscrire dans l’histoire de la musique à leur suite ?

J’ai toujours adoré les grandes œuvres religieuses, notamment funèbres. On y trouve une noirceur plus ou moins désespérée, mêlée à un fort besoin de consolation et de lumière (de résilience). Il y a peut-être un peu de mégalomanie dans mon projet, je ne le nie pas. Mais en réalité, il s’agit surtout de répondre à un double besoin : celui de m’obliger à dépasser le stade de compositeur du dimanche et celui d’aborder frontalement un thème qui me hante depuis mon adolescence : celui de la finitude de nos existences. J’ai voulu célébrer par une œuvre monumentale un événement très important dans ma propre existence : j’ai fini par admettre que j’allais mourir.

Brrr ce n’est pas très gai tout ça… On peut concevoir le désir de rendre hommage aux disparus, mais pourquoi célébrer la mort ?

Attention, pas de contre-sens ! Je ne célèbre pas la mort ! Mais assumer ma finitude m’a permis de comprendre des choses simples. D’abord que la vie est un bien précieux car éphémère et fragile. En ce sens, il faut savoir la respecter, la protéger, refuser de se contenter d’une vie où on se « laisse vivre ». Et surtout résister aux vols de nos existences que constituent le sur-travail, les guerres, la consommation, etc. Ensuite, nos existences si courtes prennent beaucoup plus de sens quand on les replace au sein de cycles naturels et historiques qui les dépassent. J’appelle, dans Un requiem athée, à « cultiver le grand jardin du monde ». À agir, humblement, chacun à son échelle, à construire un monde meilleur, tout en profitant au mieux de celui qui nous est offert. Il n’y a rien de morbide dans tout ça, non ?

Un requiem athée et libre, mais pas triste !
Un requiem athée et libre, mais pas triste !

 

Comme tu l’exposes en détails sur cette page tu n’es pas le premier à vouloir créer un Requiem athée. Pourquoi ajouter ta version, est-ce qu’il te semble qu’il y a ces dernières années une urgence (la question toujours vive de la laïcité ?) ou bien la naissance de ton projet correspond-elle à un cheminement plus personnel ?

La question de la laïcité, et en particulier de la cohabitation entre religieux et non-religieux, ne fait pas partie de ma démarche. Simplement, il y avait un manque dans l’histoire de la musique : il existe très peu d’œuvres athées traitant du thème de la mort.

Parler aux athées en général n’est d’ailleurs pas une mince affaire, car les athées ne constituent pas une école de pensée homogène. Le cheminement que je propose dans le texte est nécessairement très personnel. Par exemple dans sa dénonciation de l’immanence ou dans son appel non voilé à la rébellion (« La colère de l’Homme »). Cela dit, je n’ai pas hésité à réécrire le 2e mouvement de mon requiem (« Non credo ») lorsque ceux qui ont suivi sa composition l’ont accusé d’un trop grand dogmatisme. J’espère sincèrement que mon texte ne constitue pas un obstacle à l’appréciation de la musique, quels que soient les points de désaccord que puissent avoir mes auditeurs avec mes idées.

Comment définirais-tu ta musique ? On dit souvent que la musique contemporaine est difficile d’accès pour les oreilles non-initiées, est-ce le cas pour ton requiem ?

Pour les connaisseurs, il s’agit d’une écriture qui s’autorise tous les langages : tonal, modal, chromatique et atonal. Pour ceux qui ne sont pas habitués à écouter de la musique classique, disons que c’est une œuvre globalement facile à suivre, mais avec des passages assez ouvertement dissonants. La durée totale est raisonnable pour le néophyte (environ 45 minutes), tout en laissant le temps de s’imprégner d’un univers musical que je souhaite assez riche.

Pourquoi faire le choix de logiciels libres et placer ton œuvre en gestation dans le domaine public ?

Faire-part de liberté sur le site du projet
Faire-part de liberté sur le site du projet

La principale raison du choix de la licence CC-0 est philanthropique : c’est un cadeau que je souhaite faire à l’humanité. Par ailleurs, je suis intimement convaincu que le modèle actuel des droits d’auteur freine la création au lieu de la protéger. Il y a une excellente conférence de Pouhiou sur ce thème.

D’ailleurs, c’est un peu grâce à Pouhiou que je me suis décidé à créer un blog pour présenter ma composition en cours de réalisation. Dans son premier tome du cycle des Noénautes, il expose les interactions qu’il a pu avoir avec ses lecteurs sur son blog tout au long de l’écriture du roman et je me suis dit : et pourquoi pas utiliser ce dispositif pour mon requiem aussi ? Pour ceux que ça intéresse, j’ai exposé ma position dans cet article : vive la musique libre, à bas les droits d’auteur !

Pour ce qui est du choix des logiciels libres pour composer, il s’est imposé de lui-même : j’ai toujours milité pour la diffusion des logiciels libres (y compris dans l’Éducation Nationale à l’époque où j’y ai travaillé) et ça n’aurait pas été cohérent d’utiliser des logiciels privateurs pour réaliser une telle œuvre, non ? J’utilise essentiellement Musescore. même si les fonctionnalités sont un peu limitées par rapport aux gros logiciels payants du commerce. J’envisage d’utiliser Lilypond pour les dernières étapes de la composition (orchestration, cadences non mesurées, mise en page, etc.).

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Tu as une formation musicale (on s’en doutait) et tu as donc été un temps professeur dans l’Éducation Nationale, mais en ce moment de quoi vis-tu, car on imagine bien que créer un requiem n’est pas une activité très lucrative ?

J’ai été successivement ingénieur du son, professeur de physique-chimie en collège et grand voyageur. Je suis actuellement ouvrier agricole (dans le maraîchage bio). Je compose sur mes temps libres, soir et week-end. Au début du projet, je m’étais mis à temps partiel pour trouver le temps de composer. Clairement, j’aimerais consacrer plus de temps à la composition dans les années qui viennent. Pour une raison simple : si je ne prends pas le temps de composer mes œuvres, qui le fera à ma place ?

De quoi as-tu besoin maintenant pour mener ton projet vers sa phase finale : de contributions techniques, musicales, d’interprètes, d’argent… ? C’est le moment de lancer un appel…

L’étape la plus importante est terminée : toute l’œuvre est ébauchée. On peut d’ailleurs écouter des exports (avec des sons synthétiques) sur le site du projet. Il reste deux étapes avant de pouvoir entendre l’œuvre pour de bon.

D’abord, il faut que j’écrive l’orchestration de l’œuvre. Je n’ai encore jamais eu à faire ça et c’est assez technique. J’apprécierai une aide pour cette étape : j’ai besoin de quelqu’un d’un peu expérimenté pour me relire, me corriger, me faire des suggestions, etc. Je pense m’adresser aux classes d’orchestration des conservatoires pour trouver ce genre de profils.
Ensuite, il faudra réunir des interprètes. Et là, les choses se compliquent… Car il faudra trouver de l’argent pour rémunérer tout ce monde (un orchestre, un chœur et 4 solistes). J’ai plus de questions que de réponses : mon œuvre pourrait-elle intéresser une institution ? Aurais-je un public suffisamment motivé pour réussir un crowdfunding ? J’avoue que ça me soulagerait grandement si quelqu’un de plus compétent que moi pouvait prendre en charge cette partie-là du travail !

Allez on s’écoute le « Non credo » ? Les autres mouvements sont disponibles sur le site de Denis.

Que nos lecteurs mélomanes et musiciens se manifestent et fassent passer le mot : ce projet original et libre mérite d’aboutir à des interprétations publiques et pourquoi pas des enregistrements. À vous de jouer ♫ !




Dogmazic fête la première année de sa nouvelle ère

Il y a un an le Framablog avait interviewé Alain, membre de Dogmazic qui avait participé au grand retour de la plateforme d’écoute de musique sous licence libre.

Pour fêter le premier anniversaire du site renouvelé, on a eu envie de détailler avec lui le bilan bien fourni de cette année… En profitant de deux belles conférences aux JDLL, Roka et Pouhiou ont mitonné la petite interview que voici pour qui ne pouvait être à Lyon lors de ces rencontres.

Salut Alain, même si on t’as déjà déjà interviewé sur le Framablog, peux-tu nous rappeler ce qu’est Dogmazic ?

Dogmazic est une archive de musiques publiées avec des licences libres et ouvertes existant depuis 2004. Le site est sans publicité. C’est un projet de l’association Musique Libre qui est financé par les dons. Il regroupe aujourd’hui près de 60 000 morceaux de musique, pour environ 5000 artistes/groupes et plus de 250 netlabels.

Donc je peux dire que vous êtes le Itunes ou le Spotify du libre ou alors je suis insultant ?

Nous ne vendons pas d’abonnements, ni de fichiers avec des DRM. Notre but est l’accessibilité, la diffusion, la mise en valeur de tout un pan de la culture qui n’est pas représentée dans des médias mainstream. Nous sommes une alternative à Aytoune et Spoutifay.

vue de dogmazic
…et ils font pas dans la confiture.

 

Concrètement, qu’est-ce qui est libre chez vous ? Je peux télécharger votre logiciel ? La musique ?

Le logiciel Ampache qui propulse le site est publié sous licence AGPLv3 depuis 2001. Le contenu du site est publié soit en licences libres (type Licence Art Libre, GNU-GPL-Art, Creative Commons By SA…), soit en licences ouvertes (Licences Creative Commons BY NC ND pour la plus restrictive). La musique est téléchargeable, partageable et, selon les licences, réutilisable selon différents contextes.

Voilà un an que le projet a été relancé et du coup on a plein de questions à te poser. D’abord, est-ce que tu es content de cette première année d’existence ?

Nous sommes absolument ravis de cette réouverture, après tant de péripéties derrière nous maintenant ! Avant la réouverture du site, parler de musique libre c’était un peu caduque : peu d’autres exemples francophones comme Dogmazic pouvaient être cités. Cette première année nous a permis de mieux cerner les possibilités d’Ampache, de faire évoluer le site, son interface et de faire remonter pas mal de retours d’expérience des utilisateurs (bugs, features…).

Est-ce que le public a été au rendez-vous ? C’est quoi la fréquentation du site aujourd’hui ?

Nous avons eu un pic à la réouverture du site, puis ça s’est un peu calmé. Aujourd’hui, le rythme des visites est le même qu’à la réouverture, donc c’est plutôt encourageant ! Nous avons en moyenne 2 à 3 albums publiés par semaine par des artistes.

Le logo de Dogmazic
Le logo de Dogmazic

J’imagine que pour beaucoup de musiciens ce n’est pas une évidence de diffuser ses créations sous licence libre. Tu dirais quoi pour convaincre un artiste de le faire ?

Si on veut être indépendant, on doit aussi se poser la question de l’indépendance vis-à-vis de la Sacem qui n’est pas qu’une simple société — privée — de gestion de redevances pour droits d’auteurs. Elle porte aussi un projet politique (Hadopi, DADVSI…etc.). De plus, participer à une alternative est souvent plus intéressant pour un artiste, cela lui permet de rentrer en contact direct avec ses auditeurs, de discuter de projets partagés, de participer à des créations collectives. Il est possible d’avoir une existence artistique sans la Sacem.

Dans mes rencontres, je laisse le libre choix aux personnes. Souvent, un artiste rentre à la Sacem « par défaut », et ne se rend pas compte de sa démarche. Parfois c’est déjà trop tard, l’artiste est lié avec son nom civil (donc quel que soit le pseudo de son projet artistique) pour 10 ans, parfois la réflexion nécessite de nouvelles rencontres.

Dernier point du bilan mais non des moindres, les sous ? Comment un projet libre tel que le vôtre s’est financé et surtout comment vous voyez l’avenir à ce sujet ?

Nous sommes financés par les dons de nos utilisateurs. Le site en lui-même ne nous coûte pas grand chose à financer, mais cela risque de changer avec sa montée en puissance et la publicité faite autour de lui. En 2008-2009, lorsque l’ancienne interface fonctionnait bien, l’association arrivait à recevoir près de 4000 € de dons par an. Nous pouvons nous donner cet objectif pour le moment, ça nous permettra de proposer par exemple des fichiers en .flac.

Quelles sont les innovations lancées cette année sur Dogmazic ? Je pense notamment à l’écoute sur mobile qui est forcément demandée par les utilisateurs.

L’écoute sur mobile est possible grâce à l’application Subsonic qui reprend l’interface d’Ampache. Il n’y a qu’à renseigner l’adresse du site ainsi que son login et mot de passe utilisateur pour utiliser le site en version mobile. Des applications sur f-droid comme sur le Playstore existent. Avoir une application dédiée serait le mieux, il nous manque quelques compétences à ce sujet.

Ampache, le moteur du site, a évolué et fait évoluer le site. En mars, une nouvelle interface avec un contenu plus directement accessible a été mise en ligne.

Derrière Dogmazic, il y a donc ce logiciel  : Ampache… Lui aussi il a grandi en un an ? Quelles sont ses nouveautés et les petites fonctionnalités qui changent tout ?

Le lien entre le développement d’Ampache et Dogmazic est fort. Il n’y a pas de fork du logiciel pour faire tourner Dogmazic. Ampache est passé de la version 3.7 à 3.8.2 avec de nombreuses corrections de bugs, des traductions de fonctions, une interface remaniée.

Les possibilités d’Ampache sont assez énormes et tout n’est pas encore bien mis en place. Notamment le lien avec des services d’identification de contenus basés sur Musicbrainz, LastFM, LibreFM, les modules de dons Flattr pour les comptes artistes… À terme, nous aimerions que les artistes et les labels puissent disposer d’un espace plus grand pour la personnalisation de leur espace (à base d’html).

Et si je veux utiliser Ampache pour autre chose que la musique… je peux ? T’as des exemples (ou des rêves) d’utilisations « autres » ?

Ampache est utilisé depuis le début comme un logiciel pour monter son propre serveur privé de médias. Images, vidéos, musiques, tout peut se partager avec Ampache. Mais Dogmazic est le premier exemple de serveur public avec une gestion multi-utilisateurs avancée (près de 28 000 comptes).

Cette vidéo présente le développement du projet (vidéo YouTube) :


Vidéo de présentation d'Ampache sur Youtube

Mon rêve pour Dogmazic ? Qu’Ampache permette de tout connaître d’un artiste : musique, vidéos, textes… avec des liens vers l’extérieur pour enrichir le contenu, des relations entre artistes… Et pourquoi pas intégrer des modules comme SourceML qui permet de partager des musiques avec leurs sources.

Ça peut être une idée pour un de vos prochains articles d’ailleurs…

C’est noté, merci ^^ ! C’est quoi vos projets pour la suite ? On peut s’attendre à quelles innovations pour la plateforme ?

Ampache va passer en version 4.0 à la fin de l’année, avec notamment une refonte de son interface. L’objectif : rendre plus visibles des fonctionnalités qui sont bien présentes aujourd’hui mais qui sont cachées, l’abandon de quelques vieilles technologies datant de 2001, l’intégration d’autres plus récentes.

Travailler sur la communauté du site, remettre en forme le forum (qui, petit à petit revient à la vie), les relations entre artistes avec les fonctions communautaires d’Ampache (messages persos, partages)…

Ça c’est pour le moyen terme.

Pour le plus long terme, on a quelques réflexions sur les modules de dons du site, le développement de la C3S, société coopérative européenne de gestion collective… De gros projets sur ce point sont en réflexion.

Pour que ces innovations adviennent, vous avez besoin de quoi ? De sous, de bras…  ?

Ampache a toujours besoin de bras, de développement. Le développement de la version 4.0 va demander pas mal de travail. La traduction de l’interface aussi (espagnol, allemand, portugais, arabe, japonais, russe…).

L’association Musique Libre a toujours besoin de dons pour développer ses actions, imprimer des flyers, des tracts à distribuer lors de concerts, des gens pour les distribuer, des programmateurs de concerts sur des événements libres, sur des web-radios… Nous aimerions aussi proposer une application native pour Dogmazic (Android).

L’association a aussi besoin de personnes pour s’y investir, être à l’écoute de ce qui se passe dans la musique libre, car nous avons des oreilles un peu partout, mais nous ne sommes pas omniscients… !

Dons / Adhésions : http://musique-libre.org/a-propos/adherer-soutenir/

Nous rencontrer : http://www.dogmazic.net/irc/

Quelle est l’actualité de l’association ?

Nous organisons un concert, le 17 juin, 20h à St Étienne au Pax (27 rue Élisée Reclus), PAF 8€. Avec Bololipsum et Mig Inc. Au menu, art libre avec circuit blending, et électro-noise.

Le 14 juillet, le NetLabel Day. Pour sa 2e édition le Netlabel Day prend de l’ampleur. Initié par les joyeux drilles du netlabel chilien MIST,lLe Netlabel Day représente déjà près de 1800 contributions (contre 150 l’an dernier).

Merci pour tes réponses Alain. En attendant de te retrouver dans un an pour un nouveau bilan je te laisse le dernier mot, tradition oblige.

La musique libre est une alternative, défendre cette possibilité, c’est aussi défendre l’idée que d’autres alternatives puissent exister et se développer.

 

Pour aller plus loin :




Boris, ébéniste libre

La culture libre, ce n’est pas que du logiciel, de la musique et des bouquins !

Boris nous parle d’ébénisterie libre, et rien que de voir ses vidéos ça donne envie de s’y mettre.

 


Qui es-tu ? D’où viens-tu ?
Je suis Boris Beaulant, un garçon qui a grandi en bricolant avec les outils de papa, un jeune ingénieur diplômé qui a passé dix années dans l’univers de la programmation et y a découvert le philosophie du logiciel libre. Et maintenant, un homme qui a eu envie de bifurquer en se reconvertissant pour devenir ébéniste.
Je crois pouvoir dire que mon parcours scolaire m’a appris à apprendre. Pour le reste, c’est donc en autodidacte que je me suis formé. Autant devant un ordinateur que devant un établi.

Quel est ton projet actuel ? En quoi consiste-t-il, exactement ?
Mon projet (enfin, le projet qui nous occupe ici) est grandement lié à mon parcours, à la manière dont j’ai appris les choses et à la philosophie qui était derrière. Ce projet, c’est L’Air du Bois. L’Air du Bois c’est un site web, mais pas que. Lancé en février 2013, L’Air du Bois est une plate-forme qui permet à chacun de partager ses connaissances autour du travail du bois et de venir en puiser d’autres. L’Air du Bois, c’est donc une communauté réunie autour d’un outil et d’une philosophie.
Cette philosophie maîtresse qui a guidé le développement du site est de permettre à chacun de contribuer simplement et à son niveau à un tout plus grand. Ce tout restant libre et gratuit.
Rien de complètement neuf. C’est finalement un mode d’échange qui existe naturellement chez l’homme. Là où pour moi l’outil avait tout son intérêt, c’est qu’il devait savoir réunir, classer, organiser, présenter… bref faire tout ce qui peut être rébarbatif pour les contributeurs et visiteurs.

Est-ce que ta démarche correspond à ce que les anglo-saxons appellent open-hardware ?
Je ne connaissais pas le terme open-hardware. À la lecture de la définition sur Wikipédia, je pense qu’il y a des similitudes dans la démarche.

Où veux tu aller ? Comment ? Avec qui et pourquoi ?
Ce qu’il faut voir, c’est qu’un tel projet peut aller très loin en terme de profondeur de contenu. Mon ambition, c’est qu’il puisse être une véritable boîte à outils de l’amoureux du travail du bois. Autant catalogue d’idées et de savoirs qu’annuaire de bonnes adresses. Bref, répondre au mieux aux questions qu’on peut se poser quand on travaille le bois.
Excepté pour des questions d’éthique, il n’y a pas de super contrôleur de contenu (modérateur) sur L’Air du Bois. Ce que j’aime à penser, c’est que ce type de plate-forme peut s’autogérer si elle a été pensée pour. Et c’est bien là qu’est la force du « qui ».
Par ailleurs, je ne vois pas L’Air du Bois comme un outil qui se contenterait d’exister seul. Je ne l’imagine pas sans chercher à collaborer avec les autres moyens d’échanger (forums, réseaux sociaux, wiki, etc.).

Le libre et la licence libre — pour toi, qu’est-ce que c’est ?
La notion du libre est assez large à mes yeux. D’autant qu’elle peut s’appliquer sur une multitude de domaines. Mais une chose reste générale pour moi, c’est la volonté d’échange et de mise en commun hors du système monétaire. Ce que A fait peut être complété par B pour servir à C. Et cet ensemble est mouvant. Chacun peut à son tour être soit contributeur, soit utilisateur.

Comment penses-tu l’inclure dans ton projet ou t’inclure dans le projet du libre ?
Sur L’Air du Bois, il y a plusieurs niveaux de partage. On y partage des projets concrets, des idées, des méthodes, du savoir. Chaque niveau peut avoir ses nuances. Mais d’une façon générale, les contributeurs auront le choix de partager suivant les diverses variantes de la licence Creative Commons. Et le panel est resté complet, parce que, à mes yeux, la philosophie du libre c’est aussi avoir le choix.

Nous, les libristes de l’informatique, on écume les salons et les conventions avec notre PC sous le bras. Est-ce que tu montres tes machines à bois ? Est-ce qu’on peut te rencontrer en vrai ?

Bien sûr, qu’on peut se rencontrer en vrai ! Et ça me ferait grand plaisir de montrer mes machines et mon atelier. Ma porte est grande ouverte.
Si tu as la curiosité de voir mon boulot tout de suite, je t’invite à jeter un coup d’œil sur mes vidéos.

Le Zélo - vélo couché en bois par Boris sur L'Air du Bois
Le Zélo – vélo couché en bois – photo Boris Beaulant – licence CC-BY-NC-SA

Comment est-ce qu’on peut t’aider à faire avancer ton projet ?
En en parlant, c’est déjà un gros coup de main. Après, pour aller plus loin, je me dis que l’Air du Bois ne doit pas rester comme un truc à part. Ça doit pouvoir s’intégrer dans une mouvement plus large. Et dans ce sens, je recherche des « partenaires » qui pourraient à la fois être utilisateurs et contributeurs (de contenu) de cet outil. Je pense aux FabLab, aux ateliers associatifs, etc.

Le message est passé !
http://www.lairdubois.fr/

logo l’air du boisMerci à Raymond Rochedieu, le doyen du groupe Framabook, d’avoir mené cet entretien.




Bon tant pis♫, le revoici !

Il revient et il en a gros

folie

Avertissement :

Si vous ne pouvez pas répondre un OUI franc et massif à au moins quatre des questions ci-dessous, la lecture de cet article est ajournée pour vous. Revenez pour la session de septembre.

Oui maintenant que nous sommes entre nous, je vous le confirme : le bon docteur Giraudot, aka Gee, aka Ptilouk,… revient, sans d’ailleurs être jamais parti, nous soigner par le rire la dépression post-adolescente avec la parution aujourd’hui du premier tome de Grise Bouille, et un tournant dans ce qu’on peut appeler une œuvre au sens plein du terme. Les fidèles de Simon ont suivi impavides et fébriles les épisodes successifs depuis un peu plus d’un an, voici l’heure de la publication de l’album, chez Framabook bien sûr (what else?)

Avant de déguster l’opus par le menu, profitons d’un instant ou il délaisse sa guitare électrique pour lui poser quelques questions.


Ce qui fait le prix de tes textes et dessins satiriques ce n’est pas seulement leur acidité corrosive, certes bien présente, mais la dérision et même souvent l’autodérision. Pourquoi, tu as peur qu’on te prenne au sérieux ?

photo3Il y a le fond et il y a la forme. Sur la forme, mes BD restent à peu près toujours sur le thème de la déconne, mais sur le fond, il y a parfois quelque chose de plus sérieux, un message, une opinion… L’autodérision permet aussi d’apporter un recul par rapport à ça, de montrer que même si je suis d’accord avec telle ou telle idée, je sais qu’elle est critiquable et que ce n’est pas la vérité absolue. Effectivement, je ne voudrais pas qu’on me prenne trop au sérieux. Je suis un mec qui gribouille des bêtises derrière son écran : si je dis parfois des choses intéressantes, ce sont ces choses qu’il faut prendre au sérieux, pas moi.

Quand tu étais petit (autrefois, au siècle dernier), quels sont les auteurs de BD qui t’ont donné envie de les égaler ? Will Eisner, Crumb, Kurzman, Gotlib, Giotto, Reiser… ?

HeyLookshuddup
Un dessin d’Harvey Kurzman, sur le site de Sherm Cohen

Au siècle dernier comme tu dis, j’avoue que j’étais très très classique sur mes lectures. J’adorais Spirou et Fantasio (surtout la période Tome & Janry) avec ce côté « grandes aventures » mais qui ne se prenait jamais trop au sérieux. On achetait pas mal le Journal de Spirou avec ma grande sœur, du coup je suis surtout familier de ce qui y était publié à l’époque : Kid Paddle, les Psys, le Petit Spirou, Passe-moi l’ciel, etc. Bien sûr, je lisais aussi les autres classiques franco-belges (Astérix, Lucky Luke). J’ai toujours été hermétique aux mangas et je n’ai jamais trop eu l’occasion de me mettre aux comics US, alors je suis resté sur ça.

Après, là où j’ai vraiment trouvé mon maître à penser, Gotlib, c’était plutôt à l’adolescence (et sans vouloir faire mon jeunot, c’était déjà le XXIe siècle :p). J’ai dévoré toutes les Rubriques-à-Brac de long en large. C’est sans aucun conteste mon auteur préféré, il a un ton tellement unique, avec ses propres codes et son propre vocabulaire, un peu comme l’a fait Alexandre Astier avec Kaamelott (dans un style bien différent, c’est sûr).

Pourquoi Grise Bouille ? Une référence au personnage de la Comtesse de Ségur dont la sœur a hanté tes premiers émois ? La tentation de te saouler la gueule en parcourant l’actualité ? Encore de l’autodérision pour nous faire croire que tes petits chefs-d’œuvre ne sont à tes yeux que des gribouillis de potache ?

Ah, le titre du blog… c’est ce que j’ai trouvé en dernier quand j’ai commencé à travailler dessus, et ça a été très dur. Comment tu veux nommer un truc qui n’a pas de ligne éditoriale ? Sans tomber dans le banal comme « Les dessins de Gee » ou le contraire, le truc pompeux à mort. J’ai fini par me dire que ce qui caractérisait le plus mes dessins, c’était le côté gribouillage (ce n’est pas de la fausse modestie hein, c’est objectivement le cas : quand tu vois par exemple ce que font des types comme David Revoy, on ne joue juste pas dans la même cour). Et puis j’aimais bien l’effet désuet du mot « bouille » et le fait qu’on puisse prendre « grise » à la fois comme la couleur et comme le verbe « griser » (le blog qui vous grise la bouille). Assez représentatif de la dichotomie entre l’actu déprimante exposée sur le blog et le côté déconne…

Dans les titres auxquels vous avez échappé (je ressors mon brouillon qui contient une groooosse liste d’idées de titres), il y avait : « La fourche et la plume » (déjà pris), « Sang d’encre », « Barouf Malade », « Joyeux Boxon », « Zone Libre » (quand je te parlais de titre pompeux…), « La plume et le pavé » (pour être fiché par les RG directement), « Libre entre les lignes » (ça c’était bien pourri), « Le lapin déchaîné », « Le lapin libéré », « Le lapin de semaines » (oui, j’aime bien les lapins – ça aurait été la mascotte du blog) ou encore « Figure de stylet ».

geeBlog

Depuis que tu as entamé Grise Bouille tes propos sont beaucoup plus radicaux et politiques, tu consacres autant de textes que d’images à démonter les ignominies étatiques et au passage, on se rend compte que quand tu es bien énervé, ton style est carrément bon. Ce n’est plus trop l’actualité du Libre que tu brocardes c’est plutôt l’actualité des conneries sécuritaires et liberticides que tu attaques à la scie circulaire. C’est toi qui as changé ou bien c’est l’urgence des événements qui te stimule ?

Il y a toujours eu un petit côté politique même sur le Geektionnerd. Mais la forme était très contraignante, trop de texte pour des cases trop petites avec des dessins qui se retrouvaient écrasés. Grise Bouille, c’est aussi le résultat de 5 ans d’expérience Geektionnerd : j’assume beaucoup plus l’aspect politique (qui est d’ailleurs carrément affirmé par l’entête de la catégorie « La fourche ») et je le maîtrise sans doute beaucoup mieux. Le truc, c’est que plus tu t’intéresses à l’actualité, au fonctionnement de

la Marianne de Gee n'est pas contente
la Marianne de Gee n’est pas contente

l’économie, de la politique française, etc., plus tu t’étonnes que ça ne gueule pas plus, que ça continue à fonctionner sans (trop de) heurts. C’est un peu en train de craquer avec la Loi travail, mais quand tu vois l’accumulation de trucs qu’on nous fait avaler année après année (et ça ne date pas de Hollande hein, ni même de Sarkozy), tu te dis qu’il y a quand même une sacrée grande force à l’œuvre pour maintenir tout le monde dans l’anesthésie. Et je ne suis pas complotiste, je pense que quand les différents pouvoirs (politique, médiatique, financier…) ont des intérêts communs, ils n’ont pas besoin de « comploter » pour maintenir la barque dans le même cap. Juste de se renvoyer la balle régulièrement…

Dis tonton Simon, raconte-nous la belle histoire de ton engagement dans le Libre. Tu es tombé dedans quand tu étais petit ou bien ça t’est venu tout d’un coup en buvant une chope de potion magique ?
Là, j’ai un parcours assez classique… On commence par en avoir marre de Windows XP, on voit Vista arriver avec une réputation catastrophique, on a un copain qui nous parle d’un truc bizarre appelé Ubuntu, on l’installe et voilà. La pente fatale. Après on galère un peu, on se dit que c’est cool, on s’intéresse un peu à ce qu’il y a derrière, on voit qu’il y a aussi des idées. Puis on se rend compte qu’elles s’appliquent aussi à l’art, que ça fourmille vachement de ce côté-là.

En fait, quand tu viens d’un monde hyper-cynique comme le nôtre, où on met en permanence les gens en compétition et en opposition, où tout le monde se méfie de tout le monde, où il y a une arnaque derrière chaque bon plan, où « si c’est gratuit, c’est toi le produit »… bah tu découvres le monde du Libre et t’as l’impression de revivre, tu retrouves de l’espoir, tu te dis qu’il y a des solutions pour s’en sortir ensemble, tu éteints BFM TV et tu arrêtes de croire qu’on est tous foutus et que le monde va s’écrouler. Ce n’est pas de l’optimisme béat, bien sûr que c’est globalement la merde, mais partout tu as des initiatives comme le Libre qui se mettent doucement en place et tu vois juste que, quand on sollicite ce qu’il y a de bien chez les gens (l’entraide, la solidarité), il y a une énergie et une volonté d’améliorer les choses qui sont complètement ignorées par le système actuel basé sur la compétition à tous les étages.

À chaque fois que tu publies, tu le fais en licence libre. Laquelle et pourquoi ? Allez, à nous tu peux le dire, tu ne regrettes pas un peu ? Tu ne crois pas que tu as raté ta carrière de dessinateur adulé des foules et partageant le saladier de coke avec des jeunes femmes compréhensives ?

Je publie en CC By Sa parce que c’est Libre et que ça peut potentiellement emmerder les gens qui voudraient l’utiliser pour faire du non-Libre (double rainbow donc). Pas de regret non. C’était quoi l’alternative ? Faire un truc à l’encontre de mes convictions puis me la jouer Ministre issue d’EELV qui va t’expliquer qu’elle ne s’est absolument pas corrompue et n’a pas du tout baissé son froc pour une place au soleil ? Même quand tu fais du non-Libre, la probabilité de devenir riche en gribouillant des bêtises est proche de zéro, et même si c’était le cas… au bout d’un moment c’est libérateur d’arrêter de lier la réussite financière à l’accomplissement personnel. Je n’en vis pas, mais personne n’en vit, ou presque. Arrêtons de blâmer les gens qui téléchargent et partagent des œuvres alors que c’est juste le système entier de rémunération des auteurs (et, au-delà de ça, de répartition des richesses en général) qui est moisi. Dirigeons notre colère vers ceux qui ont les clefs du système, par vers ceux qui sont juste un peu plus ou un peu moins lotis que nous.

Et ça rapporte, Tipeee ?

Doucement oui. J’en suis à une trentaine d’euros par mois. Je pense que je pourrais faire bien plus si je m’investissais vraiment là-dedans (en proposant des contreparties, en faisant régulièrement des appels à participer), mais je n’en ai pas la motivation. J’ai un boulot qui paie bien et je n’ai pas « besoin » de plus : Tipeee, Flattr, tout ça, c’est surtout pour montrer une alternative, pour donner l’occasion à ceux qui le veulent de soutenir un auteur qui publie du Libre. Si un jour je décide que je veux en vivre (mais rien ne dit que je puisse le faire, c’est sûr), ce sera une bonne piste à explorer, parce que c’est bien plus stable et plus efficace que Flattr à mon sens (même si l’initiative est louable également).

Au plan graphique tu as pas mal de cordes à ton ukulélé, on voit d’ailleurs dans cet album quelques aquarelles, mais qu’est-ce qui te fais revenir un peu au format du comic strip et au dessin dynamique après d’autres tentatives comme celle de Superflu ?

Ce blog, comme je l’ai dit, c’est une sorte de Geektionnerd débarrassé de ce qui me gonflait dans le Geektionnerd (la forme trop restrictive). Avant, je devais caler ce que je voulais dire/écrire dans le format Geektionnerd (tiens, Thierry Stoehr a bien raison de dire que tout part du format). Maintenant, j’écris et je dessine comme je pense, c’est le format qui s’adapte à ce que je veux faire.

Et puis, l’avantage du strip, c’est l’immédiateté du truc : avec Superflu (qui a été mis entre parenthèses récemment mais ça ne va pas durer), je dessine aujourd’hui des blagues que j’ai écrites il y a 2 ans… Avec Grise Bouille, je peux avoir une idée à midi, écrire le scénario à 17h, boucler le dessin dans la soirée et publier le lendemain. La plupart du temps, c’est un peu plus étendu (sur quelques jours) mais c’est l’idée.

Dis-donc on t’aime bien mais c’est un peu confus sur le site de Grise Bouille : tu as un tas de rubriques, comment on fait pour tout suivre ? Moi qui suis fan j’ai du mal à ne rater aucune de tes productions, ça serait pas plus simple de mettre tout dans l’ordre chronologique avec des tags de catégories et voilà ?

C’est comme ça que c’est rangé sur la page principale : tous les articles dans l’ordre chronologique (enfin, anti-chronologique pour être exact). Les catégories sont là pour préciser ce que le lecteur va voir et, pourquoi pas, sélectionner. Par exemple, quelqu’un qui aime mon humour mais pas mes opinions politiques peut zapper la catégorie « La fourche ». J’écris aussi des nouvelles dans « La plume » et je fais de la musique dans « Jukebox » : ceux qui s’en foutent peuvent les ignorer.
Tu vois, je ne suis vraiment pas dans le plan de carrière de dessinateur : j’aide carrément mes lecteurs à lire moins de trucs sur mon blog !

Bon, et cet album de Grise Bouille, c’est le premier d’une longue série ou c’est un one shot ?

À priori, on part sur un livre par an, pour résumer l’année précédente (celui-ci se concentre donc sur 2015). Ce ne sont pas à proprement parler des « intégrales » parce qu’il y a des articles non-inclus (ceux sur l’actualité du blog par exemple, sans parler des nouvelles et de la musique bien sûr), mais on n’en est vraiment pas loin. On verra aussi combien de temps dure le blog, s’il y a toujours matière à faire des bouquins et si le comité éditorial de Framabook est toujours d’accord, mais ça me semble plutôt bien parti.

Merci Docteur Gee pour cette consultation !

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Puisque vous avez lu jusqu’ici, vous méritez bien de vous régaler en allant déguster le tome 1 de Grise Bouille !




3 auteurs de romans Framabook en dédicace à Paris !

Vous l’avez peut-être remarqué, mais la collection Framabook est active, et se diversifie de plus en plus… allant même défendre la Culture Libre dans la fiction !

Alors pour fêter cela, on s’est dit qu’on allait mettre nos auteur-e-s de romans Libre à l’honneur lors d’une dédicace… Car quoi de mieux pour faire découvrir le Libre aux Dupuis-Morizeau de notre entourage que de trouver au pied du sapin un roman dédicacé personnellement… Une histoire qu’ils peuvent adapter, reprendre, diffuser autour d’eux, voire dont ils peuvent écrire la suite…?

affiche framadedi- v1

On connaît déjà 2 romancier-e-s Framabook…

 

Apolog_couv#Apolog, de Pouhiou

Il y a bien entendu Pouhiou qui, quand il n’est pas Framaslave ou ne parle pas de sexe libre et open-source, continue de temps en temps d’écrire les aventures des NoéNautes, ses télépathes foutraques, aux bras cassés et pieds nickelés.

Le 3e roman de la série des NoéNautes, #Apolog, est sorti en août dernier, et bonne nouvelle : pas besoin d’avoir lu les deux tomes précédents pour l’apprécier !

En revenant aux origines de la prophétie qui pourrit la vie de ses personnages, Pouhiou se permet de réécrire l’Histoire avec l’irrévérence qu’on lui connaît…

Tout en balisant son roman d’un « code » littéraire nous méta-donnant des infos afin d’encore mieux jouer avec notre esprit.

 

Avant de dormir, CouvertureAvant de dormir, de Lilly Bouriot

Lilly, c’est notre auteure-prodige. Une jeune femme si talentueuse qu’elle a vu son premier roman édité avant même que d’aller passer son bac de Français.

Il faut dire qu’Avant de dormir est une œuvre singulière. Un conte initiatique, une épopée gothique à l’imaginaire dense qui ne dépaysera pas les amateurs de Lovecraft ou de Neil Gaiman.

C’est l’histoire d’Andreï, un adolescent de 13 ans qui emménage dans une ville où un mal mystérieux tue ses voisins par dizaine. Lorsqu’Andreï découvre sous son lit un passage vers une forêt et un monde peuplé de monstres, il décide de partir à la recherche de celle qui pourrait être à l’origine de ces malheurs : la Vouivre.

…et le 3e auteur est une exclu !

vfvv_premcouvVieux flic et vieux voyou, de Frédéric Urbain

Une exclu dans le Libre, vraiment…? OK : parlons plutôt d’avant-première. À l’heure où nous écrivons ces lignes, le polar drôle et prenant de Frédéric Urbain est en cours d’édition, et n’est pas encore officiellement sorti. Vous l’aurez donc avant tout le monde lors de cette séance de dédicaces !

Frédéric est connu du groupe Framabook, puisqu’il en est l’un des correcteurs. Mais il n’a pas bénéficié de passe-droit pour autant : comme les autres, son roman est passé en comité de lecture et la qualité de son intrigue, l’humour des situations comme la langue enlevée de ces personnages nous ont séduits.

Vieux flic et vieux voyou est un polar dans la plus pure tradition de ces romans de gare qui nous font délicieusement frissonner. Deux papys (un flic à la retraite et un pickpocket rangé des affaires) s’embarquent dans une enquête au suspense maîtrisé, qui va leur faire traîner leur expérience, leurs rhumatismes et leur argot de titis dans les rues de Paname… entre meurtre, trafic de drogue, et tracking GPS.

À vous de diffuser la Culture Libre

Tous ces livres sont Libres (CC-0 pour les romans de Frédéric Urbain et Pouhiou, LAL pour celui de Lilly Bouriot). Ce qui signifie que vous pourrez venir dans la librairie avec votre clé USB et repartir avec tous les romans dans votre poche !

Le logiciel libre bénéficie déjà de communautés qui veillent à le faire connaître et adopter par un maximum de monde. La culture libre ne profite pas encore de ces prescripteurs et prescriptrices, et pourtant… Pourtant c’est une porte d’entrée formidable vers le Libre pour toutes les personnes qui angoissent à l’idée de changer leurs habitudes logicielles.

À vous donc de faire passer l’info autour de vous, et d’emmener un maximum de monde à cette rencontre avec des auteur-e-s qui remettent en question le paradigme vieillissant de la propriété intellectuelle classique 😉

Rendez-vous donc le vendredi 11 décembre dès 19h

À la librairie libriste À Livr’Ouvert

171 bvd Voltaire (M° Charonne)

Pour une Framarencontre très conviviale !




#FixCopyright : deux visions d’une journée au Parlement Européen

Nous poursuivons notre série d’articles sur le rapport Reda avec le récit de la journée « Meet the New Authors » par deux créateurs de contenu différents. Cette journée, organisée par l’eurodéputée Julia Reda et son cabinet, avait pour but de montrer la création qui se fait par et pour internet, et de donner voix à ces artistes qui ne veulent pas que l’on emprisonne des pirates et entérine une guerre au partage « en leur nom ».

Étrangement, voici deux créateurs qui ne se connaissent pas, qui ont vécu une expérience différente de cette journée, et qui pourtant en repartent avec la même réserve…

Auteur et éditeur (au sein de la maison d’édition numérique Walrus ebooks qui offre de belles nuits blanches à bien des membres de l’asso), Neil Jomunsi expérimente régulièrement autour de l’écriture numérique et incite fortement les auteurs à publier sous licence Creative Commons. Le bilan qui suit est donc CC-BY-SA Neil Jomunsi et a été originellement publié sur son blog « Page 42. »

Neil et Pouhiou, des auteurs très à l'aise avec les selfies.
Neil et Pouhiou, des auteurs très à l’aise avec les selfies.

Meet the New Authors : petit bilan

Le lundi 20 avril dernier a eu lieu au Parlement européen de Bruxelles un évènement organisé par l’eurodéputée Julia Reda et son équipe. Intitulée « Meet the New Authors », la journée donnait la parole aux artistes, journalistes, philosophes qui mettent le Web au centre de leur processus de création et qui, pour la plupart, voient dans les propositions du rapport Reda une manière d’engager un dialogue nécessaire sur l’évolution du droit d’auteur au regard des défis qui s’offrent à nous — qu’il s’agisse de la baisse de revenu des artistes, du piratage, des nouveaux moyens de financement et de diffusion, des restrictions territoriales ou de l’essor d’une culture indépendante et diversifiée. J’avais la chance d’être invité à m’exprimer aux côtés de l’écrivain Cory Doctorow, de la réalisatrice Lexi Alexander, du youtubeur et écrivain Pouhiou, du cyberphilosophe Alexander Bard, de Brit Stakston et de Martin Shibbye du projet journalistique Blank Spot, du photographe Jonathan Worth et du réalisateur Nicolas Alcala — autant de créateurs et d’innovateurs aux parcours très instructifs. Autant dire que la journée a été pour moi très inspirante.

À notre arrivée, un déjeuner avait été préparé dans un salon du Parlement. Autour de la table, Julia Reda, son équipe et les invités, mais aussi quelques eurodéputés — certains acquis aux idées du rapport, d’autres plus sceptiques — invités à partager un moment de discussion informelle. Cory Doctorow engage une conversation animée avec la députée assise à côté de moi. Il parle vite, et même si je considère avoir un niveau d’anglais assez correct, certaines phrases m’échappent. Je participe à l’échange, qui devient vite une tentative de convaincre la députée du bien-fondé de certaines idées. Elle est ouverte à la discussion, écoute nos arguments, semble en prendre note. À ma droite, Brit Stakston et Martin Shibbye m’expliquent comment ils ont sorti un journal de ses ennuis financiers grâce au crowdfunding. Un peu plus tard, dans le panel dans lequel elle s’exprime, Brit Stakston expliquera, entre autres choses passionnantes, qu’il faut toujours si possible faire coïncider la fin d’un crowdfunding avec une fin de mois — le moment où les internautes reçoivent leur salaire, et où ils sont donc plus enclins à la générosité. Pas bête. Un peu plus loin, Pouhiou est en grande discussion avec l’excentrique cyberphilosophe, qui lors du tour de présentation a affirmé être plus riche que nous ne pourrions jamais en rêver. Je ne comprends pas le thème de leur discussion, mais je crois entendre que ça parle de sexe et que c’est très animé. D’une manière générale, quand il s’empare d’un sujet, ça s’énerve assez vite. Le cinquantenaire — crâne rasé, barbe de hipster et short d’écolier — aime catalyser l’attention.

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Avant le dessert, nous partons avec Cory Doctorow et Lexi Alexander pour une conférence de presse. La salle n’est pas bondée, mais les journalistes attentifs. Face à mon hésitation entre utiliser Julien Simon et mon nom d’auteur, Lexi Alexander me suggère de toujours me présenter en tant que Neil Jomunsi — question d’image et de marketing. Je sais qu’elle a raison, mais autant je n’ai aucun mal à utiliser mon nom de plume par écrit, j’ai encore un peu de mal à l’employer à l’oral. Va pour Neil, donc. Après une introduction de Julia Reda, nous expliquons en deux mots la raison de notre présence et notre vision du problème face aux journalistes. Cory Doctorow et Lexi Alexander sont beaucoup plus rompus que moi à l’exercice — d’ailleurs, je ne savais même pas qu’on m’inviterait à la conférence de presse et je n’avais rien préparé. Heureusement, il y a des traducteurs : je peux m’exprimer en français. J’improvise. Première vraie conférence de presse pour moi, ça se passe mieux que je le pensais, mais c’est impressionnant. La session est chronométrée, nous devons partir à 14h pour les panels.

Le grand amphithéâtre est plutôt bien rempli quand nous arrivons. Je m’installe sur la scène à côté de Pouhiou, déjà assis, de la modératrice Jennifer Baker, du cyber-philosophe Alexander Bard et de la réalisatrice Lexi Alexander. Nous expliquons pourquoi nous sommes favorables à telle réforme ou à tel point du rapport, expliquons les problèmes que nous rencontrons et les solutions que nous aimerions voir mises en place. Le ton monte vite, s’accélère, s’envenime même un peu. Je ne suis pas très à l’aise quand il s’agit de hausser la voix, je préfère des discussions posées, pas facile de trouver le rythme. La salle, remplie en partie de membres du Parti Pirate, est acquise à la cause et applaudit sitôt qu’une pique est adressée à l’industrie culturelle. Quand le président d’une société d’auteurs prend la parole lors des questions du public, les pannelistes le rembarrent. D’une manière générale, j’ai l’impression que le débat autour du droit d’auteur manque de nuances : soit on est pour une réforme, soit on est contre. Quand on est pour, c’est qu’on veut « supprimer le droit d’auteur » selon ceux qui s’opposent à toute réforme. Quand on ne veut rien changer, c’est qu’on est un « vieux con passéiste qui n’a rien compris à internet » selon les partisans de la réforme. Il n’y a pas d’entre-deux et je trouve ça assez dommage, ça me fait penser à ces discussions sur l’allaitement où chacun campe sur ses positions. À la fin du panel, j’ai l’impression que tout le monde a dit ce qu’il avait à dire, mais que le débat n’a pas vraiment avancé. C’est une des choses que je retiendrai de cette journée : il faut de la nuance, tout le temps et le plus possible. Discuter avec tout le monde. Nous avons à apprendre des deux côtés. D’ailleurs, à la fin de la session, je vais discuter avec le représentant de la société d’auteurs. Le dialogue est franc, plutôt cordial une fois qu’il constate que je n’ai rien d’un ayatollah. On s’accorde à dire qu’il faudrait davantage de discussions posées entre les différents « camps », peut-être loin du public et des caméras qui ne font qu’exacerber les tensions.

J’écoute le second panel, celui auquel participe Cory Doctorow, avec grande attention. Le ton est plus posé, moins revendicatif, moins énervé aussi, du coup je le trouve beaucoup plus intéressant. Cory Doctorow a l’habitude de participer à de tels évènements : on sent qu’il a de l’expérience. Chaque phrase qu’il prononce donne l’impression d’être tirée d’un puits de bon sens, une punchline toutes les minutes, la salle écoute, oreilles grandes ouvertes. Ce type est passionnant. Quand je lui demande plus tard quel est son secret, il m’explique qu’il suffit de participer à ce genre de conférence des dizaines de fois par an et que l’habitude fait le reste. C’est un auteur très accessible, un « pro », qui fait le boulot et reste d’égale humeur tout du long. Les anglo-saxons savent faire ressentir une certaine proximité là où beaucoup d’auteurs européens que j’ai rencontrés n’y arrivent pas. C’est un truc que j’aimerais bien apprendre — surmonter ma timidité surtout, qui peut vu de l’extérieur ressembler à une certaine froideur. Doctorow a sorti un livre l’année dernière « Information doesn’t want to be free », que j’avais dévoré en numérique à sa sortie. Il nous en explique quelques axes forts. Les crowfunders suédois poursuivent la discussion, suivis du photographe Jonathan Worth qui publie une partie de ses images sous licence Creative Commons et de Nicolas Alcala, auteur du projet transmedia et sous Commons « Le Cosmonaute ». Ce dernier semble assez désabusé, presque déçu, de son expérience. Mais il nous expliquera au dîner que même si cela avait été dur, il a encore beaucoup de projets à venir.

Nous terminons la journée par une présentation plus complète du livre de Cory Doctorow par l’auteur lui-même, qui se termine en séance de dédicace. L’équipe — qui a fait du super boulot tout au long de la journée — a prévu des dizaines d’exemplaires gratuits à distribuer, que l’écrivain dédicace à tours de bras au terme des questions-réponses. On prend quelques photos, puis nous terminons la soirée dans un bar-restaurant près du Parlement. Nous sommes une bonne cinquantaine et l’atmosphère bruyante n’est pas forcément propice à la réflexion : pas grave, nous en profitons pour causer et rire autour d’une bière — il faut dire que la pression retombe. Des mails sont échangés, des pseudos Twitter aussi, et tout le monde se quitte sur les coups de 23h-minuit. Bruxelles bruisse de politique en permanence, mais elle semble plutôt calme une fois la nuit tombée.

J’ai trouvé cette journée vraiment enrichissante, et elle m’a beaucoup inspiré pour les semaines et les mois à venir. Je remercie Julia Reda et son équipe de m’y avoir convié, et j’aurai l’occasion d’expliquer plus en détails les conséquences directes des réflexions dans lesquelles elle m’a plongé. En attendant, je ne peux que vous conseiller de lire (ou de relire, ce que je suis en train de faire) le livre de Cory Doctorow. Cet ouvrage est un phare dans la brume des questions nébuleuses qui se posent à nous autour d’une éventuelle réforme positive du droit d’auteur et j’invite chacun à en prendre  connaissance.

Neil Jomunsi

NotaBene : le bilan en vidéo

Benjamin Brillaud est le créateur de NotaBene, une chaîne YouTube sur la thématique de l’Histoire. Il est aussi à l’origine du collectif des Vidéastes d’Alexandrie (des vidéos à thématique culturelle sur YouTube). Il a surtout été très enthousiaste dès que l’idée a circulé sur les réseaux de faire une vidéo soutenant le rapport REDA, et c’est lui qui s’est chargé de monter/réaliser cette vidéo « Nos Créations sont Hors la Loi » (en travaillant au passage à rassembler les troupes et les énergies).

Tous les vidéastes ont été invités à assister à cette journée Meet The New Authors. Finalement, seuls Fujixguru (le papa de l’internet), lui et moi avons pu nous y rendre. Il tire de cette journée un reportage vidéo (attention c’est sur YouTube et non-libre ^^) très intéressant ainsi qu’une conclusion en demi-teinte…


Vidéo « Nota Bene - bilan de la journée au parlement européen » sur Youtube

 




#FixCopyright : de bonnes raisons de soutenir le rapport REDA.

Nous entamons ici une série d’articles autour du rapport REDA, une initiative visant à dépoussiérer et harmoniser les lois du droit d’auteur/copyright sur le territoire européen. Il s’agit d’un sujet important et d’une opportunité unique de trouver un compromis qui pourrait favoriser les auteurs, les échanges culturels sur les Internets sans écorcher l’industrie de production et diffusion culturelle.

L’idée de cette série d’articles est de donner la parole à des créateurs de contenus, au nom desquels sociétés de gestion collective de droits et industriels de la culture voudraient lancer une « guerre au partage ».

Ce premier article est signé Greg, dont le blog l’Antre du Greg est à suivre avec attention. Greg est un auteur aux créations Libres. Il a su résumer les points fondamentaux et les enjeux de cette proposition législative qui pourrait (en douceur et avec des compromis) changer la donne dans la relation auteur-audience, d’internaute à internaute.

Le contenu qui suit est donc CC-BY-SA Greg, et a été originellement publié sur l’Antre du Greg.

Pourquoi je soutiens le rapport REDA (et pourquoi vous aussi, vous devriez)

meet the new authors
CC-BY-SA le parti pirate Thèque (source : flickr)

En ce moment, au parlement européen, on prépare la réforme du droit d’auteurs, initiée par le rapport Reda (du nom de la députée Julia Reda, non pour Réforme Européenne pour le Droit d’Auteur (ne riez pas, on m’a pourtant fait cette remarque)). Ce rapport, quoiqu’en disent les grands acteurs de l’industrie culturelle, donne plus de droits aux créateurs, se basant sur les nouvelles technologies, mais aussi aux internautes. Je vous invite à lire une explication du rapport de Julia, si vous ne le connaissez pas, et si vous voulez le texte en détail, c’est par ici. Je voulais vous partager mon ressenti sur les débats qui ont lieu en ce moment, mais aussi vous expliquer pourquoi, selon moi, il est important de le soutenir. La liste n’est cependant pas exhaustive, sinon, je pense que mon plaidoyer atteindrait la taille d’un mini-livre. Voici donc déjà des points essentiels, mais n’hésitez pas à approfondir le sujet.

Les créateurs sont hors-la-loi…

Les créateurs de vidéos, principalement sur Youtube, sont considérés à l’heure actuelle comme des hors-la-loi en Europe. En effet, il existe aux USA le principe du Fair Use qui permet de mettre un petit extrait d’une œuvre pour illustrer son propos. En Europe ce n’est pas le cas. Mettre un passage d’une chanson, une citation d’un film est une violation du copyright. Oui, votre youtuber préféré, qui a remixé une œuvre, a fait un mash-up, est un criminel aux yeux des ayants droit. Mais plutôt que de vous faire une longue diatribe contre l’état actuel de la législation, je vous invite à regarder cette petite vidéo, pleine de gens bien qui vous expliqueront tout ça bien mieux que moi.

 


Vidéo « Nos créations sont hors la loi » sur Youtube

 

…Mais l’internaute aussi.

La copie a toujours existé. Les moines copistes en sont la preuve. Nous avons tous, dans le passé, pris un peu de temps avec une photocopieuse. Nous avons enregistré des disques sur cassettes audio que nous repassions à nos copains. Pareil pour les films avec les cassettes vidéo. Jamais nous n’aurions pensé que nous serions considérés comme des criminels, que l’on passerait en jugement et que nous risquerions prison ou amende. C’est pourtant ce qui est en train de se passer : la criminalisation du partage. Si vous avez le malheur de mettre la moindre œuvre artistique sur un réseau de peer-to-peer vous êtes considéré comme le pire des criminels.  Le rapport REDA propose de renforcer les droits des utilisateurs, avec entre autre, la facilitation du prêt numérique pour les bibliothèques.

Ce n’est pas le piratage qui tue un artiste ou une œuvre, mais bien l’absence d’offre concrète et suffisante. On a souvent l’impression que les grandes maisons d’édition passent plus de temps à lutter contre le piratage qu’à créer une véritable offre : les titres numériques sont très peu nombreux par rapport à leur équivalent papier, et tout un temps, les livres numériques n’étaient que de vulgaires scans. Les grandes maisons d’éditions s’érigent en spécialistes du numérique sans même en connaître tous les tenants et aboutissants : rien que dernièrement, un auteur préconise l’abandon du format epub parce que c’est devenu le standard du piratage : c’est une aberration totale. Un fichier reste un fichier, si un format disparaît, un autre prendra rapidement sa place.

Pour clore ce paragraphe, je terminerai en soulignant une idée défendue aussi par Thierry Crouzet mais aussi Ploum, et beaucoup d’auteurs libres : publier c’est rendre public, mettre à la disposition de tout un chacun et  laisser son œuvre vivre sa vie, se propager. Beaucoup d’auteurs se plaignent que le piratage tue leurs œuvres. J’ai vu dernièrement un auteur se plaindre que son livre ne s’était vendu qu’à deux cents exemplaires mais qu’il avait été téléchargé plus de sept cents fois. Je ne comprends pas la plainte : s’il a été téléchargé, c’est que des personnes se sont intéressées à son travail et l’ont propagé. Elles ont aidé à la faire connaître. Je ne trouve pas plus gratifiant de recevoir de l’argent que d’être lu par un plus grand nombre, c’est même le contraire (même s’il est vrai que comme beaucoup d’auteurs, j’aimerais vivre de ma plume, je serai nettement plus honoré de voir mon œuvre se propager sur les sites internet, cela prouve que du monde s’intéresse à ce que je fais et veut le faire découvrir à d’autres). Et si vous ne voulez pas voir votre œuvre se propager sur internet, n’écrivez et ne publiez pas.

L’aberration des hyperliens

Un hyperlien est un lien que vous faites pour illustrer votre propos vers un autre article. C’est le fondement de l’internet, faire des liens vers d’autres ressources qui approfondissent le sujet. Sans ces derniers, le net serait nettement moins vivant. Vous ne copiez pas l’information, vous dirigez vos lecteurs vers l’information, vers « le propriétaire » de son contenu (je n’aime pas cette façon de voir les choses, une idée, pour moi, n’appartient à personne, mais j’y reviendrai dans un billet ultérieur). Vous ne violez donc pas le droit d’auteur de cette personne. Julia Reda demande donc que l’hyperlien ne soit pas soumis à des droits exclusifs. Petit exemple, qui pourrait se généraliser. J’écris un article sur un sujet X et pour montrer ce que j’explique, je fais un lien vers un site d’une société de l’audio-visuel belge. Je suis bien dans l’illégalité, si on regarde les conditions d’utilisation de ce site :

RTL

Je n’ai pourtant pas copié le contenu de l’article. Je n’ai fait qu’un simple lien. En réalité, cette société devrait être reconnaissante envers quelqu’un qui fait un lien vers elle. Elle gagne en visibilité, gagne des visiteurs qui sont intéressés par le sujet. Mais non. Selon eux, une telle pratique reste une violation du droit d’auteur.

« Vendre » de la culture, c’est comme vendre des poires

Dès la présentation du rapport, une levée de bouclier a eu lieu de la part d’eurodéputés. Le député le plus virulent, Jean-Marie Cavada, s’est farouchement opposé au rapport de Julia Reda. Neil Jomunsi, auteur et propriétaire de la maison d’édition Walrus, a voulu lui expliquer ce que le rapport apportait, et en quoi il est important pour les auteurs. Mais la réaction de Cavada fut totalement consternante : premièrement, on a clairement eu l’impression qu’il n’avait pas lu la moindre ligne de la lettre, répondant des phrases préformatées, comme si elle avait été dictée par des lobbyistes. Il souligne que des jeunes « Robin des bois des temps modernes » veulent abolir le copyright, alors que ce n’est pas du tout le cas : il s’agit d’un renforcement DES droits des auteurs et des utilisateurs. On remarque bien dans sa réponse que sa préoccupation n’est pas l’auteur mais bien l’industrie. Il en vient même à comparer un bien culturel à un produit que l’on vend sur les marchés. Même si un bien culturel nourrit l’esprit, je ne suis pas sûr que le comparer à une poire ou une carotte soit très gratifiant.

Vous n’êtes considéré comme auteur que si vous êtes publié par une grande maison

J’aime écrire. J’écris des petites histoires, que je mets ici, sur mon blog, ou sur d’autres réseaux. Je mets des mini-livres numériques à disposition de tout un chacun. Pour des tas de raisons, je n’ai pas cherché à prendre un éditeur. Pour un député européen, Monsieur Cavada (oui, toujours le même), je ne suis donc rien. Je n’ai droit à aucune considération. J’aimerais cependant paraphraser Arnaud Lavalade et Manuel Darcemont, les fondateurs de Scribay :

«Un auteur le devient dès la première ligne.

N’importe qui est auteur dès qu’il se met à écrire. Personne n’a le droit de dire qui est auteur et qui ne l’est pas. C’est l’acte de création qui détermine un auteur, pas sa validation par une quelconque autorité.»

Je constate ici un mépris de chaque internaute qui se lance dans une activité créative et fait partager son art. Mais on remarque une fois de plus la volonté de protéger une industrie qui a du mal à s’adapter aux évolutions technologiques plutôt que de protéger tout acte de création, sans laquelle cette industrie ne pourrait de toute façon pas survivre.

Ce que vous avez financé, ne vous appartient pas et vous pouvez vous asseoir dessus.

Il y a des tas de créations qui n’ont pu avoir lieu qu’avec l’aide de financement public. Prenons un petit exemple : les universités, dans le cadre de leurs travaux, reçoivent de l’argent public (donc oui, votre argent, puisque vous payez des impôts). Les résultats de ces travaux, les thèses, les découvertes, devraient donc être dans le domaine public, puisque tout un chacun les a financés. Mais non, ils restent la propriété de la personne ou l’institut. On pourrait même aller plus loin, mais ici c’est une interprétation purement personnelle, avec la presse. Elle est grandement financée par l’argent public, et elle s’écroulerait si elle ne recevait plus aucun subside. Là c’est même pire, vous devez payer une seconde fois pour accéder à l’information (en plus de donner du temps de cerveau disponible pour les nombreuses publicités qui inondent les pages ou sites internet).

Le lobbying porte ses fruits, dénaturant tout le rapport.

À peine publié, directement dénaturé. Des tas d’amendements furent directement modifiés par nombre de députés, vidant pratiquement tout le rapport de sa substance. Je vous les ai cités plus haut, les hyperliens, où les députés demandent de créer «un droit d’auteur » pour ces derniers. Alors que le rapport demande l’abandon des DRMs, des députés modifient le paragraphe pour les mettre en avant ; alors que le rapport demande une harmonisation des règles pour toute l’Union Européenne, facilitant donc la vie de tous les acteurs hors industrie, on le supprime. Dans le cas où le rapport est voté avec ces modifications, on obtiendrait le statu quo, voire pire plus de droits pour l’industrie et non pour les petits auteurs et les utilisateurs. Je vous invite à lire ce billet : Reda report: the 10 worst and the 5 best amendments (en anglais).

#CopyrightForFreedom, ou se battre pour l’industrie du livre et non l’auteur

Le lobbying de l’industrie continue de se mobiliser. Lors de la Foire du Livre de Paris, la Fédération des Éditeurs Européens lance la campagne « Copyright For Freedom », avec la création d’une pétition en ligne demandant justement de renforcer le copyright. Mais renforcer le droit d’auteur, le prolonger à 70 ans voire plus, n’est-ce pas à l’opposé de la liberté ? Dans le cas de cette prolongation du droit d’auteur et des droits voisins après la mort d’un auteur, ce n’est pas l’auteur qui est protégé, mais bien l’industrie. Oui, cette campagne ne sert qu’à protéger cette industrie. Je suis un auteur, et je le clame haut et fort : pas en mon nom. Et je vous le demande à tous, ne signez pas cette pétition.

Mais pour moi, le rapport aurait pu encore aller plus loin.

Je vais terminer par ce qui m’a le plus déçu dans le rapport Reda, bien que certaines nuances aient pu m’échapper. J’aurais aimé voir une reconnaissance et une harmonisation des systèmes de financement alternatifs tels que Flattr, Tipeee et autre. Rien que pour la Belgique (je pense que c’est pareil pour la France avec Flattr), il y a un flou juridique total à ce sujet, personne ne sait ce qu’il convient de faire pour travailler avec ce type de donation, si on doit les considérer comme des dons ou des revenus (et ce n’est pas faute de poser la question à droite et à gauche). Mais peut-être que cette question dépasse le cadre du rapport Reda.

Continuer à creuser…

Voici pour moi les points essentiels, ce que j’ai retenu sur ce rapport. Je vous invite cependant à prendre connaissance des avis d’autres créateurs. Ce lundi 20 avril s’est tenue la conférence Meet The New Authors, au parlement européen. Voici la vidéo des débats organisés par Julia Reda, vous aurez donc des avis différents, complémentaires aux miens, et des problèmes plus spécifiques aux autres secteurs de l’édition.

Merci de m’avoir lu. Bien sûr, ce texte est sous licence Creative Commons BY-SA. Partagez-le, modifiez-le. Propagez les informations. Pour que les auteurs, mais vous aussi, internautes, ayez plus de droits. Pour que nous ne soyons plus hors-la-loi.

Greg.




La Marmotte veut le chocolat, et l’argent du chocolat

Aryeom et Jehan se sont lancés dans un projet de film d’animation sous licence libre.
Pas un truc d’amateurs ! Tous deux munis d’un solide bagage (elle : dessinatrice et réalisatrice ; lui : acteur et développeur), ils veulent en mettre plein la vue et courir les festivals avec une belle œuvre.
Ils souhaitent aussi séduire assez de donateurs pour produire leur film en financement participatif.
Comme les premières images sont impressionnantes, nous avons voulu en savoir plus. C’est surtout Jehan qui parle parce qu’il est le plus bavard des deux, et puis Aryeom peine encore à parler français, alors nous l’avons interrogée en anglais.

 

Vous vous présentez sur le site du studio Girin, mais pouvez-vous nous parler de votre rencontre ?
Jehan, qu’est-ce qui t’a pris de traverser le monde à moto ?

Jehan : Je me suis cassé la clavicule dans une chute à moto. Pendant quelques mois, j’ai pris le métro matin et soir, dans la foule, les bruits et odeurs des transports en commun parisiens, tout ça pour se planter devant un bureau toute la journée. Cela m’a fait me demander « mais qu’est-ce que je fais là ? ». C’est là que j’ai décidé de partir. Quelques mois plus tard, je pose donc ma démission de mon boulot d’ingé, vends ma belle moto neuve et achète à la place une moto de 1991 (que j’utilise encore quotidiennement à ce jour !), rends mon appartement, me débarrasse de ce qui n’est pas utile et prends la route.

Je n’ai jamais eu de plan exact. En fait je ne savais pas pour sûr où j’allais ni par quel chemin avant d’y être. J’ai pris les visas au fur et à mesure. C’est aussi pour cela que je préfère parler de « vagabondage » plutôt que de « voyage ». Le premier terme a une connotation assez péjorative en français, mais je le trouve au contraire très sympathique et j’ai envie qu’il s’applique à moi, surtout après avoir lu Knulp de Hermann Hesse.

Au contraire « voyageur » a cette connotation méliorative. On va entendre des absurdités du genre « les voyageurs sont des gens ouverts », etc. Je peux vous dire que j’ai croisé des très grands voyageurs qui étaient de beaux salauds, tout comme j’ai connu des gens super sympas et ouverts qui n’avaient jamais quitté leur bled. En d’autres termes, ça n’a absolument rien à voir. On peut être un voyageur ouvert ou non, comme pour tout. Par contre le voyage, dans notre société, c’est beaucoup associé à du tourisme pur et dur où des gens vont aller une semaine dans un endroit, voir quelques lieux touristiques, faire quelques remarques bateau, puis revenir chez eux en étant persuadés d’avoir tout compris sur un pays et tous ses habitants. Bien que cette vision du voyage soit bien vue dans nos sociétés, je préfère me poser un peu en rupture avec cette façon d’aller sur les routes. Il n’est pas nécessaire de comprendre ou savoir quoi que ce soit quand on va quelque part ou quand on rencontre quelqu’un. On peut se contenter d’y être. Vouloir tout intellectualiser, c’est peut-être ça d’ailleurs le contraire de l’ouverture.

Je suis donc un vagabond, et je ne réfléchis pas ni ne sais d’où je viens, ni où je vais, tout comme Marmotte. 🙂

Après avoir traversé l’Asie centrale (à travers Kazakhstan, Russie, Mongolie…), je suis resté un an au Japon, puis suis allé en Corée.

C’est là que j’ai rencontré Aryeom.

Aryeom, why did you decide to come in France, while things seemed to work well for you in Asia? (Aryeom, pourquoi as-tu décidé de venir en France, alors que ça semblait marcher pour toi en Asie ?)

Aryeom : France is known as an art country. So I wanted to live in France someday, and the chance came earlier than I thought. Jehan has an association for libre art and suggested a residency artist program with his association. And the principles of the association are so nice for the world. I thought it was a very good chance for me. So I caught it.

(Le rayonnement de la France sur les arts est reconnu. Je m’étais dit que ce serait bien de venir vivre en France un de ces jours ; l’occasion s’est présentée plus tôt que prévu. Jehan fait partie d’une association d’art libre et il m’a proposé un programme d’artiste en résidence. Les principes de son association sont tellement sympathiques que j’ai pensé que sa proposition était une vraie chance pour moi, et j’ai accepté.)

Le personnage principal de votre film d’animation est une marmotte voyageuse, qui décide de partir découvrir le monde au lieu de roupiller devant son terrier. On a bien compris que c’était votre animal totem. Elle illustre votre façon de voir la vie ?

Jehan : Oui et non. Oui j’adore cet animal et c’est un peu mon totem, si on veut. Non je n’y ai pas mis tellement de réflexion (encore une fois !) ou de « théorie bullshit » sur la vie. Au final c’est surtout un animal que je trouve cool et marrant. Ça ne va pas chercher beaucoup plus loin. 🙂

J’ai toujours beaucoup aimé les marmottes et suis allé régulièrement dans les Alpes, donc j’en ai croisé pas mal. J’ai un jour acheté une peluche marmotte (lors d’un séjour au ski, si ma mémoire est bonne), et elle m’a tout bêtement suivi dans tous mes vagabondages depuis. Donc vous pouvez le voir, ça ne vole pas dans de grandes sphères philosophiques ou symboliques !

Je ne l’exhibe pas forcément beaucoup, donc les gens ne le savent pas forcément, mais si vous me rencontrez, il y a de grandes chances qu’elle épie depuis mon sac. 😉

C’était mon copilote, on lui a fait un petit casque en simili-cuir avant mon départ, et il avait sa place sur le guidon de la moto. Cette peluche a visité plusieurs dizaines de pays !

C’est donc l’idée de base du film : et si la marmotte décidait de partir en voyage seule ?

Vous voulez gérer tout le projet uniquement avec des logiciels libres. Ça ne rend pas les choses moins faciles ?

Jehan : Bien sûr. Il existe de très bons logiciels proprios et il n’y a pas eu ou très peu de projets sérieux qui ont utilisé des logiciels Libres. Donc tout ce qui existe pour l’animation n’est qu’à l’état de prototype en gros. Notre projet sera donc clairement un des pionniers.

Mais j’utilise essentiellement les systèmes GNU/Linux depuis une dizaine d’années au moins et avec Aryeom, on a pensé que c’était l’occasion de faire un film d’animation et de créer les logiciels adéquats (ou les sortir de l’état de prototype). Il faut un vrai projet pour rendre les logiciels fonctionnels. La théorie a toujours des limites qui se cognent à la réalité dans de vrais projets.

Je me considère comme un relativement capable développeur. Non pas un expert, mais par contre un touche-à-tout et surtout méticuleux (le mainteneur de GIMP me traite de « pedantic hacker » pour signifier qu’il me fait confiance pour trouver des bugs et problèmes que d’autres ne voient pas !). Donc je pense être capable d’améliorer les choses si on m’en donne les moyens. Sans compter que la base est déjà plutôt bonne. On ne part pas non plus de rien et l’état et la stabilité des logiciels Libres pour le dessin et partiellement l’animation sont très bons de nos jours, bien qu’il y ait encore pas mal de manques.

Aryeom, do you never dream to work with a good old Adobe suite? 🙂
Is it very much complicated to draw with free softwares? Or is it cool because you know a Gimp developer and you can ask directly to Jehan the fonctionnalities/features you want?

(Aryeom, tu ne rêves jamais de bosser avec une bonne vieille suite Adobe ? Est-ce que c’est beaucoup plus compliqué de dessiner avec des logiciels libres ? Ou alors c’est sympa parce que tu connais l’un des développeurs de Gimp et que tu peux demander à Jehan les options dont tu as envie ?)

The first year when I started to use GIMP, there were times I wanted to throw my tablet pen through the window. But now I got used to it.
This is just a different software and I just have had to learn the basics, as for any software.

There are still things I miss. In particular there are no programs which I can use like After effects. This is very tough for me.

And all software in Adobe suite are well connected. We don’t have this in Free Software. Working with GIMP and Blender can be a pain sometimes because of this. I hope that with more users, these connections will be implemented.

(La première année, quand j’ai commencé à travailler avec Gimp, j’ai eu des envies de balancer ma tablette graphique par la fenêtre. Mais maintenant je me suis habituée. C’est simplement un logiciel différent, il a fallu que j’apprenne les fondamentaux, comme avec n’importe quel logiciel, voilà tout.

Il me manque quand même encore des trucs. Particulièrement After Effects, qui n’a pas d’équivalent. Ça, c’est dur.

Et puis tous les logiciels de la suite Adobe sont bien liés entre eux. Nous n’avons pas ça dans le Libre. Du coup, travailler avec Gimp et Blender peut devenir compliqué. J’espère que ces liens seront mis en place quand nous serons plus nombreux à les utiliser.)

L’autre particularité du projet, c’est que vous ne voulez surtout pas faire du boulot d’amateur. Vous souhaitez un résultat de qualité professionnelle et que tout les artistes soient payés. Dans votre demande de contribution, vous dites « ce n’est pas un appel à venir bosser gratos » !
Vous pensez vraiment y arriver ?
Dans le circuit « traditionnel », c’est déjà compliqué de sortir des projets !

Jehan : Nous espérons en tous cas ! Il est vraiment important pour moi de ne pas rester dans l’amateurisme. Attention ce n’est pas parce que je considère l’amateurisme comme inférieur. Bien au contraire, j’en suis un fervent défenseur et il ne faudrait surtout pas déconsidérer le travail amateur. J’ai connu des amateurs qui pourraient aisément être pros et des pros qui font vraiment un boulot de merde. On voit cela pour tout métier.

Néanmoins pour ce projet en particulier, déjà je veux prouver qu’on peut faire un vrai boulot, pour l’image du Libre, mais aussi parce que ce projet nous tient à cœur.

Ce n’est pas non plus juste une « démo technique » comme on peut le voir par ailleurs dans d’autres projets du Libre portés par des gens intéressés seulement par le software. Non c’est un vrai projet de film aussi.

En outre on veut pouvoir y bosser à temps plein. Or pour faire cela, on doit pouvoir se payer, et si on se paye, c’est aussi normal de payer les autres (je ne trouverais pas sain de se payer tout en demandant à des volontaires de bosser gratos).

Quel est le secret de ce bel optimisme ? (How can you be so optimistic?)

Jehan : si vous êtes pessimiste, vous ne pouvez rien faire. Toute personne a tout intérêt à être optimiste en toute chose pour pouvoir « faire des choses ». C’est pour moi un principe de base.

À propos de la musique, j’ai lu que vous deviez refuser les propositions des membres de la SACEM, parce qu’ils ne sont plus libres de diffuser leurs œuvres comme ils le souhaitent. Ubuesque, non ?

Jehan : Oui. Les membres transfèrent la gestion de leurs droits d’auteur à la SACEM. En gros vous n’avez plus de « droit » sur vos droits, ce qui est plutôt ironique. Un adhérent SACEM ne peut plus négocier ou signer de contrat sur ses droits d’auteur, et n’a donc pas le droit de mettre ses œuvres sous une licence de son choix (sauf accord spécifique). De même qu’un adhérent n’a même pas le droit de déposer ses morceaux sur son site perso (ou aucun site de manière générale). À vrai dire, de nombreux membres SACEM sont en violation pure et simple de leur contrat en essayant de faire la pub pour leur morceau (en le faisant écouter, en le mettant sur leur site, etc.). Si même vous faites écouter vos propres morceaux à un public, vous devez payer (pour ensuite toucher théoriquement des droits sur l’écoute, sauf que comme la SACEM prend sa part au passage, il ne reste plus grand chose). Ubuesque, oui. Ridicule même.

Maintenant qu’on sait tout ça, comment est-ce qu’on peut vous aider ? Vous prenez tout le monde ? Moi, je recadre déjà mes photos de famille avec The Gimp. Encore un ou deux tutos à lire et je viens !

Jehan : Effectivement pour ce projet en particulier, la question peut se poser puisqu’on veut faire un film de qualité. De même que la Blender Foundation fait une sélection draconienne pour les participants à ses Open Movies. Ce serait pareil pour nous. Ensuite comme je disais, je n’aurais aucun blème à engager un amateur très qualifié (de même que je n’aurais aucun remord à refuser l’aide d’un professionnel au travail bâclé).

Par contre notre assoce en elle-même prévoit des ateliers pour expliquer les logiciels Libres créatifs à monsieur Tout-le-Monde (ou à des pros habitués à des logiciels propriétaires), et aider les gens à les utiliser. Par exemple à l’Ubuntu Party ainsi qu’aux RMLL, nous aurons (normalement) un atelier de ce genre pour fabriquer tous ensemble « l’album d’autocollants des libristes » dans un contexte « d’impression pro chez un imprimeur ». Tu as peut-être entendu parler de ce projet initié par LDN.  D’ailleurs si Framasoft a des autocollants, faut les envoyer ! Clairement vous devez faire partie de l’album. 🙂

La flatterie ne te mènera nulle part.

On s’est dit que c’était vraiment un projet sympa, car pas trop complexe (le « contenu » existe déjà, c’est globalement les autocollants existants des assoces françaises), qui permettrait d’expliquer les bases de la mise en page (pour impression physique, pas web), mais aussi des questions sur les couleurs (CMYK/RGB, que sont les profils de couleur ? Sur ce sujet, on aimerait un peu décortiquer le mythe du vrai d’ailleurs car on rencontre foultitude de « graphistes pros » qui n’y pigent rien et répètent les conneries qu’on se répète probablement de graphiste senior à graphiste junior parce qu’ils ne comprennent rien à la technologie sous-jacente).

On pense qu’on devrait pouvoir créer cet album entièrement collaborativement en plusieurs ateliers. Comprendre : nous on fera absolument que dalle !

On ne sera là que pour montrer aux gens comment faire, guider, et répondre aux questions ! Alors, dans un an peut-être, la communauté pourrait lancer une impression de son album créé intégralement collectivement. Moi je trouve ça cool.

Pour ce genre d’atelier, tu pourras venir avec ton background impressionnant de retouche de photos de famille ! Pour le film, c’est moins sûr. 😉

Bon, OK, c’est peut-être mieux si je donne un peu de sous. Où ça ?

ici : https://www.indiegogo.com/projects/zemarmot-libre-movie-made-with-free-software. Il y a une bande-annonce.

Et le film, on le verra quand ? Ça doit prendre du temps à fabriquer, non ? Vous allez donner des nouvelles tout au long de la production ? Montrer des petits morceaux ? Faudrait pas non plus nous gâcher le plaisir de la découverte…

On en saura plus à la fin du financement, notamment quelle sera la durée du film, et donc la durée de la production (ou tout simplement en fonction du support reçu : pourrons-nous faire le film ?). Si on arrive à bien le financer et qu’on peut en faire un projet à temps plein, alors ce serait idéal.

En tous les cas, oui on prévoit de donner des nouvelles régulières. On montrera des images, mais je ne pense pas que l’on montrerait trop de « morceaux » du film publiquement par contre, non parce qu’on veut cacher le film, mais simplement pour le côté « spoiler ». Si on a montré l’ensemble du film par petits morceaux décousus tout au long de la production, non seulement c’est moins impressionnant (car « non fini », donc ça peut avoir un aspect décevant), mais en plus à la fin les gens auront déjà presque tout vu par bouts incohérents et pourraient être déçus de ne pas voir de nouveauté dans le film final. Donc ça gâcherait le visionnage.

Je pense qu’une meilleure stratégie est de ne pas bloquer l’accès aux fichiers (quelqu’un de passionné pourrait alors accéder aux fichiers), sans pour autant gâcher le film final pour ceux qui préfèrent attendre le film fini.

En tous cas, oui une animation prend beaucoup de temps à fabriquer. C’est simple à calculer : 24 images par seconde, ça fait 1440 (24 * 60) images pour une minute de film ! Donc pour juste une seule minute, imaginez que vous devez faire 1440 dessins, les colorier… En plus les dessins doivent être précisément calculés pour obtenir une animation réaliste et/ou drôle/intéressante, ce qui demande aussi un travail et un savoir faire considérable. Bien sûr vous ne redessinez pas tout à chaque dessin (les arrière-plans par exemple peuvent être réutilisés tout au long d’un plan statique), de même que selon la qualité d’animation désirée, il est courant de descendre à 12 images par seconde.

Mais cela reste quand même un gros boulot, et surtout une organisation très importante (avec autant de dessins, ne pas être organisé peut marcher pour une courte animation, mais à partir de quelques minutes, ce n’est plus gérable).

D’ailleurs un aspect du projet est aussi de financer du développement. J’ai plusieurs projets liés à l’animation :

  • un logiciel de gestion de projet d’animation, ce qui inclut le storyboard, les feuilles d’exposition, etc.;
  • le plugin d’animation de GIMP pour en faire plus qu’un plugin de création de GIFs animés de chatons;
  • je prévois de travailler sur l’import des fichiers dans Blender (pour l’instant travailler avec des fichiers générés par GIMP, Krita ou MyPaint et les importer dans Blender n’est absolument pas adapté et vraiment laborieux).

L’un des gros avantages d’une suite comme Adobe n’est pas seulement des logiciels bons individuellement mais aussi leur intégration les uns avec les autres.

Oui, c’est ce que dit Aryeom aussi.

Il est ainsi extrêmement simple de travailler sur des images dans Photoshop, puis charger le fichier PSD (les « images » de Photoshop) dans After Effects, ce qui permet de travailler sur les calques comme des images séparées, puis modifier l’image dans Photoshop et voir les changements dans After Effects, puis travailler dans Première, etc. Tout est lié. On n’a pas ça dans le Libre et c’est quelque chose qu’on aimerait vraiment pouvoir apporter. C’est à peu près aussi important que la qualité des logiciels eux-mêmes : comment les divers logiciels peuvent communiquer efficacement?

En conclusion : oui, c’est un travail de longue haleine. Et on avisera sur la longueur du projet en fonction du financement.

Le grain de sel de Pouhiou : ce film, vous projetez de le sortir sous licence libre… Vous n’avez pas peur qu’on vous vole votre bébé 😛 ?
Plus sérieusement, la licence libre vous semble un pendant naturel au financement collaboratif ?

Oui cela me paraît naturel de rendre à la communauté ce qu’elle a financé. C’est l’inverse qui me paraît difficilement normal. Par exemple lorsqu’un musée public vous empêche de prendre des photos d’œuvres dans le domaine public depuis des centaines d’années, alors même que c’est vous qui payez entièrement ce musée par vos taxes et impôts ! Je sais que beaucoup de gens vont pourtant financer sans problème des œuvres propriétaires. Je n’ai rien à y redire, chacun est libre de dépenser son argent comme il le souhaite. Après tout si le fait que l’œuvre sorte est suffisant pour les financeurs, pourquoi pas. Mais dans mon petit cerveau idéaliste, je rêve de plus. Je rêve d’un marché de l’art sans frontière ni limites auto-imposées et totalement artificielles.

Si on regarde le problème sous un angle plus traditionnel, un investisseur qui met de l’argent dans un film ou une société espère faire fructifier son investissement. Mais dans notre cas, tout ce que nous y gagnons serait quelques t-shirts ou autres bagatelles ? Et si l’investissement des financeurs collaboratifs existait, sauf qu’au lieu d’une forme monétaire uniquement, il a aussi une forme culturelle, artistique et communautaire ? Au lieu de plus d’argent, nous rendons du partage de connaissance et le droit pour tous de voir, partager et faire ce qu’on veut de l’œuvre qu’on a contribué à faire exister !

C’est une œuvre de biens communs.

Quelqu’un veut utiliser notre œuvre ? Très bien !

Est-ce vraiment du « vol » (ou pour être plus précis en termes légaux, de la contrefaçon) si on a déjà été payé pour produire l’œuvre ? C’est aussi pourquoi plus haut, lorsque vous demandez pourquoi c’est important de payer les gens (nous même et autrui), c’est une autre bonne raison. Un vrai travail est produit, un travail compliqué, long (des mois et des mois à temps plein pour créer des dizaines de milliers d’images !). Donc c’est normal de le payer, et si possible pas au lance-pierre. Par contre après cela, les artistes peuvent passer à autre chose, quant à l’œuvre, elle peut continuer à vivre sa vie. Vous voulez la présenter dans un cinéma ? Génial ! Bien sûr si vous souhaitez rémunérer les artistes davantage avec un pourcentage des recettes, c’est très bien, et on acceptera avec joie (vous pourriez alors utiliser un « Creator endorsed » logo comme Nina Paley, par exemple.

Mais si vous ne souhaitez pas le faire, c’est acceptable. On aura déjà été payé après tout. Par contre dans ce cas, ce serait cool que le prix du ticket soit raisonnable (les tarifs de places de cinéma sont de plus en plus absurdes !), mais ça reste votre choix.

Revenant ainsi sur ma réponse plus haut, j’ajouterai donc que je pense qu’il est important de bien payer les gens pour un travail, surtout pour produire une œuvre qui vous plaît. Par contre, une fois l’œuvre sortie, elle pourrait appartenir au public, au monde même. C’est bien plus sain que le système actuel où les coûts sont bien plus mesquins, cachés, et en même temps plus imposants, tout en donnant l’impression d’être gratuits. Non les services web des grosses compagnies du web ne sont pas gratuits (vous le payez avec la pub que vous regardez, votre vie privée que vous échangez, la vie privée de vos proches que vous divulguez, même lorsqu’ils n’ont rien demandé…). Vous en savez quelque chose chez Framasoft (cf. votre projet Dégooglisons Internet) ! Ben pareil, vous payez sans arrêt les œuvres du divertissement de masse (redevance télé, taxes sur la copie privée sur chaque support de stockage…). Saviez-vous que les bars, cafés, restaurants et commerces qui passent de la musique payent des redevances à la SACEM, et la Spré ? Les frais sont versés par les commerçants mais bien entendu répercutés sur les tarifs des produits ou services vendus !

On paye tous constamment au nom de la sacro-sainte « copie privée » et du « droit d’auteur » pour l’industrie du divertissement. Pourtant cela ne signifie pas pour autant que les artistes touchent beaucoup. Ces systèmes sont faits de telle sorte que les intermédiaires (sociétés de gestion de droits elle mêmes, les majors…) touchent une grosse part quoi qu’il advienne (ils ont des locaux, des charges, des employés…), et puis les gros ayant-droits (ils sont un faible pourcentage, ceux qu’on nommera « stars ») récupèrent ce qui reste en laissant des miettes de droits d’auteur pour les artistes restants.

Quand je lis des affirmations aussi attristantes que cela sur sacem.fr :

Vous ne le savez peut-être pas mais les auteurs, compositeurs et éditeurs ne touchent aucun salaire lorsqu’ils créent. Ils vivent de la diffusion de leur musique et c’est la répartition qui leur permet de recevoir leurs droits d’auteur. Ce système consiste à leur reverser leurs droits selon l’utilisation réelle et précise de leurs œuvres sur la base de relevés de diffusions. Des auteurs peu diffusés sont ainsi assurés de toucher, quoi qu’il arrive, ce qui leur revient de droit. La Sacem est réputée pour assurer une redistribution parmi les plus précises au monde.

Heureusement ce n’est pas entièrement vrai (je doute que beaucoup d’auteurs accepteraient de bosser sans être payé du tout à la création), mais tout de même cela donne une idée de l’état d’esprit par lequel on peut essayer de diminuer les tarifs d’un artiste : « vous toucherez plus tard avec les droits d’auteur ».

J’imagine bien la tête des maçons si on leur baissait leurs salaires pour leur dire que plus la maison sera utilisée, plus ils toucheront (avec une société de collecte qui géreraient cela et prendrait sa confortable part au passage).

Et si plutôt que faire cela pour des artistes, on pouvait payer convenablement tout le monde pour le travail effectué puis libérer les œuvres et on passe à autre chose ?

Cela ne serait-il pas plus sain et mieux pour tout le monde ? Les artistes, le public… Bien sûr, les intermédiaires seraient mécontents par contre !

La marmotte vous remerciera

Aryeom, you are guest in France, so the last word is for you! Feel free! (Aryeom, en tant qu’invitée en France, le dernier mot est pour toi. Lâche-toi !)

Why don’t you invest in a small step for our and your good world? Donate for our project <ZeMarmot> please!

(Pourquoi ne pas investir pour que notre monde, à tous, avance d’un petit pas ? Donnez pour notre projet ZeMarmot, s’il vous plaît !)




Avant de dormir, un roman fantastique et sombre chez Framabook

Télécharger et/ou acheter le roman de Lilly sur Framabook.org

Le groupe d’édition Framabook est particulièrement fier de vous annoncer la sortie d’un nouveau roman dans la collection. Ce choix éditorial peut étonner quand on voit le reste de la collection, mais pour nous il s’est imposé comme une évidence.

Avant de dormir est un premier roman dont l’auteure, Lilly Bouriot, passera son bac Français d’ici quelques mois. Notre comité de lecture a de suite été séduit par la franchise et la qualité de sa plume, ainsi que par son univers aux fumets de tourbe, d’écorce mouillée et de sang caillé.

Il s’agit là d’un conte fantastique et sombre, qui met en scène Andreï, un jeune homme de 13 ans contemplatif et solitaire. L’histoire commence au moment où il emménage avec ses parents (pour le moins distants) dans une demeure étouffante, au cœur d’une ville dont les habitants meurent dans des circonstances mystérieuses. Tout bascule lorsque, sous son lit, il découvre un portail vers une forêt sombre emplie de monstres lugubres qui parlent avec frissons de… la Vouivre.

Lilly, l’auteure de cet opus, a décidé de placer ce premier bébé sous Licence Art Libre, par amour des valeurs du Libre et dans l’espoir de partager son histoire avec le plus grand nombre…

Une telle démarche pour sa première création ne peut que susciter la curiosité… et nous n’avons pas résisté à l’envie de l’interviewer pour le Framablog… Une interview qui retranscrit bien la franchise désarmante et la profondeur espiègle de cette créatrice avec qui nous avons travaillé sur cette édition.

Entretien avec Lilly Bouriot, auteure de Avant de dormir

Bonjour Lilly… Lorsqu’on écrit sur toi, on a envie de te présenter comme « La lycéenne qui publie son premier roman avant même que d’avoir passé son bac de français ». Est-ce que tu trouves cela réducteur ? Comment te présenterais-tu aux lecteurs du framablog ?

En fait, c’est un résumé plutôt complet ! Ma vie est assez banale, je fais des devoirs, je sors (rarement) avec des amis, je regarde des dessins animés… À seize ans, on n’est pas vraiment grand-chose. Mais ça va, je le vis bien, je sais que d’ici quelques années, j’aurai de quoi étoffer ma présentation ! Et puis, ça a un petit air enfant prodige, « la lycéenne qui publie son roman avant son bac », ça plaît à mon côté mégalomane.

Pourrais-tu nous dire comment et depuis quand tu en es venue à l’écriture de fiction : parce qu’après un premier prix au collège au concours sur la Résistance, tu passes à un concours de nouvelles « une terrible beauté est née » où tu fais naître une Lilith déjà assez proche de tes personnages d’Avant de dormir, non ?

Je dois l’avouer, cette rédaction pour le concours de la Résistance, je l’ai faite en une demi-heure parce que j’étais obligée de rendre quelque chose, alors que le travail en duo qu’on devait rendre, j’y ai passé une semaine, et j’en ai jamais entendu parler. Une grande déception.

En fait, j’écris depuis que je suis toute petite ! J’ai achevé ma première histoire lorsque j’avais sept ans (une histoire de pirates appelée Les Piratos… Parce qu’à sept ans j’avais beaucoup d’originalité…). J’ai toujours écrit sur des personnages qui se retrouvaient dans un autre monde un peu fantastique où ils vivaient de grandes aventures. Avant de dormir est un livre qui parle de beaucoup de thèmes qui me sont très chers et qui reviennent régulièrement dans mes histoires, et le fantastique en fait partie.

Avant de dormir est un roman à l’ambiance sombre, lourde, qui sent la tourbe, l’écorce humide et le sang séché… Pourquoi cette envie de créer une telle atmosphère dans ton roman ? Pourquoi autant de blessures, de cicatrices douloureuses, d’épreuves physiques ?

L’atmosphère étouffante du roman vient en fait des jeux auxquels j’ai pu jouer et des films que j’ai pu voir un peu avant de commencer à écrire. Il y a quelque chose dans le vert et l’humide qui me plaît beaucoup, quelque chose de plus sombre, de plus ancien, comme si on revenait à un stade primal où tout est encore possible, comme si le temps s’y était arrêté. Si les monstres existent, ils vivent soit au fond de l’océan, soit au cœur de vieilles forêts. Des endroits où ils grandissent sans se faire voir…

Quant aux blessures, la question me taraude, car j’ai une peur bleue du sang ! Ce n’est même pas un reflet de mes « cicatrices intérieures » ou quelque chose dans le genre… C’est peut-être un moyen de me convaincre qu’on peut survivre à une petite coupure et qu’on n’a pas besoin de s’évanouir lorsqu’on s’entaille le doigt avec un rasoir.

Andrei, le héros, est un jeune homme de treize ans délaissé, assez peu écouté ou même considéré par ses parents, qui vit son adolescence dans une certaine solitude face au monde des adultes… C’est une vision de l’adolescence ni très joyeuse ni très répandue…

Je pense que c’est un problème de génération. Je crois que je fais partie d’une jeunesse très blasée, à laquelle on annonce un futur apocalyptique (réchauffement climatique, manque de ressources, manque d’emplois, surpopulation) et qui est malgré tout poussée par les gens plus âgés à changer le monde. Il y a une pression énorme et peu d’exemples sur lesquels se reposer. De ce fait, je pense qu’il y a une coupure, un gouffre entre les adultes et les jeunes adolescents de maintenant, une certaine solitude. Ou peut-être que c’est normal de se sentir seul et perdu à l’adolescence ?

En tous cas, c’est drôle que vous me demandiez ça, car j’ai une famille très aimante avec laquelle je m’entends très bien. Je crois qu’au final j’aime juste les personnages solitaires ! C’est plus marrant, après on peut leur faire découvrir ce que c’est de ne pas être seul, c’est un moment formidable.

En lisant ton roman, on songe au film Le Labyrinthe de Pan de Guillermo Del Torro, mais aussi à Coraline ou L’Étrange Vie de Nobody Owens de Neil Gaiman… Ce sont des références qui te parlent ? Quelles sont tes sources d’inspiration pour ce roman ? Et la Vouivre, c’est à cause de légendes locales ou bien en hommage à Marcel Aymé ?

Vous avez bien trouvé ! J’ai regardé Le Labyrinthe de Pan lorsque j’avais huit ans… J’en suis sortie marquée à vie. L’Homme Pâle est terrifiant ! J’en fais encore des cauchemars !

Coraline et l’œuvre de Neil Gaiman en général sont aussi de grandes références pour moi. « J’ai été surpris de voir que Coraline était un livre destiné aux enfants, qui terrorisait les adultes », a dit Gaiman, et j’ai beaucoup apprécié cette citation. C’est un excellent livre.

Quant à la Vouivre, dans le village dans lequel j’ai passé mon enfance, j’allais souvent au lavoir déposer des fleurs dans l’eau pour la vouivre du coin (c’était une femme très gentille dans ma tête). Je suppose que c’est resté !

Lilly, une auteure au naturel renversant.

Tu as fait la démarche de placer ton premier roman sous licence libre et de le proposer à Framabook… Comment connais-tu le Libre ? Pourquoi un tel choix ?

C’est un ami informaticien qui m’a parlé pour la première fois de Framasoft et de sa démarche. Cette idée de partage avec le plus grand nombre possible d’utilisateurs m’a enthousiasmée. Il m’a expliqué plus en détail comment le Libre fonctionnait, et les valeurs qu’il véhiculait. Il était très impliqué et j’ai décidé de l’écouter en allant demander conseil au groupe Framabook.

Il parait qu’il y a un poème qui est pour toi très lié à Avant de dormir… Tu nous en parles ?

C’est le poème dont est tiré le titre ! Il s’appelle « Stopping by Woods on a Snowy Evening » de Robert Frost. Si toute l’imagerie du poème s’accorde parfaitement avec l’histoire, c’est la dernière strophe qui m’a vraiment touchée. Elle va comme suit :

The woods are lovely, dark and deep,

But I have promises to keep

And miles to go before I sleep,

And miles to go before I sleep.

(ce qui signifie : « les bois sont beaux, sombres et profonds / mais j’ai des promesses à tenir / et des miles à faire avant de dormir / et des miles à faire avant de dormir. »)

Bien sûr, en anglais, « before I sleep » a vachement plus la classe. C’est tout le problème d’écrire en français. C’est moins joli.

Tes prochains écrits (si tu en as en projet) continueront-ils de flirter avec le fantastique ?

J’écris effectivement mon second roman, que je prévois d’être un peu plus long qu’Avant de dormir. C’est un roman que j’essaie d’écrire depuis que je suis petite et qui ne me satisfait jamais. Mais cette fois, l’histoire me paraît tenir debout ! Et le fantastique y joue une grande part. C’est dans ce genre que je pense continuer à l’avenir, c’est celui qui me plaît le plus. Et puis, les monstres, c’est cool.

Sur le Framablog, on aime bien laisser à l’interviewé-e le mot de la fin… Tu en fais quoi ?

Je n’ai pas vraiment d’idée mais il y a une de mes amies à côté qui me demande de faire une blague alors je vais faire celle qu’elle dit le plus souvent :

– Pourquoi les Japonais croient-ils en la réincarnation en cheval ?

– …… Parce qu’ils sont déjà poneys.

(des japonais)

(badum-tssh)

(sinon y’a celle de Jésus en photo mais je la garde pour une potentielle future interview.)

En tous cas, merci beaucoup d’avoir proposé cette interview ! Passez une bonne journée !

 

C’est à vous, désormais, de découvrir, partager et diffuser le premier roman de Lilly Bouriot, Avant de dormir.

Et pour les papier-vores, il est déjà disponible sur EnVenteLibre !