L’accueil, le Sud et la défense d’Internet : des défis majeurs à venir pour Wikipédia

Enokson - CC byL’extraordinaire encyclopédie libre Wikipédia a 10 ans et c’est naturellement l’occasion de faire des bilans.

Nous avons préféré ici nous projeter dans l’avenir en compagnie de Sue Gardner, à la tête de la Wikimedia Foundation depuis 2007 (dont Jimbo Wales en personne nous dit que le recrutement fut certainement « l’une des meilleures décisions que nous ayons jamais prise au cours de cette première décennie »).

L’accueil[1] et la diversification de nouveaux éditeurs, l’ouverture au monde et tout particulièrement vers « le Sud » et son utilisation croissante des terminaux mobiles, mais aussi l’inquiétude (ô combien partagée) de l’émergence de lois potentiellement liberticides pour Internet et de ce que pourrait faire ensemble les Wikipédiens pour le défendre, sont quelques uns des thèmes abordés ici.

Rendre Wikipédia plus accueillant : un véritable défi

The battle to make Wikipedia more welcoming

Olivia Solon – 10 janvier 2011 – Wired.co.uk
(Traduction Framalang : Olivier Rosseler, Martin et Goofy)

L’un des défis majeurs pour Wikipedia est d’étendre sa base de collaborateurs. Ce ne sont pas les volontaires qui manquent, le problème vient plutôt de l’accueil pas très chaleureux qui est réservé aux novices. Sue Gardner, directrice exécutive de la fondation Wikimédia, annonce des mesures pour y remédier, dans une interview donnée à Wired.co.uk.

Le profil du contributeur de Wikipédia moyen, pour sa version anglaise est le suivant : homme (88%), jeune (pas encore tout à fait trentenaire), féru de technique, disposant d’une bonne éducation et qui habite dans l’hémisphère nord. Pour cette raison, les centres d’intérêt de l’encyclopédie tournent plus autour de l’informatique, de l’astronomie ou de la culture populaire qu’autour de l’agriculture, de l’art au moyen-âge ou de la linguistique, par exemple.

Afin de corriger ce déséquilibre, et pour élargir sa base de contributeurs et la rendre plus représentative de la population mondiale, Wikipédia est sur le point de lancer une campagne d’accompagnement des novices pour leurs 100 premières éditions. Cela implique de se pencher sur l’ergonomie du site, mais il s’agit surtout de s’assurer que les contributeurs chevronnés se montrent plus accueillants pour les nouveaux éditeurs.

Sue Gardner, directrice générale (NdT : Executive Director) de la fondation Wikimedia, se confie à Wired.co.uk : « Les Wikipédiens ne se montrent pas toujours très compréhensifs avec les nouveaux arrivants qui ne maîtrisent pas encore tout à fait l’outil et les règles. On parle beaucoup de « septembre sans fin » (NdT : endless September) – un terme inventé par Dave Fisher pour décrire le débarquement annuel d’étudiants qui se créaient leur premier adresse mail aux débuts d’Internet – et lorsque je suis entrée chez Wikimédia, l’idée de recruter de nouveaux contributeurs rencontrait énormément de résistance. »

« Les contributeurs de Wikipédia veulent que l’encyclopédie soit de très bonne qualité, et ils ne voient donc pas forcément d’un bon œil l’arrivée de personnes qui n’en connaissent pas les valeurs et les processus de publication. Il n’y avait pas une bonne perception de ce que pouvaient apporter de nouveaux éditeurs. »

Les contributeurs mystérieux

Après deux ans de discussions internes, les choses sont en train de changer. Une évolution majeure a été réalisée quand des contributeurs expérimentés ont mené une expérience en se faisant passer pour des contributeurs anonymes pour voir comment leurs modifications étaient reçues. Ils ont pu constater qu’elles avaient été annulées ou supprimées même si leurs contributions étaient d’aussi bonne qualité que celles faites en leur nom. On ne prenait même, en général, pas la peine de leur expliquer pourquoi elles étaient effacées.


Gardner ajoute : « je pense que maintenant nous comprenons le problème, mais il nous reste à évaluer notre gestion des 100 premières contributions, qui sont si cruciales. ».

Ils projettent de modifier l’interface, pour la rendre plus accueillante, avec plus de messages encourageants. Contrairement à d’autres sites où le contenu est généré par les utilisateurs, Wikipédia a toujours évité de contacter ses utilisateurs par e-mail. Mais envoyer des messages comme « Untel a apporté des modifications à l’article que vous avez rédigé » ou « Vous avez édité cet article, peut-être voudriez-vous également éditer celui-ci » renforcerait peut-être l’adhésion au site des nouveaux utilisateurs.

Mais au-delà des modifications de l’interface, la communauté tente d’inciter ses contributeurs actifs à être plus accueillants. Le but est de les encourager à adopter le même comportement avec les anciens qu’avec les novices.

« On ne peut pas vous assurer de ne pas rencontrer de méchanceté sur Wikipédia, mais il nous faut encourager les discussions constructives, » nous dit Gardner.

L’un des plus gros défis de Wikimédia est d’encourager les contributions du « Sud » (au sens économique). Fruit d’une année de discussions collaboratives, la stratégie établie est de mettre l’accent sur les pays moins développés économiquement.

Actuellement, la version anglaise de Wikipédia compte le plus grand nombre d’articles (plus de 3 500 000), viennent ensuite la version allemande, puis la version française, avec plus d’un million d’articles chacune. On dénombre quasiment 300 versions de Wikipédia dans d’autres langues, qui affichent entre un et 750 000 articles. Il y a environ 67 000 articles en Hindi, 55 000 en Urdu et 21 000 en Swahili, par exemple.

2011 verra l’ouverture du premier bureau hors des États-Unis, en Inde. Ce sera la première initiative de « plusieurs tentatives d’incursion dans des parties du monde où les contributeurs et les utilisateurs potentiels sont nombreux, mais ces possibilités sont encore bridées » d’après Gardner. L’amérique latine et les pays arabophones sont les prochains sur la liste.

Wikipédia souhaite recruter de nouveaux éditeurs, mieux faire connaître ses besoins, faciliter techniquement l’édition et accélérer le site. L’idée est d’éviter que Wikipédia ne soit une encyclopédie rédigée par des gens uniquement dans les pays riches.

Pour corriger ce déséquilibre géographique, il faudra travailler sur l’énorme barrière que représente l’interface pour mobiles. Dans les pays en voie de développement, la majorité des personnes accède au Web grâce à leur mobile. Même si Wikipédia est optimisée pour être lue sur un téléphone portable, contribuer à l’encyclopédie à partir d’un mobile reste très difficile. Il y a bien une éditrice de la version indonésienne de Wikipédia qui y parvient grâce à un clavier externe connecté à son téléphone, mais « ça à l’air extrêmement laborieux », d’après Gardner.

Elle s’interroge : « La question préalable demeure : est-il possible de créer une interface d’édition ergonomique sur téléphone portable ? »

Une autre menace se fait de plus en plus sentir : l’instabilité des lois. Actuellement, aux États-Unis, Wikipédia est protégée des poursuites si un contributeur met en ligne quelque chose de diffamatoire par le Communications Decency Act. Sans ce régime de responsabilité favorable, il serait presque impossible pour Wikipédia de maintenir son modèle d’encyclopédie rédigée par les utilisateurs.

Gardner dit : « Nous devons sans cesse nous faire entendre pour définir ce qu’Internet doit être à nos yeux. Dans les premières années, le pouvoir législatif s’est contenté d’observer son développement, mais maintenant il veut de plus en plus avoir son mot à dire. »

Elle se dit inquiète des interventions de plus en plus fréquentes des gouvernements qui censurent le Web à l’échelle nationale, comme l’Australie qui a mis en place une liste noire des sites interdits à ses concitoyens ou encore comme le Royaume-Uni, en la personne de Ed Vaizey, qui demande aux fournisseurs d’accès de se montrer plus stricts sur le pornographie pour combattre l’exposition trop précoce des enfants au sexe (NdT : Elle aurait également pu citer la France avec sa loi LOPPSI 2 !).

« Au début, on pensait qu’Internet ne connaîtrait pas de frontières. Mais on se rend de plus en plus compte que d’un pays à l’autre, la manière de l’utiliser diffère fortement. J’aimerais vraiment que les Wikipédiens aient voix au chapitre sur ce point ». Elle cite l’expérience d’eBay Main Street Initiative, le volet « local » du site d’e-commerce qui informe les vendeurs des projets législatifs qui pourraient les concerner, comme modèle à imiter. Ils encouragent ainsi les vendeurs sur eBay à faire pression sur le gouvernement lorsque leurs intérêts sont menacés. Ils les incitent à écrire des lettres, à envoyer des e-mails ou encore à appeler leurs élus lors des débats importants.

« J’aimerais que les Wikipédiens s’engagent de cette manière afin d’influencer le développement d’Internet. » ajoute-t-elle.

À quoi donc ressemblera Wikipédia dans 10 ans ? « J’aimerais qu’elle soit plus complète, qu’elle soit plus dense. La version anglaise est vraiment impressionnante, mais la variété de son contenu réflète malheureusement la catégorie sociale prédominante des éditeurs. J’aimerais au contraire que, pour toutes les langues, le contenu bénéficie des connaissances et du savoir de toute la population. »

Notes

[1] Crédit photo : Enokson (Creative Commons By)




Orthophonie et logiciel libre – Rencontre avec Rémi Samier

Woodley Wonderworks - CC byFin octobre, la version 1.0 du FramaDVD École, un DVD ressources et logiciels libres à destination des écoles primaires, était finalisée et proposée au téléchargement. Cette sortie a été particulièrement bien accueillie et relayée par de nombreux sites, notamment des sites de circonscription de l’éducation nationale, mais également par des magazines[1].

Le DVD est disponible à l’achat[2] depuis le mois de décembre depuis notre boutique EnVenteLibre et les premières ventes sont encourageantes.

Différents témoignages que nous avons reçus, nous ont montré que le FramaDVD École n’était pas utile qu’aux écoles primaires. Le message envoyé par Rémi Samier, orthophoniste et webmestre du site Orthophonie Libre[3], nous a semblé particulièrement significatif. Nous lui avons donc proposé une interview que je vous laisse découvrir.

Bonjour Rémi, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Bonjour à toute l’équipe de Framasoft et aux lecteurs du Framablog, je suis orthophoniste, membre du collectif Giroll et initiateur du projet Contributions et Logiciels Libres en Orthophonie – Logopédie.

Pourquoi portes-tu un intérêt particulier au logiciel libre ? Depuis quand ?

J’ai commencé à m’intéresser au logiciel libre vers 2007 – 2008, principalement par l’intermédiaire des réflexions de Bernard Stiegler et de l’association Ars Industrialis sur les nécessités de développer une politique des technologies de l’esprit et une économie de la contribution.

Puis fin 2008, un ami m’a montré une distribution linux installée sur son PC. J’ai trouvé ça tellement génial que, quelques semaines plus tard, je franchissais le pas en installant Ubuntu sur mon ordinateur portable.

Comment as-tu fait le lien entre orthophonie et logiciel libre ?

Je dois avouer que je me suis lancé dans l’univers du libre en partant de rien, puisque je n’avais aucune connaissance en terme d’informatique, de programmation ou de logiciel. Ayant bien conscience du vaste domaine que je devais découvrir, je me suis rapproché du collectif Giroll pour apprendre en discutant avec d’autres personnes. Puis, comme, j’ai commencé mon exercice professionnel en même temps que mon aventure dans le domaine du libre, je me suis dit que le plus simple pour avancer, c’est d’utiliser dans ma pratique d’orthophoniste tout ce que je pourrais apprendre sur le libre.

Les logiciels libres sont-ils fréquemment utilisés par les orthophonistes ou est-ce marginal ?

Comme une grande partie de la population, les orthophonistes utilisent des logiciels libres, mais sans en avoir vraiment conscience, via leur navigateur web, leur suite bureautique ou le lecteur de contenus audio et vidéo. Par contre l’usage intentionnel de logiciels libres en tant qu’outils pour la pratique orthophonique est relativement marginal. Ce que l’on peut observer, c’est que beaucoup d’orthophonistes vont chercher des outils logiciels ou des ressources gratuites pour leur pratique, sans opérer de différenciation entre libre et gratuit.

Par ailleurs, il existe très peu de logiciels libres spécifiques ou très en lien avec l’orthophonie. Parmi les plus connus, qui sont parfois présentés lors des études d’orthophonie, on peut citer les logiciels CLAN pour l’analyse linguistique de corpus et PRAAT pour l’analyse des paramètres phonétiques et acoustiques de la parole et de la voix sous licence GNU-GPL. Ces logiciels portés par les sciences du langage notamment sont souvent utilisés pour les travaux de recherche en orthophonie et plus rarement en pratique clinique.

C’est pourquoi, avec Alexandre Dussart, auteur du logiciel FriLogos, nous travaillons à l’élaboration de logiciels libres pour la pratique orthophonique et avec le projet Contributions et Logiciels Libres en Orthophonie – Logopédie, nous œuvrons pour la promotion des outils libres afin de faciliter la création et le partage de matériels et de logiciels libres pour l’orthophonie via la plateforme Logophonia.

Comment as-tu eu connaissance de l’existence du FramaDVD École ?

C’est Alexandre Dussart qui m’a parlé du FramaDVD École, car FriLogos est dans la liste des logiciels proposés sur le FramaDVD École. Quand il m’a appris la nouvelle, c’était pour nous un grand pas qui venait d’être franchi !

Comment t’est-il parvenu ?

J’ai téléchargé l’image disque du DVD et je l’ai gravé. Ensuite comme j’utilise VirtualBox pour certains logiciels sous Windows, j’ai découvert que je pouvais ouvrir directement l’image disque sous Windows avec la machine virtuelle, ce qui augmente la rapidité d’exécution du DVD.

Pourquoi t’est-il utile ?

Le FramaDVD École m’est utile pour de multiples raisons :

  • En tant que promoteur du logiciel libre en orthophonie

Le FramaDVD École réunit une grande partie des logiciels libres que nous trouvons intéressants pour l’orthophonie. Il me permet donc de disposer d’un support que je peux diffuser auprès de mes collègues et qui présente l’avantage de faciliter l’installation et la prise en main de ces logiciels. Pour 2011, je vais notamment animer quelques ateliers sur les logiciels libres en orthophonie auprès de mes collègues et je graverai bien évidemment quelques DVD pour leur remettre.

  • En tant qu’orthophoniste

Comme le FramaDVD École s’adresse aux élèves, aux enseignants et aux parents, je vais recommander ce support à mes patients et leurs parents. En effet, pour les enfants qui présentent un trouble (qu’il soit du langage ou autre) ayant souvent pour conséquence de compliquer leurs apprentissages scolaires, il est fréquemment nécessaire de recourir à des supports et des outils pédagogiques complémentaires et adaptés pour faciliter les apprentissages de ces enfants. Généralement, les enseignants, comme les parents vont développer des outils pour aménager et présenter autrement les situations d’apprentissage. Souvent ce travail se fait de façon isolé et les personnes ont parfois le sentiment d’être démuni. Mon objectif sera de proposer de m’appuyer sur les outils du FramaDVD École pour proposer des ressources qui permettront aux enseignants comme aux parents de développer les adaptations nécessaires aux élèves.

Prenons par exemple l’apprentissage de l’anglais qui s’avère problématique notamment pour les élèves au collège présentant une dyslexie-dysorthographique avec un trouble portant sur la discrimination et la manipulation des phonèmes. La difficulté de l’apprentissage de l’anglais est une plainte qui revient très fréquemment par les parents et les enfants présentant une dyslexie-dysorthographie. C’est un point sur lequel les parents se sentent souvent démunis. Maintenant que j’ai découvert le FramaDVD École et les logiciels pour l’apprentissage de langues étrangères, je vais inviter les parents et les élèves dyslexiques-dysorthographiques à s’appuyer sur le logiciel Shtooka, les bases de données audio swac et même le logiciel Anki pour développer des programmes de mémorisation comprenant la forme verbale, la forme écrite et la signification selon la progression et les listes de vocabulaire données par l’enseignant.

L’idéal ensuite, ce serait que toutes les personnes qui développent ce type d’aménagements ou de supports pédagogiques, permettant de faciliter l’accès aux savoirs et aux apprentissages, puissent les partager sur une plate-forme sous licence libre. Cela permettrait notamment lors de la mise en place de Projet d’Accueil Individualisé ou de Projet Personnalisé de Scolarisation de pouvoir proposer aux enseignants, aux parents et aux élèves une palette d’outils en fonction des difficultés et des troubles repérés.

Pour toi, que manque-t-il au DVD ? Quelles perspectives ?

Il est difficile pour moi de dire ce qui manque sur le DVD, car je n’ai pas fini de faire le tour du contenu du DVD. Je ne l’ai pas écrit précédemment, mais j’ai beaucoup apprécié les contenus libres photos, musique, livres, ressources pédagogiques et ressources sur le libre. Notamment les photos sont très utiles en orthophonie pour construire des supports pour travailler la communication verbale et non-verbale.

Au niveau des perspectives, comme je le disais à la question précédente, il serait intéressant de développer en complément du DVD un site de partage de ressources pédagogiques libres.

Par ailleurs pour faciliter l’utilisation et l’appropriation des logiciels et des ressources libres, un système, qui permettrait de synthétiser des retours d’expériences et d’utilisation des outils, couplé à un bon moteur de recherche par mots-clés notamment, serait un outil extraordinaire pour se faire rapidement une idée des possibilités offertes par ces logiciels et ressources libres. En fait, il s’agirait de développer, en complément de plateforme ou d’annuaire présentant les outils, le même type de plateforme mais plus orienté sur les réalisations, les objectifs, les finalités et en présentant les outils libres permettant d’arriver à un tel résultat.

Pour finir, des formations ou des ateliers à destination d’enseignants ou du grand-public (puisque le FramaDVD École s’adresse aussi aux parents) renforceraient également l’appropriation, le partage de ces outils et des ressources ainsi créées.

Quels usages envisages-tu pour le FramaDVD École ?

Un usage pour découvrir de nouveaux outils et exploiter leurs potentialités/possibilités

Un usage pour partager facilement auprès des professionnels et des étudiants en orthophonie les logiciels libres qui sont intéressants en orthophonie

Un usage auprès de mes patients et de leur entourage afin qu’ils puissent disposer de nouveaux outils pour faciliter leur apprentissage.

As-tu des idées pour le diffuser plus largement ?

Un partenariat avec le SCEREN, le CNDP et ses instances régionales permettrait de toucher encore plus facilement la communauté des enseignants. Idem avec les Fédérations de Parents d’Élèves pour toucher les parents.

Le FramaDVD École pourrait également intéresser les organisations de Jeunesse et d’Éducation Populaire, comme le CNAJEP. En y pensant tout-à-l’heure et après avoir effectué quelques recherches, j’ai notamment pu me rendre compte que ces organisations se sont saisies de ces questions. Il est donc possible de s’appuyer sur cette dynamique pour proposer une diffusion du FramaDVD École via les réseaux des associations de Jeunesse et d’Éducation Populaire.

Il pourrait également être bénéfique pour le FramaDVD École d’obtenir la marque Reconnu d’intérêt pédagogique (RIP) par la Ministère de l’Éducation Nationale. Ce serait une véritable avancée, car dans la liste des ressources qui bénéficient de cette marque, il n’y a pas ou peu à ma connaissance de ressources libres. Ce serait également un bon vecteur pour que les instances ministérielles se saisissent des enjeux du libre pour l’enseignement et l’éducation.

Ensuite, je pars du principe que le développement de nouvelles pratiques ou de nouveaux outils doit passer par la formation initiale. Il est ainsi possible d’aller à la rencontre des Universités, des IUFM et des responsables des Masters préparant aux métiers de l’enseignement.

Enfin, avec le développement des ressources libres pour les élèves présentant un trouble ou un handicap se répercutant sur les apprentissages, il est certain que les associations de parents de patients s’approprieront l’outil FramaDVD École.

Quels logiciels libres conseillerais-tu à tes collègues ?

  • Tous les outils facilitant les créations graphiques et notamment la triade : Gimp, Inkscape, Scribus.
  • Tous les logiciels permettant de travailler des fonctions cognitives et/ou permettant de créer de programme d’entraînement de ces fonctions (Anki, FriLogos, etc.) qu’ils soient spécifiques ou non à l’orthophonie.
  • Tous les logiciels permettant de compenser les effets des troubles de nos patients (Clavicom, Chewing Word, etc.)

Si des lecteurs du Framablog souhaitent t’aider, comment peuvent-ils le faire ?

Dans le cadre du projet Contributions et Logiciels Libres en Orthophonie – Logopédie, nous travaillons sur plusieurs axes :

  1. Création de matériels, de supports, de jeux pour un usage thérapeutique (logiciels PAO, dessin, etc.)
  2. Utilisation de logiciels libres non spécifiques à l’orthophonie mais pouvant être adaptés à un travail en séance (logiciels de jeux, de mémorisation, de mindmap, etc.)
  3. Utilisation de logiciels libres comme outil de compensation d’un trouble ou d’un handicap
  4. Création de logiciels libres spécifiques à l’orthophonie

Au-delà des compétences techniques en terme de programmation pour le développement de logiciels libres spécifiques à l’orthophonie, une des ressources précieuses pour l’avancée de notre projet comme celui de Framasoft va être le partage de connaissances et d’expériences : Rédaction de présentations de logiciels et/ou de ressources libres, retours d’expériences sur l’utilisation des outils, rédaction de documentations (guides d’utilisation, tutoriels), etc.

Bien évidemment, si notre travail est très centré sur l’orthophonie avec la participation d’étudiants et de professionnels en orthophonie, nous travaillons avec une diversité de personnes aux compétences diverses, mais toutes très motivées par les enjeux du développement du libre en orthophonie et ce pour le bénéfice des patients et de leur entourage.

Si vous êtes motivés par ce challenge, n’hésitez pas à consulter notre site ou à nous envoyer un courriel.

Pour finir, nous commençons à développer différents partenariats avec des acteurs du libre et de l’orthophonie.

Nous envisageons également :

  • de contacter des équipes et des laboratoires de recherche dans les domaines en lien avec l’orthophonie pour développer des outils thérapeutiques qui s’appuient sur les avancées de la recherche,
  • et de renforcer nos liens avec les communautés libres pour que nos initiatives aient des retombées positives sur les autres initiatives libres et bénéficient du soutien et des compétences de ces acteurs.

Il s’agit de partenariat libre, car le projet n’a pas de personnalité morale. Nous fonctionnons pour le moment comme un collectif et sommes ouverts à toutes les initiatives !

Y a-t-il une question que tu souhaiterais qu’on te pose ?

Ce n’est pas vraiment une question. Ce sont plus des souhaits qui nous tiennent à cœur. Et en cette période de fêtes de fin d’années, c’est plutôt de circonstance !

« We have free dreams! »

Tout d’abord, nous avons un rêve depuis quelques mois, celui d’une distribution linux adaptée aux élèves présentant un trouble spécifique des apprentissages. A l’heure actuelle, certains élèves via la Maison Départementale de la Personne Handicapée (MDPH) et l’Inspection Académique peuvent bénéficier d’un ordinateur avec différents logiciels de compensation pour faciliter leur scolarité. Néanmoins, il est de plus en plus difficile d’obtenir ce type d’aide. Et pour avoir plusieurs patients collégiens qui disposent d’un tel outil, il n’est pas rare que je sois amené à dépanner les ordinateurs, notamment à cause des virus et autres malwares.

Face à ces différents constats, nous pensons qu’un outil informatique sous linux avec des logiciels pour la compensation des troubles pourrait être une solution pour pouvoir équiper un plus grand nombre d’élèves et pour gagner en stabilité sur l’utilisation de l’outil.

Ensuite, étant, depuis plus d’un an, un grand fan de la Framakey et maintenant du FramaDVD École (C’est mon deuxième Noël, où j’offre des clés USB et des DVD pour faire découvrir les supports de Framasoft et le monde du libre à mes amis), je rêve d’une Framakey et/ou d’un FramaDVD, orientés vers les étudiants et professionnels orthophonistes-logopèdes, qui permettraient également d’installer des outils libres sur les ordinateurs de leur patient.

Pour y arriver, nous avons encore besoin de travailler nos connaissances sur les logiciels libres et de bien déterminer nos objectifs pour que le support ainsi créé réponde au mieux aux attentes de la communauté des orthophonistes. Mais nous espérons pouvoir réaliser un tel outil pour 2011 !

Pour finir, nous tenions vraiment à remercier toute l’équipe de Framasoft pour l’intérêt que vous portez à nos réalisations. Nous nous inspirons de plus en plus de la philosophie et des idées développées par Framasoft. Par exemple, pour la vidéo de notre intervention au Congrès National des Étudiants en Orthophonie, nous avons suivi le choix de Framasoft avec le projet Framatube en proposant notre vidéo sur le site blip.tv afin de mettre en avant la licence libre de la vidéo.

Nous avons bien conscience que le projet que nous avons initié est très vaste et qu’il nous faudra du temps pour réaliser nos rêves, mais nous faisons nôtre la maxime de Framasoft. Pour la paraphraser quelque peu, nous dirions : « Les champs à explorer sont infinis, les outils à développer sont multiples, mais le chemin pour y parvenir est libre ! »

Joyeuses fêtes de fin d’années à tous, sous l’étoile du libre !

Notes

[1] À notre connaissance, des articles ont été publiés dans les magazines Les Cahiers Pédagogiques, La Classe, La Classe Maternelle et OpenSource Magazine ainsi que sur les sites recensés sur notre wiki. Nous tenons sincèrement à les remercier. Si vous avez vu circuler l’information ailleurs, n’hésitez pas à nous le signaler.

[2] Les prix sont dégressifs. De 5 € pour un exemplaire acheté à 2,50 € par DVD à partir de 100 exemplaires. Exceptionnellement, les chèques et mandats administratifs sont acceptés pour les établissements scolaires.

[3] Crédit photo : Woodley Wonderworks (Creative Commons By)




Ne pas subir, toujours agir ! Rencontre avec Patrick d’Emmaüs

David Dennis - CC by-saPatrick A., je l’ai rencontré en novembre dernier lors de l’Ubuntu Party 10.10 à la Cité des Sciences. Il était assis près du stand Framasoft et j’ai tout de suite été intéressé par son projet liant la communauté Emmaüs et les logiciels libres.

Nous nous sommes retrouvés pour déjeuner et nous avons discuté pendant près d’une heure dudit projet, de la société actuelle et bien sûr, des logiciels et ressources libres. « Ne pas subir, toujours agir ! », telle est la devise première d’Emmaüs, et elle lui va si bien que j’ai eu envie de mettre son projet mais aussi son engagement en valeur, en lui proposant une interview ultérieure par courriel pour le Framablog.

Patrick contribue à sa manière à aider les plus démunis en reconditionnant d’anciens PC avec des logiciels libres (soit sous Windows, soit directement sous GNU/Linux Ubuntu) et en les revendant à très bas prix. L’argent ainsi récolté permet de faire vivre des compagnons d’Emmaüs. À sa manière, et à la manière de l’abbé Pierre il y plus de 60 ans, il participe à un monde plus ouvert, plus respectueux de l’humain et plus solidaire [1].

Si il n’est pas seul sur ce projet, il est toujours à la recherche de bonnes volontés pour l’aider à améliorer ses scripts d’installation, ou plus généralement à mettre ses compétences informatiques au service de cette noble cause. N’hésitez pas à nous contacter, nous nous ferons un plaisir de relayer votre message à Patrick.

Entretien avec Patrick, bénévole chez Emmaüs

Bonjour Partick, peux-tu te présenter ?

Cette question est la première que vous me posez, mais c’est ma dernière à laquelle j’ai répondu, car la tâche n’est pas aisée. En essayant de ne pas faire trop long, pour ménager les lecteurs, à mes yeux ce sont les autres questions les plus importantes.

Pour vous répondre, je vais faire une liste style interrogatoire de police, il faut que je me prépare à cela, car ça pourrait me servir dans un futur proche 😉

  • âge 45 ans ;
  • marié depuis 20 ans, un enfant de 23 ans ;
  • né à Perpignan, vécu plus exactement à Pollestres, village de mes grands-parents paternels ;
  • études : Lycée technique Bac F2, DUT et diplôme d’ingénieur en Génie Électrique ;
  • je travaille depuis plus de 20 ans sur la région parisienne dans un groupe de « haute technologie », comme ils disent 😉

Mon engagement au sein d’Emmaüs et du bénévolat date de mai dernier. Jusque là j’avais envie de faire du bénévolat, mais comme beaucoup je n’avais pas le temps, ou plutôt je ne voulais pas le prendre. Mais à cette époque, je me suis dit qu’il fallait essayer de faire quelque chose, car je ne supportais plus que notre société laisse tout partir à la dérive.

Cela correspond aussi à une phase de changement de vie, où l’on comprend que si on ne fait pas ce que l’on a envie de faire à 45 ans après il sera trop tard.

Avec ces interrogations sur mon futur et à la lecture de cette phrase, « Dans toute difficulté, il y a une opportunité » d’Albert Einstein, j’ai décidé d’agir pour une cause et je me suis tourné vers le bénévolat chez Emmaüs. D’abord je voulais aider les personnes dans la rue, celles que je croisais dans le RER sans oser agir, puis sur les conseils de ma femme, je me suis tourné vers une aide dans le domaine informatique (voir ci-dessous), mais je ne pensais pas que cet acte allait me conduire aussi loin dans mon engagement.

À l’heure actuelle je me suis engagé dans d’autres combats face à cette société en crise. Je fais référence aux dernières lois de réforme de la retraite, à la catastrophe économique provoquée par les puissances financières, tout cela quand il y a de plus en plus de gens qui se retrouvent à mourir de froid dans les rues d’une des plus grandes capitales du monde !

Mes engagements sont pour les libertés en général et pas uniquement le logiciel libre. Si il n’y avait que ce dernier à libérer, nous serions dans un monde idyllique. Mais non, il y a beaucoup de choses à libérer. C’est pourquoi j’ai pris comme fond d’écran des PC reconditionnés : « Un jour, le monde sera libre ! » (voir image ci-dessous en fin d’article), mais seulement si nous faisons tous front ensemble.

Actuellement j’œuvre aussi pour la liberté des personnes, des biens et des entreprises, en aidant les autres dans ces combats, et en m’engageant syndicalement au sein de mon entreprise.

J’espère que mon témoignage aura un écho au sein des communautés du logiciel libre, afin que certains viennent à leur tour participer et soutenir. Car il y a urgence à faire bouger cette société qui a remplacé notre belle devise républicaine par : « Libéralisme, Égoïsme, Finance (ou Futilité) ».

Voila mes engagements et mon état d’esprit actuel, qui ne sont pas facile à vivre avec mes ex-amis et mes collègues de travail. Je n’ai pas la même vision du monde, et je suis parfois considéré dans mon milieu professionnel comme un « fou de gauche » !

Quelques mots sur Emmaüs ? (on a tous une vague idée, mais noir sur blanc, c’est mieux)

Vous savez, je ne suis pas un spécialiste du mouvement Emmaüs, mais en voici ma vision :

Le mouvement a été créé par l’abbé Pierre (originaire de Lyon, ville d’une partie des membres de Framasoft je crois), figure emblématique au point d’avoir été élu l’homme le plus aimé des français, plus d’une quinzaine de fois (il a même demandé à la presse de ne plus le faire figurer dans ces sondages pour laisser un peu de visibilité aux autres).

Cet homme était un religieux, ça tout le monde le sait, mais il s’est aussi engagé dans la résistance en 1940. Il aurait participé à fonder le maquis du massif du Vercors. Ami du général de Gaulle, il a fait de la politique sous ses conseils, après la Seconde Guerre Mondiale, et a été élu député à plusieurs reprises. Le mouvement Emmaüs est né en 1949 à Neuilly-Plaisance, dans une ancienne auberge de jeunesse. Durant le terrible hiver 54, il a lancé un appel radiophonique en faveur des plus démunis, c’est ce que l’on a appelé « l’Appel de la bonté » (cf le film Hiver 54). C’est à ce moment là que les communautés d’Emmaüs vont prendre leur essor. À l’heure actuelle il y environ 148 communautés en France, et plus d’une trentaine dans le monde.

Le principe des communautés est d’aider les plus démunis en leur fournissant un logement, de la nourriture et de l’argent de poche. En retour les compagnons (c’est comme cela qu’on appelle les personnes pour lesquels ce mouvement est né) doivent travailler pour la communauté en fonction de leurs moyens physiques, intellectuels et de leurs choix. Comme dans le monde libéral, les compagnons ont droit à une retraite (je ne sais pas à quel âge ils y ont droit), mais lorsqu’ils ne peuvent plus travailler, ils peuvent s’il le veulent, rester dans la communauté.

Pour pouvoir faire vivre les compagnons chaque communauté vend les dons des particuliers, et plus rarement des entreprises. Ces dons sont de toutes sortes, cela va du cendrier de bistrot à la marque d’une boisson alcoolisée jusqu’à un pavillon. Les dons sont triés, remis en état, puis vendus au sein de chaque communauté. Chaque communauté est indépendante et vit du fruit de son propre travail. Une communauté est gérée par un ou plusieurs directeurs par alternance, afin de coordonner le travail des compagnons.

Les objectifs de chaque communauté sont :

  • Fournir le logement aux compagnons (environ une cinquantaine de personnes par communauté);
  • Fournir la nourriture à ces mêmes compagnons, et aux salariés pendant leurs services;
  • Payer toutes les charges : salaires des directeurs, essence des camions de livraison, etc.
  • Donner de l’argent pour aider d’autres associations humanitaires à l’étranger;
  • Envoyer du matériel pour des associations humanitaires;
  • Acheter des maisons pour loger d’autres démunis;
  • etc.

À la tête des communautés, il y a Emmaüs-France qui coordonne et assure la logistique de l’ensemble. Il y a aussi la Fondation Abbé Pierre plus axée sur la communication (exemple de campagne) et la collecte des dons des entreprises. Au total ce sont environ 14 000 personnes qui participent au mouvement (4 000 compagnons, 4 000 salariés et 6 000 bénévoles).

Comment as-tu connu le logiciel libre ?

Dans le cadre de mon travail et de ma passion j’ai découvert le logiciel libre il y a une dizaine d’années.

J’ai connu Framasoft vers 2004, et c’est vous qui m’avez aidé sur le choix de SPIP pour développer un petit site intranet dans le cadre de mon travail. J’avais déjà à l’époque fait des tests d’installations sur les distributions Mandrake, Knoppix, et un peu plus tard Ubuntu. J’ai migré mon informatique personnelle sous Ubuntu il a deux/trois ans quand j’ai cassé un Windows XP Pro en voulant mettre à jour un logiciel de musique propriétaire (iTunes pour ne pas le nommer) !

Comment en es-tu venu à faire le lien Emmaüs / logiciel libre ? (motivations personnelles, éthique, etc.)

Je voulais participer à une cause humanitaire à force de voir cette misère quotidienne dans les transports en commun que je prend tous les jours de la semaine. D’abord j’ai voulu faire de la distribution de nourriture pour les plus démunis, mais ma femme m’a conseillé d’utiliser mes compétences en informatique pour aider Emmaüs.

J’ai pris contact avec leur service bénévolat, je voulais être affecté à la place la plus adaptée pour leur organisation. Je ne voulais pas spécialement travailler pour la communauté de Neuilly-Plaisance, que je connais depuis quinze ans maintenant, car je ne savais pas qu’il faisait du reconditionnement de PC, je n’en avais vu aucun lors de mes visites en tant que client, et pour cause, ils se sont vendus très vites, et c’est très bien.

Toujours est-il que le service du bénévolat, m’a renvoyé sur la communauté de Neuilly-Plaisance. Lors de mon arrivée, j’ai rencontré Djebar, le bénévole responsable informatique, qui travaillait tout seul à l’époque et qui avait beaucoup de mal à s’en sortir. Je lui ai demandé comment il travaillait et ce qu’il voulait que je fasse, ce qui lui prenait le plus de temps. Il m’a répondu que c’était l’installation des machines, donc j’ai commencé par faire un petit script d’installation en mode « unattend » [2].

Comme il perdait encore plus de temps sur la partie désinstallation des logiciels sur les machines XP, je me suis lancé également sur la désinstallation.

Quels sont les services que toi et les autres compagnons proposez ?

Maintenant, depuis deux semaines nous avons mis en place un mini Cyber-Espace (deux machines) pour présenter l’utilisation d’Ubuntu, avant la vente des machines. Notre but étant de vendre des machines pour faire vivre la communauté, mais aussi de faire en sorte que les acheteurs soient satisfaits de leurs achats. Nous préférons, ne pas vendre, que faire de la vente forcée, car le but est d’avoir le moins de retour possible et donner une bonne image de notre engagement et de notre travail.

Pour participer à rompre la fracture numérique nous vendons des machines d’occasions de l’ordre de 60 à 80 euros et les écrans plats de 15, 17 pouces entre 20 et 40 euros.

Je tente de diffuser mon travail à toutes les personnes et associations qui œuvrent pour les biens communs. En ce moment j’essaye de faire une installation Ubuntu en mode PXE [3], pour permettre la mise à jour de machines dans une école au Burkina Faso. Cette école a été équipée par Hervé S. et d’autres professeurs il y a deux ans. Je suis en contact avec lui depuis la dernière Ubuntu Party de Paris.

D’où proviennent les matériels à reconditionner ?

Le matériel reconditionné vient essentiellement de dons de particuliers. Les entreprises donnent mais c’est alors un lot de machines d’un seul coup et depuis huit mois que je travaille chez Emmaüs, je n’ai pas encore vu un don de machines provenant des entreprises.

Pourquoi avoir choisi de faire deux versions (GNU/Linux et Windows) ? Pourquoi ne pas l’avoir fait uniquement sous GNU/Linux ?

Mon responsable voulait vendre des machines et cela est plus simple sur XP, car les clients ne connaissent pas Ubuntu et GNU/Linux. Il avait déjà fait une expérience à ce sujet par le passé, mais cela n’avait pas donné de bons résultats. Et c’est aussi pour cela que je médiatise notre travail (merci à vous), car la communication est un outil nécessaire aujourd’hui.

Pourquoi Ubuntu ? Pourquoi XP ?

Pour XP, la vente est plus facile, mais le temps et les scripts d’installations plus complexes.

Pour Ubuntu, l’installation est plus simple, car on formate le disque dur, mais la vente est beaucoup plus difficile.

Comment sont gérées les licences Windows XP ? Achat ? Récupération ?

C’est à cause des problèmes de licences que nous mettons pour l’instant des machines sous Ubuntu, car les licences sont celle incluses dans le PC, et nous prenons grand soin à désinstaller les programmes hors XP pour conserver la licence d’origine.

Peux-tu nous en dire plus sur ces scripts d’installation ?

Pour les scripts sous XP vous trouverez en pièce-jointe ci-dessous le manuel d’installation.

Pour Ubuntu j’utilise à l’heure actuelle un fichier « preseed » [4] pour l’installer, puis un script Bash pour installer les programmes annexes, configurer Firefox, le bureau, le dock…

Ces scripts sont-ils librement téléchargeables ? Si oui, peut-on avoir le lien ?

Non pas pour l’instant, car je ne suis pas encore pleinement satisfait de mon travail et je n’ai pas de site pour mettre ces scripts. Je pourrais faire un site ou un blog mais avant d’avoir une grande visibilité, je serai à la retraite, même en tenant compte des prolongations présentes et futures 😉

En revanche, si vous me proposez de mettre ces scripts sur votre site je suis partant et j’en serais ravi. J’aimerai avant que vous fassiez des essais pour mettre quelque chose de vraiment opérationnel et même utilisable par Madame Michu.

Quels sont les retours des utilisateurs ? (sur XP modifié et sur Ubuntu ?)

Nous n’avons pas de retour des utilisateurs, sauf une fois, une personne avait rapporté sa machine, car il n’arrivait pas à lancer certains logiciels et pour cause, le script ne les avaient pas installés. Il y avait un petit bug dans le script. C’était les premières machines livrées avec ce XP modifié.

Maintenant nous n’avons pas de retour, donc cela fonctionne. Lors de la vente de la première machine Ubuntu, j’ai demandé à la cliente de me faire un retour sur l’utilisation de sa machine, mais toujours rien depuis 15 jours. C’est dommage de ne pas avoir de retour, mais c’est dans la logique de l’époque actuelle, les gens ne font rien et sont en permanence en train de zapper d’un loisir à l’autre sans autre but que celui d’oublier leur vie routinière.

Il faudrait que les gens suivent plus souvent la devise des compagnons d’Emmaüs, « Ne pas subir, toujours agir », mais on se retrouve plutôt avec « Métro Boulot Dodo ». On est loin du « Liberté Égalité Fraternité » qui anime mon travail et le logiciel libre.

Quelles sont les perspectives d’avenir pour ce projet ? (ce qui marche, ce qui bloque, etc.)

Les perspectives au niveau développement sont les suivantes :

  • Faire une installation PXE;
  • Faire une version ISO d’Ubuntu et des scripts ainsi que les paquets pour pouvoir faire une installation offline, afin de fournir un DVD à tout le monde car beaucoup de personnes n’ont pas encore Internet;
  • En même temps que cette version ISO, faire la documentation de mise en œuvre de l’installation (remarque : je ne l’ai pas fait car je veux l’effectuer pour une installation indépendante);
  • Faire une version dérivée de la Framakey Ubuntu Remix, personnalisée avec le dock que j’utilise (Pyg de Framasoft m’a dit que cela était faisable, donc à suivre);
  • Associer des artistes musiciens, photographes pour promouvoir leurs œuvres et leurs talents (à l’heure actuelle j’ai mis un lien sur le site de Pat D., qui fait des photos pour Emmaüs et j’ai un projet de diaporama avec elle pour une vente d’objets recyclés et personnalisés à la communauté de Neuilly-Plaisance).

Les perspectives au niveau diffusion sont les suivantes :

  • Avoir une visibilité sur le site Framasoft, cela serait super bien pour faire du buzz 😉
  • Évangéliser l’Emmaüs de Perpignan/Pollestres (je cite ce village car il y a peine 6 mois, je ne savais pas que l’Emmaüs de Perpignan se trouvait dans mon village natal, comme quoi le monde n’est peut-être pas encore libre mais il est petit !). J’emploie ce verbe « Évangéliser » même si je ne suis pas croyant, car cela va être difficile de convaincre le directeur, avec qui j’ai déjà eu un contact téléphonique, de passer sur Ubuntu, car il pense que les clients ne sont pas prêts. Mon but étant qu’il accepte de faire un mini Cyber-Espace avec deux machines en libre service (pour tout le monde ou en fonction de la configuration des lieux en libre service pour les futurs clients), et qu’il mette deux machines Ubuntu toujours en vente;
  • Prendre contact avec les « Ateliers sans frontière », contact fournit par YoBoY;
  • Diffuser les versions XP, et surtout la version Ubuntu sur les Emmaüs de la région parisienne.
  • Diffuser sur les MJC, puisque j’ai des contacts à ce niveau.
  • Puis m’attaquer à la diffusion sur les associations de la ville de Paris.

Comment peux-t-on aider ?

Déjà en me témoignant votre enthousiasme, mais aussi en informant comme ici sur nos actions.

Si vous voulez aller plus loin dans votre soutien, ma dernière idée serait de mettre en réseau les Emmaüs et/ou toutes les associations vendant des machines avec des logiciels libres et/ou ayant mis un place un Cyber-Espace, etc. On pourrait ainsi dessiner une carte de France sur un site web où nous trouverions à chaque fois les contacts, le nombres de machines vendues, celles disponibles, etc. Ce serait utile pour les personnes ou associations désireuses d’avoir des informations, voulant utiliser ces distributions, cherchant une formation, etc.

Quelles sont les personnes qui participent de près ou de loin à ce projet ?

Je ne suis pas tout seul pour faire vivre ce projet, même si pour l’instant je suis le seul à faire du développement (ce n’est pas faute d’avoir essayé d’impliquer des ex-amis pour les sortir de leur mal de vivre) et de faire de la diffusion.

Dans l’ordre d’arrivée et de soutien à ce projet, je tiens à remercier les compagnonnes et les compagnons de route suivants :

  • Laurence A. – Pour m’avoir entrainé malgré elle sur cette route sinueuse, et qui m’épaule quotidiennement;
  • Djebar R. – Pour son implication dans le bénévolat, et son enthousiasme;
  • Olive et Sab – Pour leurs engagements au sein de la communauté Emmaüs Neuilly-Plaisance, et d’être toujours partants pour suivre mes idées les plus folles;
  • José – Pour me mettre à la porte tous les samedi soir de la « Fontaine », et m’éviter ainsi de passer la nuit à l’atelier;
  • Antony 81 – Pour son travail tous les jours, et sa volonté : « Don’t give up my friend »;
  • César Henri – Pour ces connaissances en informatique de pointe, et ses tests de destruction de machines XP 😉
  • Yann D. – Pour son enthousiasme et ses implications futures, quand il aura réussi ces examens 😉
  • Sylvain D. – Pour son support dans le monde nébuleux et pas très libre d’Apple;
  • Ubuntu et plus particulièrement YoboY et Kinouchou – Pour leurs accueils à la dernière Ubuntu-Party;
  • Gérard P. – Pour son soutien inconditionnel à mon travail, pour avoir fait du buzz sur ce travail lors de la dernière Ubuntu-Party et son idée géniale de Cyber-Espace interne au sein des communautés Emmaüs pour montrer « l’EmmaBuntu », comme il souhaite que j’appelle cette distribution 😉
  • Hervé S. – Pour son travail pour une école au Burkina Faso, son soutien et ses conseils techniques, sans oublier ses corrections sur mon catalan;
  • Pat D. – Pour ses photos et son soutien au mouvement ;
  • et vous bien sûr, toute la grande équipe de Framasoft, sans qui ce travail n’aurait pas été possible.

Un dernier mot pour la route (nécessairement longue, mais nécessairement libre) ?

La route est longue cela tout le monde le sait, mais elle est sinueuse et glissante par temps de neige. Ce qui est dommage c’est que si peu de monde s’y engage ne serait-ce que pour un temps. Ils préfèrent souvent tous prendre des autoroutes déjà tracées.

Pour ma part je l’ai prise lorsque j’ai lu phrase d’Albert Einstein (pour rappel : « Dans toute difficulté, il y a une opportunité. »), et j’espère ne plus la quitter.

Merci pour ton engagement en faveur du logiciel libre et pour la réponse à cette interview.

Merci à vous tous pour votre travail, sincèrement sans vous je ne serais pas là où j’en suis. C’est pour cette raison que j’ai choisi un fond d’écran Framasoft (voir ci-dessous) pour mettre en valeur les PC reconditionnés et non pas un fond écran dédié aux causes d’Emmaüs.

Je suis désolé d’avoir donné autant de détails à vos questions, mais ce n’est pas ma faute c’est à cause de mon nom 🙂

Bonnes fêtes de fin d’année à vous tous, en liberté.

Patrick

Emmaüs - Bureau Ubuntu

Notes

[1] Crédit photo : David Dennis (Creative Commons By-Sa)

[2] Qui ne nécessite pas la supervision d’un humain pour cliquer sur « Ok » à tout bout de champs. Un peu à l’image de Framapack.org

[3] Directement depuis le réseau, et sans nécessiter de système d’exploitation sur la machine cible.

[4] Fichier d’instructions pour l’installation.




TF1 réclame (sans rien risquer) Google censure (sans vérifier)

Vidberg © LeMonde.fr Sur le Framablog, on ne manque pas une occasion d’agir contre la censure, ou de publier le témoignage d’un citoyen s’élevant contre les menaces et restrictions faites à nos libertés fondamentales [1]. Parce qu’après tout, et comme me le fit un soir remarquer Benjamin Bayart, qu’est-ce qui nous motive tous dans le mouvement du Logiciel Libre ? Et dans la défense de la neutralité du réseau qui lui est indispensable ? Qu’est-ce qui nous réunit, si ce n’est la liberté d’expression ? Cette petite flamme fragile et dangereuse qui vacille au souffle du pouvoir et nécessite, pour être entretenue, notre attention constante.

Le témoignage que nous vous proposons aujourd’hui est celui de Theocrite, un « administrateur système » engagé pour le Logiciel Libre, qui nous explique comment TF1 [2] a silencieusement fait censurer par Google un extrait vidéo de débat à l’Assemblée Nationale.

On savait déjà que certains n’hésitent pas à attaquer, en vertu du Copyright de sa bande son, une vidéo compromettante, au mépris du « fair-use » largement accordé aux vidéos de lolcats. Mais cet extrait, posté par La Quadrature du Net, n’a lui pour seule bande son que le discours à l’Assemblée des députés de la République. Cela n’a pourtant pas arrêté TF1 [3] dans son coup de poker, son nouveau coup de poignard dans le dos de l’éthique et de notre liberté d’information.

Cette vidéo, c’est celle du rejet intégral par l’Assemblée Nationale du projet de loi HADOPI 1 le 9 avril 2009, et, pour illustrer le principe selon lequel une tentative de censure s’avère toujours contre-productive pour le censeur, la voici, archivée dans notre collection Framatube :

—> La vidéo au format webm

TF1 censure des vidéos HADOPI sur YouTube

Et Google ne vérifie pas la véracité des accusations

Theocrite – 1er novembre 2010

En me promenant sur le compte YouTube de la Quadrature du Net, j’ai découvert récemment dans les paramètres du compte que certaines vidéos étaient listées comme pouvant « comporter un contenu appartenant à un tiers ».

Theocrite - CC By Sa

Hm, c’est possible… Intrigué, je clique sur le lien proposé et je m’aperçois que la vidéo en question est la vidéo du rejet de la loi HADOPI l’Assemblée Nationale.

Theocrite - CC By Sa

Bigre ! Voilà que des vidéos contenant des discours « prononcés dans les assemblées politiques » serait en contradiction avec le droit d’auteur. Voilà qui est bien étrange.

Pour en savoir plus, je clique sur « Afficher les informations sur les droits d’auteur ».

Theocrite - CC By Sa

On y apprend des choses très intéressantes… Comme le fait que les vidéos produites dans l’hémicycle seraient la propriété de « lgl_tf1 ». Un peu présomptueux de la part de la vieille chaîne qui descend.

Bon, portons réclamation. Après avoir lu une page chiante à mourir, on accède à un formulaire de réclamation, fortement limité, mais je suis décidé à faire avec.

Theocrite - CC By Sa

Theocrite - CC By Sa

Je fais alors subtilement remarquer que dans la législation française, les débats politiques sont publics… Puis je valide l’envoi du formulaire.

Theocrite - CC By Sa

Le lendemain, je constate que j’ai obtenu gain de cause : la vidéo est débloquée. Mais pour combien de temps ? Google n’a pas pris la peine de nous notifier que la vidéo était à nouveau disponible. On pouvait toujours attendre en relevant notre boîte mail.

Theocrite - CC By Sa

Bilan

Google est réactif, mais pas spécialement poli. Pas de notifications lors du blocage de la vidéo, ni lors du déblocage.

La vidéo a été bloquée pendant un certain temps. Combien de temps ? Aucune idée. Mais TF1 a tenté et a réussi à faire censurer la vidéo, peu importe combien de temps, et ce sans rien risquer. C’est un jeu permanent dans lequel les plaignants ne peuvent pas perdre et les internautes ne peuvent pas gagner.

Ce n’est pas une nouvelle, pour TF1 quand il s’agit d’HADOPI, tous les moyens sont bons pour supporter la loi. Que ce soit en inventant un plébiscite lors d’un vote, en censurant son rejet comme nous venons de le voir ou encore en s’occupant des « salariés qui, manifestement, aiment tirer contre leur camp. »

Mais sur YouTube, TF1 ne s’arrête pas à HADOPI. TF1 sort le bulldozer. Je vous invite à rechercher lgl_tf1 dans un moteur de recherche. Celui de nos amis possesseurs de YouTube par exemple, ou bien sur un moteur de recherche libre, vous y trouverez des réactions unanimes d’Internautes énervés, soit parce que lgl_tf1 a bloqué des vidéos de France 2. Soit parce que TF1 a bloqué des vidéos sur lesquelles elle a acquis les droits de diffusions pour une certaine partie du monde, et se passe de demander aux auteurs s’ils autorisent cette rediffusion.

Notes

[1] Telles que garanties par la déclaration des droits de l’Homme et du citoyen, et rappelées par le « considérant n°12 » de la décision n°2009-580 DC du 10 juin 2009 du Conseil Constitutionnel concernant HADOPI 1 par exemple.

[2] Crédit première illustration : Vidberg © LeMonde.fr, reproduite avec l’aimable autorisation de l’auteur. Licence équivalente à une CC-By-NC-ND avec autorisation préalable requise.

[3] Ou peut-être un imposteur, que le chaîne laisserait agir « en son nom » depuis plus de deux ans.




Entretien avec Hackable:Devices, site de diffusion massive de matériel libre

Hackable:DevicesLes dimanches pluvieux, quand le bobo va chez Ikea, le hacker surfe sur Hackable:Devices…

Si vous étiez des dernières Ubuntu Party ou RMLL, vous n’avez pu passer à côté du stand, toujours très fréquenté, de Hackable:Devices sans remarquer les étranges appareils et instruments insolites, gadgets et machines que cette dynamique équipe présente fièrement aux passants. Et je ne puis cacher mon émotion d’avoir vu pour de vrai une carte Arduino ou une imprimante 3D à l’œuvre, après en avoir d’abord entendu parler en théorie sur ce blog.

Qu’est-ce donc que Hackable:Devices ? Dire qu’il s’agit d’une boutique en ligne proposant du « hardware open source », ou « matériel libre » en bon français, est vrai mais c’est un peu réducteur car ce serait taire la dimension communautaire (et militante) du projet.

D’ailleurs vous êtes ainsi accueilli en première page du site : « Les logiciels libres n’ont pas amené la liberté qu’au logiciel. Chez hackable-devices nous croyons sincèrement que le matériel et l’électronique peuvent être utilisés et développés selon les mêmes processus communautaires. Nous pensons que la culture du DIY (ou Do It Yourself pour Faites-le vous-même) et l’apprentissage par la pratique doivent être encouragés. Nous savons que les gens se rencontrent pour créer, améliorer et s’amuser tout à la fois. Nous sommes persuadés que les objets doivent réellement vous appartenir. »

Tout d’un coup nous voici à des années-lumière du modèle Apple. Et je me prends à rêver que les professeurs de technologies fassent de plus en plus souvent leurs courses sur ce site.

Impossible d’attendre plus longtemps avant de les rencontrer et mettre nous aussi ce passionnant projet en lumière.

Entretien avec John Lejeune et l’équipe des h:D

Réalisé le 11 août par Siltaär pour Framasoft

Bonjour John, pour commencer, pouvez-vous nous dire qui se cache derrière le smiley bleu du logo ?

Alors, l’équipe se détaille de la manière suivante :

  • Cécile Montagne, qui s’occupe des aspects administratifs et comptables
  • Jérôme Blondon, développeur et actuel chef de projet
  • Johan Charpentier, développeur et actuel administrateur système
  • John Lejeune, développeur et actuel community manager / « chef produit », si tant est que les communautés se manage et que les produits aient un chef. 🙂 En charge du rédactionnel sur le site et sur les routes le reste du temps
  • Louis Montagne, CEO de la SCOP Bearstech, à l’origine du projet
  • Wim Vandeputte, CEO kd85.com, aussi sur les routes pour les ateliers

Sans oublier les remontées d’infos via les utilisateurs, les hackers, les hackspaces, etc..

Ainsi que d’autres personnes qui vont rejoindre la société dès qu’elle sera créée, comme Paul Coudamy.

Dans quelles circonstances s’est monté Hackable Devices ?

Le projet est né chez Bearstech, juste après le dernier Chaos Communication Camp (2007), Laurent Haond et Louis Montagne, qui y étaient, sont revenus avec beaucoup d’idées et du matériel, comme un Neo 1973.

Ca a donné lieu à pas mal de projets chez Bearstech, dont la distribution des OpenMoko, puis, suite à des discussions entre hackers lors du 25C3 à Berlin, au sujet de la diffusion du hardware libre et des hacks électroniques en tous genres, ça a bien pris forme.Il y avait déjà un embryon de stand hackable-devices lors du Hacking At Random 2009. C’est à partir de là que les choses se sont mises en place, et que les premiers développements de la plate-forme ont vu le jour.

Comment s’est fait le rapprochement entre Bearstech, Kd85 et faberNovel ?

Bearstech a déjà créé une société avec faberNovel, en 2006 : af83, c’est un partenaire de choix pour réussir le lancement d’une entreprise. Pour Kd85, le plus naturellement du monde, puisque nous nous retrouvions sur les mêmes évènements (FOSDEM, HAR, CCC, RMLL, etc.). Wim a pas mal promu OpenBSD ces dix dernières années.

On discute aussi aujourd’hui avec d’autres partenaires, comme NodA par exemple.

Pourquoi avoir choisi un nom anglais ?

Parce que « Matériels Bidouillables » ça garde une connotation péjorative que « Hackable » n’a pas, et que ça ne sonne plus juste (tout comme Framasoft a pris le pas sur « FramaLogiciel », je suppose) 🙂

Parce que nous voulions d’emblée avoir une couverture Européenne, mondiale (par la nature même des projets et des fournisseurs), et que l’Anglais reste l’Esperanto de facto.

D’autre part, avec tous ces joyeux lurons qui forment l’équipe, nous pouvons répondre aux demandes en anglais, allemand, espagnol, flamand et bien sûr, français. C’est l’anglais qui nous permet de communiquer entre nous.

Enfin, parce qu’on avait besoin d’un nouveau nom, quelque chose qui soit facilement identifiable et qui soit juste à la limite, toujours un peu ambigu, … On voit le hacking comme l’augmentation, l’amélioration ou la compréhension, et c’est ce message que l’on veut faire passer.

Quels sont les objectifs du site ?

Le site n’est qu’une des 3 activités de la future société Hackable:Devices, mais on ne va pas en dire trop tout de suite 🙂

Ses objectifs :

  • Faciliter et promouvoir la distribution du matériel modifiable, en privilégiant celui qui offre des licences libres (en construisant un site rentable permettant de fédérer les distributeurs de ces matériels, de trouver les nouveaux matériels et de les mettre en avant) ;
  • Fédérer et accompagner ceux qui font des prototypes, des petites séries, des projets, afin d’avoir une plate-forme commune et de produire les meilleurs ;
  • Promouvoir l’initiation, l’éducation et le fun à travers certains produits/kits, et bien sur promouvoir le Libre en général ;
  • Être un support pour les évènements et autres salons lorsque les utilisateurs souhaitent « mettre les mains dedans » ;
  • Servir de base à la création d’objets design, libres et numériques.

D’où est venue l’idée de vendre du matériel ?

C’était un besoin à la base. Pour avoir constaté qu’il n’était pas toujours simple de trouver l’info, d’importer des choses sans surprises, puis de gérer les frais divers (port, douanes, etc..), nous nous sommes dis que nous n’étions pas les seuls à avoir ce genre de problématique. L’expérience du Freerunner a été le déclencheur. On voulait pouvoir avoir accès à un LinuxDevices.com, mais sur lequel on pourrait acheter.

Et avec quelles infrastructures ?

Pour l’instant, grâce à celles de kd85 et de Bearstech. Ce sont ces deux sociétés qui soutiennent et développent le projet en attendant la création d’une entité juridique autonome. Le premier pour la logistique, à savoir tout ce qui concerne la réception du stock, les expéditions. Le second pour gérer le reste, à savoir les développements et l’hébergement du site, les fiches produits, le suivi et la facturation, les plaisirs douaniers et administratifs en tous genres. 🙂

En ce qui concerne les évènements et les ateliers, nous nous partageons la tâche selon les disponibilités de chacun, les proximités géographiques, et nous nous retrouvons parfois au complet sur d’autres, comme les RMLL ou les Chaos Computer Congress.

Comment s’est montée la communauté ?

Par le bouche à oreille principalement, et parce que nous sommes nous même issus de cette communauté.

Ensuite, c’est un travail quotidien de mail, de publication, de déplacements pour des démonstrations, d’ateliers d’initiation…

Et aujourd’hui, combien compte-elle de personnes (hackers, créateurs, fabricants, investisseurs) ?

h:D c’est aujourd’hui plus de 500 utilisateurs actifs, un peu plus de 7000 visiteurs mensuels, pour une quarantaine de produits. Beaucoup de nos membres sont des hackers, même si cela tend à se diffuser, au profit d’un public plus large. Les artistes, designers, plasticiens, musiciens, sont de plus en plus nombreux à nous rejoindre et c’est tant mieux.

Les investisseurs, pour l’instant, point. Nous supportons seuls les coûts, mais ça ne saurait tarder 🙂

Pour combien de projets ?

Près d’une dizaine. Tous ne sont pas nécessairement liés à Hackable:Devices et tous ne sont pas encore publiés, il y a pas mal de work in progress.

C’est un des problèmes à surmonter. On a beau dire release early, release often, concrètement, il faut toujours lutter contre la tendance « oui, mais c’est pas encore prêt, j’ai encore quelques trucs à terminer avant publication ».

L’autre souci souvent rencontré c’est, « ben, ça vaut pas le coup, c’est trop simple, je vais pas publier ça !?! ». Typiquement, tout ce qui tourne autour d’Arduino est souvent dans ce cas. 🙂

Et puis il y a des projets qui demandent pas mal de coordination avant de voir le jour, par exemple en ce moment autour de la surveillance de la consommation énergétique, avec une collaboration entre Snootlab, Nod-A et OpenEnergyMonitor.org, ou encore autour de la fabrication d’un notebook communautaire, avec blogARM.

Quels sont les projets les plus actifs ?

Aujourd’hui, en terme de réalisations, je dirais NanoNote, Milkymist, Mutable Instruments, Proxmark (site officiel) aussi.

Quels sont vos projets préférés ?

Difficile comme question. Au sein de l’équipe, chacun a ses préférences, ce qui fait qu’au final, il n’y a pas un projet qui attire toutes les attentions.

À titre personnel, j’aime bien ce qui est lié au son, à la radio, donc je dirais Tryphon (site officiel), Sonodrome (site officiel), Mutable Instruments (site officiel). Mais j’aime aussi Milkymist (site officiel) et NanoNote (site ooficiel), pour l’aspect Copyleft qu’ils illustrent à merveille.

Parlez-moi du projet NoBox/Soxyd référencé sur Hackable-Devices.org. De quoi s’agit-il ?

Il s’agit de permettre aux utilisateurs de se réapproprier les données, au travers d’une « box » à installer chez soi. La problématique est connue de Framasoft, je me souviens avoir lu récemment la traduction de l’interview d’Eben Moglen, par Glyn Moody.

Comment vous y êtes vous intéressés ?

En ce qui me concerne, j’ai découvert cette problématique avec certains membres de FDN il y a quelques temps déjà. Elle commence à se diffuser grâce à l’émergence de matériel adéquat, mais aussi en réponse au cloud et aux questionnements qu’il apporte.

Sur la plate-forme à proprement parler, elle est apparue sur l’initiative spontanée de Gordontesos, après une discussion sur IRC.

Et où en est-il chez vous ?

Gordontesos a commençé les développements sur un Sheevaplug il y a quelques semaines. La coopération est ouverte.

J’ai eu l’occasion à Bordeaux de discuter du sujet avec Benjamin Bayard lors des RMLL 2010, qui me confirmait l’importance de l’expérience utilisateur au niveau de l’interface graphique. C’est à mon sens le point sur lequel se concentrer.

Et le Freerunner, on est en route pour une v2 ?

J’aimerais bien, mais j’en doute. Avec la prolifération des smartphones, l’apparition d’Android et consort, je doute qu’OpenMoko se relance dans l’aventure, au profit du Wiki Reader. À mon sens, cela restera une plate-forme de tests / prototypage / amusement sans jamais atteindre le grand public.

Une petite baisse de régime sur le flux Identica depuis un mois ? Tout le monde est en vacances ?

Oui. 🙁

Enfin, plus maintenant si vous suivez ce lien 🙂

Cherchez-vous de nouveaux contributeurs ?

Toujours.

Qu’il s’agisse d’info à remonter, d’évènements auxquels participer, de produits susceptibles d’intégrer h:D, de traductions, vous êtes les bienvenus.

Pour finir, la traditionnelle question de clôture des entretiens : « Quelle est la question que je n’ai pas posée mais à laquelle vous auriez voulu répondre ? »

Celle-ci justement. 🙂

Blague à part : « Où en est le hardware Libre ? » peut-être.

Réponse : Ça bouge pas mal ces temps-ci, avec des initiatives telles que Ohanda ou encore le Open Hardware Summit de New-York en septembre. Ce sera peut-être l’occasion de voir émerger une définition commune, en cours sur Freedomdefined.




L’enseignante Christine Mytko ou l’exception qui devrait être la règle

Christine Mytko - Curriki - CC by-ncC’est la rentrée des classes. Et nous publions, à l’occasion, la traduction d’un entretien avec une enseignante américaine impliquée dans ce que l’on appelle les Ressources Éducatives Libres, ces ressources placées sous licence libre et qui offrent aux utilisateurs les mêmes droits que ceux d’un logiciel libre : utilisation, étude, modification, duplication et diffusion. Face au casse-tête du « tous droits réservés », elles représentent une formidable opportunité pour l’éducation. Une opportunité d’usage mais aussi de remix et de création collective. Une opportunité qui met l’accent sur le partage et la coopération au détriment de l’individualisme et de la compétition.

Le problème c’est que vos enfants ont encore aujourd’hui une chance infime de rencontrer de tels professeurs dans leur classe cette année.

Pourquoi ? Principalement à cause de la scandaleuse et irresponsable politique de l’autruche du ministère de l’Éducation Nationale qui ne s’est toujours pas décidé à les encourager. Aussi hallucinant que cela paraisse, rien, absolument rien d’envergure n’est prévu pour les mettre en avant. Aucune trace dans les programmes officiels, aucune directive adressée aux enseignants. Et cela dure depuis des lustres.

Cela va même au delà de la belle ignorance ou de la simple indifférence, il suffit de parcourir ces quelques anciens articles du Framablog pour s’en convaincre :

L’aggiornamento n’a toujours pas eu lieu. C’est une « culture propriétaire » et non une « culture libre » qui règne encore au sein du ministère et qui influence tous ses fonctionnaires. Voilà la triste vérité.

Dans ce contexte hostile on ne s’étonnera pas que les enseignants de la trempe de Christine Mytko[1] demeurent pour le moment minoritaires. Il en existe bien sûr, mais leur sensibilisation s’est bien moins faite grâce à l’école que malgré l’école. C’est pourquoi d’ailleurs un site comme le nôtre continue malheureusement d’avoir sa modeste utilité, mais qu’il est dur de nager à contre-courant alors que nous devrions plutôt tous surfer sur la vague du bon sens.

Au cours de l’interview ci-dessous publiée à l’origine sur le blog du site des Creative Commons, Christine Mytko constate que c’est la méthode « CASE » qui prévaut encore chez les enseignants. C’est l’acronyme anglais de « Copy And Steal Everything » signifiant que tout le monde fait à peu près n’importe quoi avec le respect des licences. Il suffit effectivement de passer une journée devant la photocopieuse d’une salle des professeurs pour s’en rendre compte.

On fait n’importe quoi mais comme on ne reçoit aucune information et qu’on ne s’expose à aucune sanction, il n’y a aucune raison de modifier son comportement. Un comportement que l’on retrouvera alors naturellement par ricochet chez les élèves de ces enseignants, c’est-à-dire nos enfants.

C’est entendu, l’école à d’autres chats plus importants à fouetter actuellement que ce détail des licences des ressources. Certes mais sans vouloir être grandiloquent « l’école du XXIe siècle sera libre ou ne sera pas ». Alors autant s’y préparer sérieusement dès maintenant et ne plus faire de chaque jour qui passe un jour de perdu.

Éducation et politique pédagogique libres : Entretien avec Christine Mytko, du site Curriki

Curriki’s Christine Mytko: Open Education and Policy

Jane Park – 5 août 2010 – Creative Commons Blog
(Traduction Framalang : Don Rico)

Au début de l’année 2010, nous avons annoncé une refonte de nos projets consacrés à l’éducation et un soutien accru au mouvement des REL, les Ressources Éducatives Libres (NdT: OER en anglais, pour Open Educational Resources). En ce sens, nous avons redoublé d’efforts pour accroître la quantité d’informations disponibles sur notre site. Outre la mise en ligne d’une nouvelle page d’acueil pour notre rubrique Éducation et notre portail consacré aux REL, sur laquelle nous expliquons le rôle que jouent les Creative Commons en tant qu’infrastructure technique et juridique, nous avons réalisé une série d’entretiens destinés à exposer les obstacles que rencontrent les REL et les chances qu’elles ont de trouver leur place dans notre paysage pédagogique.

Un changement de politique au niveau local, national et international constitue l’un des vecteurs les plus probants pour la promotion des REL. Il y a peu, nous avons eu la chance d’interroger Christine Mytko, qui milite pour l’adoption des REL à l’échelle locale dans le cadre de son métier d’enseignante et en tant que validatrice principale de la rubrique scientifique du site Curriki. De par son statut de professeure, Christine Mytko apporte un point de vue précieux sur l’éducation et la politique libres, et nous offre un bon aperçu de la façon dont on perçoit le copyright, l’utilisation des Creative Commons et des REL dans le monde éducatif.

Vous êtes enseignante et validatrice de la section scientifique de Curriki, que l’on décrit comme le « wiki nouvelle génération » pour l’enseignement primaire et secondaire. Pouvez-vous nous décrire brièvement qui vous êtes et ce qui vous a conduite aux fonctions que vous occupez aujourd’hui ? Quelle est d’après vous la mission de Curriki, et comment ce site aide-t-il les enseignants ?

J’ai passé la majeure partie de ma carrière à enseigner les sciences dans des collège publics. Il y a trois ans, j’ai eu la chance de trouver un poste qui allie mes deux passions : la science et la technologie. À l’heure actuelle, je suis intervenante en sciences chez les maternelles et professeure de technologie dans un petit collège de Berkeley, en Californie.

En 2007, j’ai posé ma candidature pour un temps partiel chez Curriki. Comme de nombreux enseignants, je cherchais à arrondir mes fins de mois. J’ai alors découvert une communauté d’éducateurs dévoués à la création collaborative et au partage de ressources libres. Membre de l’équipe de modération de Curriki, je suis chargée de valider les contenus scientifiques que l’on nous soumet et de fournir une notation et des retours publics au contributeur. Si besoin est, je participe aussi à d’autres projets. En ce moment, je travaille avec un professeur de chimie afin de réviser et soumettre un manuel de chimie numérique open-source dans le cadre de la California Learning Resource Network’s Free Digital Textbook Initiative.

Comme on peut le lire en page d’accueil du site, la mission de Curriki est de « fournir des ressources et des programmes libres de grande qualité aux enseignants, étudiants et parents du monde entier. » Certains l’auront deviné, son nom est un jeu sur les mots « curriculum » (NdT: « programme d’enseignement » en anglais) et wiki. Le dépôt de Curriki contient un choix riche pour les programmes d’enseignement, allant des plans de leçons à des séquences complètes, disponibles pour plusieurs matières, niveaux et langues. Curriki offre d’autres ressources tels que des manuels scolaires, des supports multimédia, et des projets collaboratifs.

Tout le contenu présent sur Curriki est partagé sous la licence Creative Commons Paternité (CC-BY), ce qui l’inscrit solidement dans l’espace des REL. Savez-vous pourquoi Curriki a choisi la CC-BY pour ses ressources en ligne ? Si vous l’ignorez, quel avantage présente la CC-BY comparé à du contenu « Tous droits réservés » ?

Les contributeurs de Curriki sont libres de placer leur contenu soit dans le domaine public soit sous une licence CC de leur choix, mais le contrat de licence par défaut est en effet le CC-BY. Je ne connais pas les raisons qui ont poussé Curriki à la choisir, mais c’est une excellente décision. La CC-BY confère aux enseignants la possibilité de remixer, partager et distribuer des ressources afin qu’elles soient les plus pertinentes pour leur programme d’enseignement.

La souplesse offerte par la licence CC-BY permet d’adapter le contenu très vite. La révision d’un manuel scolaire s’étale sur un cycle de sept ans. Le contenu de Curriki, lui, peut être mis à jour et « publié » en quelques secondes, et la communauté peut corriger les éventuelles erreurs tout aussi rapidement. De nombreux sujets, surtout en sciences et en technologie, évoluent si vite que l’enseignement ne peut se permettre d’être dépendant des cycles de publication trop longs des ouvrages propriétaires.

À l’heure actuelle, la Californie et le Texas sont les plus gros acheteurs de manuels traditionnels « Tous droits réservés », et les éditeurs se coupent en quatre pour répondre aux exigences de ces états. Les enseignants des autres états (et autres pays) sont contraints à composer avec ces limitations propriétaires. Des initiatives de REL telle que Curriki permettent néanmoins de modifier librement des outils afin qu’ils correspondent le mieux à leurs besoins pédagogiques et culturels. En créant ou en mettant à disposition un tel contenu dans des dépôts publics, les enseignants n’auront plus à travailler chacun dans leur coin et ne seront plus forcés à constamment « réinventer la roue ». Plus on donnera à partager librement du contenu de qualité au sein de communautés d’enseignants, moins on passera de temps à adapter de la matière propriétaire, ce qui permettra aux enseignants de consacrer davantage de leur temps, qui est précieux, à d’autres domaines importants de l’enseignement.

Décrivez-nous un projet pédagogique auquel vous avez intégré du contenu sous CC et/ou des REL. Quelles difficultés avez-vous rencontrées, vous ou vos élèves, en recherchant ou en utilisant des ressources sur le web ? Comment relateriez-vous cette expérience à des enseignants qui souhaitent attribuer les bonnes licences à leurs propres ressources pour la recherche et la découverte des REL ? Que doivent savoir ces professeurs ?

Pour mes cours de technologie, je fais en sorte désormais que tous les supports médias incorporés aux devoirs soient sous Creative Commons, dans le domaine public ou dépourvus de tout copyright. Au début, après des années à pouvoir piocher sans restriction dans Google Images, mes élèves se sont sentis très restreints dans leurs choix, mais nous avons débattu de ce qui sous-tend le copyright et les solutions alternatives à celui-ci, et nombre d’entre eux ont compris l’importance de respecter les droits.

Il existe de nombreuses sources d’excellente qualité pour aider les enseignants et les élèves à utiliser des ressources sous Creative Commons en cours. La page de recherche des Creative Commons, Wikimedia Commons, la section CC de Flickr et l’option de recherche avancée de Google sont des outils fantastiques pour trouver des images placées sous licence alternative. Pour la musique, des sites tels que Jamendo sont formidables.

Au départ, la terminologie a présenté des difficultés pour mes collégiens. Bien qu’il n’y ait que six contrats CC principaux, mes élèves ont été déroutés par des termes tels que « Paternité » (NdT: Attribution en anglais) et « Pas de modification » (NdT: No Derivatives en anglais). Le fait que Google emploie des formulations légèrement différentes (« réutilisation autorisée » et « réutilisation avec modification autorisée ») dans ses filtres de recherche n’a pas arrangé les choses. Mais les jeunes ont vite apprivoisé les termes et les procédures, et en l’espace de quelques cours, ils accédaient aisément à du contenu sous licence « Certains droits réservés » et l’utilisaient à bon escient. Évidemment, je leur demande de définir des droits d’utilisation pour leurs travaux, ce qui renforce la compréhension des licences et les pousse à réfléchir soigneusement aux droits qui comptent pour eux.

Concernant la mise à disposition de mes travaux sous forme de REL, je n’ai pas fini d’apprendre. Avant de rejoindre l’équipe de Curriki, j’hésitais à « publier » mes ressources sous licence libre. Après avoir consacré tant de temps et d’énergie à créer certaines préparations, il me semblait aberrant de les distribuer gratuitement sur Internet. Depuis quelques années, j’ai toutefois compris les avantages que présentent les contenus libres, et je publie sur Curriki, sous licence CC-BY, certains de mes travaux autrefois jalousement gardés. À présent, je partage sans restriction mes nouveaux travaux. Je me sens plus à l’aise pour utiliser et créer des ressources libres, et j’espère à présent passer à l’étape supérieure et collaborer avec d’autres enseignants.

Quelles sont les idées erronées ou les inquiétudes les plus répandues chez les professeurs concernant le partage de leur travail ? Pensez-vous que dans le secondaire, le professeur moyen connaisse l’existence de licences alternatives comme les Creative Commons ? Quelles politiques sont menées au niveau des établissements ou des institutions pour aider les professeurs à partager leur travail ?

Je suis certaine que le professeur moyen ignore jusqu’à l’existence même des solutions alternatives ouvertes. La plupart de mes collègues appliquent toujours la méthode CASE, Copy and Steal Everything (NdT: Tout copier, tout voler). Je ne pense pas que les enseignants utilisent des ressources de cette manière par paresse ou volonté de nuire. Quiconque a enseigné un jour sait l’ampleur du travail qu’il faut accomplir en très peu de temps. Parfois, copier une activité (souvent placée sous copyright) et la déposer dans le casier d’un collègue, ce n’est qu’une question de survie. Même parmi les professeurs qui sont conscients des problèmes de copyright, beaucoup invoquent le « fair use » (NdT: usage raisonnable en droit anglo-saxon, plus ou moins proche du droit de citation). Le problème, c’est que ces personnes surestiment souvent les protections et les privilèges que leur confère le fair use. En outre, nous sommes très peu formés sur le copyright et le fair use, et encore moins sur les Creative Commons et les REL. En plus de ne pas connaître ses responsabilités, un enseignant du secondaire ignore les droits et les autres solutions dont il dispose pour partager son travail.

Un certain nombre de blocages empêchent les enseignants de penser au partage de leurs ressources. Tout d’abord, créer un programme d’enseignement prend tellement de temps que beaucoup sont réticents à partager leurs cours parce qu’ils estiment que le produit de leurs efforts leur appartient. D’autres ont le sentiment que leur travail n’est pas assez bon. Et même pour ceux qui surmontent ces obstacles psychologiques, il reste les questions techniques sur la façon dont ils partageront leur travail sous licence libre. Aucun des établissements où j’ai travaillé n’avait mis en place une politique ou une plage de temps pour le partage des ressources. En discutant avec des collègues, j’ai découvert qu’eux aussi déploraient cette même absence de volonté de la part de leurs établissements. Même dans les rares cas où l’on tentait de donner des directives dans ce sens, les professeurs choisissaient souvent de ne pas les appliquer. À l’heure actuelle, la plupart des enseignants n’ont ni l’accès, ni la formation, ni le soutien nécessaires pour participer en confiance au mouvement des REL.

Curriki fournit un gros travail pour indiquer à quelles standards pédagogiques des divers états des USA correspondent ses ressources. Pouvez-vous nous expliquer cela fonctionne ? Quels avantages et difficultés cela présente-il ? En quoi est-ce utile ?

Ce travail ne fait pas partie de mes attributions chez Curriki, mais je peux vous donner un avis personnel, en tant qu’enseignante et membre de Curriki. Lorque l’on consulte une ressource sur notre site, quatre onglets apparaissent – Contenu, Détails, Standards, et Commentaires. Cliquer sur l’onglet Standards permet à l’utilisateur de voir à quels programmes elle correspond, ainsi que de l’associer aux standards d’un autre état. Le procédé est très intuitif : l’utilisateur parcourt une série de menus et choisit les standards qui lui paraissent appropriés.

Le bénéfice principal sera sans doute la possibilité de rechercher des ressources répondant à un standard voulu en passant par la page que je viens de mentionner. Le plus grand défi consiste à associer les différents standards à nos ressources existantes et futures. Curriki s’appuie en grande partie sur la communauté pour que ce chantier s’accélère. Pour l’heure, les couples standards/normes ne sont établis que pour la moitié des états, et même ces regroupements sont incomplets.

On parle beaucoup des REL en ce qui concerne les politiques pédagogiques, surtout sur la question des manuels scolaires libres. À votre avis, quel est l’avenir du manuel scolaire pour le primaire et le secondaire ? Comment souhaiteriez-vous que cela se traduise dans les politiques éducatives ?

Comme de nombreux enseignants, j’ai le sentiment que le règne du manuel scolaire touche à sa fin. En tant que professeur de sciences, j’ai rarement été dépendante d’un manuel pour préparer mes cours, et je m’appuie davantage sur des ressources que je trouve en ligne ou que je crée moi-même. Grâce aux REL, je profite mieux de la création et du partage de travaux au sein d’une communauté collaborative. La science et la technologie se prêtent bien à une adoption précoce de la philosophie du libre, mais je suis convaincue que d’autres matières suivront bientôt.

Les manuels ne pourront conserver leur mainmise actuelle. Un article récent du New York Times indiquait que « même les éditeurs de manuels traditionnels reconnaissent que l’époque où l’on modifiait quelques pages dans un livre afin d’en vendre une nouvelle version était révolue. » Les manuels scolaires coûtent cher et sont vite obsolètes. Pour corriger les erreurs qu’ils contiennent, il faut attendre l’édition suivante. En comparaison, les REL sont très bon marché voire gratuites, constamment mises à jour, et faciles à corriger. Il serait formidable que l’argent économisé si l’on préférait les REL abordables aux coûteux manuels servait à acquérir des outils pédagogiques supplémentaires et financer des formations pour les enseignants. Ou mieux encore, que les administrations puissent employer ces fonds à payer les enseignants pour qu’ils se réunissent et collaborent à la création de REL sur leur temps de travail.

Pour terminer, à quoi « ressemble » un environnement d’enseignement et d’apprentissage qui exploite avec succès les immenses possibilités des REL ? Avez-vous des considérations à nous faire partager… des inquiétudes, des espoirs, des prédictions ?

Un environnement d’apprentissage efficace se doit d’être bien pensé, attrayant, motivant, et souple. Les REL sont toujours d’actualité, on peut aisément et en toute légalité les adapter aux besoins des élèves. Une communauté de REL peut fournir aux enseignants les ressources et le soutien nécessaires pour répondre aux attentes de la catégorie d’élèves à laquelle ils s’adressent. Des ressources partagées librement permettent à d’autres de gagner d’innombrables heures de travail individuel redondant, et grâce à eux, les professeurs ne sont plus prisonniers d’un programme pédagogique propriétaire.

Les établissements scolaires commencent à comprendre les économies que permet l’abandon du modèle actuel de manuels scolaires, et je prédis que les éditeurs s’adapteront aux exigences du marché. J’espère que les établissements reconnaîtront enfin que les enseignants sont une ressource précieuse, des professionnels qualifiés, et qu’ils méritent une contrepartie pour le temps qu’ils passent à créer leurs programmes de cours.

Dans l’idéal, la salle de classe devrait être un espace où les élèves ne sont pas que des consommateurs passifs de ressources et de documents multimédia, mais plutôt des collaborateurs actifs, qui synthétisent et publient leur travail. J’espère que dès le plus jeune âge on apprendra aux élèves à utiliser le travail d’autres personnes de façon appropriée, et qu’on les encouragera à partager leurs travaux sous une licence libre avec certains droits réservés au lieu de se rabattre sur la solution par défaut du copyright classique, ou pire, ne pas les partager du tout. Je veux que mes élèves et mes collègues comprennent qu’en partageant des ressources, ils contribuent à constituer une réserve de matériel pédagogique qui servira à d’autres bien au-delà des murs de leur salle de classe. C’est un changement important dans la philosophie pédagogique actuelle, mais des sites tels que Curriki constituent un grand pas dans la bonne direction.

Notes

[1] Crédit photo : Christine Mytko (Creative Commons By-Nc)




Le Libre Accès ou le retour de la Grande Conversation par Jean-Claude Guédon

« Pour partir de loin, je dirai que le Libre Accès répond a une situation de base importante, qui est que la science, globalement et mondialement, est une Grande Conversation.

Et ce processus de découvertes et d’inventions, que l’on trouve dans la science et la technologie d’ailleurs, repose sur la facilite de converser, d’échanger et de construire sur la base de choses antérieures et ainsi de site.

Or on est dans une situation où pour des raisons multiples, complexes et historiques largement, la conversation a été entravée, empêchée, diminuée, ralentie, rendue plus exclusive pour certains au détriment d’autres et ainsi de suite.

Et tout le mouvement du Libre Accès vise quelque part à restaurer les conditions optimales de cette Grande Conversation.

C’est-à-dire de permettre à n’importe qui a les moyens de lire ces textes d’une façon ou d’une autre, d’aller chercher ces textes facilement, de les consulter facilement, de travailler avec eux, d’élaborer d’autres textes, d’autres recherches, d’autres résultats, et ainsi de suite.

Donc le Libre Accès est simplement une manière de mettre en oeuvre un rêve ancien qui était celui de la République des Lettres et des Sciences du XVIIe siècle, qui était de créer une Grande Conversation avec un certains nombres de pairs. Les pairs en l’occurrence étant ces gens qui étaient égaux les uns aux autres par la façon dont ils avaient réussi à se former, à devenir des scientifiques, à travailler ensemble.

Le Libre Accès à lui tout seul ne résoudra pas tous les problèmes de la science contemporaine. Mais le Libre Accès déjà donne une première réponse partielle aux inégalités qui se sont développées graduellement dans le monde scientifique, dans la Républiques des Sciences, en donnant une chance nouvelle à cette Grande Conversation.

Et aussi en développant peut-être des possibilités tout à fait nouvelles pour la question de l’enseignement. Car évidemment quand on a accès aux derniers résultats de la recherche, on peut enseigner une science plus à jour, plus proche du fond de la recherche, et ainsi amener les étudiants plus près d’une capacité d’intervenir beaucoup plus forte… »

La suite de ce passionnant entretien avec Jean-Claude Guédon, ci-dessous en vidéo :

—> La vidéo au format webm

URL d’origine du document

Réalisation Alain Ambrosi – Image et montage Abeille Tard – Production Vecam / C&F éditions

Ce document est issue du très intéressant DVD, ou plutôt doculivre, Sciences & démocratie, véritable mémoire du premier Forum mondial éponyme qui s’est déroulé à Belém en janvier 2009. D’autres extraits sont disponibles sur le site du projet.

L’occasion pour nous de saluer et faire connaître l’excellent travail de la maison d’édition C & F Éditions animée entre autres par Hervé Le Crosnier.




Le logiciel libre et ses enjeux en trois minutes chrono par Frédéric Couchet

Voici une déjà vieille intervention de Frédéric Couchet, délégué général de l’April, ayant eu lieu dans le cadre des élections municipales françaises de 2008.

Mais, d’après moi, non seulement elle est toujours d’actualité (il suffit de remplacer Dadvsi par Hadopi) mais elle peut également être une intéressante source d’inspiration lorsque nous nous retrouvons en situation de tenter d’expliquer le logiciel libre à un public non averti (tout comme par exemple la citation de Stallman et le fameux extrait Canal+).

« Le logiciel libre est un logiciel qui respecte les libertés fondamentales de l’utilisateur. Il y a quatre libertés : utilisation, étude, modification et redistribution… »

Voilà qui a le mérite de la clarté. Et d’enchaîner ensuite sur le développement coopératif et l’Internet citoyen.

—> La vidéo au format webm
—> Le fichier de sous-titres

On pourra comparer la définition donnée ici du logiciel libre à celle, plus précise mais peut-être plus complexe à appréhender, du site GNU.org (celle que nous sert généralement Richard Stallman à chacune de ses conférences) :

« L’expression Logiciel libre fait référence à la liberté pour les utilisateurs d’exécuter, de copier, de distribuer, d’étudier, de modifier et d’améliorer le logiciel. Plus précisément, cela signifie que les utilisateurs ont les quatre libertés essentielles :

  • La liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages (liberté 0).
  • La liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de l’adapter à vos besoins (liberté 1). Pour ceci l’accès au code source est une condition requise.
  • La liberté de redistribuer des copies, donc d’aider votre voisin, (liberté 2).
  • La liberté d’améliorer le programme et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté (liberté 3). Pour ceci l’accès au code source est une condition requise. »