La Suite numérique de l’État : critique des critiques

Temps de lecture 44 min

Framasoft prend rarement position sur la politique numérique de l’État. La dernière fois où nous l’avions fait, c’était il y a 10 ans, en 2016, dans un article intitulé « Pourquoi Framasoft n’ira plus prendre le thé au Ministère de l’Éducation Nationale ».

Si nous le faisons aujourd’hui, c’est parce que les débats autour de La Suite Numérique (« La Suite » : une suite d’outils libres et collaboratifs développée par l’État) nous paraissent révéler quelque chose d’important : la difficulté, en France (voire en Europe), à penser une politique publique du numérique qui soit à la fois libre, crédible et orientée vers l’intérêt commun.

Malgré sa longueur, cet article ne prétend pas aller au fond du sujet. Notre objectif est de proposer, début mars 2026, quelques clés de compréhension accessibles à un public large sur La Suite, ses critiques et les enjeux politiques qu’elle cristallise.

Pour en savoir plus sur le pourquoi et le comment de cet article, vous pouvez lire notre « Boîte noire » en bas de page.

Cet article s’inscrit dans un dossier que consacre Framasoft aux rapports entre les États et les modèles de développement et de financement des communs numériques :

  • L’article présent faisant l’historique entre l’État français et le logiciel libre, et précisant la position de Framasoft quant aux critiques faites à La Suite Numérique de la DINUM
  • Une (courte) tribune, parue dans l’Humanité fin janvier 2026, sur le fantasme de faire émerger, au niveau européen, un oligopole qui se poserait comme compétiteur aux GAFAM
  • Un article rappelant un modèle qui a très bien fonctionné ces dernières années pour les petites communautés du logiciel libre (dont Framasoft) : les bourses NLnet (à paraître début avril 2026)

Les faits

La Suite, c’est quoi ?

La Suite est une suite d’outils collaboratifs libres portée par la DINUM pour les agents de l’État. Son objectif est de proposer un environnement de travail cohérent couvrant les usages les plus courants :

 

Capture écran du site https://lasuite.numerique.gouv.fr
Capture écran du site lasuite.numerique.gouv.fr

 

  • Tchap : messagerie instantanée basée sur Matrix
  • Visio : visioconférence, basé sur LiveKit
  • France Transfert : envoi sécurisé de fichiers lourds
  • Messagerie : mails, contacts, rendez-vous
  • Fichiers : stockage et partage de documents

Mais aussi :

  • Grist : gestion de données et de formulaires
  • Docs : édition collaborative de documents
  • Assistant IA : basé sur Mistral

Il est à noter que l’ensemble de ces logiciels sont libres.

Mème : un cowboy, l'air peu rassuré, regarde au loin. Une astronaute le tient par l'épaule, montre le paysage de la main et dit, en souriant : « Logiciels libres, des logiciels libres partout ».

La Suite, c’est qui ?

Faire l’historique d’un tel projet est complexe, car malgré son jeune âge, il a déjà « pivoté » plusieurs fois.

Officiellement lancée en 2024, La Suite prolonge des initiatives plus anciennes, et s’inscrit dans une stratégie plus large de modernisation de l’environnement de travail administratif, de protection des données publiques et de réduction de certaines dépendances technologiques (la fameuse « Souveraineté numérique »).

Wikipédia date ainsi la version 1.0 de Tchap (la messagerie sécurisée) en avril 2019. Mise en place par la direction interministérielle du numérique et du système d’information et de communication de l’État (DINSIC), celle-ci deviendra la direction interministérielle du numérique (DINUM), quelques mois plus tard, par le décret du 25 octobre 2019.

Fin 2021, sous l’impulsion de la DINUM, c’est le projet « Sac à dos Numérique de l’Agent Public » (SNAP) qui sera annoncé (et on se félicitera au passage que ce ne soit pas le nom final du projet qui ait été retenu 😅).

La DINUM est, toujours en citant Wikipédia, « un service du Premier ministre, elle est placée sous l’autorité du ministre de la Transformation et de la Fonction publiques. Elle a pour mission d’élaborer la stratégie numérique de l’État et de piloter sa mise en œuvre.
Elle est considérée comme la direction des systèmes d’information de l’État français. ».

Mème : deux boutons rouges, un dit « Sac à dos numérique de l'agent public », l'autre « La Suite ». Un homme tagué « l’État quand il doit faire des choix de noms de projets » transpire en ne sachant sur quel bouton appuyer.

 

 

La Suite, c’est pour qui ?

Dans cet article, nous parlons de La Suite opérée par la DINUM, destinée aux ministères et agences de l’État. Il existe d’autres dispositifs proches par le nom ou par l’esprit, notamment une Suite Territoriale pour les collectivités et LaSuite.coop pour d’autres organisations (qui fera l’objet d’un article/interview a part entière dans les semaines à venir).

Début 2026, cette Suite est déployée dans 15 ministères et de nombreuses administrations, accessible à environ 1,6 million d’agents, et utilisée chaque mois par plus de 500 000 personnes.

 

Mème : 3 spidermen se pointant du goigt les uns les autres : "La Suite de l'Etat", "La Suite de l'ANCT", "Lasuite.coop"
Entre lasuite.numerique.gouv.fr (agents de l’État), la suiteterritoriale.anct.gouv.fr (pour les collectivités) et lasuite.coop (pour les entreprises, coopératives, associations, etc, notamment de l’ESS), il ne faudra pas s’y perdre !

 

Il nous paraît difficile d’évoquer La Suite sans mentionner Apps.education.fr, autre suite d’outils libres portée cette fois par l’Éducation nationale.
Par souci de transparence, précisons que Framasoft intervient ponctuellement comme prestataire sur ce projet, via PeerTube, notre alternative à YouTube & co. Cette collaboration reste limitée à une petite part du financement global du logiciel. Nous citons néanmoins Apps.education.fr parce qu’il constitue, à nos yeux, un précédent important : celui d’une offre publique d’outils libres à large échelle, pensée pour un autre grand périmètre administratif. Cette suite ne bénéficie ni des moyens humains et financiers de La Suite, ni de sa force de frappe communicationnelle, ce que nous déplorons par ailleurs.

La Suite dans la tourmente

Ces deux dernières années, La Suite a suscité trois types de réactions : des alertes institutionnelles sur son coût et sa coordination, des critiques venues d’une partie de l’écosystème libre, puis des offensives plus intéressées venues des éditeurs propriétaires.

L’alerte institutionnelle de la Cour des Comptes

En juillet 2024, la Cour des Comptes publie un rapport intitulé « Le pilotage de la transformation numérique de l’État par la direction interministérielle du numérique » faisant état d’inquiétudes concernant La Suite (la mise en gras est de Framasoft) :

La faible coordination avec les besoins exprimés par les ministères pourrait se traduire par la création de produits numériques répondant imparfaitement aux besoins recensés. C’est notamment le cas de la suite numérique de l’État : alors que les premières briques de cette suite sont déjà peu utilisés et coûteux, le déploiement complet d’une alternative souveraine aux offres proposées par le secteur privé pourrait être une source de coûts croissants sans certitude quant à l’utilisation massive de cette suite par les agents. Seule une association forte des ministères, au niveau politique, doit permettre d’assurer un suivi étroit de cette suite qui doit pouvoir, si les résultats attendus d’un produit étaient insuffisants, revenir en arrière sur le déploiement d’une gamme d’outils encore mal coordonnés entre eux.

Ça pique un peu, hein ?
Pourtant, nous verrons plus loin que la situation est un peu plus complexe que cela.

La critique de l’écosystème libre

En août 2024, nos ami⋅es du CNLL (Conseil National du Logiciel Libre) publient un communiqué au vitriol contre La Suite. Il s’en suivra des échanges particulièrement houleux, notamment sur LinkedIn. Les principaux arguments du CNLL sont les suivants :

  • Concurrence irresponsable : selon le CNLL, la DINUM concurrence directement les éditeurs français de logiciels libres collaboratifs, avec un avantage déloyal : 100 % de financement public, moyens marketing de l’État, exemption de qualification SecNumCloud (sur ce dernier point, côté Framasoft, on n’a pas compris, car La Suite est bien qualifiée SecNumCloud) ;
  • Capacités insuffisantes et irréalistes : La DINUM n’aurait ni les effectifs, ni l’expertise, ni les moyens pour se substituer aux éditeurs logiciels, comme le démontre aussi l’échec du projet Messagerie Collaborative de l’Etat sur plus de 10 ans ;
  • Vision restrictive du Libre : selon le CNLL, la DINUM réduit le logiciel libre à la gratuité et à la défiance envers les éditeurs, sans comprendre qu’il nécessite un écosystème solide et une relation équilibrée avec les prestataires ;
  • Impact négatif sur l’industrie française : En opérant elle-même des services cloud et en développant des logiciels non spécifiques à l’État, la DINUM parasiterait les investissements des éditeurs privés français, décrédibiliserait le logiciel libre et favoriserait in fine les solutions américaines.

Là encore, les affirmations sont dures. Si certaines sont justes, nous verrons plus bas que certaines se sont révélées fausses ou ont été démenties par le temps.

L’offensive des acteurs propriétaires et de leurs relais

Début 2026, nouvelles attaques contre La Suite. Cette fois en provenance des éditeurs propriétaires. La Business Software Alliance (BSA), qui représente les principaux acteurs mondiaux du logiciel et du cloud, parmi lesquels figurent notamment Microsoft, Google, Amazon, Oracle, IBM ou encore Adobe (bref : pas nos copains) a publiquement mis en garde contre les orientations prises par les autorités françaises.

Les articles dans la presse spécialisée se suivent et se ressemblent un peu :

Mais pourquoi un tel déferlement de critiques ?

Gif animé de la pub Orangina avec un personnage criant "Parc'que !!!"

 

D’après nous, la source est initialement à rechercher en juillet 2025, lorsque l’entrepreneur Tariq Krim posta (sur LinkedIn et sur son site) une analyse très critique sur le rapport entre l’Etat et « la souveraineté numérique », avec plusieurs points plutôt légitimes. Mais le sujet est ensuite sorti du champ des spécialistes, au point que certains arguments furent même repris par… Sarah Knafo (oui oui, la députée d’extrême droite européenne, aujourd’hui candidate à la mairie de Paris), qui viendra rajouter son grain de haine (et de mensonge).

La cause, elle, est plutôt à chercher du côté de la crainte des éditeurs de solutions fermées. Voir l’État s’émanciper de leur giron pour se mettre à développer des logiciels qui fonctionnent ? Qui plus est sous licence libre ? Ça peut à terme signifier la perte de marchés importants pour eux. D’où des réactions très virulentes de leur part afin de décrédibiliser la suite logicielle de la DINUM.

Bref, c’est la mise en curée contre La Suite. Nos ami⋅es de Next.ink en feront d’ailleurs un excellent résumé (et on ne dit pas ça que parce que nous sommes cités dedans, promis !)

Prenons un peu (beaucoup !) de recul

Pour expliquer le point de vue de Framasoft, il faut faire un rapide rappel du contexte historique.

Hmm, non, en fait ce rappel ne sera pas rapide, puisqu’on va remonter jusque dans les années 60.

Notre objectif ici est de montrer les grandes lignes du rapport à l’État avec le logiciel libre, et notamment la stratégie du « Make » (« faire soi-même ses logiciels » ou « faire faire ses logiciels ») ou du « Buy » (« acheter » ou, plus souvent, « louer » ses logiciels auprès d’éditeurs).

Si on prend cette grille de lecture stratégique, on peut identifier différentes phases historiques structurantes. Désolé, c’est à gros traits, et sans doute pas exempts d’erreurs (n’hésitez pas à apporter vos corrections en commentaires).

Pour vous en faciliter la lecture, on vous a préparé rapidement une version plus graphique, sous la forme de chronologie.

capture écran d'une page représentant visuellement la chronologie qui suit
Cliquez pour ouvrir une représentation graphique de la chronologie ci-dessous

 

Années 1960-70 : l’ère du « Make » souverain

  • 1966 : Plan Calcul (de Gaulle) Création de la CII (Compagnie Internationale pour l’Informatique) en réaction au rachat de l’entreprise française Bull par l’américain General Electric. Et aussi au fait que de Gaulle a moyennement apprécié le fait que les États-Unis aient refusé d’exporter un supercalculateur destiné au CEA (Commissariat à l’Énergie Atomique) pour le programme nucléaire militaire français. Volonté explicite de souveraineté matérielle et logicielle. L’État finance massivement le développement national.
  • 1967 : Création de l’IRIA (qui deviendra l’INRIA en 79) Institut de recherche en informatique et automatique. Sa vocation : développer une capacité logicielle française publique.
  • 1976 : Fusion CII-Honeywell-Bull Le Plan Calcul s’essouffle. C’est le début d’un recul « pragmatique » vers des alliances avec des acteurs américains. Signal précoce que le « Make » national complet est difficile à tenir. C’est la fin du projet Unidata, qui était un grand consortium européen (CII, Siemens, Philips) surnommé « l’Airbus de l’informatique ». En s’alliant avec l’Américain Honeywell, la France a probablement sabordé l’Europe de l’informatique.

Années 1980 : le tournant de la micro-informatique et les premières externalisations

  • 1982 : paf ! le PAFE (Programme d’action pour la filière électronique). C’est l’arrivée de la gauche au pouvoir. Jean-Pierre Chevènement relance une politique industrielle volontariste (Plan Filière Électronique). Nationalisation de Bull, Thomson, etc. L’État veut « faire » l’informatique. (La nationalisation, pour les plus jeunes d’entre vous, c’est quand l’État pense qu’une entreprise est suffisamment importante pour le pays qu’il vaut mieux qu’elle appartienne… à l’État. Ça doit vous paraître une dinguerie aujourd’hui, mais ça se faisait, et ça marchait pas si mal… #soupir)
  • 1982-1987 : le Minitel comme « Make » réussi. Le Minitel a été un succès technique et logiciel français (développé par la DGT/France Télécom). Mais il a crée un tel effet de lock-in qu’il a retardé l’adoption d’Internet en France. Le logiciel est alors entièrement développé en interne ou par des prestataires français sous contrôle étatique.
  • 1989 : début de la pénétration de Microsoft dans l’administration. Les premiers contrats-cadres avec Microsoft pour équiper les postes de travail des ministères commencent à se mettre en place. Passage progressif du macroordinateur au PC, souvent avec des logiciels américains achetés « sur étagère » (typiquement, Microsoft Word est un logiciel « sur étagère » : vous l’achetez et vous l’installez, contrairement à un logiciel « sur mesure »).

Années 1990 : le basculement vers le « Buy »

  • 1994-1997 : multiplication des contrats-cadres Microsoft. L’administration française signe des contrats globaux (« contrats Open ») avec Microsoft pour la bureautique. Le « Buy Microsoft » devient la norme de fait, sans véritable mise en concurrence systématique.
  • 1994 : rapport Gérard Théry sur les autoroutes de l’information. Constat que la France a pris du retard sur Internet à cause du Minitel. Théry n’était pas vraiment un visionnaire : selon lui, le fonctionnement d’Internet « n’est pas conçu pour offrir des services commerciaux » et serait incapable d’offrir des services de qualité. Aucune recommandation forte sur le logiciel libre.

Années 2000 : l’émergence du logiciel libre comme alternative politique

  • Janvier 2004 : création de l’association Framasoft (qui existait de façon informelle depuis 2001)
  • 2006 : rapport « La sécurité des systèmes d’information ». Souligne la dépendance stratégique aux logiciels étrangers, mais sans mesures contraignantes.
  • 2006 : Loi DADVSI et lobbying Microsoft/industrie propriétaire. Débat sur le droit d’auteur numérique. Lobbying intense des éditeurs propriétaires. Le logiciel libre est menacé par certaines dispositions avant des amendements. Pour la petite histoire, la loi DADVSI est – pour caricaturer ­– la transposition dans le droit français de la directive européenne EUCD. L’association La Quadrature du Net (LQDN) a été fondée officiellement en 2008 par des militants issus de ces combats, même si plus spécifiquement pour lutter contre une autre loi : HADOPI (loi Création et Internet) et le « Paquet Télécom » européen.
  • 2007-2008 : la Gendarmerie passe à Ubuntu Linux. Migration de 70 000 postes de Windows XP vers GendBuntu (Ubuntu personnalisé). Économies annoncées : plusieurs millions d’euros/an. C’est une sorte de cas d’école international.

Années 2008-2012 : tensions entre libre et lobbying propriétaire

  • 2009 : 💸 contrat « Open Bar » #1 Microsoft au Ministère de la Défense. Le journaliste Marc Rees, du site PC-Inpact (ancêtre de Next.ink), révèle que le ministère de la Défense a signé un accord-cadre avec Microsoft (contrat dit « Open Bar ») permettant un accès illimité aux produits Microsoft pour environ 100 millions d’euros sur 4 ans. Ce contrat suscite une polémique massive :
    • Absence de mise en concurrence réelle invoquée par les défenseurs du libre.
    • Les associations du logiciel libre dénoncent une dépendance stratégique pour un ministère régalien.
    • Soupçons de liens entre décideurs militaires et Microsoft (pantouflage).
  • 2009 : référentiel Général d’Interopérabilité (RGI) v1.0. L’État impose officiellement l’utilisation de formats ouverts (ODF notamment) dans les échanges entre administrations. Victoire symbolique du « Make/Libre ».
  • 2010 : rapport Riester sur le libre et les administrations. Le député Franck Riester (futur ministre) produit un rapport assez tiède, ne remettant pas en cause la domination des éditeurs propriétaires. Sa v2 ne vaudra, selon nous, pas mieux.
  • 2011 : François Fillon annonce des investissements dans le « Cloud Computing ». Spoiler : ça sera un fiasco. On y reviendra plus bas.
  • 2011 : 💸 l’affaire Louvois (logiciel de paie militaire). Arrêtons nous une minute sur cette catastrophe industrielle, parce qu’elle fait partie des « traumas » de la stratégie numérique française. Le système Louvois (Logiciel Unique à Vocation Interarmées de la Solde) est en effet un désastre économique et humain. La page dédiée Wikipédia vous donnera tous les détails, mais pour résumer :
    • 2001 à 2003 : développé au départ sur la base d’un logiciel édité par l’entreprise Sopra.
    • 2004 à 2006 : repris en interne par le ministère de la Défense.
    • 2007 à 2008 : le logiciel est confié à l’entreprise Steria.
    • 2009 à 2011 : c’est… le bordel ! À cause de nombreux bugs, le logiciel repousse sans cesse sa mise en production.
    • 2011 à 2012 : le logiciel commence à être déployé, mais avec de telles erreurs qu’il fait légitimement un « bad buzz » sur les réseaux sociaux. Erreurs de paie touchant des dizaines de milliers de militaires (trop-perçus, sous-paiements, soldes à zéro).
    • 2013 : le Ministre de la Défense annonce que le projet sera abandonné dès que possible et sera remplacé par un autre logiciel développé par … Sopra Steria (oui oui, la fusion des deux entreprises précédentes)
    • 2016 : Louvois est définitivement abandonné. Au départ doté d’un Budget initial d’environ 80 millions d’euros, les dérapages ont été massifs. Suite à un rapport de la Cour des comptes, on parlera d’un « fiasco industriel et humain ». On parle d’une note autour de 500 millions d’euros, entre le prix d’achat et le coût des dysfonctionnements de Louvois ; cette somme ne tenant pas compte du coût de son remplaçant.
  • 2012 : circulaire Ayrault : « Usage du logiciel libre dans l’administration ». Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault signe une circulaire encourageant fortement l’usage du logiciel libre. Lire l’analyse de nos ami⋅es de l’April. Elle reconnaît aussi différents groupes de travail (par exemple MIMO) qui serviront à nourrir le SILL (Socle interministériel des logiciels libres, créé la même année et produisant une liste de logiciels libres recommandés. C’est un moment fort du « Make/Libre ». D’un point de vue politique en tout cas. Parce que d’un point de vue pratique, c’est loin d’être la fête.

Années 2013-2017 : l’ambivalence institutionnalisée

 

Mème : une réunion d'entreprise. Le patron dit : « Nous avons besoin d'équiper numériquement Les ministères de la défense et de l'education nationale ». Un employé propose : « Confions ça à mon cousin qui bosse chez Sopra-STERIA » ; sa collègue : « Confions ça à notre notre partenaire historique : Microsoft » ; un autre collègue, d'un air blasé : « Sinon, on peut privilégier des solutions libres... ». Cette dernière réplique rend le patron furieux : il éjecte ce dernier employé par la fenêtre.

Années 2017-2022 : l’ère Macron, discours de souveraineté, mais pratique de dépendance

  • 2017 : renouvellement (encore ! ! !) du contrat Open Bar #3 Défense-Microsoft
  • 2018 : dynamisme de « beta.gouv.fr » et des Startups d’État. Approche « Make » en rupture avec les pratiques historiques : de petites équipes agiles au sein de l’État développent des services numériques publics (Mes Aides, La Bonne Boîte, Signaux Faibles, etc.). Succès reconnu internationalement.
  • 2020 : scandale du Health Data Hub sur Microsoft Azure. Pensé en 2018 suite au (plutôt bon) rapport de Cédric Villani sur l’IA et mis en place en 2019, le Health Data Hub (plateforme nationale des données de santé) est hébergé chez Microsoft Azure, malgré les données de santé extrêmement sensibles de millions de Français.
  • 2019 : la DINUM remplace la DINSIC. La Direction Interministérielle du Numérique est censée renforcer le pilotage des projets numériques de l’État. Nadi Bou Hanna est nommé directeur (on n’en gardera pas le meilleur souvenir).
  • 2019 : Tchap (messagerie souveraine). L’État lance Tchap, une messagerie instantanée basée sur le protocole libre Matrix, pour les agents publics. Exemple positif de « Make » sur base libre, mais au coût particulièrement conséquent.
  • 2019 : doctrine « Cloud au centre » (première version). L’État commence à formuler une doctrine cloud, mais elle ne tranche pas entre souveraineté et pragmatisme.
  • 2020 : COVID et explosion des achats de licences
    • Achat massif de licences Zoom ou Microsoft Teams pour le télétravail des agents des trois fonctions publiques, malgré l’existence d’alternatives libres (Jitsi, BigBlueButton, Mattermost).
    • Le SILL recommandait des alternatives, mais elles n’ont pas été déployées à l’échelle.
  • 2020 : 💸 dérapage et queue de poisson de SIRHEN. Attendez, ça fait un peu longtemps qu’on a pas eu de fiasco logiciel, là, non ? Ça tombe bien, la Cour des Comptes (toujours elle) pointe le dérapage du logiciel de RH et paie de l’Éducation Nationale « système d’information de gestion des ressources humaines et des moyens (SIRHEN). Évalué initialement en 2007 à 80 millions d’euros, son coût a été plusieurs fois réévalué pour atteindre 323,3 millions d’euros en 2017, et 400 millions d’euros en 2020.
  • 2020 : Rapport Bothorel (mission parlementaire sur les données). Recommande l’ouverture des codes sources. Peu de choses sur le « Make vs Buy ».
  • 2021 : doctrine « Cloud au centre » (le retour)
    • Impose la qualification SecNumCloud pour les données sensibles.
    • 💸 Mais ouvre la porte aux offres de cloud américain sous licence (Bleu = Microsoft/Orange/Capgemini, S3ns = Google/Thales).
    • Critiques (légitimes) : cela revient à « acheter » du cloud américain avec un vernis français.
  • 2021 : suite collaborative de l’État. La DINUM développe une suite collaborative libre pour l’administration. C’est le « Sac à dos numérique de l’agent public » qui évoluera plus tard en « La Suite »
  • 2021 : rapport Latombe sur la souveraineté numérique. Le député Philippe Latombe produit un rapport sur la souveraineté numérique, critique envers la dépendance aux GAFAM dans l’administration et qui appelle à systématiser le recours au logiciel libre dans les administrations publiques en faisant de l’utilisation de solutions propriétaires une exception.
  • 2021 : rapport de la Cour des comptes sur les grands projets SI de l’État. Constat récurrent : dérapages budgétaires, dépendance aux ESN, perte de compétences internes. La Cours des Comptes défonce légitimement certains projets (dont les fiascos évoqués plus haut).
  • 2021 : 💸 l’affaire McKinsey et le conseil informatique à l’État
    • Le Sénat révèle l’ampleur du recours aux cabinets de conseil (McKinsey, Accenture, Capgemini, etc.) dans les décisions numériques de l’État.
    • Rapport sénatorial « Un phénomène tentaculaire » (McKinsey cité 477 fois dans le rapport).
    • Questions sur des conflits d’intérêts : McKinsey conseille l’État tout en travaillant pour Microsoft, Amazon AWS, etc.
    • Révélation que McKinsey ne paie pas d’impôt sur les sociétés en France.
    • Les montants dépensés en conseil (dont IT) atteignent plus d’un milliard d’euros par an.
  • Novembre 2021 : Amélie de Montchalin, ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, annonce le plan d’action du Gouvernement en matière de logiciels libres et communs numériques dans l’Administration. Si on est encore loin d’une priorité effective au logiciel libre, ce plan pose des bases encourageantes pour une administration tournée vers les logiciels libres, et les communautés qui les font vivre.
Chaton pointant un flingue sur le visiteur. Légende : "McKinsey réclamant gentiment ses croquettes à l'État. --Allégorie"
McKinsey réclamant gentiment ses croquettes à l’État. –Allégorie

Années 2022-2026 : tentatives de rééquilibrage et résistances

  • 2022 : renforcement du SILL. Le Socle Interministériel de Logiciels Libres est enrichi et mieux promu par la DINUM. Un catalogue de près de 600 logiciels libres recommandés à ce jour (mars 2026).
  • 2022 : Code.gouv.fr. La DINUM lance un portail centralisant les codes sources ouverts par l’administration. Démarche positive de transparence.
  • 2022 : fin du contrat Open Bar Défense ? L’April annonce que l’accord n’a pas été reconduit. Cependant, le fait est que pendant plus de 12 ans au moins (2009-2020), Microsoft aura donc été très implanté dans l’Armée. D’autant que la fin de ce contrat ne signifie pas pour autant la fin de la dépendance technologique de l’administration aux solutions de Microsoft, le ministère passera désormais par l’UGAP (Union des groupements d’achats publics), une centrale d’achat public, pour prendre sa dose.
  • Janvier 2024 rapport sur le « piège Microsoft »
  • 2024 : débats sur l’IA souveraine. L’essor de l’IA générative (ChatGPT, etc.) relance le débat « Make or Buy ». L’État met en avant Mistral AI (startup française) mais les administrations utilisent massivement les outils Microsoft (Copilot) et Google (Gemini) ou même ChatGPT (souvent en *shadow IT*).
    • Fun fact : en avril 2023, Cédric O, qui venait tout juste de quitter son poste de secrétaire d’État au numérique achète 1,15 % des parts de Mistral AI pour… 176,10 €. En décembre 2023 (8 mois plus tard), ces actions sont valorisées… 23 millions d’euros. Jolie bascule. Espèrons qu’il a gardé ses actions, parce qu’elles devraient valoir autour de 130 millions d’euros aujourd’hui (mars 2026). Un rendement à 740 000 fois la mise en moins de 3 ans, ça fait combien, en pantoufles ?
  • Mai 2024 : la Suite numérique de l’État est annoncée. Déploiement de La Suite (webmail, messagerie instantanée, visioconférence, édition collaborative) basée sur des logiciels libres. Objectif : équiper 2,5 millions d’agents.
  • Avril 2025 : 💸 l’Europe achète pour 264 milliards d’euros en logiciels et clouds états-uniens. Le Cigref publie le rapport « La dépendance technologique aux softwares & cloud services américains : une estimation des conséquences économiques en Europe ». Le résultat met des chiffres sur ce que tout le monde savait déjà : l’Europe est droguée aux technologies US. Pourtant, d’après le CNLL, la réponse est prête et s’appelle Eurostack. Mais pour l’instant, l’Europe a du mal à passer du constat aux actes.
  • Janvier 2026 : des avancées pour le libre ? Suite à une question de la député écologiste au sujet des « impacts de la migration des serveurs publics vers Windows 11 », la ministre en charge de l’intelligence artificielle et du numérique, Anne Le Hénanff, répond et partage deux informations intéressantes : des réflexions sont en cours pour le développement de poste de travail libre et une évolution de la doctrine de l’État en matière d’achat public numérique.
  • Mars 2026 : 💸 le Ministère de l’Éducation Nationale renouvelle un contrat avec Microsoft. Malgré les circulaires Ayrault (2012), Castex (2021), Lecornu (2026), et malgré l’existence de LaSuite et surtout de Apps.education.fr, le M.E.N. renouvelle son contrat avec Microsoft jusqu’en 2029. 🤷

 

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Le point de vue de Framasoft

Comme on vient de le voir, l’État a souvent vanté la souveraineté numérique sans aller jusqu’au bout (c’était un peu « Faites ce que je dis, mais pas ce que je fais »).

Le libre a régulièrement existé comme solution crédible (à la dépendance des USA, ou aux entreprises qui facturaient 5 à 10 fois le prix), sans pour autant devenir une doctrine effective.

Pour nous, La Suite n’est peut-être pas un modèle parfait, mais ce n’est sûrement pas un fiasco. C’est une initiative publique louable, politiquement courageuse, et plus prometteuse que ne le disent ses détracteurs.

Sur la question du coût de La Suite

Mais… combien ça a coûté, en vrai ?

Pour le coût du projet, nous n’avons pas l’information (si vous avez des sources précises, n’hésitez pas à nous les communiquer en commentaire, nous amenderons l’article).

On peut cependant citer à minima ce même rapport de la Cour des Comptes, en citant la page 82 de ce rapport :

« Le coût total de déploiement était, à la fin de l’année 2023, de près de 9,3 M€ (concentré sur « Tchap » à 60 %). D’autre part, le coût annuel en maintenance était de 5 M€ (dont 40 % pour « Tchap »), sans compter les éventuels coûts des astreintes sur certains projets » (page 82 de ce rapport).

(Puis, juste après :)

« Selon la Dinum, ce niveau de dépenses doit être relativisé. Elle estime en effet que les dépenses engagées pour des licences privées ouvrant l’accès à une suite numérique (bureautique, messagerie, échange de fichiers) s’échelonnent entre 300 et 590 euros par an etpar agent. À ce jour, la suite numérique a un coût d’un peu moins de 15 M€ pour une utilisation en moyenne par moins de 200 000 agents, soit environ 75 € par agent et par an.

D’après nos informations (glanées auprès de différentes sources), La Suite, c’est environ 70 personnes travaillant sur le projet (développeur⋅euses, designers, administrateur⋅ices systèmes, chef⋅fes de projet, etc). À l’échelle de l’État, ce chiffre n’est pas très impressionnant, surtout au vu du nombre de bénéficiaires (voir plus bas).

Résumons : on sait ce qu’a coûté La Suite jusqu’à fin 2023 (en gros 10 M€). Puis la Cour des Comptes parle de 15 M€ « à ce jour », sans doute mi-2024. Après (en tout cas pour nous), c’est plus flou pour 2024 et 2025.

On sait que Tchap concentrait le gros des investissements (en gros 6 M€ jusqu’en 2023), et les 40 % restant étaient surtout consacrés à Resana et Osmose (gestion de fichiers), produits aujourd’hui « sortis » de La Suite.

Sans vouloir jouer les marchands de poissons, et en partant du principe qu’il y a eu une « montée en puissance » en 2024 et 2025, disons qu’on vous fait le total à, allez, 40 M€ et on vous offre le cabillaud en cadeau.

Si vous voulez les vrais chiffres, on vous laisse faire une demande CADA, nous on a d’autres chatons à fouetter caresser.

Est-ce excessif ?

La seule question valable selon nous est : « Est-ce que l’argent public est ici bien dépensé ? ».

Comme on l’a vu plus haut, la Cour des Comptes s’inquiétait, fin 2023, du coût de La Suite et de son faible nombre d’utilisateurs.

C’est là que notre historique peut aider à relativiser un peu.

Si on prend les coûts des trois fiascos logiciels cités plus haut (Louvois, ONP, SIRHEN), on arrive à un total de 1,25 milliard d’euros. Ou l’équivalent de plus de 30 fois notre évaluation au doigt mouillé du coût total de La Suite.

Alors évidemment, ça n’est pas un argument suffisant. Dire qu’un projet n’est pas du même ordre de grandeur qu’un triple fiasco financier et humain ne dit pas que l’argent a été bien dépensé.

Cependant, cela permet de mettre en perspective l’avis de la Cour des Comptes. Cette dernière a en effet vu l’État faire des dépenses faramineuses dans des logiciels peu, voire jamais utilisés. Ou dans des infrastructures comme Cloudwatt (150 millions d’argent public… disparus). Ou dans des cabinets comme McKinsey.

Bref, si on se met dans les souliers vernis d’un rapporteur de la Cour des Comptes, il paraît relativement logique qu’elle s’inquiète d’un nouveau dérapage. C’est son boulot.

Mais l’avis date de 2024, sur une étude qui portait, en gros, jusqu’à fin 2023. Or à ce jour (mars 2026), la situation a quand même beaucoup évolué :

  • côté « Drive », Osmose a été décommissionné et Résana laissera probablement peu à peu la place à « Fichiers »
  • côté usages, la Cour des Comptes parlait de 190 000 utilisateur⋅ices de Tchap dans son rapport. D’après le site officiel, la messagerie compterait aujourd’hui 600 000 utilisateur⋅ices au total. Même si d’après nos informations, les comptes actifs mensuellement seraient plutôt autour de 300 000, ce qui est – à notre sens – plus qu’encourageant, sachant d’où part l’administration en termes d’usages collaboratifs.
  • Dans sa dernière newsletter, la DINUM annonçait 100 000 utilisateur⋅ices de Visio en février 2026.

 

capture d'écran de statistiques d'usage de différents services de la Dinum
Statistiques d’usage de différents services de la DINUM (au 25/02/2026)

 

Donc, est-ce que le coût de La Suite est raisonnable ? Clairement, s’il n’y avait pas eu certaines itérations malheureuses avant 2023, cela aurait été largement le cas. Mais est-ce que ce coût est excessif ? D’après nous, non.

En tout cas, il nous paraît que le coût de développement (« Build ») et celui de l’exploitation (« Run ») soit, début 2026, plus que raisonnable au vu du nombre d’utilisateur⋅ices, et des impératifs de sécurité qui entourent un tel projet.

Mais alors, c’est bien ou pas ?

Oui, globalement, nous pensons que La Suite est une très bonne chose. Non parce qu’elle serait irréprochable, mais parce qu’elle constitue aujourd’hui l’une des rares tentatives crédibles de réintroduire du logiciel libre, des logiques de communs et une forme d’autonomie dans l’environnement numérique de l’État.

Typiquement, Framasoft est bien plus en faveur de solutions telles que Apps.education.fr, car le développement s’y fait avec des rapports plus étroits avec les communautés du libre. Et la réutilisation de logiciels libres existants y est bien plus forte. Pour caricaturer, on peut dire que là où la DINUM crée ce qui deviendra un commun, apps.education.fr contribue à des communs existants.

La situation est en réalité plus subtile que ça, car il s’agit plutôt de curseurs qui ne sont, pour une solution comme pour l’autre, pas positionnée aux extrêmes de l’échelle entre création et contribution. Mais vous avez l’idée.

Il y a aussi les interrogations sur l’avenir de La Suite, par exemple :

  • Les équipes seront-elles pérennisées ?
  • Le projet lui-même survivra-t-il aux changements politiques à venir ? (élections de 2027, mais pas seulement)
  • Est-ce à la DINUM non seulement de développer, mais aussi d’opérer/héberger les différents outils ?
  • Quel sera le coût du maintien du code ?
  • Quelles sont les articulations qui pourront être faites avec la société civile (dont Framasoft), les entreprises, et même avec les autres États ?

Tout cela est encore en construction. Mais quand on regarde la chronologie du rapport État // Numérique, et qu’on constate que La Suite a été annoncée il y a moins de deux ans, on peut aussi se dire que les réponses viendront en leur temps.

Concernant les critiques des éditeurs libres

C’est d’ailleurs pour cela que nous comprenons la frustration que certains éditeurs de logiciels libres ont pu exprimer. « Pourquoi développer des logiciels libres (de gestion de fichiers, par exemple) alors que des solutions libres existent déjà (Nextcloud, par exemple) ? ».

Cette critique nous paraît légitime dans son principe : lorsqu’un logiciel libre existe déjà, l’État doit pouvoir expliquer pourquoi il choisit de développer ou d’assembler autre chose.

Cependant, dans la forme de cette expression, nous avons surtout entendu la vexation que leur solution libre ne soit pas retenue.

Samuel Paccoud, chef de pôle de La Suite, répond plutôt clairement à cette critique dans le podcast « À la French » : dans une approche centrée sur l’utilisateur, il est souvent plus complexe, plus long, et souvent plus cher de travailler sur des dérivés de logiciels libres existants. Alors que construire sur des briques libres existantes, notamment les innombrables briques libres qu’il est possible d’assembler grâce à l’interopérabilité, peut être bien moins coûteux pour répondre aux besoins des utilisateur⋅ices.

 

Extrait de la l’épisode « À la french » du 24 février 2026 (aussi disponible en podcast ou sur YouTube)

Concernant les critiques des éditeurs non-libres

Mais le plus étonnant dans toute cette histoire, ça a sans doute été l’argument des éditeurs de logiciels propriétaires : « Oui, mais ça risque d’être la fin de la commande publique ! ! ! »

Tout doux, Bijou. Rappelons que ça n’est PAS le rôle d’un État de faire vivre cette commande publique. Le rôle de l’État, c’est ça :

la mission première de l’État est de permettre l’exercice de la souveraineté nationale qui appartient au peuple.

Ce n’est donc pas à l’État de financer des boîtes qui font du libre, et encore moins des boites qui font du propriétaire. C’est « logique » que l’État achète. Mais c’est pas un dû.

Donc venir couiner parce que l’État n’achèterait plus une licence Zoom (ou équivalent français), désolé, mais nous ne verserons aucune larme.

Ça serait d’ailleurs la même avec PeerTube : si l’État utilise massivement PeerTube et ne contribue pas, ça va nous fâcher, même si c’est un risque lorsque l’on fait du libre. Par contre, si l’État développe sa solution de diffusion de vidéos, en 100 % libre, et n’utilise pas PeerTube, Framasoft n’ira pas pleurnicher parce que Framasoft touche 0€. Comme tout éditeur de logiciel libre, nous aurons forcément envie de savoir pourquoi le choix serait de redévelopper une solution alors qu’une autre existe. Mais quiconque a déjà géré des projets logiciels sait que ces choix sont complexes et relèvent de nombreux facteurs.

Mème : deux images côte à côte. Sur la première, une femme taguée « Les grosses boites du numérique qui pleurent parce qu'elles ne pourront plus se gaver » crie sur quelqu'un hors-champ, retenue par une autre femme ; sur la seconde, un chat tagué « La Suite Numérique » fait des yeux méchants.

Par ailleurs, imaginer que l’État renoncerait à la commande publique est un argument inepte. L’État va continuer à acheter des chaises, des stylos, des ordinateurs (peut être bientôt équipés Linux ?) et… des logiciels.

Regardez cette annexe du Projet de Loi de Finances 2026. Les dépenses en logiciels de l’État, c’est quand même approximativement 2 211 millions d’euros (2023) et 2 401 millions d’euros (2024) (cf. page 177 du PLF). Et on ne vous parle même pas du numérique en général (les serveurs, les ordis, les souris, etc.). Et là, on vient gueuler parce que l’État a investi quoi ? 30 ou 50 millions (soit 1 à 2 % du total) pour des logiciels utilisés par des centaines de milliers, voire des millions d’agents ?

Page 177 du rapport sur l’impact environnemental du budget de l’État présentant les dépenses de l’État concernant le numérique. Et, oui, on parle en millions d’euros, là…

 

 

Il faut savoir raison garder. Ces éditeurs ont surtout perçu qu’une partie de l’énorme manne d’argent public dont ils ont largement bénéficié pendant des décennies, souvent en gonflant très largement les factures, allait être un peu moins énorme. Et ils ont donc fait de la communication du lobbying.

Et quand on connaît la capacité de lobbying des éditeurs logiciels, reconnaissons à la DINUM qu’elle a fait un choix politique courageux. Et qui est en train de payer quand on regarde l’adoption croissante des outils de La Suite.

Cependant, restons vigilant⋅es, il y a fort à parier que les Capgemini, Sopra Steria, Microsoft & co. ne prendront pas cette défaite comme signifiant la fin du combat. Ils ont le temps et l’argent nécessaires pour faire pression aux bons niveaux institutionnels afin de faire abandonner un tel projet.

Y arriveront-ils ? Nous sommes prêt⋅es à parier que nous n’aurons pas à attendre 10 ans pour vous apporter la réponse.

 

Mème : un astronaute regarde la Terre en disant « La Suite Numérique, c'est une belle victoire pour le libre, non ? ». Un autre, derrière lui, le tient en joue avec un pistolet et répond « Pour le moment, Pour le moment... » ; Texte 3 : « Microsoft ».

 

Conclusion

Oui, certaines critiques faites à La Suite sont légitimes, notamment lorsqu’elles portent sur la réutilisation de logiciels libres existants, sur la contribution aux communs, sur la pérennité des équipes ou sur la place que doit occuper la DINUM dans l’exploitation de tels outils.

Mais non, cela ne suffit pas à conclure que La Suite serait une mauvaise idée.

À nos yeux, c’est au contraire une initiative précieuse, parce qu’elle rouvre un espace politique que l’État français a trop souvent laissé se refermer : celui d’un numérique public plus libre, moins dépendant d’éditeurs ou de cabinet de conseils dont l’objet est moins de servir la population que de se servir sur les institutions.

Mème de Bernie Sanders : « I am once again asking... de ne pas jeter La Suite Numérique avec l'eau du bain libre. »

 

 

C’est trop long, j’ai pas le temps de tout lire

  • L’État, au travers de sa Direction Interministérielle au Numérique, s’est mis a développer ses propres logiciels (libres).
  • La Cour des Comptes, traumatisée par des échecs précédents, a fait son boulot en alertant sur des dérapages possibles. Mais au final, pour l’instant, les coûts n’ont pas dérapé, et ça se présente même plutôt bien.
  • Les éditeurs de logiciels libres ont grincé des dents, légitimement, parce que la DINUM a fait des choix qui ne retenaient pas forcément leurs solutions développées avec amour. Mais l’État est, eh bien, souverain. Et s’il serait bon que les raisons de ces choix soient transparentes et puissent être débattues publiquement, les choix faits par la DINUM nous semblent cohérents.
  • Les éditeurs de logiciels propriétaires crient au meurtre, affirmant que l’État doit passer par eux pour développer les logiciels utilisés par les agents de l’État, sinon ils ne pourraient pas se payer un troisième yacht. Mais il est bon de rappeler que ce sont nos impôts qui ont déjà payé les deux premiers, alors que le service rendu était parfois catastrophique. Et que les petits choux ont encore les dents largement suffisamment acérées pour se gaver sur la bête.
  • La Suite a fait largement parler d’elle dans les médias (jusqu’au New-York Times). Et ça, c’est bon pour le libre et les communs numériques.
  • Au vu des statistiques d’usage, bientôt une très large partie des agents publics utiliseront des logiciels libres collaboratifs dans leur quotidien. Et ça, ce n’était clairement pas un pari gagné.

Bref, arrêtons deux minutes de cracher dans la soupe : La Suite, c’est bien. C’est imparfait. Mais c’est bien.


Boite noire

Boite noire

Cet article est déjà bien long, mais l’auteur de ces lignes s’est dit que cela vaudrait la peine de faire une « boite noire » à la Médiapart (la moustache d’Edwy Plenel en moins).

Commençons par le début. Pourquoi Framasoft prend-elle la parole sur le sujet ?

Et bien pour au moins 2 raisons.

La première, c’est que nous en avons eu assez de répéter que nous souhaitions discuter à égalité avec les politiques. En effet, être élu, c’est évidemment un pouvoir, mais c’est aussi un devoir. Celui d’être au service de l’intérêt général. Or après plus d’une décennie de discussions avec des élus locaux ou régionaux, des secrétaires d’État, ou même des ministres, nous avons (comme beaucoup) eu un sentiment d’épuisement face aux comportements parfois plein de bonne volonté, parfois emplis de morgue et de suffisance. Épuisement renforcé par la technocratie intrinsèque à ce milieux, et par les calendriers électoraux, qui font qu’il est compliqué de nouer une relation de partenariat saine de plus de cinq ans avec un agent de l’État.

La seconde, c’est que le plaidoyer, c’est un métier.
Et un métier à temps plein. Un métier que nous respectons beaucoup, d’ailleurs. Big up aux camarades de l’April, évidemment. Mais aussi à celles et ceux de La Quadrature, d’Alternatiba, etc.
C’est d’ailleurs un ancien camarade de La Quadrature qui avait dit à l’auteur de ces lignes qu’il fallait trouver un équilibre entre les globules blancs (qui protègent et défendent le corps humain contre les agressions extérieures) et les globules rouges (qui transportent l’oxygène vers tous les organes et tissus du corps). Les deux sont indispensables, mais il est quasiment impossible d’être à la fois (ou même successivement) globule blanc, puis rouge.
C’est aussi pour cette raison que Framasoft signe peu de tribunes. Nous sommes humain⋅es, et notre énergie de globules rouges est donc limitée. Celle-ci est donc dirigée vers nos actions, qui sont – en toute humilité – tout à fait conséquentes pour une association de – seulement – 35 adhérent⋅es (vous pouvez lire notre rapport d’activité ou regarder nos statistiques pour vous en convaincre).

Alors, pourquoi cet article dix ans plus tard ?

Parce que les critiques adressées à La Suite nous paraissent, selon les cas, légitimes, exagérées ou franchement mal orientées. Et parce qu’au-delà du projet lui-même, ce débat dit beaucoup de la place du logiciel libre dans l’action publique.

Dans l’article, on voit que ce sont surtout les institutions (Sénat, Assemblée Nationale, Cour des Comptes) et les entreprises (du logiciel libre ou pas), qui se sont exprimées sur le sujet. Mais la société civile a peu pris la parole. C’est ce que nous essayons de faire aujourd’hui.

Nous souhaitions aussi, au travers de cet article, faire une rapide histoire du rapport entre l’État et le numérique libre. Et pour cela, nous avons fait le choix de remonter jusqu’à De Gaulle, car ce sont bien certaines décisions stratégiques de l’époque « pré-libre » qui nous ont mis dans la sauce.

Comme toute vision historique, la nôtre fait l’objet de choix et de biais. Cependant, je tiens à remercier chaleureusement Étienne Gonnu, chargé de mission Affaires Publiques à l’April, d’avoir bien voulu relire et amender cette partie là avant publication. L’April est probablement l’association la mieux placée aujourd’hui pour raconter cette histoire, et ses membres le feraient sans doute bien mieux que nous [rappelons au passage que Framasoft est membre de l’APRIL, donc tu es légitime, pyg 😉 NDLR]. Mais… on s’est dit qu’on allait se lancer, et que dans le pire des cas, cela donnerait envie à d’autre d’amender cette chronologie.

Enfin, pour l’anecdote, la rédaction de cet article s’est étalé sur près de trois semaines, essentiellement à temps perdu (souvent le soir et les week-ends). Il aura réclamé de très nombreuses heures de travail, essentiellement pour aller chercher les sources ou les vérifier (certains rapports ayant plus ou moins disparus d’Internet). Or, entre temps, les nouvelles concernant La Suite, et plus généralement la souveraineté numérique, ont continué de s’enchaîner.

Bref, « le monde il bouge, et il vous attend pas » (© OSS117), donc à un moment, il fallait bien clore cet article « critique des critiques », qui lui même fera l’objet, n’en doutons pas, de critiques (les commentaires du Framablog sont là pour ça). Si vous nous interpellez sur LinkedIn, il y a peu de chances qu’on vous réponde là-bas 😜 .

Pierre-Yves Gosset, le 13 mars 2026

 

Suivre pyg:

Coordinateur des services numériques de Framasoft

Pierre-Yves Gosset est coordinateur des services numérique de l'association Framasoft (après en avoir été le délégué général et directeur entre 2008 et 2024). À l’initiative de projets tels que la Framakey, Dégooglisons Internet, ou CHATONS, il s'assure aujourd'hui que les services proposés par soient alignés avec l'objet social de l'association et soutiennent son impact auprès du plus large public.

58 Responses

  1. SEBASTIEN BROCA

    Merci pour ce super et très utile article (et bravo pour le travail historique). Pour creuser cette question du rapport compliqué entre acteurs publics et communautés développant des solutions libres et décentralisées, voir le très bon article sur Matrix/Tchap publié récemment par F. Musiani et K. Ermoshina.
    Ermoshina, K. et Musiani, F. (2025). Vers une souveraineté fédérée ? Mobilisation de plateformes décentralisées pour l’autonomie numérique européenne. Réseaux, 254(6), 77-112. https://doi.org/10.3917/res.254.0077.

    • pyg

      Merci Sébastien ! 🙂 (et moi j’attends ton prochain bouquin avec impatience 😉 )

    • Josunobō

      Article super intéressan et instructif, merci beaucoup 😁👍🏻

  2. Martin

    Petite typo : ce n’est pas « 2 211 Md€ (2023) et 2 401 Md€ », mais « 2 211 M€ (2023) et 2 401 M€ ».

  3. Marc Jeanmougin

    💯 ! Bravo et merci pour cette tribune !

    En plus de faire un super article avec tout l’historique des relations état/libre, d’un point de vue d’agent public libriste ça fait plaisir de vous voir défendre un service de l’État attaqué pour s’être rendu compte qu’ :
    – on ne peut pas avoir de souveraineté effective sans avoir les compétences *internes* pour faire ses choix technologiques en toute indépendance dans l’intérêt de l’État (et de ses agent⋅e⋅s et citoyen⋅ne⋅s avant tout). Que ce soit sur les technologies cloud (et la doctrine cloud au centre aide) ou sur le focus sur l’UX & l’accessibilité des solutions, bien visible dans la Suite.
    – on ne peut pas avoir de souveraineté effective sans une prise sur la *gouvernance* et la maintenance à long terme des solutions desquelles on dépend, et il est précieux d’avoir une voix avec laquelle discuter dans l’écosystème.

    Ce qui va sans dire, mais va mieux en le disant 😉

    ♥ !

  4. Laurent

    Euh vous êtes sûr·es que ça a existé « Le Bon Bus » ? Parce que moi je bossais à beta.gouv.fr en 2018 et j’ai jamais entendu parler de ce truc (et il n’y en a pas de traces dans les moteurs de recherche). « Le Taxi », oui ça me parle, « La Bonne Boîte » c’était chez Pôle Emploi, mais « Le Bon Bus », ça sort d’où ?

    • pyg

      Et bien, c’est… une excellente question. Je doute de l’avoir inventé 🙂 Donc il doit y avoir cette erreur (signalée aussi par Pierre Pezziardi) dans un des (nombreux) sites ou rapports que j’ai consulté.

      En tout cas, j’ai remplacé avec « La Bonne Boite » qui est un projet qui a bien existé, lui.

  5. InfoLibre

    lasuite.numerique.gouv.fr utilise LaSuite (https://www.lasuite.coop) et propose aussi OnlyOffice (https://lasuite.numerique.gouv.fr/produits/fichiers), à éviter car OnlyOffice convertit et stocke nativement et de force tous les documents aux formats MSOffice.
    apps.education.fr, qui utilise aussi LaSuite, propose aussi Collabora Online, (renommé Tribu), plus intéressant à utiliser, car les documents sont stockés au format OpenDocument.
    Déjà entre ces deux ministères, on n’a pas de cohérence, ce qui n’est pas étonnant, chaque ministère étant un État en soi.
    Le pire exemple, c’est la gendarmerie sous Linux et LibreOffice et la police sous Windows et MSOffice, au sein du même ministère. Mais c’est normal, ils fonctionnent en réalité encore comme deux ministères séparés.
    Pour les offres privées avec Collabora Online, il y a certaines offres d’hébergement des CHATONS, Tracim, mosa.cloud, Mijn Bureau, OpenDesk et toutes ces intégrations : https://www.collaboraonline.com/fr/integrations/
    https://resana.numerique.gouv.fr propose à la fois Collabora Online et OnlyOffice, ce qui peut éviter les croisements de fichiers.

  6. Gaulois73

    ça n’a surtout aucune cohérence technique….
    – Les échanges entre applications promettent d’être très pénibles à maintenir
    – Aucun support de l’opendocument, on s’en remet à des bibliothèques javascript très perfectibles…

  7. Wordart

    Merci d’avoir pris le temps de dégrossir le sujet et d’indiquer la position de Framasoft à ce titre.

    J’avoue que le choix de prendre le SDK de livekit pour visio et de développer par dessus une interface me dépasse techniquement mais vu les explications de Samuel Paccoud (merci pour la référence de l’émission, je ne connaissais pas) ça ne semble pas être tombé de nulle part.

    Travaillant en collectivité et me faisant infliger des solutions, je vois d’un bon oeil la perspective de la suite territoriale (déclinaisons pour les collectivités de la suite).

  8. mrflos

    Hello,
    Merci pour ce colossal travail d’archéologie pour retrouver toutes ces phases et événements marquants!

    Si on peut se permettre a rêver un peu, il manquerait juste un peu d’animation, de concertation citoyenne et de travail de synchronisation avec les contributeurices des différents projets libres utilisé pour avoir un vrai commun numérique bénéfiques a toutes et tous!

    • pyg

      Ca fait partie des « imperfections » de La Suite, je suis tout à fait d’accord.

      Après, à un an des élections, je comprends les choix (politiques) qui ont amenés au « move fast and break things » ( 😛 )
      D’où l’intérêt de la mise en perspective historique. Rajoute 6 mois ou un an de concertation, post avis de la CdC, et il y aurait eu de fortes chances que le projet soit arrêté (avec 10 millions d’euros de pertes, du coup).

      L’avantage, c’est qu’il n’est pas trop tard.
      LaSuite.coop (coucou les copain⋅es de IndieHosters) fait déjà beaucoup en termes d’apport « société civile » (merci à elles et eux). Et je pense que une fois le socle bien solidifié, nous (société civile) seront beaucoup plus en capacité d’apporter des critiques à l’existant. (de nouveau : ne me lis pas en sens contraire, hein : j’aurai préféré que la concertation se fasse en amont)

      • fflorent

        Salut!

        Déjà merci à Pyg pour ce chouette article de blog.

        Comme je vois un contributeur du projet Yunohost (comme moi, coucou !) et en tant que personne travaillant pour La Suite, j’en profite pour dire que j’ai travaillé avec l’aide d’autres collègues à packager quelques solutions de La Suite :
        https://github.com/YunoHost-Apps/grist_ynh (j’y prends un grand soin étant développeur pour la solution upstream)
        https://github.com/YunoHost-Apps/lasuite-meet_ynh (aka Visio)
        https://github.com/YunoHost-Apps/lasuite-docs_ynh

        Pour les 2 derniers projets, il y a quelques versions de retard (j’espère corriger ça bientôt en étant mieux disponible).
        Grist et Visio s’installent très bien (et Visio s’installera d’autant mieux quand l’OIDC sera implémenté nativement 😉 ).
        Pour La Suite Docs, il faut que je remette un peu d’effort sur le paquet, mais il y a du travail intéressant mené par des contributeur qu’il faut que je regarde :).

        Je ne réponds pas à l’entièreté de la critique (très pertinente), et je pense qu’il y aurait encore quelques éléments de réponses à apporter par d’autres personnes, mais je tenais déjà montrer qu’il y a des initiatives individuelles poussées en ce sens pour rendre ces projets bénéfiques au plus grand nombre :).

        • Souverain

          Je confirme que fflorent m’a été d’une grande aide pour installer et tester la suite sur mon serveur YunoHost.

          Nous attendons maintenant quelques corrections de bugs sur Docs, ainsi que la suite des briques, pour pouvoir bénéficier de toute la stack en auto-hébergement.

          Un grand merci à toute l’équipe de la DINUM !

  9. pyg

    Suite à un commentaire tout à fait pertinent sur LinkedIn, je répond ici (car LinkedIn limite le nombre de caractères de la réponse et j’ai pas envie de jongler avec 6 messages )

    Le commentaire :

    Article très bon en soit. Et je suis sincère. Et je ne vais pas prendre parti personnellement, je ne suis pas concerné de premier chef, mais quand même en critiques vous auriez pu :
    1 – Evoquer la nationalité de l’éditeur de livekit, et évoquer la mitigation du risque (éventuel?)
    2 – Eviter de dire que les éditeurs ont déjà deux yachts. Concernant au moins la plupart des éditeurs français, j’en doute.
    3 – Etre plus clair sur le sujet de la souveraineté. Qui l’est? Le peuple ou l’état?

    Ma réponse
    Merci Thomas Jardinet de vos retours

    > 1 – Evoquer la nationalité de l’éditeur de livekit, et évoquer la mitigation du risque (éventuel?)

    Alors, j’ai un peu du mal à comprendre tout le discours autour de LiveKit.

    Est-ce que LiveKit est développé par une boite états-unienne ? Oui
    Mais est-ce que Livekit est libre ? Et bien oui aussi (Licence Apache 2 : https://github.com/livekit/livekit?tab=Apache-2.0-1-ov-file#readme )

    Depuis quand la nationalité d’un éditeur de logiciel libre (j’insiste : « libre ») est-elle problématique ?

    Par contre, oui, un éditeur (US ou Allemand ou Whatever) peut éditer un logiciel « libre mais pas trop », ou refermer ce logiciel (cas extrême : https://github.com/minio/minio ; cas plus « light » : Mattermost, cf notre appel à fork : https://framacolibri.org/t/mattermosts-future-who-wants-to-fund-develop-a-fork/31451 )

    Bref, OK, le code libre (j’insiste à nouveau) de LiveKit est financé par une boîte américaine. Mais les contributeurs ne sont pas que salarié⋅es de LiveKit https://github.com/livekit/livekit/graphs/contributors et les PR ne sont pas « fermées » https://github.com/livekit/livekit/pulls?q=is%3Apr (où alors j’ai raté un truc, ce qui reste tout à fait possible)

    Nextcloud est développé par une boite Allemande, mais quand bien même la boite aurait été Australienne, ça ne nous aurait pas empêché de monter 3 000 instances https://framaspace.org

    Bref : les 4 libertés sont-elles respectées par LiveKit ? Oui. Est-il possible d’y contribuer et de forker le logiciel ? Oui.

    Ca n’empêche pas d’imaginer de remplacer LiveKit par d’autres briques (type Galene <https://galene.org/> ?) ou de forker LiveKit si la boîte fait de la merde demain à terme.

    Mais jusqu’à présent, je n’ai pas vu (= peut être les ai-je raté) de signaux disant « il faut fuir LiveKit ».

    > 2 – Eviter de dire que les éditeurs ont déjà deux yachts. Concernant au moins la plupart des éditeurs français, j’en doute.

    Alors je me suis mal exprimé, je parlais des PDG
    * de Sopra Steria (834K€ en 2022 https://cfdtsoprasteria.blogspot.com/2023/09/remuneration-du-president-du-groupe.html)
    * CapGemini (3,1 millions d’euros en 2024 https://www.capgemini.com/wp-content/uploads/2025/02/Compensation-executive-corporate-officers_EN.pdf )
    * d’Atos (5 millions d’euros en 2025 https://www.lalettre.fr/fr/entreprises_tech-et-telecoms/2024/06/07/atos–une-remuneration-de-4-millions-d-euros-attend-le-dg-paul-saleh-en-2025,110245510-art)

    Je n’ose rêver celui de McKinsey.
    Je n’ai pas de souci un ce qu’un PDG gagne de l’argent. Même si je serai pour un encadrement des écarts de salaires.
    Cependant, dans les 3,1 millions d’euros du PDG de CapGemini, il y a la valorisation d’avoir su tirer profits et marges de contrats, y compris de contrats et de marchés **publics**. Dit autrement, dans les 3 millions annuels du PDG de CapGemini, il y a – indirectement – une partie de mes impôts. Qui n’ira pas dans des écoles, dans des hôpitaux, etc.
    Et ça, oui, ça me pose problème.

    Mais je vais corriger, oui.

    > 3 – Etre plus clair sur le sujet de la souveraineté. Qui l’est? Le peuple ou l’état?

    Alors, la mission de l’Etat, c’est, littéralement, «permettre l’exercice de la souveraineté nationale qui appartient au peuple » (cf CC : https://www.conseil-constitutionnel.fr/la-constitution/le-role-de-l-etat ).

    En bon gauchiste, le mot « souveraineté » me hérisse le poil. Donc, je parlerai plutôt de « condition d’émancipation du peuple » et « d’autonomie stratégique de l’Etat ».

    Et rappelons que l’État n’est pas un truc « flottant », il est constitué de femmes et d’hommes, avant tout. Quelques un⋅es pour lesquelles on vote, mais une immense majorité (99,9% ?) pour lesquelles on ne vote pas (fonctionnaires et assimilés, sans compter une large partie de prestataires). Ce qui m’intéresse, c’est donc que ces personnes puissent utiliser des outils qui ne les enferment pas, y compris pour des raisons de dépendance et de surveillance nationale et internationale.

    (et merci encore sincèrement pour le commentaire)

  10. Sophie

    Bonjour PYG et merci pour ce billet détaillé. Je pense que MIMO aurait sa place dans ta frise parce que ça a été un des premiers instrument de mutualisation même s’il n’a pas su résister dans le temps, il a eu un poids politique important.
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Mutualisation_interminist%C3%A9rielle_pour_un_environnement_de_travail_ouvert

    Quant à La Suite, je pense qu’elle connaît et connaîtra toutes les pressions que les organisations à but non lucratif développant du logiciel libre subissent de la part de l’écosystème du libre comme du privé. Il lui faudra une structure et une gouvernance solide pour pérenniser son développement. De même pour son indépendance quelles que soient les politiques en place et les embûches de non concurrence qu’on voudra lui imposer.

    • pyg

      Salut Sophie ! 👋

      Tu as tout à fait raison, MIMO fait partie d’une dizaine de puces que j’avais « mises de côté » et supprimées pour rester «  » » » » »relativement » » » » » » léger.
      Mais ton argument me fait réviser mon jugement. Je la remettrai dans les jours qui viennent.

      > De même pour son indépendance quelles que soient les politiques en place et les embûches de non concurrence qu’on voudra lui imposer.

      C’est la principale faiblesse du projet selon moi.
      Après, il y a l’avantage que le projet se fasse en collaboration avec d’autres États (DE et NL, notamment). ce qui rend le projet potentiellement plus robuste pour les utilisateur⋅ices. Cependant, même si La Suite devenait demain un ENORME succès au sein de l’Etat, RIEN ne garantit effectivement qu’en 2027, un changement politique la remise totalement au placard (cf l’avant dernier mème avec Microsoft pointant la DINUM)

  11. LaSuite.coop

    Merci beaucoup pour ce travail colossal, Pierre-Yves — et pour la mention de LaSuite.coop dans cet article ^^

    Nous sommes particulièrement sensibles à la nuance que vous apportez dans ce débat souvent réducteur. La chronologie que vous avez reconstituée dit beaucoup sur le contexte dans lequel s’inscrivent des initiatives comme la nôtre : il ne s’agit pas de choisir entre l’État et le marché, mais de construire des alternatives durables, ancrées dans l’écosystème des communs numériques. Le travail fait sur la frise est incroyable !!

    Merci pour les mèmes très drôles et longue vie au Framablog, qui continue de faire ce que peu font : prendre le temps d’aller au fond des choses.

    Sarah pour LaSuite.coop

  12. Bruno HENRY

    Bonjour à tous,

    Bravo pour cet article et le travail historique sur le rapport entre l’état et le numérique.

    Je veux insister sur les formats ouverts (préconisés par le Référentiel Général d’Interopérabilité depuis 2009, comme l’indique la chronologie).
    Peut-être, plus que les logiciels, sont ils indispensables à la « souveraineté numérique » et qu’il y a également un travail de vulgarisation à faire sur ce sujet.

    Sur Tchap, je suis attentivement le développement de Docs et de Fichiers (de la suite) et je suis parfois étonné de l’exigence des utilisateurs sur le support des formats ©Microsoft™. Je comprends bien comment ils en sont arrivés là, et je trouve très positif qu’ils essaient la Suite, mais il reste beaucoup à faire autour de la compréhension des formats.

    Comme je fais partie de l’Éducation Nationale, je peux attester de l’utilisation de plus en plus importante de Apps Education, alors que nos hiérarchies (territoriale et pédagogique) ne relaient pratiquement aucune information sur l’existence de ces outils. Et je suis bien sûr scandalisé par le dernier contrat avec ©Microsoft™ (parfois, c’est la honte qui prédomine).

    MERCI encore pour tout votre travail.

  13. Cédric Joly

    Merci pour cet article qui remet le bazar au centre de la cathédrale, et pour tout le travail sur les sources !

    Un point important, très bien développé dans l’épisode d’À la French, est la différence entre utiliser du libre et opérer un service. Or ce qu’explique Samuel Paccoud, notamment pour la partie Livekit, c’est qu’il y a tout un sujet opérationnel pour le service aux utilisateurices, qui justifie un Make complet, notamment en ce qui concerne Visio et les contraintes d’un service de visioconférence (et le fait d’avoir le point de vue de JB Kempf sur ces sujets est appréciable). De ce que j’en ai retenu, le sujet a surtout été : comment faire du RUN qui répond aux contraintes suite la DINUM avaient en terme de qualité de services, et comment mettre ça en cohérence avec la notion de communs numériques. La Suite, ça n’est pas que du code, c’est un service opéré, pour un besoin spécifique, qui a mené à un BUILD libre.

    Je trouve que le débat est très centré sur « les éditeurs » alors que c’est un sujet qui à la base est surtout opérationnel (le point central de la notion de souveraineté, pour moi).

  14. Maxime Guedj

    Quel article, quel boulot ! Une sacré leçon de pédagogie, merci infiniment Pyg !

    Important de préciser en effet que apps.education avait déjà entamé un grand travail de diffusion en ce sens auprès des agent.e.s de l’éducation nationale, et continue encore très activement. Et cet historique est très precieux pour cette prise de recul salutaire.

    Hâte de lire la suite ! (😆 OK je sors)

    ++

    • pyg

      Merci Maxime ! 🙂
      La ~~suite~~ prochaine étape sera un article sur NLNet 🙂 Nul doute qu’il t’intéressera aussi 🙂

  15. Ch

    Merci de votre article de fond !

    Concernant les critiques formulées, je suis étonnée de lire qu’on taxe l’initiative de La Suite de « concurrence irresponsable » des éditeurs français de logiciels libres : autant que je sache, les développeur·euses de la DINUM reversent l’intégralité de leur code à la communauté et encouragent même les forks de leurs outils (en se basant sur des briques libres pré-existantes lorsque c’est possible).
    A contrario, et vous y revenez en fin d’article, une des revendications est d’offrir des outils prenant en compte les besoins spécifiques métiers des agent·es de l’État que les outils libres sur étagères, génériques de facto, ne comblent pas complètement … d’où un usage « contraint » et pas toujours plebiscité in fine, qui lui pousse réellement dans les bras des GAFAM (je l’observe au quotidien dans mon métier).
    En tant qu’informaticienne dans l’enseignement supérieur et libriste (« de l’extrême »), je suis particulièrement enthousiasmée par l’esprit de ce projet se revendiquant explicitement des communs numériques. Entendre des agent·es de la DINUM mettre en lumière et en avant cette philosophie est rafraichissant, surtout dans le contexte de fascisation actuel ! 🙂

    • M_a_n_u

      Merci, c’est presque ce que je voulais écrire.

      Ça fait longtemps que je demande pour quoi il n’existe pas un « SI France », une instance qui piloterait la mise à disposition des logiciels, dont un OS, et des infras dont un « intranet France » qui continuerait à tourner si Internet tombait, le tout s’appuyant sur une entité de quelques (dizaines) de développeurs et surtout sur le réseau des écoles, collèges, lycées & universités françaises pour faire vivre cet écosystème.

      La suite est un début de réponse à ça.

      Je suis aussi perplexe sur le volet « économique » des réactions : par principe, le libre n’a jamais prétendu à garantir les revenus des développeurs de logiciels libres, même en cas de succès d’adoption.
      Curieusement, il n’a pas été question de proposer l’embauche desdits concepteurs comme fonctionnaires, ce qui aurait pour moi tout son sens.

      • Stéphane Ascoët

        Le « SI français », c’était la CII. Avant sa cannibalisation par VGE (il est ironique que ce soit sous macron, son héritier et clone, qu’il y ait une mini-inversion de la tendance), ils y avaient même inventé un réseau utilisant la commutation par paquets, cyclade (je suis surpris qu’il n’ait pas été cité, mais apparemment PYG a dû faire des coupes pour que ce ne soit pas encore plus long que ça ne l’est déjà), avant Internet (Arpanet en 1969, finalisation de TCP/IP en 1977 mais déploiement réel plutôt vers 1983 dans les premières universités reliées)

  16. Christophe .

    Article très intéressant même si orienté (mais on sait qui l’écrit et on est prévenu en préambule).
    Si je ne m’abuse ce qui est reproché (surtout par les petits éditeurs de logiciel car personne ne pleurera sur CAP et SOPRA) c’est que quand l’État investit sur le make et non le buy cela ne permet pas de faire émerger un ou plusieurs champions européens.
    J’imagine que côté Framasoft ce n’est pas ce qui importe puisque votre objectif est le développement de l’usage du libre (et c’est tout à fait légitime).
    En somme on a un écosystème et des politiques qui souhaiteraient moins dépendre de solutions américaines par l’émergence de champions européens (même si les solutions sont propriétaires) et les acteurs du libre qui privilégient l’usage du libre en pensant que celui ci pénétrera les autres marchés que celui de l’Etat (à tort ou a raison).
    Il y a donc 2 objectifs différents et deux vision différentes, avec au milieu la DINUM qui a choisi le make sur le libre par pragmatisme (le make pour fournir rapidement un outil efficace) et idéologie (le libre c’est mieux que le non libre).

  17. Manu

    Super article, merci beaucoup, vraiment 🙂

    Perso, la critique des acteurs du libre de « il faudrait contribuer aux communs existants plutôt que créer du nouveau » me chagrine un peu.

    Dans le monde du privé, on n’en veut pas à Figma ou Canvas d’être là, alors que ça ressemble beaucoup à Photoshop qui existe depuis 30 ans quand même. Et dans notre monde libre, dès que tu créés qqchose, sous prétexte que quelqu’un a déjà fait un truc similaire avant, faut *toujours* se prendre des remarques de gens qui pensent savoir mieux que toi que fallait pas le faire. Avec cette logique, l’open source n’avance pas. Il faut des nouveaux projets pour avancer.

    Ici, Docs a peu de chose à voir avec Collabora à l’usage, mais c’est quand même un argument qui revient souvent : « pourquoi Docs alors qu’il y a Collabora ? on jette nos impôts par les fenêtres ».

    La Suite est composée à la fois d’outils créés comme Fichiers Visio et Docs, et d’outils adoptés comme Tchap et Grist. Les 2 approches sont légitimes, et je ne pense pas qu’une soit foncièrement meilleure qu’une autre. Croire qu’on perd du fric si on ose créer un Docs, c’est ne pas comprendre la difficulté, et donc le coût, qu’est d’adopter des communs établis.

    Et ça, c’est sans parler des produits en eux-même. L’UX de Fichiers, Visio, Docs est ultra qualitative. Et dans ce de débat de « créer vs contribuer », on oublie souvent ce point. L’UX est une grosse raison de ne pas forcément adopter les alternatives historiques… Qui ont parfois justement trop d’historique pour être raisonnablement remises au goût du jour.

  18. Stéphane B

    Superbe travail pédagogique, merci.
    Un petit ajout : en 2018, l’éducation nationale avait lancé un travail de réflexion sur les usages de ses personnels, le projet ETNA (Environnement de Travail Numérique de l’Agent) auquel j’avais participé.
    Je ne sais pas si « La suite » en est l’émanation, ou si c’est plutôt Apps qui a suivi, mais il y avait une véritable préoccupation des besoin des usagers (même si c’était mené par des gens de Cap Gemini).

    Question subsidiaire : avec quel outil avez-vous fait la frise ? C’est magnifique.

  19. Ladislav

    L’article est très bien, mais la dépense publique en matière de numérique très sous estimée !

    en 2018, l’État dépensait ~828 M€ en prestations informatiques. Et la tendance est fortement à la hausse !
    Les chiffres présentés par Framasoft sur la commande publique numérique sont issue de données parcellaires.

    La dépense publique française en licences logicielles se situe autour de 3 à 6 milliards d’euros par an,
    et celle en prestations informatiques entre 8 et 15 milliards d’euros.

    @Framasoft ?

  20. Artwo

    Super article, très complet, bravo !

    J’ai suivi ce projet de près, avec un peu de méfiance notamment à cause du gouvernement sous lequel tout ça est mis en place… Mais, je dois bien avouer que je suis assez surpris par la qualité des outils qui en sortent.

    C’est un sujet qui est trop souvent mis de côté, je pense. Visio c’est super solide, j’utilise Docs tous les jours avec mon asso maintenant et c’est pareil : ça marche parfaitement bien.

    J’aurais aussi aimé qu’ils en profitent pour contribuer à des projets déjà existants, mais il faut reconnaitre que j’avais jamais croisé un *Notion-like* collaboratif aussi simple à mettre en place et à utiliser dans le monde du libre (et pourtant, j’en teste beaucoup des programmes de ce type).

    Du coup, je vois ça aussi comme une super avancé pour le libre en général : j’utilise plein de logiciels libres très bien sur mon desktop au quotidien, mais là, on a tout un lot d’app modernes à faire tourner sur nos serveurs qui changent un peu des *UI de developers* qu’on avait quand même beaucoup jusque là.

  21. Erwan

    Salut PYG,

    Merci pour l’article, super !

    Je cite Henri Verdier pour certains chiffres, lors de son audition récente à l’Assemblée nationale :

    « Et euh dans ce périmètre des DS[I] ministériel, on l’État dépense à peu près **4 milliards par an**. Euh **2 milliards, c’est des achats de licence** euh qui Microsoft, SAP, Oracle etc. Intéressant quand même. **2 milliards, c’est de gigantesques projets** qui durent parfois 5, 10, parfois 15 ans pour faire la paye des militaires, pour faire la gestion RH de l’Éducation nationale. »

    (sous réserve d’erreur de transcription, seul le prononcé fait foi)

    https://www.youtube.com/live/hsPbHhFWdOE?si=elHip6uJV8u1vFuZ&t=989

    Donc « 3 à 6 milliards d’euros par an (…) 8 et 15 milliards d’euros » est à amender…

    Bien à toi,
    Erwan

  22. Pollet

    Waow, bluffé par la qualité de l’article
    et très intéressé par le contenu de la frise chronologique comme support éducatif… est-ce possible de l’exploiter à ces fins et y aurait-il un export pdf ou autre possible ?
    Merci encore pour ce super boulot !
    Olivier

    • pyg

      Bonjour,
      La frise se base sur ce fichier markdown : view-source:https://misc.frama.org/frise-etat-numerique-libre/timeline-data.js
      (sous firefrox, réparez l’encodage avec le menu « Affichage > Réparer l’encodage du texte »)
      Vous pouvez télécharger ce fichier.

      Par défaut, ce que Framasoft produit est sous licence libre Creative Commons BY-SA <https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.5/> donc modifiez autant que vous le souhaitez, et ajoutez : « source CC by-sa : https://misc.frama.org/frise-etat-numerique-libre/ by pyg for Framasoft.org »

      • Marco Rugo

        Bonjour. Bien qu’étant étranger au domaine évoqué (c’est un lien dans un commentaire d’un article iGen qui m’a amené à vous lire), et même étranger à la France (je vous écris de Suisse), c’est avec beaucoup de plaisir que j’ai lu votre article dans son intégralité. Preuve de son intérêt.

        Oserais-je vous demander quel logiciel avez-vous utilisé pour créer cette très belle frise ? D’avance, un grand merci à vous 🙏

        • ornanovitch

          Hello pyg, même question !

          Vous n’avez quand même pas créé l’outil juste pour cet article si ? Je ne l’ai pas trouvé sur la forge

  23. Vincent

    Merci pour cet article qui fait du bien, après des polémiques et des prises de position douteuses, et une tendance au corporatisme plutôt qu’à l’intérêt général, y compris de certains défenseurs de l’OpenSource. On a enfin une version publique de ce que beaucoup pensaient tout bas sans avoir l’espace, le temps, l’occasion ou la force de le dire tout haut.

  24. unjour

    Article très intéressant.
    Sur la notion du coût, si on veut une vrai souveraineté il faudra bien essayer, se tromper, recommencer, retomber, pour espérer avoir quelque chose qui tient à peu près la route, et j’ai presque envie de dire peu importe le prix.

    Une petite anecdote sur la circulaire Ayrault que tout les fonctionnaires avaient reçu à l’époque sous forme d’un pdf. Dans les metadata on pouvait lire…………que le document avait été généré sur Microsoft Word (non non c’est pas une blague).

    • Stéphane Ascoët

      Je ne suis absolument pas surpris. Je pense que ces gens écrivent des rapports, mais ne connaissent même pas la différence entre OS/navigateur/Internet/suite bureautique. Alors penser qu’ils peuvent en utiliser d’autres que ceux par défaut…

  25. Thomas Payen

    Je me permet une petite précision sur le passage sur la Messagerie Collaborative de l’État (étant un sujet que je connais un peu) :

    > La DINUM n’aurait ni les effectifs, ni l’expertise, ni les moyens pour se substituer aux éditeurs logiciels, comme le démontre aussi l’échec du projet Messagerie Collaborative de l’Etat

    La DINUM n’a jamais eu pour ambition d’être éditeur logiciel de la MCE car la MCE n’est pas un « logiciel » mais simplement une communauté de ministères qui utilisent les mêmes briques open source pour leur messagerie interne (Roundcube, Cyrus, Postfix, Postgresql, … la page web citée en lien l’explique d’ailleurs assez bien).

    Chaque ministère choisi les briques open source qu’il souhaite, les configure comme il le souhaite et les installe comme il le souhaite, en travaillant avec ses propres équipes techniques et prestataires. La MCE étant le partage de connaissances fonctionnelles et techniques de ces briques, et en cela est un succès, même si la DINUM ne participe plus. (Des ministères qui se réunissent sur un sujet commun et partagent leurs connaissances, ce n’était pas si courant il y a 10 ans)

    Pour certains ministères ce fut plus ou moins compliqué, car comme à chaque fois que l’on parle d’open-source, on s’imagine que l’on peut modifier le logiciel autant que l’on veut plutôt que d’accepter ses forces et faiblesses, en tombant dans le piège du fork impossible a mettre à jour.

    • Christophe .

      La messagerie est une commodité et devrait être traitée comme telle.
      A partir du moment où il faut une collaboration assez étroite sur le sujet pour le mettre en œuvre on rate un peu la cible de l’appli sur l’étagère qu’il n’y a plus qu’à déployer (c’est plutôt cela que cherchent les structures publiques).
      Sans compter les difficultés pour trouver des intégrateurs et ressources humaines spécialisées sur le sujet que l’on a beaucoup de difficultés à trouver sur le marché.
      S’en suivent des projets de déploiement longs et complexes qui rebutent les ministères qui préfèrent mettre leur énergie ailleurs (sur les sujet spécifiques à leur métier par exemple).

  26. pat3

    Excellent article, qui permet de comprendre la complexité des enjeux au delà des positions idéologiques. J’ai découvert laSuite il y a peu et suivi des webinaires pour mieux comprendre. Je constate qu’il y a une volonté récente de l’état pour reprendre la main sur les logiciels utilisés par les agents de l’état, et que cette volonté a le libre comme point de départ. C’est assez incroyable, et même si la chronologie de pyg est très instructive sur ce point, on saisit bien que c’est lié à la situation internationale tendue.
    J’enseigne la culture numérique à l’université, et des initiatives comme laSuite me font incroyablement plaisir, parce qu’elles ouvrent la porte à une prise de conscience et une prise en compte de la problématique du logiciel libre à l’université, mais elles me chagrinent aussi… parce qu’elle montre à quel point mon université est loin, très loin de ces problématiques… Pourvu que la suite perdure, et pourvu qu’on puisse l’intégrer à nos outils actuels (obsolètes, bugués, dont les développeurs ont disparu, qui constituent une rente viagère pour des éditeurs au mieux paresseux, sinon malhonnêtes…).

  27. Olivier

    Super intéressant, merci pour cette synthèse. Deux questions restent cependant en suspend. Ceux des questions de périmètre :
    * Pourquoi limiter La Suite aux agents de l’état, et de fait à seulement une partie d’entre eux ? Si on prend les questions de souveraineté au sérieux, il me semble évident que les entreprises ont les mêmes besoins que l’état. Si en plus on considère que de nombreuses missions de service public sont prises en charge par des organismes privés, y-compris des associations, on voit bien qu’il faut élargir encore un peu plus. Et si on rajoute à cela que ces agents de l’état ou de missions de service public sont aussi des citoyens qui ont leur propre agenda/mail/… il me semble préférable d’étendre la disponibilité de La Suite à tous les citoyens. Ça sera l’occasion de voir comment gérer intelligemment les relations entre environnement perso et environnement pro. Il me semble que de nombreuses failles de souveraineté/sécurité viennent de ne pas savoir faire ça et de laisser les agents trouver eux-mêmes la solution, et de façon parfois complètement déconnantes, ex. l’usage de STRAVA.
    * Pourquoi une vision nationale ? Il me semble qu’en 2026 une vision européenne s’impose.

    • pyg

      Bonjour Olivier

      > Pourquoi limiter La Suite aux agents de l’état, et de fait à seulement une partie d’entre eux ?

      Alors comme je l’indique dans l’article, ce n’est pas le cas. Il y a (déjà) :
      – La Suite (pour les agents de l’Etat)
      – La Suite territoriale (pour les collectivités)
      – LaSuite.coop : pour les structures de l’ESS

      J’ajoute aussi https://mosa.cloud/ (boite néerlandaise) pour les entreprises.

      Par ailleurs, il est probable que Framasoft propose des outils issus de LaSuite d’ici peu.
      Bref, l’Etat développe les logiciels de LaSuite, mais c’est bien du logiciel libre, donc non restreint à un seul public.
      Par contre, c’est « normal » que l’Etat n’ouvre pas ses services à tout le monde : vous imaginez le coût d’infrastructure ? Le nombre de personnes nécessaires au support ? etc.

      > * Pourquoi une vision nationale ? Il me semble qu’en 2026 une vision européenne s’impose.

      Alors, les Etats Allemands et Néerlandais sont aussi impliqués (et peut être d’autres à terme).
      Par contre, mon point de vue sur la question, c’est que le logiciel libre se moque pas mal des frontières.
      Il pourrait y avoir du code écrit par des Cubains, des Philippins, des Sénégalais ou des Etats-uniens, on s’en fout complètement, tant que le code est libre et qu’il est correctement reviewé. Le problème de la souveraineté n’est pas un problème de drapeaux ou de frontières, mais d’indépendance et d’autonomie stratégique. Un code libre permet cette indépendance stratégique, quelle que soit la nationalité des développeurs.

      Cependant, je vous rejoins sur la dimension EU notamment sur la question du financement : développer des logiciels libres de qualité coûte de l’argent. Jusqu’à présent, ce code libre était essentiellement produit par des communautés ou par des entreprises. Le fait d’avoir des financements EU permet d’envisager plus sereinement la pérennité de tels projets, car le développement de tels logiciels n’est qu’une partie du coût. La maintenance est aussi un poste de coût important.

  28. Dimitri

    Brao pour cet article.

    Si seulement le mouvement des logiciels libres et des communs pouvaient essaimer dans d’autres sphères sociales

  29. Dimitri

    Merci pour cet article.

    Comment éviter que l’IA sifonne toutes ces inventivités au service des communs?

  30. Geoffrey

    Bonjour, super intéressant l’article, merci beaucoup pour cette rétrospective D’ailleurs, elle vient d’où la frise chronologique ? Quel outil avez-vous utilisé pour la produire ?

    • CharlesHenri

      Je suis quasiment sur à 99,99% que la frise a été faite par IA, mais « l’honnêteté intellectuelle » de l’auteur de l’article ne le précise pas …

  31. CharlesHenri

    La frise chronologique a été faite grâce à l’IA. Les libristes, vous êtes quand même paradoxaux à mort : Vous êtes les premiers à critiquer l’IA et les premiers à applaudir quand quelqu’un s’en sert (manifestement l’auteur de cet article). Pour moi c’est fini, plus de dons à Framasoft tant qu’ils se serviront de l’IA pour s’aider à rédiger leur article. Par devant, c’est « fuyons les GAFAM », mais par derrière aucun scrupule à polluer la planète et bien contents de les utiliser pour se faire bien voir des sphères de l’État (et de l’Éducation Nationale) avec leur soi-disant défense du service public. Hypocrites! D’autant plus qu’il n’est indiqué nulle part que la frise chronologique a été faite avec l’IA, donc l’auteur semble manifestement s’attribuer les mérites d’une production intellectuelle qu’il n’a pas produit. Bien entendu je suis prêt à retirer ce commentaire si l’auteur de cet article est prêt à me prouver que la frise a été faite sans IA (mais je suis sur à 99,99 % qu’il ne le pourra pas)

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